LA BRUYÈRE
Jean de la Bruyère, né à Paris, exerçait à Caen l'office de trésorier des finances, lorsqu'il fut placé, sur la recommandation de Bossuet, près de Louis de Bourbon, petit -fils du grand
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Condé, pour lui enseigner l'histoire (1680). Ses fonction? c< Bèrent vers 1686; mais il ne quitta plus l'hôtel de Con3é : le prince se Tétait attaché en qualité d'homme de lettres. L'indépendance de sa position permit à notre célùbre moraliste de
continuer à loisir l'étude des travers et des ridicules de l'esprit humain, et de tracer impunément de malins portraits. « On me l'a dépeint, dit l'abbé d'Olivet, comme un philosophe qui ne songeait qu'à vivre tranquille avec des amis et des livres, faisant un bon choix des uns et des autres. » Cet homme, « illustu1 par son esprit, par son style et par la connaissance des hommes » (Saint-Simon), mourut subitement à Versailles, d'une attaque d'apoplexie.
Œuvres. — La Bruyère a traduit du grec les Caractères de Théophrastc (1687) et composé les Caractères et Mœurs d<
siècle (1688).
Jugements sur la Bruyère. — La Bruyère est un de ces auteurs charmants qu'on ne se lasse pas de relire. « Ses portraits, dit la Harpe, sont faits de manière que vous les voyez agir, pari» r. se mouvoir, tant son style a de vivacité et de mouvement. Dans l'espace de peu de lignes, il met ses personnages en scène de vingt manières diffèi entes; et en une page il épuise tous les ridicules d'un sot, ou tous les vices d'un méchant, ou toute l'histoire dune passion, ou tous les traits d'une ressemblance morale. » Et son œuvre n'a pas vieilli. Les Ménalques distraits d'à présent, les Hermagoras érudits, les Acis prétentieux, les Onuphres hypocrites, les Ménippes vaniteux, les Théop/d/cs intrigants , les Démocèdes maniaques, les Démophyles nouvel" listes, les Clitiphons affairés, les Gnatom égoïstes, les Cri tons gourmands , les Narcisses musqués, les Gitans arrogants, les Phcdons timides, les Timons misanthropes, etc., ne diffèrent nullement de ceux qui ont posé devant la Bruyère.
Cependant, quoique grand observateur, la Bruyère est moins un philosophe qu'un physionomiste : il ne cherche pas les principes et les causes des actions humaines; il ne descend pas au fond des cœurs; il se tient à la surface, comme Montaigne, Molière, Boileau, la Fontaine. Où il est particulièrement sévère et tranchant, c'est dans ses attaques contre l'athéisme, l'imdiété, le vice. « Tout ce qui est vilain, tout ce qui est lâche, il
PRO \\ ir Bill i.i. 178
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Les Caractères < 1688).
But. — Le livre des Caractères est un composé de portraits,
de maxime- de morale, de pensées Bur la religion, la litt turc etc. L'auteur >\- propose pour unique lin de rendn hommes meilleurs en leur présentant l'image de leurs défauts
et en mettant à découvert les sentiments secrets d'où proviennent leur malice et leurs faiblesses: « On ne doit parler, on ne doit écrire que pour l'instruction. » (Préface des Caractère
Plan. — Ce livre est divisé en seize chapitres, qui se suivent sans ordre apparent Mais, dans son discours de réception à l'Académie française, la Bruyère nous en explique lui-même le plan et l'économie. « Les quinze premi^s chapitres, dit -il, s'attachent à découvrir le faux et le ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions humaines, et à ruiner la vanité, la sensibilité, la corruption, V orgueil, Y hypocrisie , Yëgoisme, la gourmandise; en un mot, tout ce qui, dans les hommes, peut éteindre ou affaiblir la connaissance de Dieu; le seizième et dernier chapitre prend à partie l'athéisme, le démasque, le confond, et défend la Providence contre l'incrédulité.
