‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 23 sur 157 · I. POUVOIR DBS PATRICIENS. DICTATURE. TR1BUNAT } PLÉBÉIEN. CORIOLAN · texte numérisé non relu

I. POUVOIR DBS PATRICIENS. DICTATURE. TR1BUNAT } PLÉBÉIEN. CORIOLAN

* La révolution qui chassa de Rome les Tarquins Ait une révolution tout aristocratique. Aux rois furent substitués deux magistrats annuels, revêtus de toutes les prérogatives royales. Les consuls, dit Gicéron [de Rep. II, 3a), exerçaient une puissance annuelle par sa durée, mais royale par sa nature et ses prérogatives \ Seulement,

* Plutarque, Vie deNuma.

* Ailleurs il dit encore : « Regio imperio duo sunt ; iique piraeundo, judicando , consulendo , praetores, judices, connûtes appellantor ; milite summum j«s habent, nemini parent ; illis salus popott suprema lex est. » (De Legibus , III.)

comnueily avait de certaias sacrifio^qoi ne powaitnt être accompli&qua pas les- rois, onoréa un pontàfoiflppefcé-Jte* sacmrumy qui pays ce titre proscrit, part la perte *le fions lea droite de citoyen romain, les deux. no»v«aaxi magistrats*, appelés dans la suite consul*.) portèrent jasqnlà. tfé» poque du décemvipat le non de préteurs^, qui désignait alors toute .magistrature suprême (prœiw). A la puissance, ils joignirent l'extérieur même de la- royauté-; âoua*lic~ teurs,.arnés de faisceaux et de haches, les.précédaientç ito portaient la robe bordée de pourpre, et dans les cérémonies .triomphales ils avaient le sceptre et la eowoBn%awec la Jftftbei royale à fleuri d'or.

Les consuls étaient choisis exclusivement dans l'ordre des patriciens, et dans les assemblées par centuries > où ka patriciens dirigeaient à leur gré les suffrages* La révota* tion de l'an 509 avait donc eu pour résultat de faire passer tout le pouvoir aux mains des patriciens. Eux seute^n effet composaient le sénat et remplissaient toutes les charges de l'État. Par le sénat, ils ontFmittative des lois et le gou- "veraeBiant journalier de<la république, Bar tes assemblées CMMciates> àfofomtrle» Ws iptftla ,onn discuté» dHEm\»9é' nal^jti§«M«i>^eî«lef «worr tes afllrfre« extvomlliiaffts, décident de la paix et de la guerre, créent les consuls et les autres magistrats. Tout pouvoir, en un mot, leur appartient: ils ont le monopole de la-xeligion, car ils remplissent toutes les charges de prêtres et d'augures ; ils ont le monopole de la richesse, car lorsque des terres ont été aom[m8<flwr> ^ennemi , le sénat-seul) ate'dfcbifrxi'ten'dlspMsr^lljenii^irafe'rpaite :. runires* >ve*die<aiï profilée FÉW^4tetm^eti8msde«te/laplw<fidMe7 «t*dirfrfbuéa aux.plus pau*re»«itoyeo6? la troisKèmef enta, estatf&ttiiée a»>prafit>dif> l'État Or, les- patricien étaient» «sente» asw* riehe«çoiHrprendre'les«tenres.à ferme1; et bientôt;: par 4a connivence de ceux d'entre eux qui étaient chargés de distribuer ces terres, de fermiers qu'ils étaient, ils devenaient propriétaires. D'ailleurs, comme ils fournissaient, à Harméft tavasc&cbrô, ilsavaient la part la plualargeiéans le bu* tin. Ils avaient le monopole de la justice , car le sénat ju-

pouvcrra vis rxniiciENs. • ^3

geait las causes extraordinaires , et ses membres fournis-* saient les seufe juges qui fassent connus dans ta république, iyaitteure le droit? éteaf alors à 'Rome une chose secrète. Rmh> ilàtp un procès, il faHait employer des formules B^jartériftascs*que4e8*paferieiqns seuls connaissaient.

