‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 146 sur 157 · JULIEN · texte numérisé non relu

JULIEN

tifes l#i permit de réduire les impôts d'un cinquième. Tout le luxe et tout le faste fut réservé pour les cérémonies d'un culte dont le rétablissement lui tenait d'autant plus à cœurj qu'il attribuait sans doute à la décadence de ce culte l'affaiblissement chaque jour plus sensible de l'empire. Superstitieux à l'excès , et attendant de ses dieux le retour de l'antique puissance de Rome , il sacrifiait à tout propos, et remplissait avec un soin minutieux les fonctions de souverain pontife , inséparables de la dignité impériale , non toutefois sans s'exposer aux sarcasmes des païens eux-mêmes. Par suite de sa tolérance religieuse , et sans doute aussi en haine des chrétiens , il protégea les Juifs , et voulut que le temple de Jérusalem fût rebâti. Mais lés travaux commencés par son ordre furent interrompus par un tremblement de terre , accompagné d'éruptions volea- . niques , qui se fit ressentir à la même époque dans l'Asie Mineure à Nicée, à Nicomédie , [et même à Constantinople.

A peine Julien avait-il passé six mois à Constantinople, qu'il se mit en marche pour aller faire la guerre aux Perses. Son entrée à Antioche fut signalée par des actes de clémence. Tourné en ridicule par les habitants de cette ville -, qui ne lu! pardonnaient ni sa longue barbe de philosophe ni sa simplicité presque cynique , il s'en vengea en homme d'esprit par une satire intitulée le Misopogon, où il fronde à son tour les mœurs corrompues et la frivolité de ses adversaires. Arrivé à Gircesium , où était le tombeau de Gordien le Jeune, il reçut une lettre de Salluste, préfet des Gaules et son ami, qui le conjurait, au nom des dieux, de ne point entrer sur le territoire des Perses, et lui annonçait que la campagne serait funeste; que tous les oracles et les àruspices consultés défendaient cette entreprise hasardeuse.

Mais Julien, malgré sa foi aveugle aux aruspices et aux oracles, avait résolu de venger le nom romain si souvent humilié par les Perses. A la tête de trente-cinq mille hommes, plein de confiance dans la valeur de ses troupes, dans sa propre expérience et dans l'appui des dieux , il pénètre en Assyrie, emporte d'assaut Pirisabore, place importante,

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et pénètre jusqu'à Ctésîphon; mai», JH*** S*'1* rail s'en emparer avant l'arrivée de* renforts qu'il sous la conduite de Proeope , il marche à leur rencontre» suivant les bords du Tigre ; puis, par de» routes qu'il ne connaissait pas, il s'enfonce dans les terres après avoir brûlé sa flotte. Harcelé sans cesse par l'eiwtini , et naas-» quantde vivres, 11 prend te parti de se replier sur la Corduène, province alors dépendante de l'empire, au msii de F Arménie. Dans cette retraite forcée, il gagne une bataille contre les Perses, qui le poursuivaient avec opiniâtreté ; cinq jours après , un nouvel engagement a Heu y et la victoire allait encore rester aux Romains, quand Julien est tout à coup mortellement blessé. Rapporté dans sa tente sur son bouclier , il reçoit les secours d'Oribase, son médecin et son ami. Là , couché sur une peau de lion, entouré de ses amis en larmes , il montre une fermeté d'âme et use tranquillité que la conscience de ter vertu peut seule donner. Aramien Marcellin , présent à cette scène , nous a conservé les dernières paroles de Julien. Nous les rapportons ici, parce que l'empereur, l'homme et le citoyen s'y montrent à an dans une noble simplicité. Le jugement qu'on prononce sur soi-même avec tant de calme, dans un mènent aussi solennel, est d'une haute importance morale.

« Amis , dit-il , la nature me redemande ce qu'elle m'a « prêté; je k lui rends avec la joie d'un débiteur qui sfac* » quitte, et non point avec la douleur ni les regrets que la « plupart des hommes croient inséparables de l'état où je « suis. La philosophie m'a convaincu que l'âme n'est visite ment heureuse que lorsqu'elle est affranchie des tiens du < corps, et qu'on doit plutôt se réjouir que s'affliger, lorsque « la plus noble partie de nous-mêmes se dégage deeeUeqai « la dégrade et l'avilit Je fais aussi réflexion qm les dieux « ont souvent envoyé la mort aux gens de bien toomne la « plus grande récompense dont ils pussent eouroaner la « vertu. Je la reçois à titre de grâce. Ils veulent m'épar « gner des difficultés qui m'auraient fait succomber sais « doute , ou commettre quelque action indigne de moi « Je meurs sans remords, parce que j'ai vécu sans crime.

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« wtit dans te temps de ma disgrâce , lorsqu'on m'éloignai! « & i» cour, et que Von, me confinait dan» des retraites « obscures et écartées, soit depuis que j'ai été ctevéanpoa- « voir suprême. J'ai respecté la puissance dont j'ai été re- « vétkt , comme une émanation de la puissance divine. Je « crois l'avoir conservée pure et sans tache , en gouvernant

* avec douceur les peuples confiés* à mes soins , en ne dé- « daranl ni ne soutenant la guerre que pour de bonnes « raisons. Si je n'ai pas réussi, c'est que le succès ne dépend « en dernier ressort que du bon plaisir des dieux. Persuadé « que le bonheur de» sujets est la fin nniqqe de tout gou- « vernement équitable , j'ai détesté le pouvoir arbitraire , « soarce fatale de la corruption des mœurs et de la ruine « des États. J'ai toujours eu des vues pacifiques, vous le « savez ; mais aussitôt que la patrie m'a fait entendre sa « voix et m'a commandé de courir aux dangers , j'ai obéi « aveela soumission d'un fils aux ordres absolus d'une mère. « J'ai considéré le péril d'un œil une: je l'ai affronté avec « plaisir. Je ne vousdissimulerai point qu'on m'avait prédît, « il y a longtemps^ que je mourrais d'une mort violente. « Ainsi je remercie la Puissance éternelle de n'avoir pas « permis que je périsse ni par une conspiration , ni par les « douleurs d'une longue maladie , ni par la cruauté d'un « tyran. J'adore sa bonté de ce qu'elle m'enlève du monde « pur un honorable trépas, au milieu d'une course glorieuse, « puisque , à juger sainement les choses , c'est une lâcheté « égale de souhaiter la mort lorsqu'il serait à propos de « vivre, et de regretter la vie lorsqu'il est temps de mourir.

* lies forces m'abandonnent; je ne puis plus vous parler. « Quant à l'élection d'un empereur , je n'ai garde de pré» « venir votre choix. Le mien pourrait mal tomber, et per- «> dirait peut-être , si on ne le suivait pas , celui que j'aurais « désigné. Mais, en bon citoyen, je souhaite d'être remplacé « par un digne successeur. »

Bientôt sentant sa fin prochaine, il fit approcher les philosophes Priseos et Maxime, s'entretint avee eux de la nature et de L'immortalité de Fâmc, et mit tant de chaleur dans cet entretien que sa plaie se rouvrit. Alors , comme

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sa respiration devenait embarrassée , il demanda de l'eau fraîche, la but, et eipira aussitôt dans la trente-deuxième année de son âge.

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