VOLTAIRE
( Voir la notice ci-dessus . page 193.)
Histoire de Charles XII (1731).
V Histoire de Charles XII, roi de Suède, se divise en huit livres.
Résumé. — Livre 1er. — Aperçu de l'histoire de la Suède jusqu'à Charles XII. Climat, premières populations, consti-
lutimi politique. Gustave Wata 1523 1680 , Ou tdolpbe
i 1611-16 bristlne 1632 161 i I I de Charlei Ml
(né en 1882, roi en 16 (T inomis ■ I pé lérîc IV, roi do
Danemark ; Auguste H, roi de Pologne; Piero AlexiowiU, ( de Russie. Digression sur les moeuri d< Ru ses el le réforme! de Pierre l
Liv. 11. — Guerre entre le Danemark et la Pologne I s s mai, Charles XII attaque Frédéric IV, el termine la guerre de Danemark en bîx semaines. A Narra 1700 , il défait quatrevingt mille Moscovites avec huit mille Suédois. Il entre Pologne, bat l'armée saxonne prés de Varsovie, el fait dép Auguste 11 i 1704 .
Liv. III. — Lutte de Stanislas Leczinski, élu roi de Pologi et d'Auguste II. Battu par Charles ML le général saxon Schu-
Icinboiirg sauve derrière l'Oder lea débris de son armée. An talion et supplice de Patkul, ministre plénipotentiaire du czar. Charles XII envahit la Saxe.
Liv. IV. — Guerre contre la Russie. Charles XII, vainqueur des Russes sur la Bérézina et à Smolensk (1703), fait alliance avec Mazeppa et s'enfonce dans l'Ukraine. Battu et blessé à Pultava (1709), il se réfugie chez les Turcs.
Liv. V. — Charles XII en Turquie. Son séjour à Bender, ses intrigues. Auguste II remonte sur son trône; les Russes assiègent Riga; les Danois envahissent la Suède. Charles XII fait déclarer la guerre au czar par la Porte. Le czar est batttu sur le Pruth.
Liv. VI. — Négociations de Charles XII a \rand vizir.
Dans la crainte de quelque trahison , Charles XII refuse de quitter sa retraite de Varnitza. Il soutient un siège avec quarante domestiques contre une armée de janissaires. 11 est fait prisonnier (1713).
Liv. VII. — Retour en Suède. Charles XII est transporté à Dèmirtash, puis à Démotica, où il reste dix mois au lit. Anarchie en Suède. Charles quitte Démotica, traverse l'Allemagne et arrive à Stralsund (1714).
Liv. VIII. — Lutte de la Suède, attaquée de toutes parts. Les Danois et les Prussiens assiègent Stralsund. Négociations
du baron de Gortz. Invasion de Charles XII en Norvège 1716), sa mort au siège de Frédêrickshall 1 11 décembre 171
Appréciation. — « La première entreprise historique de Voltaire, Charles XII, est un chef-d'œuvre de narration; et le
héros, les faits, l'époque, ne voulaient pas un autre mérit<\ Il ne jeta sur Charles XII rien de la pompe un peu factice qu'il donnait à ses Romains de théâtre. L'ouvrage est dans un goût parfait d'élégance rapide et de simplicité. » (Villemain.)
a La connaissance profonde et la juste appréciation des hommes étaient peu nécessaires, quand il s'agissait d'un prince qui s'était montré tout en dehors. Il n'y avait pas de grandes conceptions à juger, de motifs secrets à démêler; Charles XII était tout entier dans les faits. Il n'y avait qu'à peindre, et c'était le talent de Voltaire. » (De Barante.i
Passages remarquables. — Guerre contre le Danemark. Guerre contre la Pologne. Belle retraite de Schulembourg. Bataille de Pultava. Charles XII à Bender. Combat de Bender. Siège de Slralsund.
Siècle de Louis XIV (1751).
But de l'auteur. — « Ce n'est pas seulement la vie de Louis XIV qu'on prétend écrire, dit Voltaire au commencement du premier chapitre; on se propose un plus grand objet. On veut essayer de peindre à la postérité, non les actions d'un seul homme, mais l'esprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais. » C'est donc un tu h/mu de tout ce qui fait la vie et la grandeur d'une nation : événements politiques et militaires , gouvernement intérieur, état des arts et des sciences, de la cour et de l'Église, que l'auteur veut mettre sous nos yeux.
Division. — Le Siècle de Louis XIV renferme trente-neuf chapitres; mais l'édition classique n'en compte que trentequatre : on a supprimé les cinq chapitres relatifs aux querelles religieuses du xvnc siècle. Les vingt -quatre premiers chapitres traitent des affaires extérieures; les dix derniers, des affaires intérieures.
Résumé. — Du chap. 1er au chap. xxive : Affaires extérieures. Coup d'œil rétrospectif sur les trois grands siècles littéraires
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qui on! précédé (•«•lui de Loul \l\ e rapide d< I tal
de l'Europe avant Louii \l\ ; minoi ité de I \ i\ i il
toires dei Français bou le grand Condé; la Fronde el la On de la guerre avec l'Espagne; guerre d< lution ; guerre de Hol-
lande; guerre de la ligue d'Augaboui m venue
en Angleterre; guerre de la uccee Ion d le; poi trait du
cardinal <!<• Retz, de Mazarin, de don Louis de Haro, de Condé, de Turenne, de Cromwell, de Charles II d'Angl< terre, de Christine de Suède.
Du ghap. xxve au en m*, xxxiv*: [ffaireainti . Vieprii
de Louis XIV; particularités de la cour; histoire di rmes
dans L'agriculture , l'industrie , le commerce, la marinej les Qnances, la jurisprudence; monuments, colonies; ; arts, des sciences et des lettres en France et en Europe du temps de Louis XIV; les savants en Europe : Bacon, Huygheps, Rœmer, Cassini, Galilée, Torricelli, Newton, Dryden, Milton, Leibnitz, Maffei; principaux écrivains du siècle de Louis XIV.
