‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 104 sur 157 · BOM1T1HH · texte numérisé non relu

BOM1T1HH

tations, incendiées ; il n'y eut pks qu'un désert autour des légions. Mais leur général n'était point cette fois pressé d'en finir par une bataille pour aller comprimer les soulè* vements de la Gaule, le continent était tranquille et envoyait en abondance des vivres au eamp romain ; Autos Plautius put donc s'avancer sans crainte dans l'intérieur de l'île, lançant à la poursuite des Bretons les Germains qui lui servaient d'auxiliaires-^ Ceux-ci , habitués à cette guerre de rivières et de marais, surprenaient toujours les insulaires qui, comptant sur la lenteur et la pesanteur des légions, croyaient encore l'ennemi bien loin d'eux. Les Bretons furent les premiers à perdre patience : sur les bords de la Saverne, ils livrèrent à Plautius une bataille de deux jours , où l'un de leurs chefs, Togodumne, fut tué. Bientôt arriva l'empereur lui-même, qui s'avança jusqu'à Camalodunum , au delà (te la Tamise , reçut la soumission de plusieurs peuplades voisines, et retourna triompher à Borne. Les pays que baigne la Tamise au sud et au nord furent déclarés province romaine (45 après J. G.)- Les Bretons toutefois ne laissèrent pas l'étranger s'établir paisiblement au milieu d'eux. Vespasien, l'un des lieutenants de Claude , eut plus de trente batailles à livrer aux insulaires avant de soumettre les Belges et les habitants de l'île de Wight. Plautius, de l'autre côté de la Tamise, ne put résister aux peuplades qui l'entouraient qu'en jetant avec son or la division parmi elles. Lorsqu'après cinq années il fut remplacé par Ostorius Scapula, une grande confédération s'était formée pour délivrer l'île de la présence de l'étranger. A la tête de cette ligue était le puissant Caractac, descendant de Caswallawn , et dont le frère était mort glorieusement pour la cause de l'indépendance. Son énergie et son courage échouèrent devant le talent d'Ostorius et l'opiniâtreté de son armée. La femme et la fille de Caractac furent prises, et ses frères se rendirent à discrétion; lui-même, trahi par Cartismandua , reine des Brigantes, chez laquelle il était allé chercher un asile, fut chargé de fers et livré aux vainqueurs. Conduit à Rome, où son nom n'était pas sans éclat, il fit un appel

4aO CHAPITRE XXIV.

courageux à la clémence de Claude, qui lui pardonna.

«Après Ostorius vint Didius Gallus, qui maintint les conquêtes de ses prédécesseurs ; seulement il établit en avant un petit nombre de forts pour se donner la réputation d'avoir fait plus que le simple devoir. À Didius succéda Veranius, qui mourut dans l'année. Après ce dernier, Suetonius Paulinus eut deux ans de succès, pendant lesquels il soumit des nations et fortifia des postes : sa confiance s'en accrut, et en attaquant l'île de Mona, qui fournissait des secours aux rebelles, il laissa derrière lui le champ libre à la rébellion l . »

En effet , les Bretons, enhardis par son absence, se soulevèrent sous la conduite de la reine Boadicée, et si Suetonius, averti de ce mouvement, qui coûta, dit-on, la vie à quatre- vingt mille Romains, ne se fût hâté d'accourir, la Bretagne se détachait de l'empire.

« Une bataille gagnée la rendit à son ancienne soumission , bien qu'il restât en armes un bon nombre d'habitants qu'agitait la conscience de leur révolte et qui se croyaient plus menacés par le général. Suetonius, doué d'ailleurs de grandes qualités , traitant ceux qui s'étaient rendus avec la hauteur et la dureté d'un homme qui venge sa propre injure, on mit à sa place PetroniusTurpilianus, comme moins inexorable. Désintéressé dans les offenses de l'ennemi , et par là même plus indulgent pour le repentir, Petronius pacifia la province sans chercher à l'étendre, et la remit à Trebellius Maximus. Ce dernier, sans activité comme sans expérience des camps, maintint l'ordre par une certaine politesse d'administration. Les barbares euxmêmes apprirent à pardonner aux vices agréables, et les guerres civiles qui survinrent alors fournirent à l'inaction du général une excuse légitime. Mais on éprouva le fléau de la discorde, effet du désoeuvrement chez des soldats accoutumés à de continuelles expéditions. Réduit à fuir et à se cacher pour échapper à leur fureur, Trebellius, déshonoré, avili, reprit à peine un commandement précaire,

'Tacite, Agricola, 14. .

Page 1