Acte IL — Troubles et chagrin* <T Agamemnon. Agamemnon
reçoit sa fiHc avec embarras; il ne sait comment la préparer à son malheur, Iphigénie sVtonne du froid accueil et de la tristesse de son père. Cependant Clytemnestre a regu le second message <l Agamemnon ; elle vient annoncer à sa fille que le mariage a été ditïéré, qu'il faut repartir pour Argos. Ériphile, la compagne d'Iphigénie, est accusée d'avoir provoqué quelques changements dans les sentiments d'Achille.
Acte III. — Arca* dévoile le secret. Apprenant qu'Agamemnon l'accepte pour gendre, Achille s'empresse d'en informer Clylemnestre. Le roi défend à celle-ci d'accompagner sa fille à l'autel. Sur ces entrefaites, Arcas vient chercher Iphigénie pour être immolée. Le mystère est découvert. Clytemnestre, saisie d'étonnement et d'horreur, tombe aux pieds d'Achille, implorant son appui. Iphigénie, résignée à mourir, supplie son fiancé d'épargner son père et de ne pas la venger.
Acte IV. — Trahison d' Ériphile. Achille menace , car il est indigné de l'usage qu'on a fait de son nom. Clytemnestre est furieuse; Agamemnon résiste aux reproches comme aux menaces. Tout à coup il est pris d'un remords; sa fille vivra, mais elle ne sera pas à Achille. Il rend donc Iphigénie à sa mère, et lui donne Tordre de fuir secrètement. Malheureusement cet ordre est donné en présence d'un témoin intéressé à le faire échouer, en présence de la jalouse Ériphile, qui, pour perdre sa rivale, court en avertir Calchas.
Acte V. — Calchas corrige son premier oracle. Tout le camp des Grecs s'oppose au départ des deux fugitives. Iphigénie est conduite à l'autel du sacrifice. Survient Achille, qui jure de la défendre. Mais, au dernier moment, les dieux révèlent à Calchas que la victime dont ils exigent le sacrifice n'est pas la fille d'Agamemnon, mais bien Ériphile. Celle-ci, de désespoir, se tue elle-même au pied de l'autel. Aussitôt les vents enflent les voiles, et les Grecs s'apprêtent à lever l'ancre. Iphigénie pleure la mort de son ennemie.
Principaux caractères. — Dans les personnages de cette tragédie, on trouve les sentiments nobles et élevés, la dignité soutenue, l'exquise élégance dont se piquaient les grands du temps de Louis XIV.
Agamemnon parle un langage qui rappelle le commandement.
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Mais l'ambition , chei lui, Comprime trop l'amour |
il lacrifle aa fille, non Bi i patrie ni à la rolonté dei il
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arrête toute émotion, « Ma Bile, lui dit-il, il faut céder, t heure eel an [?<
Allez, el que lea Greoi qui vont roui Immoler Reconnaissent mon lang en le voyant couler.
Iphigéaie, au contraire, est un modèle accompli de générosité, de tendresse, de modestie. Fille de noble race, elle ne démentira pas son illustre origine.
No craigne/, rien; mon cœur, do voire honneur jaloux, No fora point rougir un pôro tel que vous... Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi ; Quand vous commanderez, vou3 serez obéi.
Son rôle ne laisse rien à désirer.
Achille est •< ardent, colère, implacable, impétueux; il se révolte contre les lois et les oracles, et n'en appelle qu'aux armes ». Il dit à Iphigénie :
Vous allez à l'autel, et moi j'y cours, Madame... A ma juste fureur tout sera légitime; Le prêtre deviendra ma première victime. Le bûcher, par mes mains détruit et renversa, Dans le sang des bourreaux nagera dispersé.
C'est un brillant chevalier, mais qui n'a rien de commun avec l'Achille d'Euripide, encore moins avec celui d'Homère : on lui trouve des manières et un langage un peu trop modernes.
Clytemnestre, chez Racine, est une mère et une reine; elle aime tendrement sa fille; mais, jusque dans ses supplications aux pieds d'Achille, elle conserve la dignité qui convient à son rang, et ne craint pas de flétrir comme ils le méritent les motifs intéressés de son époux :
Trop jaloux d'un pouvoir qu'on peut vous envier, De voire propre sang vous courez le payer, Et voulez par ce prix épouvanter l'audace De quiconque vous peut disputer votre place !
