‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 107 sur 157 · TRAJAN · texte numérisé non relu

TRAJAN

La frontière du Rhin avait été assurée par la soumission de Civilis; celle du Danube, par la victoire de Trajan contre les Daces : restait celle de l'Euphrate. Trajan y passa les dernières années de son règne. Gosroès , roi des Par* thés , avait placé sur le trône d'Arménie son propre frère ; Trajan prétendit que Rome avait le droit de donner l'investiture de ce royaume. Parthamasiris vint inutilement s'humilier aux pieds de l'empereur; Trajan pénétra dans l'Arménie, en chassa lesfcarthes, vainquit Parthamasiris, et resta maître de l'Arménie , qu'il réduisit en province romaine ainsi que l'Assyrie et la Mésopotamie. L'Ibérie , la. Colchide et toute la côte orientale duPont-Euxin furent soumises à l'empire (114). Ensuite il menaça l'empire des Partîtes. D'abord il prit Édesse, capitale d'un petit royaume indépendant entre les deux grands empires, puis s'empara de Nisibie, de Singara, et s'avança vers le Tigre, marchant lui-même à pied, malgré son âge , à la tête de ses troupes, leur rappelant ainsi les anciens généraux de la république. L'année suivante , 1 15 , il entreprit une nouvelle expédition contre les Parthes , consulta l'oracle d'Héliopolis, qui, guidé par la prudence des prêtres, lui envoya pour toute réponse une baguette brisée. Quel que fût le résultat de la guerre, l'oracle ne pouvait être accusé de s'être trompé. Les Parthes essayèrent vainement de défendre le passage du Tigre. Une province située sur la rive gauche de ce fleuve , l'Adiabène , fut conquise , et Trajan , qui avait toujours devant les yeux l'expédition d'Alexandre, dut se réjouir de traverser les champs de Gaugamela où Alexandre avait vaincu Darius , et de pénétrer dans la petite ville d'Arbèles.

Après cette conquête, il redescendit vers Babylone, qui depuis longtemps avait perdu sa puissance , prit Suze et vint assiéger Gtésiphon, la nouvelle capitale des Parthes. Il revint encore une fois dans le sud de la Mésopotamie jusqu'à l'embouchure du Tigre et de l'Euphrate dans le golfe Persique , descendit ce bras de mer dans toute sa longueur , et entra même dans l'océan Indien. * Si j'étais plus jeune, dit-il, j'entreprendrais ce qu'a fait Alexandre. » Il se

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consola de ne pouvoir aller aussi loin , en faisant la conquête d'une contrée qui n'avait pas vu le roi de Macédoine, l'Arabie Heureuse. Puis il rentra en , Mésopotamie , d'oà les Parthes avaient déjà chassé ses légions. N'espérant pas pouvoir réaliser les espérances qu'il avait conçues , il se résigna à donner un roi aux Parthes, Parthamaspates, puisqu'il ne pouvait les détruire (116).

Pendant ses lointaines expéditions , derrière lui avait lieu une effroyable révolte : les Juifs , si horriblement décimés par Titus, espéraient ressaisir leur indépendance. A Cyrène , dans l'île de Chypre, en Egypte, ils massacrèrent impitoyablement les Romains qu'ils purent saisir, les livrant à des tourments inouïs ( 1 1 5) . Les uns étaient sciés tout vifs dans la longueur de leur corps , d'autres étaient dépecés avec des tenailles rougies au feu. Si les historiens romains n'ont pas exagéré, il faut croire que les Juifs dévorèrent plus d'une fois les membres de leurs victimes. Il fallut une guerre en règle pour les soumettre.

C'est au milieu de ces circonstances que mourut Tra~ jan , Tan 117, avec la douleur de voir son ouvrage presque détruit : le roi qu'il avait donné aux Parthes, chassé; ses conquêtes au delà du Tigre, perdues; l'Arménie, enfin , retombée sous l'influence des Parthes. Son règne belliqueux fut toutefois utile à l'empire. Les barbares furent étonnés de la vigueur que conservaient encore les Romains , et ses campagnes préparèrent un règne pacifique à ses deux successeurs. Les historiens lui ont longtemps reproché d'être l'auteur de la troisième persécution contre les chrétiens ; il faut remarquer toutefois qu'il pouvait confondre les chrétiens avec les Juifs, dont le nom était en horreur dans l'empire. De plus, s'il ordonna de punir ceux qui refuseraient d'offrir de l'encens aux idoles , il faut ajouter qu'il écrivait à Pline , gouverneur de Bithynie , de ne point rechercher les chrétiens, de ne point s'inquiéter de ce qu'ils feraient dans leurs demeures, de ne point admettre de délations contre eux, mais de les punir toutes les fois qu'ils se présenteraient eux-mêmes devant lui, et insulteraient l'empire en refusant d'adorer les dieux qui k protégeaient.

