HISTOIRE DIT CHRISTIANISME
toutes parts; plusieurs , attachés à des arbres et enduits de matières inflammables , éclairèrent les jardins de l'empereur. C'est sous ce règne que furent martyrisés saint Pierre et saint Paul.
Les chrétiens, en refusant de payer la capitation imposée par Domitien pour la réédiûcation du Gapitole, provoquèrent peut-être la deuxième persécution générale. Les empereurs, qui n'étaient point initiés aux dogmes de la religion nouyelle, et qui pour la plupart auraient été incapables de comprendre sa morale sublime, ne voyaient dans les chrétiens qu'une secte qui célébrait dans l'ombre des mystères inconnus, qui adorait d'autres dieux que les dieux de l'empire , qui refusait d'obéir à quelques-unes des lois auxquelles étaient soumis les habitants de Borne et des provinces. Par malheur pour le christianisme, en rejetant les doctrines religieuses de la société au milieu de laquelle il était né , il était aussi forcé de répudier quelques-unes de ses lois civiles ou politiques, et de changer ainsi aux yeux des empereurs son opposition religieuse en une opposition politique. C'est ainsi que les fidèles attirèrent sur eux la colère de Domitien en refusant de payer un impôt établi sur tout l'empire.Le martyre de plusieurs personnages de haut rang, d'un consulaire, neveu deVespasien, montre les progrès qu'avait déjà faits le christianisme.
Les chrétiens souffrirent une troisième persécution sous Trajan (106); ce prince toutefois ordonna à Pline le Jeune de punir seulement ceux qui se présenteraient.
Mais dans le sein même de la société chrétienne s'élevaient de plus terribles ennemis, les hérétiques, qui parurent de bonne heure , et faillirent réduire la religion aux proportions mesquines d'une philosophie peu durable.Quand la doctrine chrétienne se répandit, ceux des païens dont l'esprit était le plus cultivé, et qui sentaient le vide du paganisme , éblouis de la lumière qui avait brillé au mont Golgotha, se prosternèrent et adorèrent; mais bientôt le doute leur vint ; ils voulurent examiner , peser , mesurer leur foi; ils ne voulurent rien croire que ce que leur raison put leur démontrer, soumettant ainsi la parole de Dieu à
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la faiblesse de leur iaietligeBee. Ht vécurent tout comprendre, tout expliquer, interpréter enfin l'Évangile (fcérétiques d'interprétation), ou bien en prêcher un nouveau (hérétiques d'inspiration).
S H. PBOGBirs de l'église.
Cependant l'Église se fortifiait chaque jour, car il est de la nature de la vérité de grandir sous la persécution, d'ouvrir les rangs mêmes de ses ennemis pour s'y faire des partisans. Vers le milieu du deuxième siècle, la religion chrétienne occupe déjà une grande place dans l'empire, et ceux des empereurs qui ne sont point détournés du soin de leurs affaires par leurs folies ou par des guerres extérieures, s'aperçoivent bien de ses progrès.Ptasieurs évéques sollicitent hautement la libre prédication; ils dressent des apologies, et les présentent aux empereurs. Adrien et Antomn rendirent même plusieurs édits favorables; mais le christianisme avait deux ennemis redoutables, la populace des villes et les professeurs de sagesse humaine. Si une guerre récente, une famine, une peste, avaient affligé l'empire; si une pluie excessive ou un dérangement des saisons avaient détruit les récoltes; si le Tibre débordait, si le J\iL ne débordait peint, tout un peuple en fureur s'écriait : Les chrétiens aux lions!