(Mn^epi^r'C^uteroiHies rois, les* patriciens formaient ime.«aale*otrte^)uiesafite, dont l'accès était <Faîllears sevèraTWflVdéteBdw «re* plébéiens ; car tout mariage entre la tan «■dras'étaiHirterdit. Une autre circonstance qui devait «MBlribiier è «parer encore les deux classes , c'est queues ipalvicietts avaient <seuls le droit d'images , c*est-àdire-tafeoit dewsserverles images de tous leurs ancêtres, et de les- porter preeessionnellement aux funérailles de abaque membre de la femille.'Ces portraits, qui restaient atam perpétuellement sous les yeux, formaient dans la ifhmilte une%raditk>n de souvenirs qu'il était défendu aux pèébéiais ^d'aveir, et faisaient naître eet orgueil aristocratique qtà tf oppose toujours aux innovations popù-

A, «étendes patriciens^ trouvait le deuxième ordre, pauvre , sans ^pouvorr politique , mais fort de son nombre , et poussé par sa-Haisère même à porter la main sur les drattssdes- patriciens. £>ès la première année de la républiqne,iHaltat feire au peuple quelques concessions, pourje rattacher à la' révolution -qui venait de s'opérer au profit de tf aristocratie*- Bnrtus rendit plusieurs lois populaires. Il fitanême- entrer dans le sénat uneertain nombre de ricbes plébéiens v pour remplir 4es vides «faits dans ce corps par lacnuwté def anfain. Valerras Publicola décréta la peine de n>oKt»eontre quiconque exercerait une magistrature sans le consentement du peuple, et ^déclara qu'il serait permis de tuer quiconque aspirerait évidemment à la royauté. Ces lois toutefois étaient moins des concessions faites an peupleyqaeides garanties prisespar les patriciens contre le retour d^ceusc dont ils héritaient. Un acte plus important •fut coordonner que désormais les licteurs baisseraient les ftàieaaax oeosuteires devant rassemblée du pefupleVët qu&ls-en^teraientdes haches dans l'intérieur de Borne 5 re-

g4 CHAPITRE IV.

connaissant ainsi formellement que l'autorité du peuple assemblé était supérieure à celle des consuls.

Toutes ces lois cependant n'amélioraient pas le sort des pauvres plébéiens. Le cens de l'année 508 avait donné cent trente mille bommes capables de porter les armes , ce qui suppose une population d'environ buit cent mille âmes. Or, pour nourrir tout ce peuple , Rome n'avait qu'un territoire fort étroit, qui s'étendait à peine à quelques tailles de ses murs. Ajoutez que ce territoire était sans cesse envahi, ravagé par les incursions ennemies; que les soldats romains servaient à leurs frais; qu'il leur fallait acheter leurs armes, leurs vivres, et laisser encore à la maison de quoi subvenir, en leur absence, au* besoins dune famille souvent nombreuse. Si la guerre n'avait pas été heureuse, si le butin était insuffisant, le soldat rentrait chez lui ruiné ; il lui fallait alors emprunter au taux énorme de douze pour cent. Et la loi était impitoyable pour le débiteur; le créancier avait tous droits sur lui : il pouvait vendre sa femme et ses enfants, prendre son champ et sa cabane , le vendre lui-même. Aussi quand il fallut, après la bataille du lac Régille, combattre lesJVolsques, qui s'étaient levés trop tard pour se joindre aux Latins, le peuple fit éclater ses murmures. Tout à coup un vieillard parait dans le Forum , pâle, effrayant de maigreur , la barbe longue et les vêtements en lambeaux. Aux cicatrices qui couvrent sa poitrine, on le reconnaît : c'est un des plus braves soldats de l'armée romaine. Il raconte que , dans la guerre contre les Sabins, son "champ a été pillé , sa maison brûlée; il lui a fallu emprunter pour nourrir sa famille; mais bientôt l'usure a dévoré tout ce qui lui restait, et lui-même est devenu le captif de son impitoyable créancier, qui Ta chargé de chaînes, frappé... Alors il montre son dos tout déchiré et saignant encore. A cette vue , un cri d'indignation s'élève parmi le peuple. Les patriciens qui se trouvaient au Forum faillirent être massacrés. Servilius cependant , consul populaire , apaise la sédition , délivre tous les débiteurs, conduit le peuple contre les Voisques, et s'empare de Suessa-Pometia , dont il accorde le pillage à ses soldats»

