II. PELASGBS TYBBHÉNIENS. ÉTRUSQUES
De toute antiquité , l'Italie occidentale fut appelée Tyrrhénie par les Grecs , qui donnaient le nom de Tyrrhénienne à la mer qui s'étendait le long de ses côtes. Dans l'origine , on désignait par la dénomination de Tyrrhéniens le peuple qui habitait Cortone , Caeré, Pise, Alsium, Pyrgi, Tarquinii , et qui avait soumis la Toscane ou Etrurie.
Quelle était l'origine de ce peuple? Les écrivains anciens n'étaient pas d'accord sur ce point. Suivant une tradition rapportée par Hérodote et adoptée par les historiens romains % ils seraient venus de Lydie plusieurs générations avant la guerre de Troie ; d'autres les confondaient avec les Pélasges Tyrrhénieus qu'on retrouvait en Asie, à Lemnos, en Samothrace et à Athènes; et enfin Denys d'Halicarnasse, affirmant que, par leur Langue, leurs lois, leurs usages et leur religion, les Etrusques différaient essentiellement des Pélasges Tyrrhéniens , les regardait comme une population primitive de l'Italie 3. Partant de ces différentes données, les savants modernes ont émis des opinions non. moins divergentes sur cette grave question. Les uns voient dans les Étrusques des Cananéens ou Phéniciens, d'autres des Égyptiens, d'autres des Pélasges, d'autres une population.
1 Thucyd., VI, 2. Denys d'Haï., I, 22. Heyne, surVhrg., i£n.,.lib* XIII, Excurs. VI; Ub. VIII, Exe. II.
» Hérodote, I, 94. Denys d'Halicarnasse, 1,27. Velleius Paterculus, I, i. Horace, I, 6, 1. Virgile, £n. VIII, 429. On voit, par un passage de Tacite (Asn. IV, 55), que la tradition qui faisait venir les Tyrrhéniens de. Lydie était nationale à Sardes. Cf. Creuzer, Symbolique, 2e partie, p. 827 et suiv., notes 9, 10 .
3 L'ouvrage le plus important sur l'histoire de l'Étrurie et sur sa civilisation est le livre de M. Gh. Ottf. Muïler , intitulé les Étrusques. Breslau, 1829 ; 2 vol. in-8°. On peut aussi consulter avec froit L. Lanzi, Saggio di lingua etrosca. Roua, 17*9; 3 v«l. in-8°,
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indigène, d'antres des Jûdtes, «t d'autres encore dos Rhétiens. Suivant cette dernière opinion, les Tusfues ou Étrusques, qui se donnaient le nom de Raseoa ', seraient descendus des Alpes rhétiennes dans les plaines arrosées par le Pô, en auraient soumis les habitants, y auraient organisé une confédération de douze villes, puis, traversant l'Apennin, se seraient emparés de trois cents places appartenant aux Ombriens, et leur auraient même enlevé tout ce qu'ils possédaient en Étrurie. Cette opinion n'a malheureusement pour elle l'autorité d'aucun texte ancien, et ne peut être regardée que comme une conjecture d'autant moins vraisemblable, qu'elle suppose, dans les montagnes de la Abêtie, quatorze cents ans avant notre ère, une nation déjà civilisée ettrès*èiabfcfte à construire des places fortes, tandis que, même à l'époque d'Auguste, les peuplades germaniques- étaient encore sans villes, et dans un état voisin de la barbarie, de qui paraît le plus probable, c'est que la population del'Etruriese composait d'éléments divers; de Pélasges d'abord, désignés sous le nom de Tyrrhéniens, puis d'Hellènes, établis à Agylla (â-fuid, voie, chemin), à Alsium (&*oç, bois), à Pyrgi (wîpyoç, tour) , entretenant des rapports avec Delphes, et précédés dans ces contrées par des Asiatiques, Phéniciens ou Lydiens, qui avalent occupé, sans doute, ou plutôt foadé les villes de ta otoe à l'époque où la Méditerranée était un lac phénicien.
