DIOCLÉTIEN
vieil empire romain, tiraillé de toutes parts. Néanmoins on murmura beaucoup contre Dioctétien. Et en effet, il était fâcheux d'en être réduit là. Ce système de partage pouvait entraîner de funestes conséquences. Tous ces divers empereurs n'avaient qu'un pas à faire ,pour se déclarer indépendants, et former chacun de leur portion autant de royaumes séparés. Mais ce fut là précisément ce que Dioclétien s'attacha à prévenir. Pour cela il employa tous les moyens possibles, et sa gloire est d'avoir pu réussir.
Le caractère seul des hommes qu'il choisit suffît déjà pour dénoter ses intentions : Maximien Hercule, et plus tard Galerius, étaient deux machines de guerre qu'il espérait faire mouvoir à son gré, et il Connaissait trop bien l'âme douce et loyale de Constance Chlore, pour craindre de sa part aucune tentative ambitieuse. D'un autre côté , Maximien était son compagnon d'armes, son ami de jeunesse, il était sûr de son dévouement ; et quant aux deux autres, il prit soin de se les attacher par des liens de famille. Mais pour mainteniiujette union entre les quatre chefs de l'État il comptait surtout sur lui-même. Et en effet, tel fut l'ascendant que lui donna sur ses collègues son caractère mêlé d'adresse et de fermeté, et la profonde connaissance qu'il avait des hommes , que pendant vingt ans ils n'eurent d'autre volonté que la sienne , le respectant, dit Aurelius Yictor, comme leur père et presque comme un dieu. Ce fut par ces moyens qu'il maintint la concorde entre les maîtres de l'empire. Mais il y avait encore un autre inconvénient. Le partage des provinces pouvait avoir une funeste influence sur l'esprit national et achever d'en détruire les faibles restes. Il était à craindre que les provinces, dont plusieurs déjà, telles que la Gaule, l'Egypte, la Bretagne, n'avaient que trop de propension à se détacher de l'empire, ne s'habituassent tout à fait à cette idée d'indépendance.
Dioclétien obvia encore à cet inconvénient par de grands changements qu'il fit à l'intérieur. Il reconstitua en quelque sorte l'empire. Il y créa et y organisa régulièrement le pouvoir administratif, qui jusqu'alors avait été presque entièrement confondu avec le militaire. Cette vaste' orga-
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A peine arrivé dans son gouvernement , Maximien défit les Bagaudes. Il les assiégea dans un château situé dans la presqu'île que forme la Marne à une lieue de Paris, emporta la place après un siège très-pénible, et fit raser le château, dont les fossés subsistèrent longtemps encore: c'est ce qu'on appelle aujourd'hui les fossés Saint-M aur.
L'année suivante (287), le commandant de la flotte romaine en Gaule, Carausius, que Maximien avait chargé de protéger les côtes contre les incursions maritimes des Francs et des Saxons, passa avec toute sa flotte en Bretagne, où il prit le titre d'auguste et régna sept an». D'un autre côté, les nations germaniques franchissaient le Rhin. Il semblait que tous les barbares eussent conspiré la ruine des Gaules. Cependant Maximien leur fit éprouver une défaite sanglante et les refoula dans leurs forêts. Lui-même ensuite traversa le Rhin (288), mit la Germanie à feu et à sang, et contraignit enfin les barbares à la paix. Il s'occupa alors de réduire Carausius; mais vaincu dans une bataille navale (289), il lui céda la Bretagne, à condition qu'il la défendrait contre les barbares.
