‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 112 sur 157 · COMMODE · texte numérisé non relu

COMMODE

les autres avec un pareil nombre de javelots. C'était peu pour lui. Il alla jusqu'à desceudre nu dans l'arène pour y danser et y combattre. Le peuple, dît Hérodien, rougit de ^woir ainsi profaner la majesté impériale.

Mais que de sommes devaient engloutir ces divertisse* ments , ces combats continuels où l'on voyait figurer cent lions et des armées de gladiateurs! Commode avait un moyen facile de faire face à tant de dépenses : il vendait <Les provinces, il vendait des procès, il vendait jusqu'à la mort d'un ennemi.

Cependant le terme de ces scandaleuses folies approchait. Le 1er janvier (193), jour où les consuls entrent en charge, Commode veut paraître non comme consul, mais comme gladiateur; non avec l'appareil impérial, mais précédé des gladiateurs sortant de l'arène. Il communique sa résolution à Marcia , sa maîtresse favorite , qui le conjure . de renoncer à un projet aussi déshonorant que dangereux. Lae tus , préfet du prétoire, et Eclectus, l'un de ses principaux officiers, joignent leurs représentations aux prières de Marcia. Commode, irrité de cette résistance à ses caprices , entre dans ses appartements , prend des tablettes où il inscrit les noms de Marcia, de Lœtus, d'Eclectus et de tous ceux qu'il veut faire mourir la nuit suivante. Puis il s'endort. Un jeune enfant qu'il aimait et qui pouvait pénétrer à toute heure près de lui , trouve ces tablettes et les emporte; Marcia, qu'il rencontre, les lui enlève en le caressant , rentre chez elle , les ouvre et voit le danger qui la menace. Laetus et Eclectus sont aussitôt mandés près d'elle, et tous trois décident qu'ils préviendront Commode. Au moment où Commode sortait du bain, Marcia lui présente une coupe empoisonnée; il la vide et s'assoupit aussitôt; mais comme la mort était trop lente avenir, on le fait étrangler par Narcisse , esclave d'une force prodigieuse , et le gladiateur périt de la main d'un athlète '.

» » Les guerres qui eurent lieu pendant le règne de Commode, tant dans la Dacie que dans la Bretagne, furent conduites avec succès par ses lieutenants qui étaient encore des généraux formés à l'école de son père. » Heeren , Manuel d'histoire ancienne.

44* CHAJNMS XWVII.

DESPOTISME MILITAIRE.— PfcRTINAX. — DÏDIUS JULIAtfUS. — . U» MINCE9 SYRIE!».

§ I. PBfiTIWAX.

( Hklvius Pertinax. )

Avec l'indigne fils de Mare-Aurèïe s?éteint la famille -des Antonins ;. après elle commence le despotisme militaire. Tout ce qui subsistait encore des anciennes former républicaines va disparaître. Les Antonins, la plupart au. rapias, avaient respecté le sénat; ils n'auraient été, s*on lç* avaitcruss, que de. simples généraux, commandant les fprces de la république; pour eux le. sénat est toajpuKs le corps le plus, illustre die l'Etat ; pour lui les bonneuES* pour lyi le respect et la faveur des princes* Si Commode ejula et fit mourir un grand nombre des membres de cet ordre, il ne tourna pas cependant ses bienfaits, tout entier*, sur, la soldatesque. Mais cette espèee de repu* biique impériale va cesser avec Septime Sévère ; celui-ci ne sera, aussi qu'un général ., mais il prétendra que son campent le sénat,, que ceux-là seuls doivent se mêler, des. affaires publiques qui portent le sagum des légionnaires.,, ou plutôt que lui seul est le maître , que sa volonté est la loi. Pour la, faire exécuter, il a des légions auxquelles il prodiguera , s'il le faut, les trésors de l'empire. Qu'importe la «esle? Les soldat**, après tout, sont le vrai peuple,, les* sQuJta Romain»;, car ce sont eux. qui ont la force» et par suite des révolutions perpétuelles de l'empire ,Ja~ force est devenue le seul droit. « Contentez les soldats, dite sait Septime Sévère à se» enfants , et ne vous souciez « point du reste. Avec eux vous repousserez lès barbares, « et vous contiendrez le peuple. »