De cette agglomération se forma un peuple puissant qui, après avoir organisé tes douze villes de l'Étrurie proprement dite, étendit ses conquêtes jusqu'en Orabrie à l'est, pais en Gampanie au sud, soumit, au nord, une grande partie de l'Italie septentrionale, et y forma une nouvelle Étrurie % d'où les Gaulois le chassèrent, de 587 à 521. Une partie de la population tronspadane fut réfoulée dans les Alpes rhétiennes, où elle; put s'établir d'autant plus facile-
1 Suivant une ingénieuse conjecture de Heyne, de Ta Rasena, serait venu le nom de Tyr$eni9Tyrrheni. La langue tyrrhénienne aurait donc eu l'article , ce qui prouverait qu'elle tenait à la branche indo-européenne.
2 Etrnria mua. Serons ad Virg. Ma. X, 202.
ment, que les habitants de ces montagnes devaient depuis longtemps entretenir avec elle des relations de commerce et d'amitié. Tel est , du reste , Tordre que Tite-Live assigne au développement de la puissance des Étrusques dans le nord de l'Italie. « Les Tusques, dit-il, avant qu'il ne fût question de l'empire romain, avaient au loin étendu leur domination sur mer et sur terre... Maîtres du territoire qui s'étend de l'une à l'autre mer, ils y bâtirent douze villes d'abord en deçà de l'Apennin, vers la mer inférieure; ensuite de ces douze villes, capitales de la nation à son origine (capita originis), furent expédiées autant de colonies, lesquelles, à l'exception de la terre des Vénètes qui occupe l'angle du golfe, envahirent tout le pays au delà du Pô, jusqu'aux Alpes. Toutes les nations alpines, et les Rhétiens avant tout, ont la même origine. Mais la nature sauvage de ces contrées les a rendus sauvages au point que, de leur antique patrie, ils n'ont rien conservé que l'accent , et encore bien altéré. » Ajoutons que les nombreux monuments trouvés depuis quelques années dans les tombeaux de l'Étrurie prouvent jusqu'à l'évidence que, dès une époque fort reculée, les arts, les mœurs et même la religion des Étrusques dénotent une influence asiatique, à laquelle succéda ensuite celle de la Grèce, et que par conséquent on ne peut raisonnablement faire venir du nord la race dominante et civilisatrice de l'Étrurie.
Parmi leurs douze villes, les plus anciennes dans le nord de la péninsule, on compte Vérone, Mantoue, Hatria, Melpum (détruite par les Gaulois le jour de la prise de Veïes, 396 av. J. C), et Felsina ou Bononia. Tite-Live ne nomme que huit des douze villes confédérées dans l'Étrurie proprement dite : Caeré, Tarquinii, Populonia, Volaterrae, Arretium, Perusia, Clusium, Rucellae ; peut-être faut-il y joindre Volsinii,Cortona, Pérouse et Vetulonium. A la tête de chaque ville était un roi nommé Lucumon. Ces princes (principes Etruriœ) tenaient conseil sans la participation du peuple, qui était retenu dans un triste esclavage. Tout le pouvoir politique, toutes les sciences étaient la propriété héréditaire d'une caste
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sacerdotale et nobiliaire. Les prêtres, qui étaient en grand nombre, avaient entre leurs mains les écrits sacrés, les livres de la nymphe Bygoïs sur la science des éclairs , et les livres contenant les terribles prédictions de Tagès , nain sorti du sein de la terre '. Ces ouvrages et d'autres encore contenaient la disciplina etrusca, qui s'étendait nonseulement aux auspicia et aux exstispicia, mais aussi à d'autres phénomènes célestes ou terrestres, tels que le tonnerre, les éclairs, les tremblements de terre, etc. Tout le rituel et toute l'organisation sacerdotale des Étrusques furent ^introduits à Rome sous Tarquin l'Ancien. Depuis lors, on envoyait des jeunes gens de Rome en Étrurie pour s'y instruire dans les connaissances sacerdotales; plus tard même, des prêtres étrusques parcouraient l'Italie pour offrir des sacrifices chez les habitants de la campagne, moyennant salaire \ La religion des Étrusques avait dans son ensemble un caractère sombre et mélancolique; ils offraient des sacrifices humains, et célébraient, à l'occasion des funérailles, des jeux dont l'effusion du sang était une suite nécessaire. Les superstitieux Romains adoptèrent aussi ces usages. Les prêtres, comme en Egypte, s'occupaient surtout de sciences naturelles, d'histoire, de mathématiques, de chronologie.