Pendant ce temps Dioclétien, tout en s'occupant surtout de législation, ne négligeait pas les soins de la guerre. II effraya par de grands préparatifs le roi des Perses Varanès, qui s'empressa de lui rendre la Mésopotamie (286), attaqua ensuite les Germains par la Bhétie, dans le même temps que Maximien les attaquait du côté du Rhiu, et recula sur ^J& point les limites de l'empire (288); il battit aussi les Sarmates et les Sarrasins (289^—"""
Ainsi vainqueurs chacim de son côté, les deux empereurs descendirent en Italie, et se rejoignirent à Milan (290), où ils furent reçus comme en triomphe; puis ils retournèrent dans leurs provinces. Mais ils n'eurent pas alors à y combattre le» barbares, qui les laissèrent un instant respirer, étant eux-mêmes occupés à se combattre et à se détruire les uns les autres. Au Nord, les Goths, les Bourguignons, les Alains, les Gépides, les Vandales se disputaient des portions de territoire (291). Eu Afrique, les Blémyes faisaient la guerre à d'autres nations éthiopiennes,
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et les Maures étalent déchirés par des dissensions. Enfin en Orient, la Perse était également agitée par des troubles intérieurs.
Mais ce moment de calme pour l'empire ne fut pas de longue durée, et bientôt le mal reprit avec plus de violence. Outre que Carausius tenait toujours la Bretagne, les Perses recommençaient la guerre, l'Afrique était fort tourmentée par les Quinquegentiains; bien plus, M. Aurelius Julianus y prenait le titre d'auguste, et L. Epidius Achilleus en faisait de même en Egypte.
Tout l'empire étant ainsi dans le trouble, Dioctétien se vit forcé d'en multiplier encore les défenseurs. Il donna à Maximien le titre d'auguste, et créa deux césars, qui furent C. Maximianus Galerius et Flavius Valerius Constantius, surnommé Gblorus à cause de sa pâleur (292).
Galerius, né en Illyrie, était fils d'un paysan. Dans sa jeunesse il gardait les troupeaux, et de là lui vint le surnom ftArmentariuSy qu'on lui conserva même sur le trône. Il n'avait reçu d'autre éducation que celle des camps : cependant, Eutrope loue ses mœurs, son équité et quelques autres bonnes qualités naturelles. Ajoutons qu'il était habile à la guerre, et qu'à cette époque c'était là le principal mérite qu'on recherchait dans un empereur. Mais ses vices, sa cruauté et la persécution générale dont il fut l'auteur, lui méritèrent la haine des chrétiens. s
Constance Chlore, d'une naissance plus illustre que son collègue, était petit-neveu de l'empereur Claude II. Brave guerrier, il avait en même temps un caractère doux et clément. Il sut se faire aimer des provinces qu'il gouverna, et son désintéressement lui mérita le surnom de Pauper, assurément un des plus honorables que pût alors avoir un empereur.
Ces choix faits et les deux césars nommés, Dioctétien distribua les provinces; il retint pour lui tout ce qui était au delà de la mer Egée, c'est-à-dire les provinces d'Asie et l'Egypte. On reconnaît là son amour pour l'Orient, dont il prenait déjà les mœurs. Il donna à Galerius la Grèce, la . Macédoine, la Thrace et FIllyrie, et peut-être aussi la Pan-
. j4p8 MBêasamm: xxx.
nonie. Maximen eot l'Jtalfeteti'jfeftiqve avec les îles Intermédiaires; et enfin Constance CMare, les provinces oeci- ' dentales, c'est-à-dire la Bretagne, la Gaule, l'Espagne et la Mauritanie Tiag&ane, qui en «tait une dépendance.
D'après cet arrangement on voit que Dioctétien prit soin de placer à côté de loi Galerius, «fort 11 soupçonnait le caractère ambitieux, tandis qu'il donnait au contraire les provinces les plus lointaines à Constance Chlore, doqt il se défiait beaucoup moins. Entre eux deux il avait placé Maximien, dont il était sûr, et pendant que^élui-ci faisait de fréquentes "visites dans les provinces de Constance Chlore, lui-même était presque aussi souvent dans ceHes de Galerius que dans les siennes. Enfin, pour s'attacher plus étroitement les deux césars, il leur fit répudier leurs femmes, et donna ppur épouses à Galerius sa fille Valerfa, et à Constance Chlore celle de Maximien, Théodore.