Résumé. — Chap. ior. — Des ouvrages de l'esprit. Dans ce chapitre, on trouve de très judicieuses réflexions sur la littérature et les hommes de lettres, ainsi qu'une appréciation des meilleurs écrivains de l'antiquité , du xvie et du xvne siècle, i II y a de certaines choses dont la médiocrité est insupportable : la poésie, la musique, la peinture, le discours public... Tout l'esprit d'un auteur consiste à bien définir et à bien peindre. Moïse, Homère, Platon, Virgile, Horace, ne sont au-dessus des autres écrivains que par leurs expressions et par leurs
images; il faut exprimer le vrai pour écrire naturellement, fortement, délicatement. Les lettres de Balzac et de Voiture peuvent former de bons prosateurs. Malherbe est noble, élégant; • Marol et Rabelais sont inexcusables d'avoir semé l'ordure dans leurs écrits, » Magnifique parallèle de Corneille et de Racine.
Chap. ii. — Du mérite personnel. On tire vanité des qualités personnelles. Et cependant « qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent mérite, n'être pas convaincu de son inutilité, quand il considère qu'il laisse en mourant un monde qui ne se sent pas de sa perte, et où tant de gens se trouvent pour le remplacer? » Le fat recherche les éloges; l'honnête homme se contente de la satisfaction du devoir accompli. Le vrai mérite est inséparable de la modestie. Éloge du grand Condé, sous le nom d'Emile.
Chap. m. — Des femmes. Critique exagérée des travers et des ridicules des femmes du xvnc siècle.
Chap. iv. — Lu cœur. Étude profonde du cœur humain. Parallèle entre l'amour et l'amitié.
Chap. v. — Le la société et de la conversation. Il est difficile d'y faire bonne et parfaite figure. « Avec de la vertu, de la capacité et une bonne conduite, l'on peut être insupportable, i En effet, que de défauts à éviter : l'importunité, la puérilité, un langage affecté, la plaisanterie trop multipliée, la familiarité, la prétention de tout savoir, Tinattention, Tinfatuation de son propre mérite, le sans-gêne, l'ambition, le trop d'abandon, le purisme, la vanterie, la brusquerie, la rudesse, le trop de rigueur sur l'étiquette ! « C'est une grande misère de n'avoir pas assez d'esprit pour parler, ni assez de jugement pour se taire. »
c Chap. vi. — Les biens de la fortune. Les richesses ne donnent pas le bonheur et n'ajoutent rien au mérite. Le riche vaniteux est inabordable; le philosophe, au contraire, est accessible à toute heure et toujours disposé à vous rendre service. Une honnêle aisance est la meilleure des conditions : le pauvre se chagrine de tout ce qui lui manque; le riche s'irrite de ce que la moindre chose puisse lui manquer. Portraits du riche et du pauvre.
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Chap. mi. — Delà Mie. Critique dei gen Mvolea, p vaniteux.
Chap. vin. — De la cour. Critique de ce paj «ir où
les joies Boni visibles, mais fausses, ei les chi mais réels », Portraits des courti an Louange délicat Padresse de Louis XIV.
Chap. i\. — Des grande. Satire de la légèreté, de la durefc , de la vanité des grands.
Chap. \. - De la république. Satire contre la guerre el négociateurs. Le bon prince assure la paix intérieure, qu'il préfère à la gloire militaire. Portrait de Louis XIV,
" Chap. xi. — lh Vhomme. Appréciation du stoïcisme, gui n'est
qu'un « jeu d'esprit ». Portrait du distrait et du malade qui veut se guérir de la vieillesse. Misères et faiblesses humaines : gourmandise, insensibilité, misanthropie.
Chap. xii. — Des jugements. Entraînés par la vogue et la faveur populaire, « nous louons ce qui est loué bien plus que ce qui est louable. »
Chap. xiii. — De la mode. Caractères bizarres de l'amateur de fleurs, de fruits, de médailles, d'estampes, de bâtiments, d'oiseaux et d'insectes. Encore un triomphe de la mode : le duel.
Chap. xiv. — De quelques usages. Épigrammes contre le blason de quelques roturiers, les abus des gens d'église, le jeu, la chicane, le testataire, l'amateur de chiens et de chevaux. Remarques sur la langue.
