‹ Précis d'histoire littérairesChapitre 70 sur 137 · S BUFFON · texte numérisé non relu

S BUFFON

Georges- Louis Leclerc, comte de Buffon, né à M^nlbard, en Bourgogne, se fit connaître de bonne heure par de savants Mcnwires sur l'agriculture, la physique et les mathématiques. Au letour de ses voyages en Italie et en Angleterre, il fut nommé par Louis XV intendant du Jardin des plantes (1739). C'est alors qu'il commença son Histoire naturelle, à laquelle il travailla pendant les cinquante dernières années de sa vie , en collaboration avec Daubenton, Guéneau et l'abbé Bexon.

Cette sorte d'encyclopédie , qui devait embrasser tous les

nés de la nature, ne comprend que les minéraux et une partie des animaux (quadrupèdes, insectes, oiseaux ); les révolutions primitives du globe sont traitées dans un volume supplémentaire, les Époques de la nature, le plus remarquable detous.

Jugement sur Buffon. — « BufTon a surtout recherché la noblesse, la majesté, l'harmonie du style, et c'est pour cela qu'il recommande toujours l'emploi des termes les plus généraux.

« D'une figure noble et d'une taille imposante, il avait dans ses habitudes privées comme dans son style une gravité un peu compassée. Son élocution était assez négligée ; mais sa patience au travail était telle, qu'il copia onze fois ses Époques de la nature, en les corrigeant toujours. Aussi disait- il souvent : « Le génie n'est que la patience. » Étranger aux cabales qui agitèrent de son temps l'État et la littérature, ne répondant jamais aux cri:iques que Ton fit de ses ouvrages, assurant son repes par des prévenances envers les hommes et les corps en crédit, il mena une vie tranquille et à peu près sans incident. »

(Passim.)

Au point de vue de la science, les ouvrages de notre grand naturaliste ont beaucoup perdu de leur valeur: l'hypothèse y est trop souvent invoquée; mais, pour le style, ils occuperont toujours une des premières places parmi les ouvrages littéraires. Ses descriptions des animaux sont les modèles du genre.

On peut prendre une idée de sa manière de composer dans le Discours qu'il prononça le jour de sa réception à l'Académie française.

Discours sur le style (1753).

Sujet. — Après avoir remercié ses nouveaux confrères, BufTon leur annonce qu'il va exposer quelques idées sur le style , puisées dents leurs propres ouvrages.

Résumé. — Ce discours, intitulé après coup : Discours sur le style, se divise en deux parties :

I. — Nécessité de l'ordre et du 'plan. BufTon commence par distinguer « la véritable éloquence » de « cette facilité naturelle de parler » qu'il qualifie, un peu trop dédaigneusement, de talent vulgaire. Il n1aime pas le « ton véhément et pathétique,

PROSATEURS DU l\ nr n Cl H 21 1

ils et fi équenti . k i parol< rapide et toi nantes d ; en un mot, il n'aime pa \< poète 1 1 l< orat passionnés. Ses -ouïs sont iei très discutables. ■ Pu la définition du style : L style n'est que l'ordre ei U moutn ment qu'on met dans ses pensées. L'ordre s'établil par un plan général où n'entrent i que les pen entiell*

sujet... Ce plan n'est pas encore le style, mais il en est la base... De l'ordre natt l<i moiiTement (?), qui donne de la \i(à chaque expression ». Toute œuvre de génie doil être fondue d'un seul jet ».

11. • - Considérations sur /<■ style. Le bon style supp l'exercice de loutes les facultés intellectuelles. Les idées seules

en forment le fond; l'harmonie n'en est que l'accessoire et ne dépend que de la sensibilité des organes... Le ton n'est que la convenance du style à la nature du sujet... Voir clairement Tordre de ses pensées, posséder pleinement son sujet, ne point s'en écarter, c'est en cela que consiste la sévérité du style: c'est aussi ce qui en fera V unité et ce qui en réglera la rapidité. » Éviter avec soin l'emploi des pensées fines, des traits saillants et brillants, qui sont contraires au naturel. « Les ouvrages bien écrits sont les seuls qui passeront à la postérité. » Les connaissances, les faits, les découvertes, sont hors de l'homme et appartiennent à tout le monde; mais la manière de les mettre en ordre et de les exprimer est personnelle : Le style, c'est l'homme même.

Choix. — L'Homme, la Nature sauvage et la Nature cultivée, le Blé, les Volcans, le Cheval, Y Ane, le Cerf, le Castor , le Chien, le Cygne, le Rossignol, la Fauvette, Y Oiseau -Mouche, etc. — Discours sur le style.

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