IFamfeMBMBt itar princes syrffens est dèmrpour ainsi cËreHavénemen* des régions :. de» lowFadbptièn , usitée dam< là fiwniite des Àtotonras, sera remplacée par PéîectiomttfflKrftueow et arveugfedes soldats; Toutefois lesm> oes80ird»f€oimaodrdoil€rae«fe élire rangé parmi les bons princes. C'était un vieux général qui vivait dans la disgrâce, et qui crut qu'on lui' apportait un arrêt de mort quand le préfet du prétoire se présenta chez lui au milieu de la nuit. Pertinax s'efforça de rendre à l'État quelque prospérité en favorisant l'agriculture et l'industrie. Il leva les obstacles mis au commerce , et donna une grande partie de*teriraincuttes deWtalie et dès provinces, avec exemption cte dix. ans d'impôts r à ceux qui voudraient en entreprandre la; culture; Il répara autant qu'il était possible les • malheurs du: règne précéievt . Les victimes que Commode avait exilées, et qui vivaient encore, furent rappelées. Il réhabilita lu mémoire des sénateurs proscrits et punit leurs meurtriers: Malgré l'épuisement du trésor, piutèeors taxes furent abolies, et pour remplacer cette source de revenus, il se soumit lui-même à de nombreuses . privation», et vendit tous les meubles du parlais impérial e€ les esclaves qui l'encombraient. En même temps il dépouillait lbs infâmes favoris de Commode des richesses dbflt ils- avaient été comblés. Ce gouvernement économe et sévère mécontenta bien vite les soldats et les prétoriens, qui se soulevèrent deux fois* La dernière révolte réussit : troiscents gardes traversèrent la1 ville et allèrent massacrer Pertinax; dan» son palais. Il avait à peine régner trois mois.

M.. Dîdius Jwliarms.

Alnaaervit le speattwle le plus honteux pow là majesté de l'empire : \m meurtriers de Pertinax mirent la eeu^ nonne à l'enchère. Un riche débauché, Didiiis Jtolianus, qui offrit de donner à- chaque soldat six mHle dfewx cent cinquante* drachmes , remporta sur son compétiteur Su** pkiauu*, qui s'ieaiten prowettroque cinq mille. Mfeisit

fallait défendre cette pourpre qu'on ventât d'acheter. Les légions des frontières, fatiguées de reconnaître toujours les empereurs que leur faisaient les prétoriens de Borne , proclamèrent leurs chefs : celles de Syrie, Peseennius Niger ; celles de Bretagne , Albinus ; celles d'Illyrie , Septime Sévère.

§ IL SEPTIMB SÉVBHE.

( Septimus Severus. )

, Septime , plus près de Rome que les deux autres compétiteurs , marcha aussitôt sur la capitale de l'empire. Ses légions étaient d'anciennes troupes de Pertinax ; lorsqu'il leur demanda de venir avec lui venger leur général , elles le suivirent avec joie. A la nouvelle de ce mouvement, le sénat déclara Sévère ennemi public ; mais ceux qui lui portèrent ce décret passèrent de son côté. Bidius chercha ensuite à le faire assassiner ; puis , le danger devenant plus pressant 9 il l%fit nommer son collègue. Mais aucune de ces précautions ne réussit : le vieux Didius fut luimême condamné à mort par le sénat et exécuté. Restaient les prétoriens: Sévère les convoque; selon l'usage, ils se rendent sans armes devant son tribunal , et pendant que le nouvel empereur leur adresse une allocution, les légions illyriennes les entourent en silence. Alors Sévère parle plus haut, leur reproche leur trahison envers Pertinax , et termine en prononçant leur licenciement. Ils furent honteusement dépouillés de leurs insignes militaires, chassés à cent milles de Rome, et remplacés par les plus braves légionnaires de Sévère, au nombre de cinquante mille.

Placé ainsi entre ses deux rivaux, Sévère flatte et caresse l'un, pour se donner le temps d'accabler l'autre. Il fit prendre le nom de César à Albinus, fit frapper des médailles avec son effigie , et lui envoya durant toute la campagne contre Niger les lettres les plus amicales, faisant même écrire par ses enfants aux enfants d'Albinos.

SEPTIMB SÉVBRB. 44^

La guerre contre Niger fat rapide. Septime* ne s'arrêta point au siège de Byzancequi, défendue par l'ingénieur Priscus, résista deux ans aux lieutenants de l'empereur. Niger, vaincu à Gyzique , à Nicée et à Issus , fut pris et mis à mort, ainsi que ses enfants et les sénateurs de son parti , l'an 194.