Chap. xv. — De la chaire. Critique de certains abus de l'éloquence sacrée. L'auteur souhaite que les citations profanes, les froides allusions, le mauvais pathétique, les antithèses, les figures outrées, les portraits, finissent et lassent c place à une simple explication de l'Évangile, jointe aux mouvements qui inspirent la conversion. »
Chap. xvi. — Des esprits forts. « Les esprits forts savent -ils qu'on les appelle ainsi par ironie?... L'esprit fort, c'est l'esprit faible; » c'est le libertin qui, après s'être affranchi des lois de la morale, cherche à nier Dieu, l'âme, l'éternité. « Je voudrais voir, dit la Bruyère, un homme sobre, modéré, chaste, équi-
table, prononcer qu'il n'y a point de Dieu; il parlerait du moins sans intérêt; mais cet homme ne se trouve point, i L'athéisme est impossible. La pensée humaine et 1rs merveilles de l'univers suffisent à prouver l'existence de Dieu.
Appréciation. — « Depuis longtemps le public B'esl rallié
tout entier à l'admiration sans réserve des Capaptères; on n'a pas plus d'esprit, plus d'agrément, plus de finesse que la Bruyère; la lecture de son livre est une source de plaisirs exquis, de surprises renaissantes, de perpétuelles découvertes dans le monde infini de l'analyse morale du cœur et de ses passions. Il n'a pas seulement peint son temps et les hommes qu'il a vus; il a été si avant dans l'étude de l'àme, qu'il a retrouvé, sous les différences superficielles propres à son époque, ce fond commun et permanent de la nature humaine sur lequel chaque siècle jette sa bigarrure : il ne tient qu'à nous de nous reconnaître encore dans les Caractères. »
(Petit de Julleville.)
Choix. — Parallèle de Corneille et de Racine (frag. du ch. !•») ; du Mente personnel (ch. n); des Biens de fortune (ch. vi); l'égoïble (frag. du ch. xi) ; des Esprits forts (ch. xvi).
FENELON (1651-1715
François de Salignac de la Mothe-Fênelon, né au château de Fénelon, en Périgord, fit de brillantes études à Cahors, puis à Paris, au collège du Plessis, et entra au séminaire de Saint- Sulpice. Comme Bossuet, il prêcha dès l'âge de quinze ans, devant un auditoire célèbre, et donna de son talent les plus hautes espérances. Ordonné prêtre à vingt-quatre ans (1675), il fut successivement chargé de l'instruction des nouvelles catholiques (protestantes converties), d'une mission en Saintonge et en Poitou (1085), et du préceptorat du duc de Bourgogne (1689-1695). Cette éducation terminée, le roi le nomma à l'archevêché de Cambrai (1695). Ses différends avec Bossuet au sujet du quiétisme, la condamnation de son livre des Maximes des Saints, et surtout la publication du Télémaque (1699), où Louis XIV crut voir des allusions offensantes, amenèrent sa disgrâce. Exilé de la cour, il se consacra tout entier à ses fonc-
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proverbiale.
Œuvrci- Nou Bvoni de I énelon : le 1 raiu d* I //7/r.s (1687), composé pour M"* de Beauvilliers, — des Fabk en prose, lei Dialogues des morts, le Télémaque 16' ci le Traité de l'existence de Dieu [coïù\ m l'èd
du duc de Bourgogne), la Lettre sur les occupation & VA demie française (1714), — lesDiaiogn* m Pdfc '"1- ,
— des sr/'///f»//> , des lettres de piété , de direction , etc.
Traité de L'Éducation des filles (1687)
Ce livre est un chef-d'œuvre de délicatesse et de raison, i II
réunit dans un petit volume plus d'idées justes et utiles, plut d'observations fines et profondes, plus de vérité pratique et do same morale, que tant d'ouvrages volumineux écrits depuil
(De Bausset.;
Résumé. — Chap. Ier. — Importe ftee de V 'éducation des filles. Les femmes ont des devoirs considérables à remplir : maison à régler, enfants à bien élever, etc.; or, pour remplir ces devoirs, elles ont besoin de culture intellectuelle et morale.
