ETAT DE L EMPIRE SOUS LE OES
de la population , n'est pour rien dans Thh. temps ; il ne joue point de rôle, et du reste se V. d'en jouer; il paye les impôts, cultive quelque peu fa et passe sa vie aux jeux et aux spectacles, sans s'occd^ beaucoup de ce que font les légions. Telle est la plus grande partie de la population , surtout dans les grandes villes , et principalement dans Rome. On ne cite pas même une révolte.
L'armée est tout autre chose. Là ce sont des soldat?,. -aguerris et indisciplinés qui battent l'ennemi et qui tuent leurs chefs. Vous n'y retrouverez plus le soldat de la république, sortant de son petit champ, et emportant avec lui, dans les guerres les plus lointaines, l'image de ses: dieux Lares et le souvenir du grand Capitole. Non, ces temps sont bien loin : maintenant dans l'armée il n'y a plus de citoyens; il ne reste que des soldats répandus sur les frontières , loin du centre de l'empire. Ils n'ont plus de dieux Lares ni de Capitole ; ils ne savent plus guère ce que c'est que le sénat et le peuple romain , qui , en effet, ne sont plus rien; le nom même de Rome , ce nom autrefois si puissant , ne parle plus à leur cœur. Le camp est leur patrie , les étendards , leurs dieux ; ils sont encore braves , mais c'est par honneur militaire, et parce que c'est leur métier.
Comme les soldats seuls protègent l'empire , ils se croient aussi le droit d'en nommer les chefs : ce sont eux qui font les empereurs , et qui , du même droit qu'ils les ont élevés, les renversent dès qu'ils viennent à leur déplaire. Mais comme il y a plusieurs armées, souvent aussi il y a plus d'un empereur; chacun nomme le sien parmi ses officiers; ' alors les armes décident. Celui qui est parvenu à battre tous les autres fait un voyage à Rome accompagné de ses légions. Le sénat envoie au-devant une députation, et lui confirme le titre d'Auguste. Le peuple sort des maisons pour voir le nouvel empereur; il admire sa contenance guerrière et la belle tenue des troupes qui défilent froidement; et, en courant aux jeux qu'on lui donne pour l'avènement, il crie : Vive Auguste , dix te servent ! hist. rom. ai
jnu par le sénat et le peuple , l'empewur retourne itières combattre rennemi„qui se montre snr tous ointsw
On voit donc que les empereurs n'étaient guère autre, chose que des généraux d'armée, et encore n'àvaâent-i.s pas. sur leurs troupes une autorité illimitée. Plusieurs lurent massacrés par les soldats pour n'avoir su garder avec eux assez de ménagements. Au reste, ces fréquents changements d'empereur se faisaient peu sentir au dedans; l'armée seule y prenait part. Et comme les empereurs ne s'occupaient guère de législation ni d'administration , ni d'aucune réforme- de ce genre, toutes choses restèrent les mêmes , et on s'apercevait à peine que l'empire eût changé de maître; d'ailleurs on y était habitué* De cette manière l'intérieur était assez tranquille, et si ce n'eût été l'excessive prépondérance du pouvoir militaire sur le civil, et le grand noÈnbre d'impôts dont il fallait charger les provinces pour subvenir à l'entretien des troupes, qui, sous ce rapport, étaient fort exigeantes, l'empire à l'intérieur eût été heureux , et , jusqu'à un certain point , florissant.
Tel fut l'état des choses qui se maintint jusqu'au règne de Dioctétien. Celui-ci, comme nous le verrons, y apporta quelques modifications. Constantin à son tour fit de grandes réformes que nous examinerons en leur lieu.
S IV. ÏACÏTÏ,
( Claudius Tacitus.)
C Après le règne vigoureux d'Aurélien , de ce prince plus nécessaire que bon, comme le dit l'historien Vopiscus, ce fut un vieillard de soixante -quinze ans qui gouverna l'empire. Un tel choix serait en droit de nous surpendre, s'il eût été fait par l'armée. Mais le successeur d'Aurélien fut l'élu du sénat, et non pas celui des légions. Ce phénomène d'un empereur choisi et nommé librement par le sénat , s'était présenté jusqu'alors une seule fois , depuis la fondation de l'empire, et dans la suite il nesereagu-