DICTATURE. TRIBtfaS DtJ PEUPLE, gfi

Mais le sénat n'entend faire aucun, abandon de ses droit*; il voulut effrayer le peuple par la création d'un magistrat nouveau . Le dictateur, qui devait être choisi par l'un des deux consuls', en exécution d'un décret du sénat, et qui ne pouvait l'être que parmi les consulaires, reçut droit de vie et de mort sans appel sur tous les citoyens, et ne marcha qu'entouré de l'imposant appareil de vingt-quatre lie* teurs, avec leurs faisceaux surmontés de haches. Son pouvoir ne pouvait, il est vrai , durer que six mois, et il devait même abdiquer dès qu'il avait satisfait au besoin qui l'avait feit élire; mais tant qu'il restait en charge, il disposait d'une arme terrible , et devant laquelle il ne restait d'autre ressource qu'une prompte' obéissance. Les plébéiens cédèrent; et une fois qu'ils eurent vaincu les ennemis, on oublia les promesses qui leur avaient été faites. Abandonnant alors une ville où il n'y avait pour eux que misère , ils se retirèrent à trois milles de Rome , sur le mont Sacré. Effrayé de cette résolution, le sénat leur députa aussitôt un patricien populaire, Menenius, qui leur conta l'apologue des membres et de l'estomac. « Un jour, « leur dit-il , tous les membres du corps humain se révol- « tèrent contre l'estomac; ils se plaignaient qu'il demeurât « seul oisif au milieu d'eux , sans contribuer au service du « corps, tandis qu'ils supportaient toute la peine et toute « la fatigue pour fournir à ses appétits. L'estomac rit de «leur folie, qui les empêchait de sentir que, s'il recevait «seul toute la nourriture, c'était pour la renvoyer et la « distribuer énsuiteàchacund'eux. Romains, ajouta-t-il, il « en est de même du sénat par rapport à vous. Les affaires « qu'il prépare, qu'il digère, pour ainsi dire , dans ses dé- « libérations, afin de régler l'économie politique, vous ap- « portent et vous distribuent à tous ce qui vous est utile et « nécessaire \ »

Ces remontrances, ces prières réussirent. Le peuple voulut bien rentrer dans Rome; mais il ne descendit du mont Sacré qu'après avoir obtenu la création de cinq tri-

* Plutarque, Vie de Cçriolan.

.tas, qui (tewerit r wilter «iff ta.JrtététB^pppijJBires ;(49*aw. LCL).

,BisndeplittJiiiHiMeiq»e k» lOBUBMaosments. ,<te .cette

Magistrature1. €es tribns, «uw.xMTifimftii..ejLtériear)

ji'ayjnt pour eaeortejqu/aasiinple $pparitaur«, aettanaiest

à la porte du sé»aJt ., .attendant quten wulût.btai. dear â-

-gniâer fa» dérisioas.da la Aobfoassomblée. Touteieur, puis-

Mce était dans «a art , aralo ,tf «npfahefri JUeo <ce anot7

îUs/ontittvt^nqufe, aurais, se restèrent pas Jongteqys sur

la défensive. Lorsqu'ils, je îfnfent un peu tebifciés à kur

puissance-, ils sien» seraient four attaquer an-mémesk

rséuat, et un Icnps.ravnvaoù^ieB.iie fut plns,pBisgant

-dans Rompisse les triboos du peuple , qui t environ qoa-

-tre état (ciMptantoi, ans plus- tard, devaient avoir pour

héntiets lég&mes les empereurs.

Les patriciens aeftreat pas longtemps à reconnaître 4«eb advesiaifefiJlst&'étaseBt donAés^.Marojyus^ jeune >patricieni, «jui -par sstt'«0Hi^Àla,pirô4e Canotas avait mérité le snrattm.de Geriolan» damanda 4e consulat pour nécnmpensedeft»«wrvfces.I^lpeupte «tait

disposé à le luiaoeowter; jaws^ie joue de L'élection, Cano- <kisseren^ 6W kbrpiae«4aj^ ua À^paneil magniâqoe, jû»ndflit^ar le jsénatjea 4N>eps, escorté 4e tous le&patri- 4ttns> qaî infavaientjamaiStBiaatré tant de aèie poux aujcun auto candidate Cette Jweuc.fles nobles changea tout ràteevp en«entiinttttfl»de iiaiaeMetd.'eiwie la bienweiliaace ; idufwnpèeyqui crma^it7^«araprofnettce sa liberté à peine | ( conquise,- en confiant la pwsaanee souveraine kum homme -si dévoué etsi.eûerau&pûtrkie^ • et fonaétut ôVmÉres consuls.

(3epondant7 dorenties derniers .troubles civils., les terres étatent rwtées sMis^ltune, «t bientôt la famine se fit sentir. Les consuls envoyèrent en Étruria, en£ampanie,

1 .C'est alors aussi que le peuple obtint la création de deux autres magistrats plébéiens , les édiles , chargés de veiller à la police intérieure, aux édifices publics, etc. Ils étaient soumis aux tribun* aussi bien qu'aux consuls, et devaient leur obéir également en ce qui concernait la police de la ville.