Jugement. — « L'exposition de celte pièce est une des plus heureuses que Ton connaisse au théâtre; les combats de la nature contre l'ambition, de la religion et de la crainte contre la pitié et la tendresse palernelle; ces mouvements opposés, qui entraînent tour à tour Agamemnon; cette joie qui éclate à l'arrivée de la mère et de la fille, et qui, dans un pareil moment, est si déchirante pour le cœur d'un père; cette scène si naïve et si touchante entre Agamemnon et Iphigénie; cette nouvelle foudroyante apportée par Arcas :
Il l'attend à l'autel pour la sacrifier;
l'hymen d'Achille, faussement prétexté; le désespoir de Clytemnestre, qui tombe aux pieds du seul défenseur qui reste à sa fille; la noble indignation du jeune héros, dont le nom est si cruellement compromis; les reproches que Clytemnestre adresse à un époux inhumain; la résignation de la victime et les prières qu'elle mêle à l'expression de son obéissance : tout cela appartient plus ou moins à Euripide; mais tout cela est plus ou moins embelli, et quelquefois même les beautés sont substituées aux défauts. » (La Harpe.)
Scènes principales. — L'exposition (acte I, scène 1). Le discours d'Ulysse (acte I, scène y). Première entrevue d'Agamemnon et d'iphigénie (acte II, scène u). Révélation du secret (acte III, scène v). Plainte d'Iphigénie (acte IV, scène iv). Invectives de Clytemnestre contre Eriphile acte V, scène iv).
Estker (1689).
Sujet. — Le sujet de cette tragédie est la délivrance des Juifs, sauvés, par le dévouement d'Esther, d'un massacre général ordonné par Aman, favori d'Assuérus, roi de Perse. Il est tiré de l'Écriture sainte.
Cette charmante élégie tragique fut composée par Racine, à la prière de Mme de Maintenon, pour le pensionnat de Saint- Cyr, qu'elle avait fondé en faveur de deux cent cinquante jeunes filles nobles et sans fortune. Depuis douze ans, le grand poète n'écrivait plus pour le théâtre, mais il ne pouvait refuser à l'auguste solliciteuse; d'ailleurs, la pièce demandée ne devait être « qu'un amusement d'enfants », auquel le public ne serait point admis.
poèti 'i 143
i jette pièce, i d'un pi olo |uc Uroi a U m
de chanta el terminé i chacun par un chœur.
Pu Eithêr, juive, épou ■ d'Aï uérut; Mardochée,
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Résumé. A* ii. I'1. Atnam a fuit ligner au roi Védit fatal. Esther raconte à Élise, une amie d'enfance, cjpmmefet elle a succédé à l'altiêre Vasthi, el la situation pénible <i^ ses Frères, toujours dans la captivité. Le chœur chante Lee tnalhi de Sion et les vieux de Bon peuple. Survient Mardochée, qui apporte à sa nièce la terrible nouvelle de la proscription des Juifs et la presse d'intervenir. Le péril est imminent. Esther, dans une touchante prière, s'adresse à Dieu pour obtenir le courage qui lui est nécessaire. — Le chœur exprime ses craintes et ses espérances.
Acte II. — Songe dWssuérus ; incitation d' Esther. Aman dévoile à l'officier du palais, Hydaspe, les motifs de sa haine contre Mardochée et son infâme projet de massacrer tous les Juifs. Cependant Assuérus, troublé par un songe, s'est fait lire les annales de son règne. 11 y a trouvé consigné le récit d'un complot contre sa vie, découvert par le juif Mardochée. Comme ce service n'a pas été récompensé, le roi consulte Aman sur les honneurs qu'il doit rendre à un sujet qu'il estime; il ordonne aussitôt à son favori stupéfait de conduire Mardochée en triomphe par la ville de Suze. Sur ces entrefaites, Esther vient prier Assuérus de se rendre chez elle avec Aman : elle désire le recevoir à sa table. — Le chœur chante la première victoire de la reine et la paix de l'innocence.
