S IV. JOVIEN
Ce fut le 26 juin 363 que mourut Julien ; avec lui finit la race de Constantin. Depuis l'élection de Dioctétien, l'empire ne s'était pas vu dans un pareil embarras. L'armée, privée d'un chef habile , était comme abandonnée au milieu des barbares. Il fallut se presser de nommer un empereur. A la chute du jour , tous les généraux se réunirent pour l'élection d'un nouveau chef. La place était dangereuse ; cependant deux factions se formèrent: Tune, de ce qui restait d'amis ou d'officiers de la famille de Constantin ; l'autre, des amis de Julien, sous la direction des deux Gaulois Dagalaïphus et Nevitta. Les talents supérieurs de Salluste réunirent cependant toutes les opinions contraires; mais Salluste refusa. Une voix nomma Jovien ; c'était le premier des protecteurs. Les gardes qui entouraient la tente du conseil le saluèrent à haute voix, et leurs acclamations, répétées par l'armée entière , rendirent l'hésitation des chefs impossible. Laplus grande recommandation de Jovien, c'étaient les talents de son père le comte Varronien J* car pour lui c'était un homme d'un mérite médiocre , mais à qui Julien avait confié, bien qu'il professât le christianisme, l'une des plus hautes charges de la cour.
Les premiers ordres donnés par Jovien furent de continuer la retraite ; mais chaque jour elle devenait plus difficile. La nouvelle de la mort de Julien avait rempli Sapor de confiance. Croyant n'avoir plus qu'à écraser une armée sans chef et découragée, il fit à l'instant attaquer l'arrièregarde ennemie. Les joviens et les herculiens furent écrasés. Cependant l'armée romaine se retourna contre les Perses, combattit avec sa valeur habituelle tout un long jour d'été, et sur le soir arriva à Sumara , sur les bords du Tigre. Il n'y avait plus de vivres dans l'armée, plus de provisions; les soldats demandaient à franchir le fleuve. Jovien voulut
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les en détourner. Cédant cependant à leurs instances, il consentit à essayer ce passage dangereux. A l'entrée de la nuit , quelques hommes choisis traversèrent (e fleuve à la nage et prirent poste sur l'autre rive. Le lendemain on conj^ença la construction d'un pont de bateaux. Les Romains étaient occupés à ces travaux , lorsque leur courage fut relevé par des bruits de paix qui se répandirent tout à coup. La présomption de Sapor était passée , car il voyait qu'il avait perdu ses meilleurs généraux et presque tous ses éléphants, et qu'une nouvelle lutte avec une armée désespérée serait peut-être dangereuse ; il préféra faire acheter la paix aux Romains. Le Suréna parut dans le camp de Jovien, et déclara que Sapor ne refuserait pas la paix. L'env pereur fut contraint par son conseil d'accepter cette offre , et il envoya Salluste et Arintheus pour traiter des conditions. Les Perses par leurs hésitations firent perdre quatre jours entiers, espérant que les Romains consumeraient ce qui leur restait de vivres. Si Jovien eût été hardi, il aurait continué sa marche, et avant l'expiration des quatre jours, il aurait pu atteindre un lieu sûr; mais il attendit que Sapor lui signifiât ses volontés, elles étaient humiliantes pour Rome. Les cinq provinces transtigritanes furent rendues à la Perse ; Nisibis * Singara et le château des Maures furent démembrés de l'empire. Une dernière condition fut que les Romains abandonneraient pour toujours l'Arménie, position avantageuse pour attaquer les Perses , et qui dispensait les Romains de se diriger par les plaines si fatales à Crassus et à Antoine.
Une paix de trente ans fut ratifiée par des cérémonies religieuses , et on se donna réciproquement des otages. Ce qui avait engagé Jovien à signer ce traité honteux , c'est qu'il avait hâte de regagner la Mésopotamie et la Syrie, où Procope,à la tête d'une armée nombreuse, pouvait vouloir prendre pour lui l'héritage de Julien.
Le passage du Tigre coûta aux Romains autant qu'une grande bataille. Ils continuèrent leur marche à travers la Mésopotamie, et furent contraints de traverser un désert où il n'y avait ni sources ni verdure. A l'approche du châ-