MONTESQUIEU
Charles Secondât de Montesquieu, né au château de la Brède, près de Bordeaux, étudia la législation et devint président à mortier au parlement de Guyenne. Il se fit connaître à
1 « Sous prétexte de revendiquer les droils de l'esprit humain , ces « écoliers » . Voltaire et Rousseau à leur tête T attaquent sans respect toutes les questions, soutiennent les paradoxes les plus funestes en politique, en morale, en religion. et préparent les excès d'une révolution dont les réformes auraient pu être le résultat d'un progrès paisible et régulier. » (Cf. Aug. Noël/
trente-deux ans par la publication de ses Leti mes l
(1721), satire moqueuse et hardie, sous des dehors frivoles, de la société au temps de la régence. Le succès de ce livre el le dégoût de la procédure le déterminèrent à vendre sa charge (1726).
Œuvres. — Après vingt années de voyages en Europe, d'études el d'observations, il donna successivement les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains, ['Esprit des lois, le Dialogue de Syllfl et d'Eucrate, des romans, des poèmes et des lettresi
Considérations sur la grandeur, <'t<\ (1734).
Sujet. — Le livre des Considérations est un abrégé philosophique de l'histoire de Rome depuis ses fabuleuses origines jusqu'à la prise de Gonslantinople par les Turcs; il comprend vingt-trois chapitres. « Dans les sept premiers se trouve, pour ainsi dire, fondu et concentré tout l'esprit de vie qui animait le colosse de la puissance romaine; dans les autres, tous les poisons rongeurs qui, après l'avoir longtemps consumé, le firent tomber en lambeaux sous les coups de tant de nations réunies contre lui. » (La Harpe.)
Résumé. — 1° Causes de la grandeur, Montesquieu attribue la grandeur des Romains à l'amour de la liberté, du travail et de la patrie, à la constance dans le malheur, à la politique de ne faire la paix qu'après des victoires et de n'entreprendre jamais deux guerres à la fois.
2° Causes de décadence. Il attribue leur décadence à l'étendue de l'empire, aux guerres éloignées, au droit de bourgeoisie accordé à tant de nations, à la corruption des mœurs introduite dans l'État par le luxe de l'Asie, aux ambitions personnelles, aux guerres civiles, à la tyrannie de la plupart des empereurs, enfin au partage de l'empire.
Appréciation. — « On n'avait encore vu nulle part, si ce n'est chez Bossuet, une intelligence si perspicace de l'histoire du peuple-roi. Nulle part n'avaient été tracés des portraits si
* Ainsi appelées parce que l'auteur les suppose écrites par un Persan voyageant en France à ses amis de Perse.
PRO
ml de "i and par de i; pendant de
reprochai doivent être fait at il
offre des lacunes . maii il pi ê ent( d< erreurs qui tiennenl Burtoul à ce que I passionner par son sujel . L'e Imii al Ion p
Romains le porte à exalter bien des choses que oondamnenl la raison et la morale. Par une conséquence inévitab gouement pour l'antiquité païenne le rend injusl
es chrétiens, t I réd, i .'.m i r<
Deux choses môritenl d'être louées sans i Considérations: l'unité «lu plan el la diction, qui est partout simple, claire, grave, précise, vigoureuse el tou ligne du
sujet.
Choix. Para'lèle de Rome «'t dei'nrd n . Polili
Romains (ch. vi). Portraits de César <;t de Pompée ch. ix).
Esprit des lois (1748). ^jy^^
Sujet. — Ce livre est une étude analytique et philosophique sur les lois et coutumes qui régissent les peuples de la terre; c'est le chef-d'œuvre de Montesquieu.
Résumé. — L'Esprit des lois peut se résumer ainsi :
Livre Ier- — « Tous les êtres créés sont soumis à des loi-; les peuples ne traversent point l'état sauvage et n'en sortent point par une convention arbitraire ou contrat social. Les lois qu'ils se donnent doivent être conformes à la nature des choses, et celles qui sont bonnes pour une nation ne valent rien pour une autre.
Liv. Il et lit. — « Il y a trois espèces de gouvernement, reposant sur trois principes, qu'on appelle bonheur dans les monarchies, vertu dans les républiques, crainte dans l'État despotique.
Liv. IV-XIII. — a C'est de ces principes que découlent pour chaque peuple les lois relatives à l'éducation , les lois civiles et criminelles, les lois somptuaires, militaires, politiques, financières.
Liv. XIV-XIX. — « Ici se placent ces deux formules célèbres sur lesquelles repose tout l'ordre actuel de la société. La liberté est le droit de faire tout ee que les lois permettent. La liberté ne se trouve que dans les Étals modères, c'est-à-dire
dans ceux où les trois puissances, législative, executive et judiciaire, sont nettement séparées. L'auteur passe ensuite à l'influence du climat sur rétat social d'un peuple.
Liv. XIX-XXV. — « Il étudie les lois dans leur rapport avec les mœurs, le commerce, la monnaie, le chiffre de la population , la religion établie. Après avoir affirmé de nouveau ce grand principe que rien n'est arbitraire dans la société, il examine les lois des Romains sur les Fuccessions, les lois civiles en France, les principes de la féodalité, rétablissement et les révolutions de la monarchie française. La conclusion, qu'il ne donne pas, ressort assez de tout cet ensemble : c'est que l'idéal d'un bon gouvernement est le régime monarchique constitutionnel, analogue à celui qui se pratique chez les Anglais. » (H. Tivier.)
Appréciation. — On a reproché à l'auteur de Y Esprit des lois ses divisions trop nombreuses en petits chapitres, des conséquences spécieuses, des systèmes contraires aux faits les plus avérés, et surtout la puissance exagérée qu'il accorde à l'influence des climats sur les mœurs et même sur la religion. Des reproches plus graves encore doivent lui être adressés au sujet de la licence d'un certain nombre de ses ouvrages.
Mais, si Montesquieu n'a pas entièrement échappé à la contagion du matérialisme du xvmc siècle, il a su du moins se tenir à l'écart de Voltaire, et a généralement respecté la religion chrétienne dans ses écrits. « Chose admirable, a-t-il dit quelque part, cette religion, qui semble ne promettre la félicité que dans un autre monde , fait encore notre bonheur dans celui-ci. »
(Voy. ci- après, p. 219 : Parallèle de Rousseau et de Montesquieu.)