‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 100 sur 157 · III. VESPASIEN · texte numérisé non relu

III. VESPASIEN

(Flavius Vespasianus.)

Vespasien était un hoj^me obscur, fils d'un publicain de Réate , qui s'était enrichi pai" l'usure. Son fils , dit-on ,

VESPASIEN. 4l$

hérita de son avarice. Lorsqu'il fut empereur , non content d'avoir rétabli les impôts abolis sous Néron et sous Galba, il en ajouta de nouveaux ,' et s'abaissa jusqu'à des moyens honteux même pour des particuliers. Il vendait les honneurs aux candidats et l'absolution aux accusés. On prétend même qu'il élevait aux grands emplois les gens d'affaires les plus habiles , afin de les pressurer quand ils se seraient enrichis. Une ville voulait lui élever une statue colossale : « Qu'on la pose tout de suite, dit-il, en montrant le creux de sa main; voici la base. » D'après une opinion mentionnée par Suétone , ce désir de faire de l'argent était un effet de la nécessité. Le trésor, épuisé par les extravagances artistiques de Néron et par la dispendieuse gloutonnerie de Vitellius, était devenu si pauvre, qu'il fallait avoir recours à tous les moyens pour faire face aux dépenses. Or, à l'avènement de Vespasien au trône , l'État avait besoin de huit cents millions de notre monnaie pour se soutenir. Ce qui donne de la force à cette opinion , c'est que si Vespasien se montra peu scrupuleux pour se créer des ressources financières, il employait très-bien l'argent mal acquis. Souvent même il se montra libéral à propos. Lorsque des sénateurs étaient trop pauvres pour soutenir leur dignité, il les aidait de son trésor, et si une ville était frappée de quelque calamité , il lui venait en aide. Mais un mérite qu'il faut surtout reconnaître à Vespasien , c'est celui d'habile administrateur. Sous lui l'empire respira; non content d'avoir remis de Tordre dans les finances, il sut rétablir la discipline dans l'armée. On ne vit plus de confiscations , de jugements de majesté. Il bannit de Borne les philosophes- stoïciens ; lui, qui n'était qu'un homme d'affaires, ne comprenait pas de quelle utilité pouvait être dans l'État cette philosophie solitaire. L'empire n'était pas encore assez vieux pour attendre patiemment ce qu'il plairait aux dieux de lui envoyer de bien ou de mal.

Vespasien acheva deux guerres importantes , celle de Judée et celle des Gaules. Sous Hérode le Grand , la Judée s'était relevée , grâce à l'amitié d'Auguste. Hérode avait ajouté à son royaume la Samarie, la Galilée, la Pé-

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rée en deçà du Jourdain , lTturée et la Trachonitide avec l'Idumée. A sa mort , ce riche héritage fut partagé entre ses trois fils, Archelaûs, Philippe et Antipas; Archelaûs ayant, par sa mauvaise conduite, excité la eolère des Romains, sa part de l'héritage paternel, c'est-à-dire, la Judée et ta Samarie , ftat ajoutée à la province romaine de Syrie, À la mort de Philippe , son royaume subit le même sort. Cependant , l'an 37 , Caligula donna ce pays à Agrippa , petit-fils d'Hérode ; il y joignit bientôt la tétrarehie d' Antipas et l'ancien royaume d' Archelaûs; mais après sa mort tout le pays fut définitivement réduit en province romaine. L'oppression des procurateurs, et particulièrement les exactions de Gessius Florus, portèrent les Juifs à la révolte. Un premier générai fut peu heureux ; mais Néron envoya contre eux Vespasien, qui allait assiéger Jérusalem quand il fut proclamé empereur. En partant pour l'Italie , il laissa à son fils Titus le commandement de son armée. Ce fut une guerre horrible , sans pitié. Les Juifs se défendirent avec l'opiniâtreté ordinaire de leur race. Les Romains n'entrèrent dans Jérusalem que lorsqu'il ne resta plus personne pour la défendre; la famine et le fer de l'ennemi emportèrent treize cent jnille Juifs. Les dépouilles trouvées dans la ville firent baisser de moitié la valeur de l'argent en Syrie (71).

L'autre guerre eut la Gaule pour théâtre. Cette province , ou du moins quelques-uns des peuples qui habitaient vers le nord-est , n'étaient point encore résignés au joug; et lorsque le Batave Civilis, profitant des guerres civiles qui précédèrent et qui suivirent l'avènement de Vespasien , leva l'étendard de la révolte , il trouva assistance parmi plusieurs peuples de la rive gauche du Rhii. Les légions qui gardaient ce fleuve furent vaincues oor gagnées , et bientôt l'on vit ces mots écrits sur les bannières de Civilis : Empire gaulois. Enfin, un. chef gaulois, Sebinus, qui prétendait descendre de César, prit la pourpre impériale. Mais trop de peuples dans la Gaule étaient déjà façonnés à la domination romaine, pour que cette tentative pût réussir. Tout alla bien tant que Vitelliua dis-

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puta l'Italie à Vespasien; mais lorsque celui-ci se trouva seul maître de l'empire , H envoya une armée qui eut bientôt rétabli tout sur l'ancien pied. €ivilis, enfermé dans l'île des Bataves, fit sa soumission (70). Quant à Sabinus, ayant fait courir le bruit de sa mort , il se cacha dans un souterrraia où il demeura neuf ans avec sa femme et ses enfants. Découvert enfin , il fut conduit à Rome et mis à mort malgré les larmes de la fidèle Éponine.

Vespasien , jusqu'à ses derniers moments, s'occupa avec une activité remarquable des devoirs que lui imposait l'empire. Sentant l'heure fatale venir et ses forces l'abandonner , il voulut qu'on le soulevât , ajoutant : « Il faut qu'un empereur meure debout. » Quelques jours auparavant , faisant allusion à l'apothéose que les flatteurs de Titus, son fils et son successeur, ne manqueraient pas de lui décerner, il avait dit plaisamment : « Il me semble que je deviens dieu. »

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