Acte III. — Supplice d'AmXiri. Zàrès, effrayée des honneurs qui viennent d'être rendus à Mardochée, conseille à son mari exaspéré de s'éloigner de la cour; mais, aveuglé par l'orgueil, Aman ne soupçonne rien et s'empresse d'accompagner le roi chez Esther. Celle-ci révèle alors à son royal époux sa nationalité et les perfidies d'Aman. Assuérus, indigné, s'éloigne un moment pour réfléchir. Le favori se jette aux pieds de la reine et la supplie de lui pardonner. Assuérus rentre et le condamne
144 PRÉCIS D'HI&TOJKfl L1TT&KAJRE
à mort. Les Juifs sont sauvés. — Le chœur chante le triomphe d'Esther et la chute de l'impie,
Principaux caractères. — Esther est un modèle de modestie, de vertu et de charité. Sa fortune et les honneurs de la cour ne lui font oublier ni la religion de ses pères ni le triste soi t de ses frères. Lllc s'incline humblement devant Dieu, le prie dans le secjelde ^on cœur avec ses jeunes compagnes, au milieu de qui elle aime à se cacher; mais, quand le moment est venu, elle le proclame ouvertement et ne craint pas de braver la colère du roi pour soustraire les Juifs au péril qui les menace.
Mardochée, avec son zèle religieux, sa confiance calme et résignée, représente le peuple juif écrasé sous la servitude et l'opprobre, mais inébranlable dans sa foi comme dans ses espérances.
Aman est un parvenu dont l'orgueil insensé précipite la perte. Sa haine n'a pas de motifs trop petits : « Un ambitieux au faîte des honneurs, nourri d'encens et de flatteries, mesure sa vengeance, non pas sur la grandeur de l'offense, mais sur sa propre grandeur, qui lui parait infinie. » (Geoffroy.)
Assuérus personnifie les mœurs orientales; c'est un monarque barbare, capable de tous les excès auxquels peut se porter un despote. 11 s'entoure d'un appareil terrible pour imposer le respect. Cependant ce type, modifié par Racine, a d'excellentes qualités; il est grand et généreux : il sait reconnaître les services et punir les crimes.
Valeur littéraire. — Voltaire et la Harpe ne voyaient « rien de tragique » dans la pièce d'Esther. Les critiques contemporains en ont jugé autrement. « Le véritable intérêt théâtral, dit Geoffroy, consiste dans le sentiment qui nous attache au sort des personnes vertueuses, qui nous fait pleurer sur leurs malheurs et trembler sur leurs dangers. 11 consiste dans la terreur qu'inspirent les grands attentats contre l'humanité, les grandes révolutions, les catastrophes éclatantes; dans la satisfaction que nous causent la punition des grands scélérats et le triomphe de la vertu sur le crime; enfin dans cet étonnement et cette admiration délicieuse que font éprouver à tous les esprits bien faits, à tous les cœurs bien nés, les actions gêné-
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La peinture de l'orgueil el des souffrances <i Aman icte M, ici ne n mde entrevue d'Ëslher el d* Aman (acte 1 M . k
r* Athalie ( 1690)
Sujet. Le sujet de cette tragédie es1 I<- péri] de Joas et son rétablissement sur le trùnede Juda par la mort de l'usurpatrice
Athalie. 11 est tiré de L'Écriture sainte.
Cette pièce, comme la précédente, fut composée pour Saint- Gyr, à la sollicitation de Louis XIV et de M"* de Maintenon.
Joram, roi de Juda, avait épousé Athalie, fille d'Achab et de Jézabel, roi d'Israël. Leur fils Ochosias ne régna qu'un an. A sa mort, la cruelle Athalie lit périr tous ses petits-fils, à l'exception du jeune Joas, que Josabeth, sa tante, avait soustrait au massacre et qui fut élevé secrètement dans le temple sous le nom d'Éliacin, jusqu'au jour où le grand prêtre le rétablit sur le trône de Juda.
Personnages. — Athalie, veuve de Joram, mère d'Ochosias; Joas, fils d'Ochosias; Joad, grand prêtre; Josabeth, épouse de Joad, tante de Joas; Abner, ancien officier des rois de Juda, au service d'Athalie ; Mathan, prêtre apostat, sacrificateur de Baal; Zacharie et sa sœur Saîomith, enfants de Joad et de Josabeth ; Nabal, confident de Mathan. Lévites, chœur de jeunes filles de la tribu de Lévi, etc — La scène est dans un vestibule du temple de Jérusalem.
