DOMITIEN
à la vie de cet odieux tyran. Les conjurés justifièrent leur assassinat en élevant Nerva à l'empire.
Domitien , comme Caligula, eut l'ambition des conquêtes. Il attaqua les Gattes (82) , l'une des plus belliqueuses tribus de la Germanie, ravagea une partie de leurs terres, fit quelques prisonniers , et rentra à Rome en triomphe. Son char était précédé d'une multitude d'esclaves qu'il avait achetés et fait habiller en Germains. Plus tard , il eut affaire avec la puissante nation des Daces ; mais il n'y avait point à se jouer avec elle. La guerre , cette fois, fut sérieuse (86 — 90). Les frontières de l'Italie furent entamées, et déjà plusieurs peuples de la Germanie remuaient. Domitien s'effraya; il se hâta d'acheter la paix et de promettre un tribut annuel.
C'est cependant sous ce prince que fut accomplie la conquête de la Grande-Bretagne. Reprenons en peu de mots l'histoire des expéditions des Romains contre cette île. César , nous l'avons vu , y était descendu deux fois sans pouvoir y faire un établissement durable. Mais la soumission de cette île , d'où partaient pour la Gaule tant de missionnaires druidiques, était si nécessaire à la tranquillité du continent voisin , que tous les empereurs voulurent en essayer la conquête. Les préparatifs commencés trois fois par Auguste furent continués par Caligula : il s'avança, dit Suétone, vers les bords de l'Océan avec un grand appareil de batistes et de machines de guerre. Arrivé sur le rivage de Boulogne , au moment de s'embarquer pour la Breta- * gne , il ordonna tout à coup à ses soldats de ramasser les coquillages que la marée avait laissés sur la côte , et d'en remplir leurs casques : « Ce sont, dit-il, les dépouilles de « l'Océan que nous venons de conquérir ; nous les porterons « au Capitole, et nous en décorerons le palais impérial. » Puis, comme monument de sa victoire, il éleva une tour très-haute où il fit placer des fanaux, pour éclairer les vaisseaux durant la nuit. Rien ne manqua à cette ridicule expédition , ni le donativum, ni le triomphe au Capitole. D donna cent deniers d'argent à chaque soldat , en gratification militaire : « Maintenant, leur dit-il, vous pouvez
4l8 CHAPITRE JX1V.
« vous en aller riches et contents de la libéralité de votre « empereur. » Les galères sur lesquelles il était entré dans TOcéan furent transportées par terre à Rome , et il écrivit qu'on lui préparât pour récompenser ses exploits le plus magnifique triomphe qui eût jamais été vu dans la capitale de l'empire. Claude , son successeur, reprit sérieusement le projet d'une descente. L'Ile était malheureusement déchirée par des guerres continuelles entre tous les chefe qui se partageaient son territoire , et depuis que les enseignes romaines s'étaient montrées aux yeux des Bretons, le chef vaincu passait toujours la mer, et allait demander asile et protection aux Césariens. Pour rentrer dans leur patrie, ils n'hésitaient point à implorer les secours de l'étranger; telle fut la conduite de Jtfandubrat, au temps de César; d'Admine (Edwin), sous Caltgula, auquel le prince hreton résigna, dit-on , par un traité formel, tous ses droits sur l'île. Claude eut aussi près de lui un chef insulaire, Yéric ou Béric, qui se chargea de guider les légions.
Une expédition en Bretagne n'était point une guerre qui plût alors aux soldats. Cette île sombre, toujours cachée dans Les brouillards, ces druides, ministres d'un culte sanguinaire et mystérieux, qu'ils avaient chassés de la Gaule et qu'ils allaient poursuivre dans leur dernier asile, leur inspiraient un effroi dont ils ne pouvaient se défendre. «Leur pouvoir est grand, disaient quelques-uns, car ils « commandent aux vents et aux flots de la mer; ils doa- «jaent le beau temps ou le naufrage. C'est par eux que fu- « rent soulevées les tempêtes qui deux fois ont brisé tas « flottes du grand César. Il en adviendra de même de nas «vaisseaux, et nous périrons sans gloire, enfermés dans « eette île funeste. » Un heureux présage fit taire toutes ces craintes; un météore brillant traversa le détroit dans h direction que la flotte romaine devait suivre. Aux yeux des Romains, c'était un engageaient que les dieux prenaient de leur donner la victoire. Aussi tous partirent dès lors rassurés et confiants. Les insulaires imitèrent la tactique de Caswallawn : les vivres furent détruits, tes habi-