Albinos se réjouissait de cette victoire , lorsqu'il découvrit que les messagers qui lui en apportaient la nouvelle étaient chargés de l'assassiner. Septime n'entendait pas plus partager avec lui qu'avec Niger. Il y avait longtemps déjà qu'Albinus n'était plus un simple particulier. Sur un bruit prématuré de la mort de Commode, il avait déclaré vouloir rétablir le gouvernement consulaire, ce qui lui avait gagné le sénat ; il brava les menaces de Commode, opposa une conduite équivoque à l'autorité de Pertinax, et leva l'étendard contre Julianus. Les deux adversaires se rencontrèrent en Gaule , aux environs de Lyon ; la bataille fut sanglante et indécise. Une aile de l'armée de Sévère fut mise en fuite; mais Lœtus, par son habileté , répara le désordre et ressaisit la victoire ; plus tard, il paya cette gloire de la vie. Albinus , défait , se tua (197). Le sénat avait paru bien disposé pour lui : il avait accordé des honneurs à son frère Celsinus. Aussi Sévère lui écrivit une lettre menaçante en lui envoyant la tète d' Albinus : «Je vous l'envoie, disait-il, pour que vous « sachiez que je suis irrité contre vous; j'ai terminé pluie sieurs guerres à l'avantage de la république , j'ai rempli «la ville d'abondantes provisions de toute espèce, je «vous ai délivrés par ma victoire sur Niger des maux « de la tyrannie. Et comment m'avez- vous témoigné votre «reconnaissance pour tant de bienfaits? en me préférant « un fourbe, un homme dans la bouche duquel ne s'est « jamais trouvé que le mensonge , et dont tout le mérite est « de s'être attribué, sur de chimériques prétentions, une «fausse noblesse. »

Ce message n'était que l'annonce des cruautés qui allaient suivre à son retour à Rome. En effet , Sévère renouvela les cruautés de Marins et de Sylla ; il fit périr la

femme et te» enfants d'Albinos, fit jetor tarshcnânOTes dan* la Tibmr puis iaamola ton» cou: qui avaient.*». haoteé, le parti (te wm antagoniste^ ou qu'il avait. «téréC à» fairâ passer pour se&anrâ, car ta cor^cmtion suivait l'ansé*. âe> inert. Ce fut une véritable proseription dans.* laquelle furent enveloppés les personnages les plus iitastnea. Quarante et une familles sénatoriales, hommes,, femmes , enfant*, stétei^rireût sous la hache du> boumeam. En même temps,, peur effrayer ceux qa-il n'avait point frappés, U fit rendre les hunantu» ^ pré*

tendait êfcca te frère.

Après G€B exéeulâoafi (lô#), Sévère alla faire la guerre «î Orient v prit en pea de temps Séleucâe, Bahylono.et Giésiphon{301)r fit oent initie priswurier^ et pénétra fort avant dans le paya des Par thés; maisla ville dAtraréskteàîtous ses efforts. Be kt Syrie il passa . e&Égy pte r où. il donna on sénat. à> la ville d'Alexandrie; Il visitait le tombeau .du. fcémi macédonien, et tous les monuments de tfÉgypte, towqtfil fut rappelé- dans? l'Occident! parla réwitede-la Garaudô^Bretagne. II. ne lui) fut t pas difficile: de faire tout lantrer dans l'ordre,, et il, voulut profiter de sapnésence dons*. l'Ile pow: achever de? la soumettre aux Romains. Ma^dnquMt^iniliethomiBeaip'il perdit dan* unaivaina tentative lui devinrent un utile avertissement, et reprenant apolitique d'Anttooiit, il construisit une muraille qsiallft diun bord da l'Océan à l'autre sur la ligne autrefois: tracée fwrAgiÉcola (204^209). IL préparait une seconde expéditioa kroaque la mort Lesurpmtà York, en L'année 211. ««l'ai) été tout 9 disait-il i en mourant , et' tout. n'est rien» » Ont sait la tentative faite par Caraealla da»s* cette mena compagne poun tuersea père, efcla: réponse, de corgsinee.

§ IIL CARACALLA.