Chap. il. — Inconvénients des éducations ordinaires. L'ignorance dégoûte les jeunes persounes des occupations sérieuses. De là l'ind.ffêrence, la paresse, l'amour des amusements, les rêveries, la curiosité.
Chap. iii. — Premiers fondements de l'éducation. Les impressions les plus profondes se font dans le premier âge. Il faut préparer dans les enfants les inclinations vertueuses, ménager leur santé, ne pas presser l'instruction, seconder leur curiosité naturelle.
Chap. iv. — Imitation à craindre. L'ignorance des enfants les porte à imiter tout ce qu'ils voient. Il faut tourner celte disposition vers ce qui est bon, la détourner de ce qui est mauvais.
Chap. v. — Instructions indirectes. L'enfance n'est pas propre au raisonnement. Répondre simplement à ses questions, redresser ses erreurs et passer outre. Ne pas négliger l'éducation du cœur.
Les chapitres vi, vu et vin ont pour objet renseignement de l.i religion.
Dans lea CHAPItftEâ ix et x, Fénelon signale plusieurs défauls à combattre chez les jeunes personnes, entre autres la timidité, la mollesse du caractère, la vanité dans les ajustements.
Les chapitres xi et xii complètent le premier. Le xme et dernier traite des qualités des gouvernantes.
Télémaque (1(>99).
Sujet. — Le Télémaque est tout à la fois un poème, un traité d'éducation, de politique et de morale, embelli par tous les charmes du style. Cet ouvrage, dont la fiction est empruntée à V Odyssée d'Homère, se divise en dix- huit livres.
Résumé. — Télémaque, fils d'Ulysse et de Pénélope, conduit parla Sagesse, sous la figure de Mentor, navigue sur toutes les mers d'Orient, à la recherche de son père, que la colère des dieux éloigne pendant dix ans de l'île d'Ithaque, son royaume. Il traverse la Grèce et fait naufrage sur les cotes de la Sicile. Capturé, en quittant ce pays, par la flotte de Sésostris, il est condamné à garder un troupeau dans le désert d'Oasis, et Mentor est vendu comme esclave. De l'Egypte, Télémaque est conduit à Tyr et de là à Chypre, où il retrouve Mentor. Us font voile ensemble pour l'île de Crète. Les Cretois, révoltés contre Idoménée *, offrent la couronne à Télémaque. Un second naufrage les jette dans l'île de Calipso. Mentor arrache Télémaque de cette île et l'engage à retourner dans sa patrie. Le pilote , par erreur, aborde à Salente. Les Salentins sont en guerre contre les Manduriens. Mentor rétablit la paix, et, pendant qu'il apprend à Idoménée l'art de gouverner, Télémaque se couvre de gloire dans une guerre contre les Dauniens, et va, sans résultat, chercher son père dans les enfers. La guerre terminée, Mentor conseille à Téjémaqiie de partir pour Ithaque, où il retrouvera son père. Avant d'arriver, le mystérieux conduc-
i La malveillance se plut à voir la satire de Louis XIV dans Idoménée trônant au milieu d'une cour fastueuse , et une allusion à la ligue d'Augsbourg dans la révolte des Cretois. Quant aux idées politiques de Fénelon, elles se trahissent dans les conseils, quelquefois chimériques, de Mentor au roi des Salentins. — Chassé par les Cretois, Idoménée s'enfuit en Italie, où il fonda Salente.
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tour bo fuit connaître à 1 élémaque . lui doni i i action • el di paraît .
Appréciai on. I Télémaque, publié par un copiste infid cul un succès immen e . mai i l'appai ition de ce I it le
comble aui Liment de Louis XIV.