Les plus anciennes productions de l'art vraiment étrusque sont des vases et des figures en terre cuite, et aussi en métal fondu ; des ustensiles en argent et des bijoux en or, offrant des images dont le type se retrouve évidemment en Asie. Les Étrusques étaient célèbres comme architectes. De même que les Tyriens étaient employés comme constructeurs à Jérusalem , de même aussi les Étrusques étaient appelés à Rome pour élever les édifices publics. Le tombeau de Porsenna, dont Varron donne la description *, parait, il est vrai, n'être qu'un monument fabuleux; mais, tout en admettant cette opinion , supposer qu'ils étaient
» de. de Nat D., II, 23. Serv. ad Virg. JSn. Vin, 398; VI, 72.
2 Tite - Iive, IX, 36. Cic. de Legibus, II, 9. Voyez Voss sur les Géorg. de Virg., 1. 1 , p. 347 et suiv.
3 PliD., Hist. nat, XXXVI, 19,
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rcapaUee* d'élever uv> pareil édifice, n'est-ce pa& prouver qulou gardait les Étrusques comme ayant peiissé trèstotal Tact de construira ? C'est aussi de l'Étoune que les ItanamffJKçurejaUa pompe triomphale, et les. insignes de JeBEfr<magjstoats«
DèslesJemps ie^pltKrecuk^vlc^TynrhfiûieBa^'étaient rendus redoutables, comme pirates** Leurs ilotte» parcouraient la mer à laquelle. ils ont donné Jour mm. Unis à 4e» vaisseaux. caïahaginniB., les habitants- de Cœré ou Agyltencombattirent en 636 av. J.<G. contrôles Phocéens. JSuivaut Aaristote (Polit.., III, 9), il existait des alliances entre les villes situées sur les cotes de la Tyrrbénie. À l'époque de la première guerre punique, leur puissance maritime n'esistait plus* Leur, commerce par terre s'étendait, par toute l'Italie et au delà des Alpes jusqu'en Gmta- Le commerce dans la presqu'île parait surtout avoir été le partage des douze colonies fondées parles Étrusques en Gampanie, à partir de huit cents ans avfc J. G. , et dont, les plus importantes étaient Vultur- 1mm-, Nola, etc. Depuis Surréntum jusqu'au Silarus, le pays était étrusque. L'extension que prirent les Samnrites entralua la perte de ces colonies, et, en 423 av. J. G., les Samnites s'emparèrent de Gapoue. D'un autre cèté, les Gaulois , comme nous l'avons déjà dit, s'étaient rendus maîtres des villes étrusques de la haute Italie/en sorte que, lorsque commencèrent les attaques/les Romains, il netrostait plus au peuple dont nous nous occupons que l'Étrarfe proprement dite. Après une lutte terrible, les dernières villes passèrent, l'une après l'autre, sous la domination romaine; toute résistance cessa à partir de 263 av. J. G. La nation fut entièrement anéantie par les- colonies militaires de Syila. Ge qu'on raconte des débauches et de la corruption des Étrusques se rapporte à l'époque de leur décadence.
La langue de ce peuple énigmatique a plus d'un point commun avec les langues orientales : l'habitude de lire de droite à gauche , l'omission des voyelles brèves, l'emploi de consonnes simples. On n'a pas pu encore montrer son
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entière affinité avec les langues indo-européennes, mais il est cependant probable qu'elle devait se rattacher par quelques liens à cette grande famille.
HL psupfcE* Axismmm m sàbius.
Depuis* le&irive&ydu.Tihffe et ks eôtea jocckfeBtafes/ habitait, djans les, montagnes et .dans les plaidas fortuites de la Campanie, l'astique race des Qpici, 0»eiT en; grée Auaove^ et, Avec une prononeiMwndifiéwnte^AôpôuYxot *. A cette même race appartiennent les Èqpes ou Eqaieoles {Jlqui, Mqvicdi, Mquiculi), do»t le territoire s'étendait jusqu'à l'AlgideyenùfeTuseuIumetlfi«iBOiït Aftain. Cetfétait pas ua peuple, a*ïivé par.iûunigration* Chassés pair les Étrusques et par les Grecs, les Ausones et les Sidkeini se maintinrent peès Ae Teanum, entre le Latunn et la Campanie. Une de leurs tribus reçut le non* de Voisqaes ; et se lia. avec Les Latins, Plus tard, ils devinrent ennemis des Romains et des Latins, et eurent le sert de tons les peuples de l'Italie. Ils. perdirent leur liberté, leurs villes et leur langue, et tombèrent bientôt dans l'auM. La langue osque, dont le voisque n'était qu'un dialecte, était connue à Rome par la représentation des farces Àtelianea Les Samniteset les BruttieasJa parlaient.