S III. ÀJDBIEN.

{Pnblius jEUus Haârianus.)

Adrien , cousin et papille de Trajan, dont il avait épousé la nièce , fut proclamé à Antioche par les troupes : Trajan , assurait Plotine , l'avait adopté avant de mourir. Le sénat confirma l'élection du nouvel empereur. Le premier acte de l'administration d'Adrien fut l'abandon des conquêtes de Trajan. Ce prince n'avait point le caractère belliqueux de son père adoptif; c'était un lettré, faisant des vers, curieux de tontes choses, étudiant la médecine, l'arithmétique, la géométrie ; apprenant à peindre , à chanter, à jouer des instruments ; préférant Athènes à Rome ; esprit un peu efféminé, mais administrateur habile et vigilant, qui rendit d'importants services à l'empire. Adrien suivit la politique d'Auguste ; il retira toutes les troupes qui étaient dans l'Arménie, la Mésopotamie et l'Assyrie, bornant l'empire à l'Euphrate. Ainsi, pour la première fois ïe dieu Terme reculait; l'empire sentait le besoin de se resserrer, de concentrer ses forces. L'Arménie redevint un royaume comme avant Trajan. Adrien aurait voulu aussi renoncer à la Dacie, mais on l'en détourna en lui représentant qu'il y avait un trop grand nombre de citoyens romains pour qu'il pût honorablement l'abandonner. Toutefois, comme mesure de sûreté , il abattit les arches du pont que Trajan avait jeté sur le Danube, de peur que les Daces ne s'en servissent pour pénétrer dans la Mœsie. 11 oubliait que tout l'hiver le Danube devenait un pont pour les barbares.

Adrien régularisa le gouvernement impérial ; il fit pour la discipline des armées et les exercices militaires un grand nombre de règlements qui lui survécurent longtemps. Il fixa F âge auquel on pourrait obtenir les diverses charges militaires, au moins celle de tribun; de plus, il voulut que dans chaque cohorte il y eût, comme dans les premières

armées de Rome, des ouvriers de toute espèce. Les charges de la maison impériale, celles de la justice, furent distribuées dans l'ordre où elles étaient encore à la fin du quatrième siècle. Afin d'honorer les charges du palais, il éloigna de lui les affranchis dont s'étaient servis ses prédécesseurs, et mit en leur place des chevaliers romains. Le préfet do prétoire, qui n'avait eu jusqu'alors que le commandement des gardes prétoriennes , fut revêtu par lui d'une autorité civile , ce qui en fit bientôt la deuxième personne de l'empire. Le conseil privé devint un des corps constitués; il fit des lois au nom de l'empereur, et dès lors les édits commencèrent à remplacer les sénatus-consultes. Quatre chancelleries furent établies, et, pour régulariser l'administration de la justice , Salvius Julianus dressa par l'ordre d'Adrien un édit perpétuel. Jusqu'alors chaque préteur entrant en charge promulguait un édit, de sorte que les formes comme les principes de la justice pouvaient varier chaque année. Cette lex annua fut remplacée par Yedictum perpetuum, qui contenait les principales dispositions des anciens édits des préteurs, mais coordonnées, codifiées. Tous les magistrats durent le prendre pour règle dans l'administration de la justice.

Adrien adoucit encore le sort des esclaves; la jurisprudence ordinaire voulait que quand un maître était assassiné chez lui, tous les esclaves qui se trouvaient au moment du meurtre dans la maison fussent punis du dernier supplice comme coupables, sinon d'avoir commis le meurtre, du moins d'avoir manqué de vigilance pour l'empêcher. Adrien ordonna qu'on soumettrait seulement à la question ceux qui se seraient trouvés assez près du meurtre pour l'entendre. Une autre innovation fort grave dans cette partie de la législation fut celle qui enleva aux maîtres le droit absolu de vie et de mort sur les esclave^ Quand ces derniers avaient commis quelque crime qui pouvait entraîner la peine de mort , les magistrats seuls pouvaient les y condamner. Les prisons particulières ou ergastula, dans lesquelles les maîtres enfermaient ceux de leurs esclaves qu'ils voulaient punir, et même quelquefois des hommes

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