N. ROUSSEAU
Jean -Jacques Rousseau, né à Genève de parents français d'origine, perdit sa mère en venant au monde. Son père ne prit aucun soin de son éducation. Le moment venu d'apprendre un métier, il se vit successivement clerc de greffier, apprenti graveur (d'où il fut chassé pour vol), laquais, séminariste, musicien ambulant, précepteur, etc. A trente ans, il se rendit à Paris, et se lia d'amitié avec Diderot et d'autres écrivains du
parti philosophique. Il végétait, exerçait sa plume en silence, lorsque le hasard lit tomber sous ses yeux cette question proposée par L'académie de Dijon : Le progrès des sciences et des arts a-t-il contribué à corrompre ou à épurer urs?
Rousseau, mécontent de lui comme des autres, prend parti contre la civilisalion, qu'il condamne au nom de la vertu, et remporte le prix (J760). Bientôt, dans un autre Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes (1755), il fait le procès à la société elle-même, donne la préférence à l'état sauvage sur l'état civilisé, et, rapportant tous les maux et tous les crimes à la propriété individuelle, il maudit « celui qui le premier, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est à m< Dès lors il ne cessa plus d'attaquer les institutions civiles et religieuses. Son imagination maladive, son orgueil sans bornes, « sa vie pleine de choses que la morale réprouve, » le jetèrent dans une noire misanthropie qui le rendit insupportable : il voyait partout des ennemis. La mort le frappa subitement à Ermenonville, près de Paris.
Œuvres. — Les principaux écrits de Rousseau sont : la Lettre sur les spectacles ( 1758) , V Emile (1762; , le Contrat social (1702 et les Lettres sur la botanique.
Jugement sur Rousseau. — Rousseau, dans ses écrits, a prouvé le pour et le contre avec la même force et la même originalité. On dirait qu'il a cédé au besoin de se singulariser. Par système ou par instinct, il s'élevait contre les spectacles, et il composait des opéras et des romans des plus dangereux; il imposait aux mères l'obligation de nourrir leurs enfants, et il envoyait les siens à l'hospice des Enfants -Trouvés; il écrivait de belles pages sur la divinité de Jésus-Christ, et il se bornait au culte de l'Être suprême.
Rousseau partage avec Voltaire la triste gloire d'avoir propagé les plus pernicieuses erreurs sociales et religieuses. « Il est un de ces hommes séduisants et dangereux chez qui Limagination et la sensibilité dominent et étouffent la raison, le sens commun, les facultés de réflexion, d'analyse et d'observation. » (E. Faguet.)
Gomme écrivain, on le place à côté de nos plus grands prosateurs; il excellait à peindre les beautés de la nature et les
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a Montesquieu est loin de se metlr< à l'aise comme Rousseau; il ne heurte rien, il examine tout. Il explique les rai de ce qui est , et cette explication est une haute leçon , du mo pour le bon sens, en faisant voir comment ce qui est subsi malgré ses imperfections, el pourquoi il doit subsister, coinmont on peut balancer la tendance naturelle au mal, et fortifier le principe du bien contre l'abus, qui n'est jamais une raison pour attenter au principe. Il a lui-même exposé son dessein dans un passage de sa préface qui marque les rapports de son caractère à son esprit. « Je me croirais bien récompensé de < mon travail si, après m'avoir lu, chacun trouvait dans mon a livre de nouvelles raisons d'aimer le pays où il est né, et le « gouvernement sous lequel il vit. » (La Harpe.)
Lettre sur les spectacles. — Cette lettre, adressée à d'Aleuibert, est pleine de force et de logique. Rousseau y démontre tous les dangers du spectacle dramatique, et cherche à prouver que la comédie, même la plus morale, est nuisible aux mœurs publiques.
Voltaire, accusé dans cette lettre d'avoir corrompu la Suisse avec ses théâtres de Ferney et des Délices, ne pardonna jamais à Rousseau cette attaque personnelle. Aux qualificatifs de i fanfaron d'impiété, d'âme basse... », que lui donnait le citoyen de Genève, Voltaire répondait par les gracieuses épithètes de « polisson malfaisant, d'archi-fou, de malheureux sophiste, de chien de Diogène, de bête féroce, qu'il ne faut voir qu'à travers des barreaux et ne toucher qu'avec un bâton... »
L'Emile ( 1702).
Sujet. — » VÉrnile, dit Kousseau, est une espèce de traité d'éducation plein de mes rêveries accoutumées. » Celle e*j de traité repose sur ce principe faux : « L'homme naît bon, mais la société le déprave; » c'est encore un plaidoyer contre la civilisation. Il comprend cinq livres. Nous n'avons à parler ici que du livre 11.