Résumé. — Acte Ier. — Confiance du grand prêtre. Abner vient célébrer la fête de la Pentecôte. Il avertit le grand prêtre des dispositions hostiles d'Athahe. Joad le rassure, lui donnant à entendre qu'il reste encore un héritier légitime du trône. Puis il annonce à Josabeth son dessein de proclamer roi le
jeune Joas. — Le chœur chante la puissance et les bienfaits de Dieu.
Acte II. — Le songe et l'interrogatoire. Le jeune Zacharie rapporte à sa mère Josabeth ce qui vient de se passer au
temple: Athalie, effrayée par un bouge, a voulu pénétrer dans le sanctuaire réservé ; le grand prêtre, son père, lui en a interdit rentrée. Mais ayant aperçu près de l'autel « l'enfant dont elle est menacée », elle mande Mathan et Abner, et leur raconte le songe qui Ta effrayée. Mathan lui conseille d'immoler cet enfant, quel qu'il soit; Abner l'engage à le voir et à l'interroger. Une entrevue a lieu ; les réponses d'Éhacin la déconcertent. — Le chœur chante le bonheur de l'innocence et flétrit les vains plaisirs des méchants.
Acte II l. — Le 'péril augmente. Mathan vient réclamer Éliacin à Josabeth, comme gage de paix entre la reine et le grand prêtre. Chassé honteusement, il s'éloigne en menaçant et va de ce pas éveiller les soupçons d'Athalie. Le péril est imminent. Joad, plein de confiance en Dieu, rassure Jobabeth, active les préparatifs du couronnement, relève le courage des lévites par sa prophétie de la Jérusalem nouvelle, et les arme pour la dtfense du temple. — Le chœur exprime la crainte et l'espérance.
Acte IV. — Le couronnement et le serment. Le grand prêtre -dévoile au jeune prince le secret de son origine, l'instruit de ses devoirs et le couronne en présence des lévites, qui jurent de mourir, s'il le faut, pour la cause du descendant de David. Mais déjà l'armée d'Athalie cerne le temple. Josabeth tremble pour les jours de Joas. Le grand prêtre harangue les lévites ; chacun est à son poste. — Le chœur entonne un hymne au Dieu des combats.
Acte V. — Mort de l'usurpatrice. Abner est envoyé à Joad pour lui poser les dernières conditions : Athalie réclame Éliacin et le trésor caché dans le temple. « Qu'elle vienne les prendre elle-même, » répond Joad. Elle se présente avec une faible escorte et pénètre dans le lieu saint. On lui montre Joas sur le trône : c'est tout ce qui reste du trône de David. Elle s'irrite, crie à la trahison, appelle au secours. Mais ses soldats, au dehors, saisis de panique, se bout dispersés. Les lévites l'arrêtent,
l-nl I I II Il • I l. 141
l'entraînent dam le vestibule, où elle trouve le cbâtimenl
ses rrimes.
Principaux caractAri . — Les per onnages d'Athalu laissent rien à désirer; leui ' ml admirablement
tracés en vue de l'action,
joad est le principal personnage de la pièce. Sa foi reli son attachement à son ioi, la hauteur de ses rues, i <i • son caractère, en font an prophète et un liber soi,
comptant sut Dieu, qui doit tout fait*
Dieu, qui de l'orphelin protège l'innocence
Et lait dans la faiblesse éclater sa puissance,
Il prend en main la défense de l'autel et du trône a?ec un courage et une confiance que rien ne peul ébranler.
Athaiie, digne fille d'Achab et de Jèzabel, est le type de fambition et de la cruauté; elle a fait massacrer tous ses petits -fils pour régner seule. « Aigrie par un songe que rendent plus vraisemblable sa situation, son esprit violent, ses sanglants souvenirs, elle est en proie aux remords; elle flotte, elle hésite, elle expie d'avance les crimes qu'elle payera bientôt de sa vie, car, selon la loi juive, elle n'a droit qu'au châtiment. »
Joas, enfant de neuf à dix ans, intéresse par ses dangers, dont il n'a pas conscience, et par la candeur et les grâces de son âge ; mais comme il est prudent et courageux dans ses réponses! C'est qu'il n'est pas un enfant ordinaire: Dieu lui dicte ses réponses, selon le Psalmiste1. Aussi n'a-t-il pas de peine à déjouer les ruses d'Athalie.