Les quatre empereurs passèrent dix ans (292-303) à combattre les barbares et à réprimer les révoltes à l'intérieur. Constance Chlore .chassa les Francs de la Belgique (293), défit Àlectus, qui depuis trois ans avait succédé à Carausius, qu'il avait assassiné, et réunit de nouveau à l'empire la Bretagne, qui en était séparée depuis dix ans (296); puis il chassa des. Gaules une nouvelle armée d'Aléntans, auxquels il tua soixante mille hommes en une seule bataille (301).
Maximien, de son eèté, défait «n Afrique Julianus qui s'y était déclaré .empereur (292);s0umet.les Quinquegentiains (296), et ensuite les Maures, qu'il poursuit jusque dans leurs montagne», *et, après les avoir forcés de se rendre, les transplante dans d'autres pays (397).
- Dans le anâme temps Galerius défriche mrpays dans'IÎIlyrie, y bâtit des villes et en fait une nouvelle province, à iaquelle il donne te aemdesa feraraeYaléria<292).TMocl& tien le chargea ensuitede repousser les Perses, qui avaient ï^rislaMé$opc1amie.ôaietia^>f\jtvahicudansunpreBcder : «ambat ; il avaitattaqué l'ennemi aveedesforees bien inférkll^€»(297).^l aBatrouver®i<K^ienpouïvdeiTiandeT <les secours. Celui-iîiJareçut durement, et le laissa marcher
• DIOCLETIEN. jgg
- près de son char, à pied et couvert de la pourpre, l'espace de plus <Pun mifle; à la fin îl lai permitde. faire de nouvelles levées en Hfyrîe. Gaferius^en retourna, sans doute le ressentiment dans le cœur, mais en même temps brûlant de se venger par une victoire d'un si insolentmépris. Aussi, dans sa seconde campagne, il remplît tous les devoirs d'un bon général, ne craignant pas d'aller lui-même à la découverte avec deux cavaliers. Il ttéfit entièrement le roi des Perses, Narsès, qui s'enfuit blessé, abandonnant aux Romains son camp, où ils trouvèrent d'immenses richesses, et firent prisonniers les femmes et les enfants -du roi. Galerîus les traita honorablement. Biemtôt Narsès demanda la paix, se soumettant à toutes les conditions qui lui seraient imposées, pourvu qu'on lui remit sa famâle. Gralerius alors se rendit auprès de Dioctétien, qui cette fofe le reçut avec honneur et distinction. Il était aisé, disent les historiens, de faire -de la Perse une province romaine; mais Dioctétien ne profita pas de l'occasion. Il y a lieu de croire qu'il ne voulut pas prendre ce qu'il n'aurait pu conserver. Il n'exigea de Narsès que la renonciation à toute prétention sur la Mésopotamie et la cession de vingt petites provineesqui, réunies ti l'empire, lui donnaient le Tigre pour limite. Cette paix «insi epnelue prœura à l'empire quarante ans de tranquillité <lu côté de l'Orient, et ne fut troublée qu'à la fin du règne de Constantin.
Pendant que ses trois collègues combattaient ainsi pour
l'existence de l'empire, Diodétien de son côté n'était pas
Testé éisïf ; il avait soumis «n Pannonie les Carpes, nation
- gothique, et leur avait donné des terres1 (»5). En Egypte,
il avait battu le rébelle Àchilleus, qui y régnait depuis trois
ans. -Celui-ci s'était réfugié 'dans Alexandrie-; Diodétien
Vint l'y ffssiéger,prit la ville au iKHïfrde huit moisj et le fit
êévoier par les iiems ($96).< Ileicerça les-pius grandes ri-
J gueurs dans toute PÉgypte, sans doute <pour effrayer les
habitants de ce pays, crû * quatre usurpateurs s'étaient
" montrés depttts trettte ans V Mais loin âcTeculer âe ce cAté
1 Émilien sons le règne de GaHien ('263); Timms sous Aurëtfen *<{*J$ ,«ttornii»e*o«é'Prob«s (verTO»),- effriter Afctttleo» (en '292).