Résumé du livre IL — Ce livre traite de l'éducation de l'enfant, de deux à douze ans.
Éducation physique. La première éducation de l'enfant sera toute « négative ». Le vrai maître est la nature. Point de précautions ni de punitions excessives, mais des jeux bien choisis. Si Emile pleure, s'il tombe, s'il se blesse, ne pas accourir avec inquiétude, ne pas s'empresser autour de lui. « Le bien-être de la liberté rachète beaucoup de blessures. »
Éducation morale. Même procédé que pour le corps : la liberté, le laisser-aller, sous prétexte que « tout est bien sortant des mains de l'auteur des choses ». — C'est la négation de la faute originelle. — L'enfant ne doit être ni un esclave ni un despote. « Les mots d'obéir et de commander, de devoir et d'obligation, seront proscrits de son dictionnaire; mais ceux de force, de nécessité, d'impuissance et de contrainte, y doivent tenir une grande place. »
Autorité. Le gouverneur ne commandera jamais rien à son élève; les faveurs, il les accordera sans condition; les refus seront irrévocables. Emile est élevé à la campagne. Point de leçons orales ni de beaux discours, mais des exemples et des leçons de choses. Quelques fèves, par exemple, plantées dans le jardin, serviront à lui donner ridée de la propriété.
Culture intellectuelle. Nulle encore , dans la crainte « d'épuiser les forces de l'enfant pour les avoir voulu trop exercer ». Pas de lecture, ni d'écriture, ni d'exercices de mémoire, ni d'histoire, ni de géographie, ni de fables de la Fontaine. L'important est de savoir temporiser.
Exercices du corps. Gymnastique, natation, éducation du toucher, de la vue, du goût, de l'odorat.
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détail; maia l'ensemble du 5 tèroe, en admettant qu'il pral ique, aboutirait a coup sûr au pli
«. a la lin de la seconde période de la rie, Emile c I un garçon f<>ri et robuste, quoique un peu rustique. Paroz,
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sera nullement préparé à devenir un adolescent N'ayant pas pris dans ses premières années l'babitud penser, il sera, j'en ai peur, incapable de la prendre plus tard... Rousseau se donne pour l'apâtre de la nature, et il supprime dans l'éducation lea Influences naturelles, la famille, la vie sociale... De peur de contrarier la nature, il ne l'aide pa Emile ignore même que les hommes existent... A plus forte raison no connattra-t-il [tas Dieu, dont la révélation est reini-e à beaucoup plus tard. » (Compayhé.)
« L'auteur de VÉmile , dit Mgr de Beaumont dans le mandement portant condamnation de ce livre, propose un plan d'éducation qui, loin de s'accorder avec le christianisme, n'est pas même propre à former des citoyens ni des hommes. »
Le Contrat social, que Voltaire appelait le « contrat insocial de l'insociable J.-J. », reprend et systématise les idées du Discours sur l'inégalité. Voici les principales : L'homme est né libre et indépendant; l'État s'est formé, à l'origine, par un contrat en vertu duquel chaque citoyen a fait à la société l'abandon de tous ses droits; le peuple est le seul souverain, et ses décisions sont sans appel; le pouvoir, le chef, le magistrat, qui maintiennent l'ordre social, ne sont pas irrévocables, le peuple peut les destituer quand il lui plaît. — La fausseté, l'absurdité de cette doctrine est manifeste. La liberté de l'homme est plus fictive que réelle : il est soumis tout au moins à la loi divine; le contrat social primitif, dont parle Rousseau, est une hypothèse sans fondement; si TLtat est la somme de tous les droits, il est tout, l'individu n'est rien; si le peuple est la seule autorité souveraine, infaillible, l'individu est soumis, corps et âme, au plus oppressif des despotismes; si le peuple peut à volonté modifier, limiter, changer l'autorité, c'est l'anarchie, l'instabilité, la ruine du bien public. « Jamais, dit M. Vapereau, la liberté n'eut moins de place que dans cette prétendue restauration de
la liberté individuelle. . . Le Contrai est le préambule de
la politique absolutiste de la Convention. Il donne la théorie. Robespierre et les jacobins se chargeront de la pratique.
Choix. — L'innocence du jeune âge (Ëmile/ ; l'île de Saint- Pierre, le lever du soleil; le duel; le suicide; l'ombre de Kabricius aux Romains Disc, à l'acad. de Dijon).