DOMITIEN
comme si l'armée eût traité, pour la licence, et le chef, pour la vie : cette sédition ne coûta pas de sang. Vectius Bolanus, dans un temps où les guerres civiles duraient encore , ne donna pas plus de vigueur à son gouvernement : même inaction à l'égard des ennemis, même indiscipline dans les camps; seulement Bolanus, irréprochable et pur de tout crime qui pût le faire haïr, s'était concilié l'amour à défaut de respect.
« Mais lorsque, avec le reste du monde, la Bretagne eut reconnu Vespasien, on y vit d'habiles généraux, d'excellentes armées, et l'espoir des ennemis s'affaiblit. Petilius Cerialis les frappa d'abord de terreur en attaquant la cité des Brigantes, la plus considérable de toute la province* Il livra de nombreux et quelquefois de sanglants combats , et il étendit sur une grande partie du pays ou la conquête on la guerre. Les services et la renommée de Cerialis auraient écrasé tout autre successeur ; un grand homme, autant qu'il était alors permis de l'être, Julius Frontinus, en soutint le poids. Il dompta par les armes la forte et belliqueuse nation des Silures, entreprise où, avec le courage des ennemis, il eut encore à vaincre la difficulté des lieux. « Telles étaient la fortune de la guerre et la situation de la Bretagne lorsque Agricola s'y rendit '. » Agricola, qui avait fait ses premières armes en Bretagne, sous Suetonius Paulinus, reprend le projet de ce général sur File de Mona, qu'il soumet; effraye les ennemis par ses armes, et les gagne par sa clémence ; ferme par une ligne de fortifications l'espace de terre que laissent entre elles les rivières de Glotta et de Bodotria; défait les Calédoniens conduits par le brave Galgacus; fait alors explorer par sa flotte l'extrémité septentrionale de l'Ile, et, rappelé à Rome par la jalousie de Domitien, reçoit, pour récompense de cette importante conquête, le triomphe, et peu de temps après la mort.
* Tacite, Agricola, 16-18, trad. de M. Burnouf.
432 CH.fcW»B XXV.
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