SOO CHAPITRE XXX.
les frontières de l'empire, il les resserra de sept journées de pays, jusqu'à la ville d'Éiéphantine, et accorda le ter- i rain abandonné à des peuplades éthiopiennes, à condition qu'elles serviraient aux Romains d'auxiliaires contre les autres barbares. Il donna ordre en même temps de faire fortifier toutes les frontières de l'empire et de rétablir un grand nombre de villes depuis longtemps ruinées.
C'est ainsi que les empereurs travaillaient, chacun de son côté, au maintien de l'empire. Le succès couronna leurs efforts, et après dix ans de combats toujours glorieux, ils jouirent enfin de la paix (302).
L'auteur de cette prospérité était Dioctétien, qui avait su conserver si bien l'union des empereurs en confondant toutes leurs volontés en une seule, la sienne. A vrai dire, il n'y avait alors qu'un empereur aidé de trois lieutenants; lui seul fut l'auteur des lois qui parurent sous son règne, quoiqu'elles fussent portées aussi au nom de ses collègues; mais ceux-ci n'avaient ni le temps ni le désir de s'en occuper. Pour lui, il trouvait le loisir de tout faire; à la fois politique et guerrier, on le voyait porter de tous côtés ses armes victorieuses, et au même instant créer et organiser toute une administration nouvelle et donner à l'empire les lois les plus sages. Une si étonnante activité s'alliait en lui avec les mœurs de l'Orient qu'il avait adoptées. 11 n'aimait point Rome, où la trop grande liberté du peuple lui déplaisait; aussi n'y alla-t-il que deux fois.pendant tout son règne. Son génie un peu despotique se plaisait davantage dans ces molles cités de l'Asie, qui voyaient sans surprise un faste que n'auraient pu supporter les regards plus sévères des hommes de l'Occident. Dans sa ville de Nicomédie qu'il ornait de magnifiques édifices, voulant en faire l'égale de Rome, il adopta en grande partie le costume et le cérémonial des anciens monarques persans. Il ajouta l'or, la soie et les pierreries à la toge de pourpre qui jusqu'alors avait été le seul ornement des empereurs, et voulut qu'on l'adorât au lieu de le saluer. C'est ainsi qu'il prépara et com- , mença l'ouvrage achevé plus tard par Constantin.
"~ *-* M seconde année de la paix dont nous avons
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parlé que commença cette persécution des chrétiens , la plus fameuse de toutes , parce qu'elle fut la plus cruelle et la dernière \ On l'attribue à Galerius. Ce prince avait toujours été élevé dans une grande aversion contre les chrétiens. Sa mère , nommée Romula , était une paysanne qui avait coutume d'inviter tous ceux de son village à assister à des sacrifices qu'elle offrait souvent aux dieux. Les chrétiens refusant d'y assister, cette femme conçut une si grande haine contre eux , que , lorsque son fils fut associé à l'empire , elle le pressa de les persécuter. Quoi qu'il en soit des motifs de Galerius, il s'adressa à Dioclétien , avec qui il était à Nicomédie. Dioclétien jusqu'alors avait protégé les chrétiens, ne faisant aucune différence entre eux et les païens ; il prenait le mérite partout où il le trouvait, et avait élevé même des chrétiens à des places fort importantes. Il résista longtemps aux instances de Galerius, effrayé du. carnage que causerait une telle mesure , et prévoyant bien que toute cette effusion de sang ne ferait que donner plus de force à la religion persécutée. Aussi tout ce que Galerius put obtenir , ce fut un édit qui ordonnait de démolir les églises et de brûler les livres des chrétiens. Alors Galerius eut recours , dit-on , à un autre moyen : il fit mettre deux fois de suite le feu au palais de Dioclétien à Nicomédie, et persuada à l'empereur que les chrétiens étaient les auteurs de l'incendie, qu'ils en voulaient à ses jours, et sortit lui-même de Nicomédie, ne voulant pas, disait-il, être brûlé par eux. Dioclétien publia alors un édit portant que dans toute l'étendue de l'empire les chrétiens qui refuseraient de sacrifier aux dieux seraient mis à mort (303). Cette persécution dura huit ans , jusqu'à la mort de Galerius (311).