CORIOLÀH. QJ

et même en Sicile , pour se procurer du blé ; et , soit pour diminuer le nombre de ceux qui avaient à souffrir du fléau, soit pour. affaiblir le parti plébéien, ils augmentèrent la colonie de Vélitres, et en fondèrent une nouvelle à Norba. Cette mesure fat hautement désapprouvée par les tribuns, qui communiquèrent leurs soupçons au peuple. Les consuls le convoquent aussitôt, pour se justifier. Interrompus par les tribuns, ils prétendent leur interdire la parole; et quand l'édile Junius Brutus leur demande pour quel motif ils ne veulent point laisser parler les magistrats du peuple : « C'est, répond le consul Geganius, parce que le pente pie a été réuni , non par eux , mais par nous consuls. Si « rassemblée eût été convoquée par eux, nous ne songe- « rions même point à y prendre part. » Alors Brutus : a Nous avons vaincu, plébéiens ! Maintenant, retirez-vous : « demain, j'en prends l'engagement , je vous ferai connaî- « tre quelle est votre puissance. Et vous , tribuns, cédez « aujourd'hui la place aux consuls; vous ne la leur céderez « pas toujours. Vous saurez bientôt jusqu'où va votre pou- « voir. »

Le lendemain , dès le point du jour, les tribuns, par les conseils de Brutus , rassemblèrent le peuple sur le Forum. Là, le tribun Icilius fait approuver une loi qu'il avait préparée avec ses collègues. «Que nul, disait cette loi, ne « contredise et n'interrompe un tribun parlant devant le « peuple. Si quelqu'un enfreint cette défense , qu'il donne « caution aux tribuns pour l'amende à laquelle ils l'auront « condamné. S'il ne la donne pas , qu'il soit puni de mort, « et que ses biens soient consacrés aux dieux. » Ainsi les patriciens, par une imprudente réponse,avaient eux- mêmes assuré au peuple le droit des plébiscites.

Enfin, les blés fournis par la Sicile arrivèrent, et l'on délibéra dans le sénat afin de savoir à quel prix on les donnerait aux citoyens pauvres. Coriolan saisit cette occasion pour faire éclater sa haine contre le peuple : « S'ils veulent « le blé à l'ancien prix, s'écria- t-il , qu'ils rendent au sert nat ses anciens droits. » Cette proposition hostile exaspéra le peuple : « Marcius, disait-il, est pour nous un nou-

j)8 CHÀPITM^ÏV.

« v«aw bournea» qui ne nous; présente cqne te servitude ei • la mort. » Dans wcolère', il eût peut-être immolé Tin soient pafritieft, si les tribuns ne Teusseut sommé'de ve àfir se détordre devant «eu». Coriolaiy obéit ; mais, au- lîei àe faire entendre un- discours humble et suppliant; il parte avec une liberté insultante, qui ressemblai* plus a <une accusation qu'è une défense. Sicinius*, l'ont dtes-tribuns, h condamne à mort, et ordonne qn^îl soit précipité dir* haul de là roche Tarpéienne. Mais comme les patriciens et le peuple loijmême paraissent vouloir s'opposer à l'exéeution de cet arrêt, Sieiuius consente ce que Goriolan soit jugé dans le» -formes, et le cite à comparaître le troisième jour dfc marcfcé * , afin qne , s'il est itanocent , il soit absous par le jugement et paries suffrages du peuple. Goriolan se défendit mal sur quelques points, et fat condamné à un exil perpétuel (491).

Nersongéant plus désormais qu'à la vengeance , il se retire chez les Volsques y qu'il engage à profiter des divisions ées Romains pour reprendre les armes. Il est nommé général avec Tulius , l'un des principaux citoyens d'Antium, et après de rapides succès vient camper à cinq milles de Rome. La consternation- fat grande dans cette ville : le peuple, effrayé , voulait qu'on* abolît sur-le-champ la condamnation de Goriolan^ mais le sénat, fidèle à cette poMtique qui ne consentit jamais à la paix qu'avec des ennemis vaincus, s'opposa formellement à une semblable mesure. Goriolan, encore plus irrité à cette nouvelle, marche sur Rome, où il fallut bientôt songer à négocier. Les ambassadeurs choisis par le sénat étaient tous ou parents ou amis de Goriolan, et, comme tels , ils s'attendaient à un accueil favorable; mais leur attente fut trompée. Les ministres de la religion, qui se présentèrent ensuite devant lui revêtus de leurs ornements sacrés, n'obtinrent pas plus de succès. La terreur était à son comble. Enfin , les dames romaines, ayant à leur tête Véturie sa mère , sa femme et ses enfants, viennent tenter un dernier effort, et se jeter à

î Dans vingt-sept jours. Les marchés jse tenaient à Rome tous les neuf jours, et pour ce motif on les appelait nundinœ.

