II. OTHON ET VITELUUS
(M. Salviw Otho, A. Vitellius.)
Othon était né l'an trente-deux après J. C, d'un père qui avait été consul sous Tibère. Il s'annonça par une jeunesse prodigue et licencieuse, fût le compagnon de débauche de Néron , et vécut longtemps à ce titre dans son intimité; mais ayant osé lui disputer la possession de Poppée , Néron l'exila en lui donnant la questure de Lusitanie. Othon y demeura dix ans , et parut vouloir, par une conduite honorable , démentir la réputation que ses premières années lui avaient faite. Il fut l'un des premiers à se déclarer pour Galba , dont il espérait devenir le lieutenant et le successeur ; mais le vieil empereur préféra l'austère vertu de Pison. Othon , qui était poursuivi chaque jour par ses nombreux créanciers , et qui avait besoin de se réfugier dans la pourpre contre la misère , ne vit plus de salut pour lui que dans une révolte qui lui donnerait l'empire, et se fit
par ses prodigalités un parti dans les troupes. Les soldats, qui regrettaient Néron, crurent l'avoir retrouvé dans Othon , et il n'eut point de peine à les pousser à la révolte. Galba et Pison furent massacrés par les prétoriens; mais Othon ne jouit pas longtemps du pouvoir impérial. A peine était-il proclamé à Rome , que les légions de Germanie reconnurent pour empereur Vitellius , envoyé par Galba pour les commander. Othon , qui n'avait pour lui que les cohortes prétoriennes et une foule indisciplinée plutôt qu'une armée , fut vaincu à Bédriac. Il pouvait prolonger encore de quelque temps sa résistance et la guerre civile, mais il préféra se donner la mort.
Le nouveau maître ,àe l'empire apportait sur le trône impérial des vices qui ne l'avaient pas encore déshonoré. On avait vu déjà des empereurs fous et cruels; maison n'avait point eu encore à rougir pour les chefs de l'empire de cette gloutonnerie que montra Vitellius, toujours couché à V ombre des jardins comme ces animaux immondes qui gisent à terre engourdis après leur pâture. Les dépenses de sa table se montèrent à cent quatre-vingts millions. Le monde ne pouvait être longtemps gouverné par un tel homme. C'étaient les légions du Rhin qui l'avaient proclamé ; celles de Syrie voulurent à leur tour faire un empereur, et donnèrent ce titre à leur général Vespasien, qui l'accepta à la sollicitation de Mucien , gouverneur de Syrie. Bientôt les légions du Danube se joignirent à lui, pénétrèrent en Italie sous là conduite d' Antonius Primus , battirent près de Crémone les troupes de Vitellius, qui dès lors ne tarda pas à être précipité du trône; mais il eut encore le temps de retourner à Rome, où il versa des flots de sang et incendia le Capitole.