il est plus que probable, dit M. Godefroy, que Fénelon avait composé ce livre, Bi propre à prémunir son élève contre le doctrines du despotisme et contre l< olupté, non pour le lui mettre Immédiatement dans les mains, mais dans l'intention dé le lui présenter quand son intelligence sérail pleinement Formée
< Suivant les moralités de ce poème, nous y trouverons tous les devoirs des rois développés par les situations presque autant que par les préceptes : l'amour de la justice dans le gouvernemenl de Sésostris; la constance au milieu de l'infortuné, lorsque Télémaque est esclave en Egypte; le châtiment de la tyrannie dans le remords de Pygmalion ; la protection qu'exige le commerce dans l'histoire de Tyr ; le respect dû à la vérité, quand le (ils d'Ulysse aime mieux mourir que de se permettre un mensonge; les causes du bonheur public dans l'interprétation des lois de Minos; l'amour de la patrie, quand Télémaque sacrifie le trône de Crète et la contrée d'Arpi au petit royaume d'Ithaque; les ravages de la guerre dans les défaites de Bocchoris; les avantages de la paix dans la réconciliation d'Idoménée avec les Manduriens; les lois du commerce fondées sur la liberté; les inconvénien du luxe; les règlements d'une bonne police; les bienfaits immenses de l'agriculture, reconnue pour le fondement de la grandeur des États dans la description de Salente; le caractère d'un mauvais ministre dans le portrait de Protésilas; les dangers de la prévention dans l'exil de Baléazar et dans le rappel de Philoclès ; enfin, l'humanité due aux vaincus dans la conduite de Télémaque envers Épiclès et Hippias... » (Maury.)
h L'impression générale que doit recevoir de la lecture du Télémaque tout jeune homme intelligent est un mélange d'appréhension et de résolution, qui le prépare efficacement aux luttes de la vie. » (D. Nisard.)
Le style de ce livre se recommande par la clarté, la souplesse,
182 trécis d'histoire littéraire
l'élégance et l'harmonie. Il abonde en métaphores, en allégories, en images, en comparaisons, en récits, en descriptions, qui méritent d'être étudiés.
I\\ remarquables. — .Jeux célébrés en Crète pour l'élection
d'un roi (liv. 1er); la ville de Tyr (liv. 111); les douceurs de la vie (liv. X); la guerre (liv. XIII); brièveté de la vie (liv. XIV); bonheur des justes dans les Champs- Elysée» (liv. XIV); le luxe (liv. XVII).
Lettre à l'Académie (1714).
Objet. — Dans cette lettre, adressée à M. Dacier, secrétaire perpétuel de l'Académie française, Fénelon développe ses idées sur les divers travaux littéraires qu'il propose à la docte assemblée.
Résumé. — La Lettre à l'Académie renferme dix chapitres, qui traitent :
Chap. 1er. — Bu dictionnaire. Un bon dictionnaire sera utile aux étrangers, « qui sont curieux de notre langue; » à nousmêmes, quand un terme nous échappe; à la postérité, quand la langue aura vieilli, pour l'intelligence de « tant de bons livres » qui deviendront aussi difficiles à comprendre que les chroniques « de Villehardouin et de Joinville ».
Chap. ii. — D'un projet de grammaire. Une grammaire « simple, courte, facile » , rendrait service à tout le monde, et « diminuerait peut-être les changements capricieux de la langue ».
Chap. m. — Bu projet d'enrichir la langue. Notre langue n'est pas assez variée, assez harmonieuse. Il faut « multiplier les synonymes, ne perdre aucun terme et en acquérir de nouveaux », former des mots composés, emprunter sans scrupule, mais avec discernement, aux langues étrangères (?).
Chap. iv. — D'un projet de rhétorique. On ferait une excellente rhétorique en choisissant « la fleur de la plus pure antiquité ». — « Chez les Grecs, tout dépendait de la parole; » en France, « les assemblées ne sont que des cérémonies et des spectacles... Tout se décide en secret dans le cabinet des princes. Faute de liberté, nous en sommes réduits à l'éloquence du barreau et à celle de la chaire (?). »
Chap. v. — D'un projet de poétique. La poétique est d'origine religieuse : elle a civilisé les hommes. Aussi doit-on chérir
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sont la olartô, la implicite , le naturel,
Chap. vi. — Du projet <i'un t\ \r la tragédU Chez
Grecs, la tragédie était entièrement indépendante de l'amour profane; - chez noua, au contraire, elle De m soutient qu'à la Faveur de quelque intrigue galante : c'est un premier défaut. En voici un autre : nos meilleui tragiqui onl ampoul invraisemblables! affectés, témoins les sti in CM, le début
de Cinna, le récit de In mort d'Hippolyle dans Phèdi
Chap. vu. - Du projet d'un traité sur la comédie, La comédie doit s'éloigner de la bassesse i I du grotesque. Molière a «lu génie, mais il est blâmable d avoir outré 1- s caractères ci donné
souvent un tour graci( u.\ au vice
Chap. viii. — Du projet d'un truite sur l'histoire. ■ Tn - peu d'historiens soni exempts de grands défauts, » pari»; qu'ils manquent ou ^impartialité, ou do sobriété, ou d'ordre, ou
qu'ils ne connaissent qu'imparfaitement les cou! urnes, mœurs, les institutions des peuples dont ils écrivent l'histoire.