Abner est un soldat loyal et vertueux, qui, par sa fidélité au vrai Dieu et à ses rois légitimes, par l'obéissance aux puissances établies en tout ce qui n'est pas contraire à sa loi, représente la partie la plus saine « de la nation et de la classe militaire, qui conserve une fi-lélité muette au sang de ses rois ». Le moment venu où il lui faudra choisir entre ses intérêts et ses convictions religieuses, entre Athaiie et Joad, il n'hésitera pas à se ranger du côté de Joad. Dans les conseils de la reine, il cherche à neutraliser les mauvais desseins de Mathan, ce qui
V Psaume vin, 3.
l-VK PRÉCIS d'HISTOIIŒ LITTÉRAIRE
fait mieux ressortir la pei fidie du prêtre apostat; il sert de plus « à relever la lermeté d'Ame et la pieuse confiance de Joad, «jui, pouvant se servir d'un homme si brave et si accrédité, ne s'en sert pas, parce qu'il attend tout de Dieu seul ».
( La Harpe.) C'est donc bien à tort que Ton reproche à Hacine de n'avoir pas donné à ce personnage un rôle plus agissant.
Mathan, ce digne serviteur de l'orgueilleuse Athalie, personnifie l'apostasie ambitieuse et jalouse : après avoir renié sa foi par dépit, il sert par intérêt un dieu auquel il ne croit pas. 11 sait qu'il a mal agi, mais au lieu de l'amener à repentance, ses remords ne font que l'aigrir.
Ce temple l'importune, et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté.
« Sa haine personnelle pour Joad, sa malignité cruelle et avide de vengeance, excite sans cesse la cruauté d'Athalie , éveille ses soupçons, et par conséquent augmente le péril. »
(La Harpe*)
Josabeth est un modèle de dévouement maternel. Ses appréhensions, ses inquiétudes, forment un contraste intéressant avec la foi si robuste de Joad.
Jugements. — Athalie est non seulement ce que Racine a produit de plus parfait ; c'est la plus belle de toutes les tragédies anciennes et modernes: tout y est sublime. L'intérêt, sans cesse excité par la pitié, l'émotion, la terreur, fait plus que se soutenir durant les cinq actes ; il prend une force toujours croissante jusqu'au dénouement. Les chœurs sont des chefs-d'œuvre lyriques; le style est plein d'harmonie, de richesse, de variété. « On est sous le charme quand on lit ces beaux vers, que Voltaire admira soixante ans, jusqu'au jour où il eut la faiblesse d'en vouloir à Athalie d'êlre un sujet chrétien ; mais on est saisi d'étonnement lorsque, dépouillant la pièce de ce magnifique vêtement, on l'étudié dans son plan, dans son nœud, dans les entrées et les sorties, dans la convenance et l'à-propos du langage de chacun des acteurs, dans le rapport de l'action au temps et au lieu, en un mot, quand on compare l'art à la vie. Là, le personnage qui entre ne vient pas
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seulement pour remplacer celui qui sort; l'action, en t pei BonniOani dam !<• premier, ne quitte pai pour cela le second 1 elle le suit, (ît, dans le même tempe qu'on et! occupé de ce qui se passe sur la scène, on e*l inquiei de ce qui se prépare au dehors*. Nul ne se retire sans que l'action l'y force ou ne revient sans qu'on l'attende; au lieu d'éprouver un effel de surpri e, le spectateur voit se réalisai e pi e sentirai nts.
i (/est ainsi que Racine, en rapprochant de plut en plus l'arl de la réalité, a fini par les confondre, et a surpa en appliquant leurs règles, Tout ce qu'il leur avait pris, il le perfectionna. Lee anciens lui araienl donné le chœur; il le lia plus étroitement a l'action, et l'y intéressa par des sentiments plus personnels... Il ne moralise pas froidement sur ce qui se passe; il souffre, il craint, il espère; il a sa part des dangers, il est menacé par la catastrophe. Ses chants expriment tour à tour l'espérance, la crainte et la prière, continuent l'action et prolongent, pour ainsi dire, chaque acte jusqu'à l'acte suivant, i
(D. Nisard.)
