V. PROBUS
{M. Aurelius Probus.) 276—282.
Reconnu par le£ armées, Probus écrivit au sénat, se soumettant, disait-il, à tout ce qu'il lui plairait d'ordonner. Le sénat n'eut garde de refuser son approbation, et Probus se vit alors possesseur légitime de l'empire.
Les légions s'étaient donné un rude maître dans Probus. . Cet homme, qui, né à Sirmium d'une famille obscure, avait passé par tous les grades et s'était élevé successivement
* Aurelius Yictor dit qu'il mourut de maladie; mais Vopiscus donne à entendre qu'il fut tué par les soldats , et tes témoignages réunis de Zosime et de Zonaras ne peuvent laisser aucun doute sur ce point.
<$6 CHÂMttt* *XXIX.
aux premières charges militaires dans un temps où lesisol- «flàts étaient seuls souverains , sut maintenir l'armée dans "la plus rigoureuse discipline. Longtemps il avait refusé "Fèmpire, et lorsque, au milieu des acclamations des M- ' feîons, ses soldats l'avaient revêtu malgré lui de la pourpre, 11 leur disait encore: « Vous ne savez point ce que vous foti- * tes; vous vous donnez un maître incapable de vous flat- « ter. » Il les avait prévenus , il leur tint parole. Pendant six années qu'il vécut, on ne le vit jamais fléchir devant le soldat; jamais il ne leur fit grâce d'une faute. Il avait fait l'apprentissage de la sévérité sous Aurélien ; mais en maintenant, comme lui, la discipline militaire, il ne dépassait • point les bornes de la justice. D'ailleurs sévère pour luimême , tl avait droit de l'être pour ses troupes; comme il ne leur commandait rien qu'il ne fît tout le premier, il voulait être obéi , et il l'était parce que sa volonté ferme imposait à tous. Et lorsque ses soldats le voyaient au milieu d'eux plus frugal qu'eux-mêmes, et aussi simple dans son extérieur; lorsqu'ils le voyaient partager tous leurs périls, apporter toutes leurs fatigues , ils aimaient et respectaient eet homme qui leur donnait l'exemple des vertus qu'il exigeait d'eux. Cependant il y avait dans Probus autre chose que des vertus militaires : celui qui se plaisait à dire que bientôt l'empire n'aurait plus besoin de soldats, n'était pas lui-même rien qu'un soldat farouche , incapable de vivre ailleurs que dans les camps. Un grand nombre de villes qu'il établit et peupla avec des prisonniers de guerre, et les vignobles qu'il faisait planter par ses légions presque par to«te l'Europe, sont la preuve qu'il entendait aussi les arts .' flfe la paix.
'Probus débuta* en1 intimidant ses troupes parun exemple
de sa justice; 'mais cette fois il fut cruei; Voulant punir
les meurtriers de Tacite 'et le reste de ' ceux d' Aurélien,
' mais craignait un sewrfèvement, parce que les coupables
1 té&ttent nombreux , ' if trouva moyen de les rassembler à* un
<grand festin,' et à «a signal- donné, il âtimtrer le» soldats,
r>qni les naafttfaefdrant. On reconnaît à 'ce trait le barbare
venir des borda du 'Danube.