L'année même où commença la persécution , Dioclétien triompha à Home avec son collègue Maximien, pour toutes les victoires qu'ils avaient remportées depuis le commencement de leur règne, soit par eux-mêmes, soit par leurs césars. Dioclétien, dans ce triomphe, n'imita pas la
1 Tout ce qui a rapport à cette persécution ne se trouve que dans les historiens sacrés. Les écrivains païens n'en parlent pas.
5oa CHÀPITILR XXX.
profusion .de tous ses prédécesseurs,, disant que tout devait être dans la règle. en présence du censeur : on sait que las, empereurs portaient ce titre. Aussitôt après son triomphe, il quitta Rome qu'il n'aimait pas, pour regagner l'Orient Pendant la route, le froid et les pluies de l'hiver dérangèrent sa santé, et il arriva à Nicomédie (304) attaqué d'une maladie lente qui l'affaiblissait peu à peu. Le mal augmentait toujours; on fit dans tous les temples des prières pour la conservation de sa vie. Enfin le 13 décembre ($04), il tomba dans une faiblesse qui ût croire pendant quelque temps qu'il était mort. Le bruit s'en répandit même par toute la ville. Il en revint néanmoins, mais extrêmement affaibli de corps et aussi d'esprit. Il sortit enfin de son palais, et se montra au peuple, l'année suivante (305), au commencement de mars; deux mois après, il abdiqua.
Les abdications ont toujours donné bien de l'embarras aux historiens; et en effet, un prince qui se dépouille du pouvoir sans y être contraint, au moins par quelque motif apparent, c'est là un phénomène bien capable de donner matière aux conjectures. Mais par là même qu'un tel événement est en dehors du cours habituel des choses , on est trop porté peut-être à y chercher des causes également extraordinaires^ et quelquefois plus singulières que vraies. L'abdication de Dioclétien a été interprétée de bien des manières : les uns ont prétendu que le chagrin d'avoir entrepris inutilement la ruine du christianisme l'avait porté à quitter l'empire x ; d'autres, qu'il le fit craignant de succomber aux maux qu'il prévoyait; selon d'autres enfin, il abdiqua par un généreux mépris des grandeurs humaines. Ces deux derniers motifs influèrent sans doute sur sa détermination; mais peut-être le motif principal fuMl celui que suppose Lactance. Depuis sa victoire sur les Perses , Galerius avait conçu des projets ambitieux ; le titre de césar ne lui suffisait plus, il voulait celui, d'auguste. Tous les
F * Quelques-uns assurent qu'il abdiqua pour accomplir un serment qu il avait fait au commencemerit de son règne avec Maxinrien.
BiocumBib. 5*3
jouw il grossissait soaar»éedaaa €6fley»e y et enÔB^knr*-' qu'il vit Dioctétien affaibli par la maladie , il crut le mo- ■ment favorable. Quelques jours après que «e prince se Ait moatré au peuple > «gui avait ai peiae à le reconnaître, Gàlerius vint le trouver à Nicomédie. Là fcû représentant que son âge (il avait soixante ans) et sa faiblesse ne loi permettaient plus de supporter le fardeau de l'empire, il lui proposa d'abdiquer avee Maximien, et de céder le titre d'auguste à lui , Galerius, et à Constance Chlore, en nom* mant deux nouveaux césars pour les remplacer. Il fit entendre à Dioclétien que si la persuasion ne suffisait pas , il emploierait d'autres voies. Le vieillard céda à ses instances , et peut-être n'eut-il pas beaucoup de peine à s'y résoudre. Il éerivit à Maximien pour l'engager à abdiquer avee lui. Maximien avait l'esprit peu élevé , il tenait davantage à l'empire > aussi fit-il quelques difficultés ; cependant il céda à l'autorité de son ami. Il ne s'agit plus alors que de choisir les deux césars qui devaient remplacer Constance Chlore et Galerius. Dioctétien proposait Maxenee, fils de Maximien et gendre de Galerius , avee Constantin , fils de Constance. Mais Galerius, qui voulait avoir deux hommes dont il fût maître , exigea qu'on nommât Sévère son ancien ami, et Maximin Daïa son neveu. Ils n'avaient rien l'un et l'autre qui pût les rendre dignes de l'empire : Sévère était un soldat sans mérite , et Maximin un grossier paysan, qui peu d'aimées auparavant conduisait des troupeaux. Dioclétien consentit en gémissant à donner de tels maîtres à l'empire.