Les Sabelli étaient, le peuple le plus brave et le pku>ia> dépendantde toute l'Italie. Ils eurent d'aboré paurdemeare les contrées montagneuses situées dans .tes Abruzzes, près d'Ajnitexnum. Antérieurement à la prise de Troie, ils pair* tirent de ces lieux, et, repoussant les Ombriens et le» Aborigènes, ils s'établirent, sous le nom de Sabins, anus .le pays auquel i& donnèrent leur nom. Un printemps sacré (ver sacrum ?) amena une colonie sabine dans lePi-
x Niebuhr, 1. 1, p. 103, tr. fr. — Opicus, opseus , volscus r sont des adjeetife formés du radical op. Le nom auson , d'où , par le rhota* cSsme, est résulté mbtwmms , est grec. Festns, s. v. ôscum, dit pesi* trvemeHt-qne optai* et oscus sont un seul et même nom.
a Festds s. ▼. Ver sacram vovendi mos fuit Italis. Magnis enim periculis adducti vovebant quaecumque proximo vere nata esaani apud se animalia immolaturos; sed cum crudele videretur pueros
cenum , une autre dans le pays des Opiques, qui, depuis lors, s'appela Samnium; une autre enfin forma le peuple des Hirpins. Bu Samnium partirent les Frentans, les Lucaniens et les Picentins. La ville étrusque de Vultumum (depuis Gapoue) reçut une colonie samnite, et de ce mélange résulta le peuple campanien. Les conquêtes des 5aéeWi versle sud avaient pour but la soumission d'un peuple nouveau, les Bruttiens, formés par la réunion d'un grand nombre d'esclaves révoltés appartenant à différents peuples; les Bruttiens en effet parlaient l'osque et le grec. Unis aux Lucaniens, ils exerçaient leurs brigandages du haut des montagnes dans Siia. C'est de leur pays, riche en troupeaux (itaXrfç, vitulus), que prit naissance le nom d'Italie, qui ensuite s'étendit successivement à toute la péninsule.
À la race sabine appartenaient aussi les Péligniens, et à ces derniers, les Marses, les Marrucini, les Vestins, peuples confédérés, sans cependant faire toujours cause commune. Peut-être furent-ils d'abord Illyriens; mais ils se mêlèrent avec les Sabins x. Les Héroïques étaient aussi I une colonie sabine ou marse , et étaient ainsi appelés du I mot sabin et marse hernœ, rocher, à cause de la position inexpugnable de leurs villes sur le sommet des montagnes. Dans leur pays se trouvaient les murs cyclopéens , les plus anciens mouuments de la civilisation europénne. Ces fortifications étaient des retraites où se réfugiaient les habitants de la plaine avec leurs biens. C'est peut-être à cause de ces murs pélasgiques que l'on a aussi rangé ces peuples parmi les Pélasges.
ac puellas innocentes interficere , perductos in adultam œtatera vêlabant atque ita extra fines exigebant, — C'est à un pareil voeu qu'est attribuée l'émigration des peuples sabelliques. Cf. Denys d'Haï., 1,16 ; Strabon, V, p. 172, c. 4,§ 12.
1 Festas : Peligni ex Illyrico orti ; inde enim profecti ductu Vol* sini régis cui cognomen fuit Lucullo, partem Italiae occupaverunt. Hujusfuerunt nepotes Pacinus a quo Pacinates, et Pelicus a quo Pe? ligni. — Chez les Sabins, la lance s'appelait <xauviov (de là le nom du peuple). Chez les Illyriens, le javelot était désigné par le mot sabi* num ou sibinum, arôvvT), d'après Festus et Hésychius.
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