(Mmm* Mmlto* AntmrmnsBassiamis Garât tdla^)

Sérèra<ét«t. cruel, maiaan moins cf était on empereur (faiJjenait.dîuneuatm'fbrme 1er gouvernail., et» qui faisait

sa»tit> m,Émabà.\mËB batemmaàs dé Berne; et' si dans HtotÉrâifflswfc paéfefc d* prétoire , te poissant: Flmstîen , avatP abusé de sa» charge pouc^atisfeire son insatiable avidité:, un* wèb de mtrfc avaifrpimi iepféfrarieatear sHâfrjutil avait été cens». Biaia.soD.filSiGaracalla n'a meirqui fosse un instant (>nhiiersa typaanie. Sabord iitne (212) dans* tes bras de sa mère.aaa frère Géta, qptti aurait été proclamé auguste par roi. Puis- il fit peser sur tout l'empire le poids de sa cruauté et de *«» exactions. L*s Gaule», qu'il parcourut, forent rufcnéea poar solder ses* troupes et pour acheter la poix des baiv bares : le» autres frontières^, surtout celles du Danube, etf les pays, de l'Orient, furent également pillés par lui. Il appelait cela faire la guerre ; ear à la suite de cette dévasta»* tien de l'empire par ses propres mains, il prit les surnoms de Germanique, de Parthique, d'Arabique, bien que les* seuls avantages qtfil eût jamais remportés se réduisissent? à avoir chargé de chaînes les rois d'Arménie et cFOsroène, qu'il avait attbréa à Édesse ou à Antioche, sous prétexte diune conférence.

Vantent imiter la douleur* d'Achille* et d'Atexandlre à la montdePaureateet d'Éphestioo,^ fltempoisonnerswi favori Eestu*. U marchait ordinairement la tête penchée comme- Alexandre, et, accusant Aristote dfavoir trempé dans la conjuration d'Antipafcer, il persécuta* le* disciples de cephilosopheet Ht brèier seseuvnages. Enfin, un jour, irrité des plaisanteries des habitants d'Alexandrie, il4om~ mandaaimmassacre général. Ce fut lui cependant qui donna le. droit d* cité à tous les habitant» des prosânoes; mate citait paut les assujettir w la taxe mmaine do- vingtième surifea héritages et le» affranchissements, qu'il changea' bîenftôfceftdfcxième.

S»iy. IftAGBIN.

(ffltorcus Opilius Mtcrinus.y

CaracalJa ne fut point tué par les soldats, mais par Ma* crin, préfet du prétoire, jurisconsulte et chevalier, c'est-àdire odieux aux soldats et au sénat. Aussi le règne de

Macrin , soutenu quelque temps par ses promesses de libéralité, fut-il bientôt terminé.Il voulut faire des réformes, ramener la discipline, et donner une solde moins forte aux. nouvelles troupes : il n'en fallait pas tant pour les tourner contre lui. D'ailleurs sa participation à la mort de Caracalla commençait à être connue, et il avait eu l'imprudence de laisser plusieurs légions réunies en Syrie. Le mécontentement se communiqua bientôt de proche en proche , et toute l'armée chercha un empereur à faire. Alors vivait à Émèse Julia Mœsa, sœur de la femme de Septime Sévère; son petit-fils Bassianus était grand prêtre du soleil. La pompe des cérémonies de ce cuite oriental attirait à Émèse beaucoup de légionnaires : ce jeune homme de dix-sept ans, revêtu de superbes habits pontificaux, attira leurs regards, et bientôt aidés par les suggestions des agents de Msesa, ils crurent reconnaître sur sa figure les traits de l'empereur des soldats , de Caracalla. Leur mécontentement contre le juriste Macrin leur fit accepter avec joie pour empereur le jeune grand prêtre, quand il vint, conduit par Msesa , leur demander vengeance du meurtre de son père. Les soldats ne pouvaient hésiter. C'était, ils le croyaient du moins, le fils de Caracalla, et les largesses que faisait Maesa annonçaient déjà aux légions que Bassianus aimerait les soldats comme son père les avait aimés. Il fut donc proclamé empereur. Des troupes envoyées contre lui grossirent son armée , et Macrin se vit obligé d'aller lui-même défendre son usurpation et sa vie. Le générai de Bassianus était un eunuque qui prit les conseils et les ordres de Massa et de Soœmis, mère du jeune empereur; toutes deux assistèrent à la bataille. C'est bien là le monde oriental; aussi la victoire d'Imma fut-elle la victoire de l'Orient. C'était la première qu'il gagnait sur Rome depuis plus de trois cents ans que Rome le tenait sous elle : il triompha avec Éla-

ELÂGÂBiX. 449

§ Y. ÉLAGABAL.

(Marcus Aurelius Heliogabalus.)