HtOBBS. 4&7
Pendant 06 temps/ de nouveaux ennemis se montraient i de tentes parts. Les Germains passaient le Rhin et enva- •. bissaient la 'Gaule. Deux «généraux* omfeins , Proculus -et • Benosus, s'y déclaraient indépendants^ et prenaient la pourpre. Au môme instant Satnrninns en faisait autant à Alexandrie. Prêtais mareba lui-même^en Gaule, et envoya •des troupes en Egypte. On peut juger de ee qu'était alors cette grande Alexandrie, la Rome de l'Orient, par cequ'en rapporte Vopiscus. «C'était, dît-il, un peuple de marchands, de rhéteurs, de mathématiciens, d'aruspices, de médecins, d'athlètes. On y faisait et on y disait tout; nul n'y demeurait oisif. Le chrétien et le juif y étaient confondus avec le païen et l'adorateur de Sérapis. » Cette immense population, si active, si turbulente, si avide de nouveautés , se souciait peu d'être fidèle : c'est presque la seule ville à cette époque où l'on voie des séditions. Un jour que Saturninus , gouverneur de Syrie, y entrait, on s'avisa de le proclamer empereur, malgré sa ïésistance. Tandis qu'on le saluait par des acclamations, il pleurait en disant : « Vous me condamnez « à mort lorsque vous m'appelez empereur. * Il prévoyait juste ; et lorsque bientôt après arrivèrent'les troupes de Pro- Iras, ee peuple ineomtantyqui l'avait exposé au péril , ne sut pas même le défendre , et le laissa seul avec quelques soldats (280).
Il tourna ensuite tout l'effort de ses -armes contre les Germains, Ces barbares avaient déjà pris plus de soixante *iHes gauloises, et y avaient fait un immense butin. Pcobus les reprit toutes , défit , dans une foule de combats, les Francs, les Lygiens, les Bourguignons et les Vandales, et, après leur avoir tué près dequatre cent mille hommes, les repoussa derrière le Rhin , qu'il passa lui-même. Là ilremporta encore de nouvelles victoires ; et d^à il avait conquis -une partie du pays , lorsque enfin les Germains cédèrent. ' Neuf de leurs rois ou chefs vinrent demander la paix à foehn; il la leur accorda, mawsn gardant toutes «es côiiqaet6S.Il exigea de plus qu'ils lai livrassent seize mille de leur* jeunes ym/m Agf *de pirter jtas«raea$ jàm&t des soldats romains , mais il eut soin de taPttiapersêr dans les
légions, disant que lorsque les Romains empruntaient des secours aux barbares , il fallait qu'on le sentit, mais qu'on ne le vît point. Quant aux prisonniers qu'il avait faits pendant la guerre, il les envoya tous en Bretagne , où il leur donna des terres. Ces nouveaux colons, liés d'intérêt avec les empereurs, leur furent plus d'une fois utiles dans la suite, soit pour prévenir les révoltes , soit pour les apaiser. Après avoir ainsi assuré par la sagesse de ses mesures le calme qu'il venait de ramener par ses victoires ', Probus couronna son ouvrage par un important bienfait. II ouvrit à l'Europe occidentale une source nouvelle d'industrie et de prospérité, en y permettant la plantation de la vigne , défendue depuis Domitien. Il étendit cette concession à la Bretagne, aux Gaules, à l'Espagne, à laPannonie et à la Mœsie. Lui-même, pour encourager l'industrie, fit planter par ses soldats un grand nombre de vignobles en Gaule et ailleurs.
Puis il se mit en route vers l'Orient, où l'appelaient des troubles survenus en divers endroits. Partout, sur son passage , il rétablit l'ordre et la sécurité. A Rome , il extermina des gladiateurs qui avaient commencé à mettre la ville au pillage. En Illyrie, il refoula bien loin les bordes des Sarmates et des Gètes , qui envahissaient les frontières, et en même temps il accordait des demeures à cent mille Bastarnes, qui depuis restèrent constamment fidèles. Arrivé en Asie , il purgea les montagnes de l'Isaurie des brigands qui les couvraient et qui occupaient même les villes. De là passant en Afrique, il alla au fond de l'Egypte reconquérir les villes de Ptolémaïs et de Goptos, etdompter les Blémyes, peuplade féroce habitant des déserts entre Thèbes et Méroë.
La nouvelle de ces victoires intimida le roi des Parthes, Varanès, qui se préparait à la guerre contre les Romains. Au moment où Probus, revenant d'Egypte, allait l'attaquer, il lui envoya des ambassadeurs. Geux-ci le trouvèrent comme autrefois Pharnabaze avait trouvé Agésilas, ;
1 La Bretagne et les Gaules restèrent tranquilles pendant douze ans : c'était beaucoup alors.