Enfin le jour de l'abdication arriva* Ce fut le 1er mai de l'an 805 après J. C. Une foule immense s'était rendue à trois milles de Nicomédie, dans une vaste plaine au mir lieu de laquelle s'élevait une emmenée. Dioclétien y arriva suivi de Galerius, de tous ses* officiers et des légions. Là, ^'adressant aux soldats, il leur dit que sa faiblesse l'obli* geait à chercher du repos et à céder l'empire à ceux qui avaient plus de force que lui. Cet homme extraordinaire pleurait en prononçant ces mots. On lui amena Maximin; il jeta sa robe de pourpre sur 4es-épaules du jeune pâtre, et
5ô4 CHAPITRE XXX.
Dioclétien , redevenu Dioclès , monta sur un chariot, traversa la ville et regagna son pays natal, où il choisit Salone pour lieu de sa retraite.
Le même jour où Dioclétien abdiquait à Nicomédie, Maximien en faisait autant à Milan , et donnait le titre d'auguste à Constance Chlore , et celui de césar à Sévère. Il se retira ensuite en Lucarne , où il vécut dans les délices. Mais il n'y tint pas : son humeur turbulente l'en fit sortir moins de deux ans après pour reprendre la pourpre qu'il avait quittée malgré lui.
Dioclétien fut plus sage. Il demeura tranquille à Salone, occupé à cultiver son jardin. Lorsque Maximien lui écrivit plus tard pour l'engager à reprendre avec lui l'empire, il lui répondit : « Si tu voyais mes beaux légumes, tu ne me parlerais pas d'empire. » Dioclétien fut longtemps honoré dans sa retraite par les princes qui régnèrent après lui, et qui le consultaient quelquefois sur les affaires importantes. Il vécut ainsi huit ans; mais ses dernières années furent tristes. Il eut la douleur de voir sa femme Prisca et sa fille Valeria exilées et persécutées par le farouche Maximin, mises à mort ensuite par l'ordre de Licinius. On leur trancha la tète et on jeta leurs corps à la mer. Il vit tous ces malheurs sans pouvoir y porter remède , ni par ses prières , ni par l'autorité de sa grandeur passée. En même temps Constantin faisait effacer partout ses images et celles de Maximien Hercule ; et plus tard , lorsque Licinius épousa la sœur de Constantin , ces deux princes ayant engagé Dioclétien à se rendre à la solennité du mariage , comme il s'excusait sur sa vieillesse, ils lui écrivirent une lettre menaçante où ils l'accusaient de favoriser leurs ennemis. Quelques auteurs disent même qu'il y eut un décret du sénat pour lui ôter la vie. Il succomba % à tant de maux , et mourut de chagrin et de maladie à l'âge de soixante-huit ans. Quelques-uns disent même qu'il s'empoisonna (313).
CONSTANTIN. 5o5
TROUBLES QUI SUIVIRENT L'ABDICATION DE DIOCLÉTIEN JUSQU'AU RÉTABLISSEMENT DE L'UNITÉ IMPÉRIALE.
Après l'abdication de Dioctétien , l'empire fut agité pendant près de vingt ans par des troubles et des guerres civiles; il ne retrouva la paix que lorsqu'il eut retrouvé l'unité sous Constantin. "Heureusement que durant tout cet espace de temps les barbares demeurèrent tranquilles. Ce fut là encore un bienfait du règne de Dioclétien. Grâce à lui , l'empire ne souffrit que demi-mal sous ses successeurs, et du moins le péril du dehors ne vint pas se joindre aux maux de l'intérieur.