Élagabal ' prit de lai-même la puissance tribunitienàe et consulaire; mais il écrivit à Rome des lettres pleines de modération, rappelant les noms d'Auguste et de Marc- Aurèle, et promettant de prendre leur administration pour modèle de la sienne. Il ne se pressa point de quitter l'Asie; il passa l'hiver à Nicomédie , et n'entra à Rome que l'été suivant. Il y entra conduisant son dieu arec lui. C'était une pierre noire conique; elle était portée sur un char, et durant toute la marche le jeune pontife, soutenu sur les bras de ses ministres, se renversait la tête en arrière, pour ne point perdre des yeux le symbole de sa divinité. Rome fut étrangement surprise quand elle vit ce jeune empereur revêtu d'une robe sacerdotale d'or et de soie, couvert de bracelets et de colliers, les sourcils et la figure peints de blanc et de noir. Elle avait eu déjà bien des mauvais princes, mais tous au moins avaient quelque chose de romain, ne fût-ce que l'extérieur; Oaracalla, le plus cruel, était vêtu en légionnaire. Mais les yeux mêmes ne peuvent plus maintenant s'y tromper; maintenant c'est un roi de l'Orient qui règne à Rome avec son sérail et son conseil de femmes. On sait que sa mère prit séance dans le sénat. Aussi tous ces vieux sénateurs qui , malgré leur servilité , conservaient encore quelques souvenirs de leur puissance et de la majesté du peuple romain , s'indignèrent en secret du nouveau chef que leur donnaient les soldats ; et les historiens, partageant cette haine de tout bon Romain contre les esclaves syriens, lui ont attribué tout ce qu'ils purent imaginer d'indignes voluptés. Des deux côtés il y eut erreur : les Romains voulaient un prince romain,

1 Élagabal avait pris le nom de son dieu. Ce nom est composé de deux mots syriens, Ela, dieu, et Gabal, qui forme, qui crée. Ce dieu est le soleil. Les Grecs ont changé Éla en ffttoç (soleil), et ont appelé Bassianus Heliogabalus,

4$<* CHAWMUP XXVII.

et Élagabal se croyait encore dans le temple du soleil. Pouvait-il, lui, élevé au milieu du luxe et des idées de l'Orient, se représenter quels étaient les devoirs d'un empereur? pouvait -il rendre la justice comme Claude ou commander les armées comme Septime Sévère? Non; il y avait entre eux et lui toute ta différence de deux mondes, et ua seul homme ne pouvait pas effacer cette différence. La première fois que ces deux civilisations se rencontrèrent ainsi sotennalamast dans Renie , elles se firent horreur l'une à l'autre, et te représentant de cette union forcée fut maudit Pocur un peuple qui ne croyait plus et rien, quel culte stupide que celui de cette pierre noire apportée d*Émèse! quel sacrilège pour ceux qui croyaient encore, que la violation des sanctuaires et des temples, dont les statues étaient enlevées par Élagabal , afin que les dieux: du paganisme: goec et romain formassent comme une cour autour de ' son dieul Peu importait au jeune empereur que les tribus barbares de la frontière inquiétassent l'empire ; il n'a* vaitpas, lui, l'ambition de triompher ni d'obtenir des surnoms guerriers; son nom était celui de son dieu, et le culte de ce dieu fat, avec le soin de ses plaisirs , l'unique affaire de sa: vie* Quant à ses mœurs, c'étaient ceHes de l'Orient transportées à Rome, et montrées an grand- jour. Elles étaient d'une effroyable corruption , si l'on en croit lies historiens latins , dont au reste les peintures sont évidemment chargées. Je ne sais point d'ailleurs, malgré la sainte horreur des historiens latins, si ses mœurs étaient tellement inconnues à Rome elle-même, qu'ils fussent en droit de Ifcrxepnoeher si vivement à Élagabal. La Rome de Commode et de Garacalla, pour ne pas remonter pins haut, n'est pas faite pour inspirer une grande vénération. A coup sûr, le mariage de Garacalla avec sa mère révèle oncr profonde corruption.