« Ajoutons que, dans Athalic, ce n'est pas seulement le beau qui émeut l'esprit, c'est le divin qui pénêire le cœur. Ainsi Racine, pour qui Athalie fut un acte de foi plus qu'une œuvre d'art, n'est pas seulement arrivé à la beauté, ce ravissement de l'intelligence, mais à la sainteté, ce ravissement de l'âme. Glorifions-nous donc à jamais d'être d'une nation qui a produit Racine, et de parler une langue où l'on a pu écrire Athalie. »
(Lamartine.)
Le mérite de cet incomparable chef-d'œuvre fut pourtant méconnu des contemporains. Boileau seul , représentant la postérité , n'avait cessé de dire à son ami : « Athalie est votre plus bel ouvrage ; le public y reviendra. » Il y revint, en effet, sous la régence, en 1716, et le succès fut complet.
Scènes principales. — L'exposition (acte I, scène i). Le récit du massacre des enfants d'Ochosias (acte I, scène m). Le songe d'Athalie (acte II, scène v). Entrevue d'Athalie et de Joas (acte II, scène vu). La prophétie de Joad (acte III, scène vu). Le couronnement de Joas (acte IV, scène m). Athalie au temple (acte V, scène v). Les chœurs.
Les Plaideurs (1GG8).
Sujet. — l.a corné-lie des Plaideurs est une satire risible, mais inofïeusive, contre les juges, les avocats et les plaideur-.
Personnages. — Dandin, juge , et Léandre , son fils; Chicaneau, bourgeois, et sa fille Isabelle; la comtesse; Petit- Jean , portier; f Intimé, secrétaire. — La scène est dans une ville de Basse -Normandie.
Résumé. — Acte I(r. — Le faux exploit. Petit -Jean, dans un long monologue, nous fait connaître ce Perrin Dandin, qui s'est brouillé le cerveau par un exercice trop assidu de ses fonctions. Depuis qu'il a fait couper la tête à son coq pour Tavoir éveillé trop tard, son fils ne lui permet plus d'aller au palais. Un beau matin, se croyant seul, Dandin saute par la fenêtre. Appréhendé aussitôt par Petit-Jean, il est ramené de force, malgré ses cris et ses protestations. Léandre confie à l'Intimé, qui lui servira d'entremetteur, son dessein d'épouser Isabelle, fille de Chicaneau, l'un des meilleurs clients de Perrin Dandin. Voici qu'il vient trouver son juge. Petit- Jean lui ferme la porte au nez. Arrive la comtesse de Pimbesche, autre plaideuse invétérée. Chicaneau lui apprend qu'on n'entre plus. Et pourtant nos deux solliciteurs ont des affaires pressantes sur les bras. Rien de plus naturel que de se les conter mutuellement. Une équivoque ne tarde pas à les brouiller, et ils se séparent en se traitant de sots, de fous, de curieux, de faussaires, de voleurs...
Acte IL — Signature du contrat. La comtesse charge le secrétaire d'assigner Chicaneau pour injures : belle occasion pour négocier le mariage projeté. L'Intimé, déguisé en huissier, remet à Isabelle un billet de Léandre et donne à Chicaneau lecture de l'assignation. Celui-ci l'injurie et le frappe. « Bon, dit l'Intimé, c'est de l'argent comptant. » Et il se met à rédiger, non le procès - verbal , mais un contrat de maiiage. Léandre arrive bientôt en robe de commissaire. Isabelle, accusée d'avoir déchiré un exploit, est interrogée la première, et, dans un langage à double sens, elle promet d'être c constante en ses dispositions <>. Chicaneau signe sans examen le papier qu'on
poéi i ii' il mi. UM
lui présente, el e mel en deroirde uirrc letommi iire< Dandin. Mais «•••lui ci , Lrompanl la vigilance de
orii «ir ia chambre. On ne tail où le trourer. Il e roo tout à coup ;i une lucarne du toit. Enfermé dam une Mlle basse, il reparatl au soupirail, Chicaneau court lui demander audience, <•! par mdgarde roule dans la cave, entraînant lej avec lui. Dandin sorl en boitant; il reul al er à l'audience. On lui propose de juger sur place un chien qui rient d'enlever nn chapon, il ne demande pas mioux que de rendre des arrêts. Le secrétaire el l<i portier remplironl le rôle d'avocats.