‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 129 sur 157 · CONSTANTIN · texte numérisé non relu

CONSTANTIN

heureuses. Il survécut environ quatre années à sa retraite d'Italie, abandonnant sagement le dessein de réunir l'empire sous sa main , et employa le reste de sa vie à se procurer des plaisirs ou à faire quelques ouvrages d'utilité publique. C'est ainsi qu'il ouvrit un débouché dans le Danube aux eaux du lac Felsa. Attaqué d'une maladie cruelle, couvert d'ulcères, il mourut en excitant la compassion de ses sujets. A peine avait-il expiré à Sardique (311), que les deux empereurs auxquels il avait donné la pourpre se partagèrent ses dépouilles. Les provinces d'Asie furent la part de Maximin , et celles d'Europe augmentèrent les provinces de Licinius. Ainsi la mort de Maximien et de Galerius réduisit à quatre le nombre des empereurs.

Le premier de ceux-ci qui suivit les deux empereurs morts fut Maxence. Ce prince, élevé à la pourpre impériale par le zèle du sénat et du peuple , oublia bientôt comment il était arrivé à l'empire, et se conduisit à Rome même comme un véritable tyran. Sa cruauté se manifesta surtout après la chute de l'usurpateur Alexandre, qui s'était révolté en Afrique, où il avait été facilement vaincu. La province paya pour l'usurpateur; elle fut impitoyablement ravagée. Rome en ressentit elle-même comme un contre-coup ; car Maxence, ne gardant plus alors de me- ' sure, multiplia ses exactions et ses injustes condamnations. Constantin en délivra l'Italie. La cause de la guerre fut petite. Maxence, irrité de la mort de son père, qu'il n'avait osé secourir, fit abattre partout les statues de Constantin. Celui-ci en fit de même pour les statues de Maxence, et dès lors chacun fit ses préparatifs. L'empereur des Gaules fit naturellement alliance avec Licinius , afin de mettre Maxence entre deux ennemis. En même temps il recevait les ambassadeurs du sénat et du peuple, qui venaient le conjurer de délivrer Rome de la tyrannie de Maxence.

Coustantin, qui par ses dispositions rappelait quelquefois le génie militaire de César, résolut, malgré toutes les •emontrances , de prévenir l'ennemi, et d'aller lui-même wrter la guerre en Italie. Il avait quatre-vingt-dix mille hntassins et huit mille chevaux ; mais ne voulant point

Skia CHAUME XXXI.

sacrifier la séreté de l'empire à son Intérêt particulier, il laissa la HKûtié de son infanterie sur les bords du Rhin, et marcha avec moins de cinquante rallie hommes contre les cent cinquante mille soldats de Maxenee. Tl traversa les Alpes Cottiennes, s'empara de Suze, et rencontra dans te» plaines de Turin la première armée de Maxenee. L'armée italienne vaincue, Turin soumis, Constantin voulut, avant de marcher sur Rome, débarrasser entièrement la haute Italie de la présence des troupes ennemies , et près de Vérone , il livra une seconde bataille dont il sortit encore vainqueur, grâce à son habileté et à son courage personnel. Maxenee après ces deux défaites erut qu'il fallait aller montrer aux soldats qu'il avait une troisième armée, dans laquelle se trouvaient presque tous les vétérans intéressés à défendre sa cause jusqu'au bout. Ils se firent tous tuer sans pouvoir donner la victoire à leur empereur. H s'enfuit loin du champ de bataille , et se noya dans le Tibre en voulant se réfugier à Rome (28 oct. 312).

Constantin entra enfin dans la capitale de l'empire aux acclamations du peuple et du sénat , qui lui assigna par un décret le premier rang entre les augustes. Constantin, ' comme Septime Sévère, abolit le corps des prétoriens; mais il ne le rétablit pas comme l'avait fait ce dernier. Dès, lors Rome ne vit plus autour de ses murs ces soldats turbulents et séditieux qui si longtemps avaient troublé son repos. Quelque temps après la défaite de Maxenee et l'événement de Constantin, Lieinius, son allié, ajoutait aussi de nouvelles provinces à celles qu'il avait déjà. M aximin, le seeret allié de Maxenee, avait attaqué Lieinius pendant l'hiver de l'année 31 a; mais la promptitude de Lieinius et son habileté supérieure donnèrent à Maxf min le sort de Maxenee. Il fut vaincu, et la rapidité de sa fuite est plus célèbre que son courage dans la bataille. En effet, vingt-quatre heures après sa défaite, on le vit pâle, tremblant, dépouillé des ornements impériaux , à Nicomédie, située à cent soixante milles1 du champ de bataille. Lîci-

1 Environ deux cent douée kilomètres.

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nias, après sa victoire, n'imita pas Constantin; îî souilla .san succès par sa entrante en faisant mourir tous les partisans, hommes, femmes et enfants, de l'empereur vain- Ctt (313).

Le peuple romain n'avait pîus que deux maîtres ; c'était troip d'un encore pour que ïa paix fût possible. Lorsque Constantin avait attaqué Maxence, fl s'était ligué avec Lichrius; après la conquête de l'Italie, les deux alliés cimentèrent leur union par un mariage : Constantin donna sa sœur à Licinius. Cependant, voyant tous deux que la part qu'ils avaient eue d'abord dans le monde romain s'était successivement agnaiïdierils nourrissaient secrètement l'espoir de l'augmenter encore. La rupture ne pouvait tarder longtemps. Constantin, jeune, actif, ambitieux, aurait peut-être attaqué le premier , si son rival ne lui en eût fourni lui-même l'occasion. Celui-ci n'osant recourir à la force ouverte, favorisa une conspiration con tue Constantin» Les conspirateurs furent découverts, et leur intelligence avec Licinius fut dévoilée. Constantin , selon son habitude, prenant hardiment l'offensive, s'aventura avec une armée inférieure en nombre , mais composée de vétérans, au milieu des provinces de Licinius. Deux victoires dues à son habileté , celles de Cibalis et de Mardie (514), contraignirent Licinius à céder sept provinces, et il lui fallut se contenter de l'Orient et de la Thrace. Les provinces Illyriennes passèrent sous la domination de Constantin.

Licinius aurait dû employer toutes ses ressources pour éviter ces premières défaites, ou abdiquer le titre d'auguste, et reconnaître dès lors la suprématie de Constantin. Celuici en effet ne pouvait s'arrêter dans cette voie de conquêtes ; il avait affaibli Licinius en 314 , en lui enlevant une partie de ses provinces ; il le dépouilla entièrement huit ans plus tard. Licinius, cette fois , fut le premier à désirer le renouvellement de la guerre. Dans une expédition contre les Goths , Constantin avait traversé quelques parties du territoire de Licinius; celui-ci s'en offensa, rejeta toute explication ,k et commença ses préparatifs. Constantin alla le chercher jusque sous les murs d'Andrihôple , battit son

armée , détruisit sa flotte sur l'Hellespont , le défit de nouveau à Chalcédoine, et le força de venir se remettre entre ses mtfius. Licinius avait voulu se donner un appui en créant césar son favori Martinien ; les troupes le massacrèrent. Quanta lui , relégué à Thessalonique, il fut bientôt mis à mort dans cette sorte de prison , et Constantin, qui avait , dit-on, embrassé publiquement le christianisme en 313, après plusieurs miracles , se trouva ainsi seul maître de l'empire (323).

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