Ce* empereur syrien, vivant en» grand prêtre dn soleil, et ne prenant la toge romaine qu'avec dégoût et par nécessité, déplut bientôt aux soldats, comme depuis son entrée à Rome il déplaisait aux sénateurs. Tous les yenx séjournèrent alors vers un autre Syrien, Mteœ avait doux filles,

AUHBUfD» SSTWB. 45 1

Soeemis , ncre de Bassianus , et M aminée , mère d'AlexandjSLAprès lamortde Garacalla,elle avait étéobligée d'abandonner Ramenât de se retirer à Émèse avee ses deux filles. Basôamis, plus âgé que son cousin de cinq à six ans, rempli* les fonctions de grand prêtre dto soleil, reçut vivement l'ea-pretal» des idées orientales et les porta à Rome avec lui Alexandre, au contraire, âgé seulement de treize ans quand Macci» fut renversé ,. doué d'ailleurs d'un caractère pbia sévère, élevé par une mère plu» romaine et plus prudsnta^que Soaemis, formait avee son cousin un contraste tout à son avantage. L'habile Maesa prévoyant que les vices d'JÉIagabal le précipiteraient infailliblement du trône, entreprit de donner à sa femilte un appui plus assuré. Elle profita d'un moment favorable pour persuader à l'empereur d'adopter Alexandre, et de le revêtir du titre de César, afin de n'être point distrait de ses soins religieux par les affaires de l'empire. Mais bientôt Élagabal devint jaloux d'un prince qui ne voulait point partager ses plaisirs, et sur qui se tournait toute l'affection du peuple : il chercha à le foire périr. Les moyens secrets ayant été écartés par la vigilance de Mammée , il recourut à la force ouverte et voulut dégrader Alexandre du titre de César. Une sédition que ce décret excita parmi les prétoriens', et devant laquelle il fut obligé de céder, dut l'avertir que son autorité ne tarderait pas à être méconnue et transmise à un autre. Ayant fait courir le bruit delà mort d'Alexamfre, pour éprouver la disposition des troupes , ce bruit excita une nouvelle révolte, qui ne s'apaisa qu'à la vue d'Alexandre. Élagabal indigné voulut punir les chefs de la sédition, mais il fttf lui-ttême massacre avec sa mère Soaemis, et son corps fut jeté dans le Tibre, après avoir été traîné par la populace fera toutes les nu» de Rome.

§ VI» ALEXANDRE SEVEB1U »

( JU; AureUus Alexander Severus. ) 222—235.

Alexandre,, proclamé par les prétoriens;, était seulement

45 a CHAPITRE XXVII.

âgé de quatorze ans, quand il reçut le titre d'auguste. Le sénat s'empressa néanmoins de lui conférer en un seul jour . tous les titres et tout le pouvoir de la dignité impériale. Il voulut aussi lui faire prendre les noms d'Antoninus et de Magnus. Cette séance du sénat est des plus curieuses. Tous les sénateurs d'une voix unanime s'écrièrent : Auguste innocens, dii te servent; Alexander imperator, dii te servent ; Antonine Aureli , dii te servent; AntoninePie, dii te servent. Alexandre refuse opiniâtrement, et onze fois à l'historien dit : et cum hœc diceret, acclamotum est ut * supra. Enfin Alexandre déclare une dernière fois ne point vouloir changer ni augmenter ses noms de famille , et l'historien ajoute : Post hœc acclamotum est : Aureli Alexander Auguste, dii te servent, et religua ex more.

On voit par cette scène grotesque à quel degré d'abjection était tombé ce .qu'on appelait encore le sénat romain.

Alexandre .était trop jeune pour administrer par luimême. Rome, dit Hérodien, fut alors gouvernée par des femmes. Mammée, qui toute sa vie conserva sur l'empereur un très-grand ascendant , jusqu'à lui faire chasser sa jeune femme qu'elle n'aimait pas, prit soin des affaires publiques. C'était une femme adroite, avide de pouvoir et d'argent, qui énerva l'esprit de son fils en ne l'abandonnant jamais à lui-même, jalouse qu'elle était de le retenir toujours sous sa dépendance. Elle n'alla pas comme Soaemis s'asseoir dans le sénat à côté des consuls, et signer après eux les décrets de l'assemblée; mais lorsque le palais eut été débarrassé de tous les compagnons de débauche d'Élagabal, elle y appela seize anciens sénateurs pour s'éclairer de leurs conseils. Parmi eux était Ulpien, un des plus célèbres jurisconsultes de l'ancienne Borne. Sous ce gouvernement de femmes et de légistes, l'empire passa doucement treize années sans troubles intérieurs , ni guerres étrangères. Ulpien faisait des lois, et la justice était rendue partout avec intégrité; mais les magistrats n'étaient pas toujours assez forts, ni assez actifs pour atteindre les coupables. Aussi ce gouvernement, pour suppléer à sa faiblesse, avait-il une sorte de police secrète. La lotogue biographie d'Alexan-

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