La balance du pouvoir établie par Dioclétien ne pouvait en effet subsister longtemps après lui; cette division de l'autorité impériale entre deux augustes et deux césars est une transition par laquelle le despotisme militaire des divers usurpateurs dont nous venons de voir l'histoire passa au despotisme monarchique de Constantin et de ses successeurs. Dès que Dioclétien et Maximien eurent dépouillé la pourpre impériale, les deux césars Constance et Galerius s'en revêtirent. Constance continua à administrer, sous un nouveau titre , ses anciennes provinces de la Gaule de l'Espagne et de la Grande-Bretagne. Dans le gouvernement de ses provinces , il eut l'art de s'attacher à la fois l'affection de ses soldats et des habitants. Malheureusement sa santé était faible et ne promettait pas de le laisser longtemps à la tête des armées. Galerius conserva les provinces orientales. Ce fut lui qui nomma les deux nouveaux césars Maximin Daïa et Sévère. Suivant l'organisation de Dioclétien, Sévère aurait dû reconnaître la suprématie de l'empereur d'Occident; mais il était tout dévoué à Galerius, qui se réservant pour lui-même les contrées placées entre l'Italie et la Syrie, exerçait une égale influence sur Sévère
5o6 cgmut» x*xi.
et sur Maximin, et se trouvait par eux mattre des trois quarts de l'empire romain. Galerius pensait que la mort prochaine de Constance allait lui livrer le reste de l'empire; mais l'élévation de Constantin au rang de césar détruisit toutes ses espérances.
Constantin , fils de Constance, était né probablement ^Naïssus, dans la Dacie. 11 avait environ dix-huit ans lorsque son père reçut de Dioctétien le titre de césar. Constantin ne put d'abord profiter de cette haute fortune; au Jieu de suivre son père dans la Gaule, il s' attacha à Dioctétien , signala son courage dans les guerres d'Egypte et de Syrie , et s'éleva peu à peu au grade de tribun du premier ordre. La popularité dont il jouissait près du peuple et des soldats excita la jalousie de Galerius, qui essaya de se débarrasser de lui en le faisant combattre, dit-on , d'abord avec un légionnaire de très-haute taille, et ensuite avec un lion ; mais on peut douter de cette dernière assertion. Toutefois, si Galerius n'osait se livrer contre lui à aucun acte de violence ouverte, il le retenait néanmoins à sa cour, malgré les demandes réitérées de son père, afin d'avoir toujours en lui un otage précieux. Cependant, Constantin apprenant que son père était à l'extrémité , força Galerius à lui accorder la permission de partir. Ou dit que pour ne pas être poursuivi, le jeune prince fit couper le jarret à tous les chevaux qu'il laissa derrière lui. Il atteignit la ville de Boulogne au moment où Constance allait s'embarquer pour la Grande-Bretagne.
Cette expédition et une victoire facile sur les Calédoniens furent les derniers exploits de Constance Chlore. 11 mourut à York Tan 306 , âgé de soixante-quatre ans. Les troupes qui avaient servi sous lui proclamèrent son fils. Celui-ci parut faire quelque résistance; mais il se résigna bientôt à accepter le titre qu'on lui offrait, et il écrivit à Galerius pour lui annoncer que la trop vive affection des soldats ne lui avait pas permis de solliciter la pourpre de la manière habituelle. Sans condamner ni confirmer le choix de l'armée , Galerius reconnut le fils de son ancien collègue comme souverain des proviuces situées au delà
CON&XJUtTlN, Sojr
des Alpes; mais il ne lui donna que le titre de césar, et le quatrième rang parmi les princes romains, tandis qttïl confirmait à son favori, Sévère, celui d'auguste.