Appréciation. — g Cet ouvrage, dit Villemain, est, par l'élégance même de la forme, une image du siècle mémorable dont il offre l'histoire. On y voudrait seulement plus de grandeur et d'unité. L'historien aime mieux diviser son sujet par groupes distincts de faits homogènes, racontant d'abord et de suite toutes les guerres , depuis la bataille de Rocroy jusqu'à la bataille d'IIochstedt, puis les anecdotes, puis le gouvernement intérieur, puis les finances, etc. Mais les guerres ne se comprennent pas bien sans les finances, et l'un et l'autre sans l'esprit général. On voudrait voir grandir au milieu de la France ce jeune roi, despote par fierté naturelle et par nécessité. La vérité, comme l'intérêt, auraient gagné à un récit moins morcelé. Les fêtes se seraient mêlées aux guerres, les lois aux conquêtes, la religion aux intrigues de cour, et les lettres à tout. On aurait suivi toutes les formes à la fois, la grandeur croissante du souverain et de la nation, puis leur dernier effort. On s'étonne que Voltaire , qui voulait dans l'histoire une exposition, un nœud et un dénouement, comme dans une tragédie, n'ait pas saisi ce plan si dramatique et si simple que lui offrait la suite même des faits. » Ébloui par la partie extérieure de cet âge fameux, il n'a vu que la décoration et les acteurs; l'âme du
tout lui a échappe, faute de sens moral et religieux. De là son infaluation pour le luxe, ses ménagements pour les courtisans, son inintelligence de ce qu'il y avait de grandeur dans les querelles religieuses, qu'il ridiculise avec tant de légèreté. Du grand siècle, « il ne voudrait retrancher qu'une seule chose, non pas la guerre, non pas même le pouvoir absolu, mais cet esprit religieux qui était si intimement lié à tout ce qu'il admire. En un mot, Voltaire a manqué de vue d'ensemble et de profondeur. » ( Passim.)
Malgré ses défauts, le Siècle de Louis XIV sera toujours lu comme un chef-d'œuvre de narration historique. La style de ce livre se distingue par la clarté, la vivacité, l'élégance, l'harmonie; mais il se rapproche parfois un peu trop du ton simple et familier des mémoires.
Passages remarquables. — État de l'Europe à l'avènement de Louis XIV (ch. n). Bataille de Rocroy (ch. m). Passade du Rhin (ch. x). Dernières années de Condé (ch. xn). Prise d? Valenciennes (ch. xiii). Siège de Turin (ch. xx). Disgrâce de Fouquct (ch xxv).
Essai sur les mœurs et V esprit des nations. — Dans cet ouvrage, Voltaire a voulu faire l'histoire de la société par celle des préjugés, de l'esprit, des tendances des nations, à chaque époque de l'histoire, — de Charlemagne à Louis XIV.
Le style en est agréable, naturel; les réflexions morales amenées à propos, le plan bien conduit; mais l'esprit en est détestable. Voltaire n'a voulu voir que le mauvais côté des choses; aussi son œuvre n'est-elle qu'un tableau de la sottise humaine', ou, suivant l'expression de Chateaubriand, une longue injure au christianisme.
Lettres.
Voltaire, dans ses lettres (il en reste près de 10,000), prend toutes les formes, touche à tous les sujets', fait entrer tous les genres. Il serait l'émule de Mme de Sèvigné s'il possédait, comme elle, « l'émotion, la tendresse intime, l'effusion profonde du cœur. »
Appréciation générale. — Nous l'avons dit, rien n'est plus varié que la correspondance de Voltaire; ajoutons que « rien
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n'esl plus capable d'exciter le mépris, l'indignation mAme âme i vraiment honnêtes, des eipi El • el bien fail . [% écrivain s\ montre toujour admirable d< | I
de légèreté, de facilité, d'éclat, que Vhomme » petit,
faillie, pétri de passions qui le dégradent, v.iin, emporté, caiom niateur, hypocrite, ingrat, vindicatif, ambitieux, avare, inl rant, fanatique! Il y paratl même cruel et barbare, cet ap de l'humanité dont les écrits d'apparal sont remplis de sentences si imposantes. Bref, la masse de Bea lettres forme une masse de lumière dont Voltaire es! plus éclaii ê qu'il n'aurai! voulu l'être m i i .
a C'est bien dommage, -lisait Frédéric II, l'un de Bes principaux correspondants, qu'une âme aussi lâche suit unir & un si I eau génie. "
Chou. - .1// R, /'. Porée pour le remercier de bs collaboration A V Histoire de Charles XII, 1732). — A M. Thiériot (satire à l'adresse d'un désœuvré, 1735). — .1 Af. H cl retins (conseils à un poêle, 17! — .1 MM* Denis (il informe sa nièce que le roi de ['russe Ta lait chambellan, 1750). — .1 M, Hénault (au sujet du Siècle de Louis XI V, 1742). — A M. Bertrand (sur la perte d'un ami, 1755). — A M. J.-J. Rousseau (réfutalion du Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, 175a). — A MUo Dupuis (sur les ouvrages qu'elle doit lire, 1750.) — A Af. Darget (son raccommodement avec Frédéric II, description de sa maison de Lausanne, 1758). — A M. de la Harpe (au sujet des œuvres de Corneille, 116i). — A Catherine II (pour la féliciter de ses succès militaires, 1770). — A M. Tronchin (Voltaire est à Paris pour y assister à une représentation d'Irène. Malade, il écrit au célèbre médecin de venir le voir, hôtel Villèle, février 1778).