Mais « la populace faisait des martyrs , elle n'attaquait point cependant le christianisme. Les philosophes , plus habiles , se chargèrent de ce soin; c'était pour eux une affaire non-seulement de conscience, mais d'intérêt Le paganisme s'était si honteusement dégradé, qu'il avait bien fallu le soutenir au moins par de$ croyances philosophiques. C'était un moyen de le recommander encore par une apparence de gravité aux classes élevées de la société romaine. De là le grand nombre de philosophes qu'on voit apparaître au siècle des Ântonins , et qpi , malgré les railleries de Lucien, furent l'objet de la faveur de ces princes. Marc-Aurèle surtout se montra peur eux plein d'égards; il croyait que la morale humaine qu'il prêchait, et dont il traçait lui-même iespréceptes dans son livre, suffisait pour
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régénérer fe amie. Il m comprenait pas qu'une véri? table reHgion, c'est-à-dire une forte et énergique croyance, penvnit &enie descendre assea basdans le peuple pour atta- ' quer le mal dans sa racine. MaroÀurèle prodigua aux sophistes les trésors de l'empire; s'il avait en moins dev guerres à soutenir, son règne aurait été celui des philosophes. En retour, ceux-ci professèrent partout que la première règle de conduite pour un citoyen c'était de se con- £srn»sansexamenancuJtederÉtat, et qu'un petit nombre d'hommes seulement , d'une nature supérieure, pouvaient être initiés aux mystères de la philosophie. Pour frire impression sur le peuple, les philosophes s'entourèrent d'un certain attirail religieux, de devins, de magiciens; il y eut des prophéties, des oracles, de non veaux sacrifices; tons les cultes contribuèrent pour orner le paganisme mourant de leurs cérémonies et de leurs mystères. Cependant tout cela ne suffisait pas, les philosophes se montrèrent intolérants, et Marc-Aurèie, leur chef, autorisa la quatrième persécution.
Le miracle de ta légion fulminante T arrêta quelque peu la persécution {174); maïs elte recommença bientôt et s'étendit sur tout l'empire. Lyon M surtout ensanglanté, «t perdit son évoque, le vénérable Pottam.
Commode s'inquiéta peu de religion., Pertiuax n'en eut pas le loisir; mais aqpe Septime Sévère, la persécution recommença. Ce prince, qui voulait établir un despotisme absolu, fut d'ailleurs entouré de Syriens, et, ayantpentr&re dans les dieux «ne foi plus vive que ses prédécesseurs, il vit dans les chrétiens des ennemis politiques et retigienx. Le despotisme veut <que le silence règne autour 4e M : il oraint tante espèce de réunions, d'assemblées publiques on secrètes. Les associations chrétiennes, déjà ai nombreuses, inspiraient à Sévère des craintes comme empereur et comme sectateur des divinités romaines on syriaques. H corn* mntea par Berne (lOMM), eu il défendit les assemblées
* le véritable nom de cette légion étaft legio Ftftminata. Voyez M. LétaHMe, «Iodes tristanques sur la statue vocale de Meuman, p. «20 et 128.
illicites. Sur ces entrefaites, arriva la célébration des jeux séculaires. Tontes les fêtes religieuses du paganisme étaient 'naturellement suivies d'explosions de fureur et de haine contre les chrétiens. La savante Alexandrie se signala par sa cruauté. Presque tous les prêtres de cette Église furent massacrés ou contraints de s'enfuir.
Origène, tout jeune encore, fut seul chargé de continuer dans la ville les fonctions religieuses. Ce ne fut pas sans peine ni sans danger , car plusieurs fois il fut sur le point de recevoir la couronne du martyre. À Carthage, à Borne , à Lyon, la persécution fut vive aussi ; mais le sang des martyrs était comme une semence féconde qui multipliait les chrétiens. L'orage passait , et la religion relevait la tête, plus forte et toujours plus pure.
L'Église jouit d'une paix précaire de vingt-quatre ans sous Macrin , Élagabal et Alexandre Sévère; mais sous le féroce et stupide Maximin, les souffrances recommencèrent.
Toutefois les plus sérieux ennemis du christianisme sont toujours les hérétiques. Ils sont nombreux au deuxième et ""ak troisième siècle, et chaque jour leur nombre s'augmente; leur liste, s'il fallait la faire, serait longue et composée de noms bizarres. Indiquons seulement la secte des Marcionistes, qui, pour expliquer la raison du mal, reconnaissent la coexistence de deux principes , l'un bon, l'autre mauvais. Cette hérésie, laplus.vivace de toutes celles qui s'élevèrent, soulevait d'importantes questions, et se perpétua de siècle en siècle à travers tout le moyen âge. Vers le même temps où naissait la secte des Marcionistes , Théodore de Byzance attaqua la divinité du Christ (146). Ainsi les deux grandes hérésies, le Manichéisme (doctrine des deux principes) et ïArianisme (le Christ n'est qu'un homme) prirent naissance au milieu du deuxième siècle.
Lorsque l'Arabe Philippe monta sur le trône impérial , les chrétiens eurent quelque relâche; Origène écrivit même plusieurs fois au nouvel empereur au nom de ses frères, et la conduite dç Philippe fit supposer qu'il était lui-même chrétien. Mais quand la révolte des légions de Mœsie eut forcé Decius de prendre la pourpre , ce vieux sénateur,