Peu de mois après l'élévation de Constantin, une sédition éclata dans Rome. Le& habitants de eette ville voyaient avec indignation que la capitale de l'empire était abandonnée décidément par les empereurs, et que leurs privilèges n'étaient même plus respectés. En effet, Galerius venait d'imposer une taxe sur les terres et les personnes. L'Italie, qui avait la plupart du temps échappé à ces sortes d'exactions, se vit contrainte de payer comme les autres provinces. Les Romains s'indignèrent de l'insolence de ce paysan illyrien, qui, d'une ville d'Asie, en voyait des édits à Rome , et mettait la capitale au nombre des villes tributaires. La fureur populaire fut encouragée par la connivence du sénat et par les faibles restes des cohortes prétoriennes, qui craignaient, avec raison, leur propre dissolution. Tous espérèrent chasser de l'Italie les tyrans étrangers, et voulurent choisir un prince qui du moins siégerait à Rome. On jeta les yeux sur Maxence , fils de l'empereur Maximien. Deux tribuns des gardes prétoriennes le proclamèrent dans Rome ; Maxence fut investi, presque sans contestation , des ornements impériaux.
Sitôt que Maximien apprit cette révolution, il quitta sa solitude , et vint demander à diriger son fils dans sa nouvelle carrière ; le sénat le supplia de reprendre lui-même le titre d'empereur. Son ancienne dignité, son expérience, sa gloire militaire, fortifièrent beaucoup le parti de Maxence. Sévère, qui voulut marcher en toute hâte sur Borne pour réprimer la sédition, fut abandonné par ses soldats , et assiégé dans Ravenne par Maxence , qui le força à se faire ouvrir les veines. Maximien sentit qu'il avait besoin de l'appui de Constantin pour lutter contre Gaterius; il passa les Alpes, et lui donna sa fille Fausta an mariage ; mais Constantin ne se pressa pas de prendre une part active dans sa querelle; il voulait voir les partis s'engager pour profiter de leurs fautes et s'élever sur leurs ruines. Galerius, cependant, envahit l'Italie à la tête d'une armée
5o8 CHAPITRE XXXI,
nombreuse ; il trouva toutes les villes fortifiées, s'avança, il est vrai , assez près de Rome , mais ne put s'emparer d'aucune plac«î. Il fut donc contraint de se retirer en ravageant tout sur son passage. Maximien voulut encore une fois
. engager Constantin à prendre part à cette guerre , mais le prudent césar persista dans le plan qu'il avait adopté.
A la place de Sévère, Galerius promut Licinius au rang d'auguste, et lui résigna immédiatement le gouvernement des provinces illyrienncs. A la nouvelle de l'élévation de Licinius, Maximin , qui gouvernait la Syrie et l'Egypte, ne voulut plus porter le titre trop modeste de césar; malgré les conseils de Galerius, il se fit proclamer auguste, et le monde romain fut administré à la fois par six empereurs, dont trois à peu près du même nom \ Celui qui perdit le premier son titre fut Maximien ; son
-49s Maxence , élu par le sénat et par le peuple , se considérait comme le seul souverain légitime de l'Italie, et ne pouvait souffrir de voir son pouvoir contrôlé par son père, qui lui répétait sans cesse que sans son expérience il n'aurait pu triompher de Galerius. Maximien , dégoûté , partit pour l'Illyrie , d'où il fut chassé par Galerius, qui redoutait son génie entreprenant. Il chercha alors un refuge auprès de son gendre Constantin, et abandonna une seconde fois le titre d'empereur, dont il avait reconnu, disait-il, la vanité; mais pendant que Constantin allait repousser sur le Rhin les incursions des Francs, Maximien, sur le faux bruit, peut-être semé par lui , de la mort de son gendre, reprit la pourpre sans hésiter , s'empara des trésors de Constantin , et essaya d'acheter l'affection des troupes. A la nouvelle de la trahison de son beau-père , Constantin revint en toute hâte des bords du Rhin jusqu'aux portes d'Arles. Maximien s'étant retiré à Marseille, Constantin donna aussitô^l'assaut à cette ville, et la garnison , pour obtenir son pardon, livra le vieil empereur, à qui Constantin ne laissa que le choix de sa mort. Maximien s'étrangla (310). Les dernières années de Galerius ne furent guère plus
1 Maximien,' Maxence, Maximin, Galerius, Licinius et Constantin.