Jugements sur les historiens anciens.
CHAP. IX. — Des objections qui pourraient être soulevées contre ces divers projets. Les auteurs, dira-L-on, ne voudront pas se soumettre au jugement de l'Académie. Mais l'Académie n'imposera pas ses idées ; elle se contentera d'encourager les écrivains et de leur donner des conseils qu'ils seront libres de suivre.
Chap. x. — De la querelle des anciens et des modernes. La querelle des anciens et des modernes divisait alors l'Académie : Gh. Perrault, Lamotte, Fontenelle, soutenaient que les seconds l'emportaient sur les premiers; Boileau, Racine, Dacier, etc., défendaient les anciens et prétendaient qu'on ne peut aller au delà. Fénelon rend justice aux uns et aux autres. « 11 y a peu d'auteurs excellents chez les anciens; il y en a d'excellents parmi les modernes. » Élogo d'Homère et de Virgile.
Appréciation. — Cet ouvrage est un modèle de critique littéraire. (.( Sans s'écarter des traditions de pureté classique, qui sont l'heureux caractère de la littérature auxvir3 siècle, Fénelon ouvre à Fart des perspectives nouvelles. Il est en littérature, comme en politique, sagement novateur; il voit dans l'art non seulement ce que l'art ancien ou moderne a donné, mais encore
18ri précis d'histoire littéraire
ce qu'il peut donner; il D'est pas une tentative littéraire, un besoin de notre langue, que Fénelon n'ait indiqués ou prévus : regrets du vieux langage, réforme du génie timide de la versification française, caractère plus philosophique de l'histoire, nos vœux et nos essais contemporains, tout s'y trouve. »
(Charpentier.)
On reproche à Fénelon : 1° d'exagérer (ch. ni) la pauvreté de notre langue, et de proposer des moyens qui, au lieu de l'enrichir, l'encombreraient de termes inutiles, et lui feraient perdre son homogénéité et sa pureté; 2° d'être un peu dur (ch. iv ) pour les orateurs modernes : les Patru, les Pellisson, les orateurs des états de 1614 et maintes doléances courageuses méritaient au moins un souvenir; 3° de se montrer Bévère (ch. vi) en parlant de notre théâtre, et de ne pas rendre à Corneille, à Racine et à Molière la justice qu'ils méritent. Mais ces légères erreurs « sont d'un écrivain visant à l'idéal... L'ouvrage est plein de jugements courts et complets sur les genres, et de portraits frappants des auteurs célèbres ». (D. Nisard.)
Les Dialogues des morts (1712) font connaître d'une manière ingénieuse les hommes les plus remarquables du monde ancien et du monde moderne.
Le Traité de l'existence de Lieu (1712) est à recommander « à ceux qui n'ont pas le bonheur de croire; ils y trouveront une puissance de raisonnement capable de les convaincre, et un charme de style fait pour les persuader ». (Mennechet.)
Dans ses sermons, le cygne de Cambrai s'élève quelquefois jusqu'à la sublimité de Yaigle de Meaux; il est moins vigoureux, moins pressant, mais plus vif, plus brillant, sans être moins pathétique. On admire surtout son beau sermon sur la fête de VÉpiphanie.
Les écrits de Fénelon se reconnaissent toujours à la simplicité, à la grâce, à la clarté, à l'harmonie du style et à la richesse des figures.