I. NERVA
( Marcus Cocceius Nerva. )
Nerva ne fit pour ainsi dire qu'une seule chose durant son règne ; mais elle suffit pour fui mériter la reconnaissance de fempire : sentant sa faiblesse, il choisit Trajan pour son successeur. Ajoutons aussi qu'il chercha , par l'abolition des impôts et par une distribution de terres aux plus, indigents, à ranimer l'industrie. Une révolte des gardes, qui coûta la vie aux meurtriers de Domitien , fut cause de l'adoption de Trajan. Un mot de Tacite suffit à son éloge :« Nerva, dit le grand historien, unit deux choses jadis incompatibles , le pouvoir suprême et la liberté. »
5 H. TBAJAW.
( Marcus Ulpius Nerva Trajanus. )
Trajan avait quarante-six ans quand Nerva l'adopta; il commandait alors les légions de la basse Germanie. Telle était déjà l'autorité de son nom, que la nouvelle de son adoption apaisa les séditions qui troublaient Rome depuis plusieurs mois. D manda près de lui les chefs de la révolte; aucun d'eux n'osa désobéir , et Trajan les punit sévèrement Après la mort de Nerva, reconnu empereur par le sénat, le peuple et les armées , il resta une année encore sur Tes bords du Danube pour surveiller et intimider les barbares. Lorsqu'il revint à Rome, les soldats qui l'accompagnaient donnèrent un exemple, depuis bien longtemps inconnu,
trajàj*. 4»3
3Le l'ancienne discipline : personne n'eut aucune plainte à élever contre eux. A son arrivée, Trajan entra dans René à pied, escorté seulement de quelques soldats , et affable pour tout le monde. Justifiant l'inscription placée par Ner va sur le palais impérial, Palais publie, Trajan ouvrit sa demeure à tous les citoyens, et, rappelant la modestie étudiée d'Auguste, il visitait, comme un simple particulier, ses anciens amis , assistait à leurs fêtes de famille , et donnait à ceux mêmes contre qui on voulait lui inspirer des craintes, des marques de la plus entière confiance.
Quelques défauts ternissaient cependant l'éclat de ses vertus. Trajan n'avait pu se soustraire complètement aux mœurs de ses contemporains, et Julien , dans ses Césars, lui reproche d'avoir trop aimé le vin; il est juste de dire que Trajan défendit l'exécution des ordres qu'il donnait après les longs repas.
Il n'imita point ceux de ses prédécesseurs qui, toujours jaloux de la faveur du soldat et de la populace de Rome, faisaient tomber sur eux toutes leurs faveurs. La gratification qu'il donna à son avènement fut répandue sur toute l'Italie ; celle du peuple fut payée avant celle des soldats* Il ne voulut point recevoir les dons prétendus volontaires que les provinces et les villes faisaient àchaque nouveau règne. Les empereurs, jusqu'alors, n'avaient guère songé qu'à approvisionner Rome aux dépens des provinces : Trajan, accordant la libre circulation des grains, répandit partout l'abondance, si bien que Rome put à son tour rendre à l'Egypte „ réduite à la famine par l'insuffisance de la crue du Nil , le servicequ'elle en recevait tous les ans. Les délateurs" n'étaient pas heureux sous les. bons princes : Trajan les envoya mourir dans des îles désertes. L'ordre et l'économie qu'il fit régner dans la maison impériale et dans l'administration lui permirent de diminuer les impôts , d'augmenter ses revenus en vendant successivement une foule de palais, de maisons de plaisance , de jardins superbes que les premiers Césars avaient acquis par leur& confiscations. Enfin, dit son panégyriste , l'État se trouva plus grand que le domaine du prince. '
S'il construisit des monuments, ce furent des édifices d'utilité publique , ou qui devaient servir à l'ornement de Rome, comme la colonne Trajane, qui raconte encore ses exploits. Parmi ces constructions, la plus importante fut une grande route qui traversait tout l'empire , du Pont- Euxin jusque dans les Gaules. Un grand nombre d'autres routes et de voies militaires tracées par lui facilitaient l'action rapide du gouvernement impérial. C'est lui qui fit creuser à ses frais le port d'Ancône.
Il aurait voulu qu'on ne le crût que le général de la république. S'efforçant de rétablir les anciennes formes républicaines , il rendit les élections aux comices , la liberté des suffrages au sénat. Pour donner quelque considération aux magistratures , il s'en faisait revêtir lui-même , sans oublier aucune des formalités imposées aux candidats, se rendant au milieu du Chanîp de Mars, et attendant son élection, confondu, comme les autres , dans la foule. A la fin de son troisième consulat, il vint à la tribune aux harangues jurer qu'il n'avait rien fait contre les lois. Il veilla à ce que les charges ne tombassent pas sur des personnages indignes. Tous les candidats devaient avoir des propriétés en Italie: la fortune était considérée comme une garantie.
Ces soins cependant n'occupèrent que peu l'empereur : son règne fut le plus belliqueux de tous ceux que Rome avait vus jusqu'alors. Il attaqua d'abord les Daces, nation valeureuse qui habitait au delà du Danube , et avait imposé un tribut à Domitien. L'empereur ouvrit la campagne {101) par une victoire éclatante. Malgré l'adroite tactique du Décébal , où chef des Daces , Trajan le poussa de retraite en retraite jusqu'à sa capitale , dont on voit encore les ruines en Transylvanie. Les Daces furent contraints d'acheter la paix (103). Trajan, affectant la conduite des anciens généraux, renvoya au sénat les députés des Daces pour la ratification du traité. La guerre, recommencée l'an 105 contre ce peuple, se termina Tannée suivante par la réduction de la Dacie en province romaine. Cette même année , Cornélius Palma , chargé du gouvernement de la Syrie, faisait la conquête de l'Arabie Pétrée.