GUKRRBS'COHTR» tKS VEIEVS. gg

ses pied*. Cariolan? ému-, relève sa mère, et, renonçante la venge**» t « Ta as vaincu , ë ma mère ! toi dit-il ; mais « cetterâataire; seratfiineste à ton fils; » Et* le lendemain il ramène les Yalscpresdans lew pays (48»). Snivant quelques, bistiri«iwr l»Voteq*es, fr^ M donnèrent la mort; ^«warïtd^auCpes^l atteignit!, loin de sa patrie, nne vieillesse avŒaeéev répétant souvent que V exil était chose btempénéble pmrm vieiilàpâ.

Rome, reconnaissante dv service que kir avait rendu VétUEiftycansaera un temple <à \& Fortune féminine.

H. GUEBBES DE ROME, DEPUIS LA BATAILLE DULA4 BÉGILLE JUSQU'A LA PBISC DE VÉIB&.

La bataille du« lae BégUte avait tellement afftfbli les Latins, qu'ils Savaient pk» d'antres ressowcesqne de rester les>fidèles alliés de Rome. Rome fit même avee eux et avec les Herniques un, traité par lequel elle aeeordait à ees peuples r aux Latin» surtout , une partie des droits de cité (486). Rome oppose ainsi l'alliance de ces deux peuples aux Volsques et aux Èques,avec lesquet selle va être sans* cesse en guerre. Ce. traité ta t l'ouvrage de Sp. Cassius, celui qui le premier proposa la 'loi agraire. Les troubles qu'excita dans Romeiette proposition/ favorisèrent les attaquesdes ennemis, du dehors. Ces «nnemiaétaientaurfond- peu redoutables. C'étaient, d'une. part; les- Volsques, qui, divisés en un grand nombrede villes, sans doute rivales et jalouses*, ne pouvaient souvent réunir tantes leurs forces pour l'exécution d'un même dessein; de l'autre, les Èques, petite peuplade des montagnes; et enfin les Sabins, qui descendaient sans cesse^de leurs- collines pour venir piller le territoire romain* Les Romains n'onfcrien à craindre de pareils ennemis. Us n'ont qu'une wilie > irest vrai , mais cette ville compte une population de cent trente à cent cinquante mille soldats. Quand^lle le voudra bien sérieusement, pouvant porter en un. instant ses* teces immense» sur un même point, elle écrasera facilement tous ces petits peuples; qui ne seront forts si longtemps contre elle que grâce aux dissensions intestinesquidéchirent son sein. Pour les Romains,

IOO CHAPITRE IV.

la guerre extérieure n'est àcette -époque qu'âne incommode et fatigante distraction delà guerre sérieuse qui a le Forum pour champ de bataille. Quand les Èques ou les Sabins viennent butiner sur le territoire de Rome, ils prennent an instant les armes, courent à l'ennemi), le chassent, et se hâtent de revenir continuer leur lutte avec les patriciens. Bans une telle situation , Rome ne pouvait faire de conquêtes au dehors; et cependant cette période, peu fertile en succès , vit plus d'un acte de dévouement et d'héroïsme: témoin ces trois cent six Fabius, qui, seuls avec leurs clients, soutiennent la guerre contre les Véiens. Alors aussi les dissensions civiles étendirent leur influence jusque dans les camps. De là cette armée qui refuse d'achever une victoire, pour ne pas en donner l'honneur à un patricien ennemi du peuple, et cette autre qui se fait battre en haine d'Appius, et se laisse décimer par lui, plutôt que de violer par une révolte le serment militaire.

Les peuples du Latium ne furent pas cependant les seuls ennemis que Rome rencontra à cette époque. A plusieurs reprises, les Véiens s'armèrent contre elle. Nous les avons* vus essayer de profiter des discordes qui suivirent l'expulsion des Tarquins, pour attaquer Rome affaiblie par cette révolution. Nous les retrouvons encore'au Moment où la guerre éclate plus vive que jamais dans le Forum , par suite de la proposition de la loi agraire. Véies était, comme Rome, une grande ville; elle pouvait, comme elle, en un instant, réunir sur un même point une armée nombreuse. Cette guerre était donc une affaire sérieuse. En 481 , Rome crut avoir arrêté les Véiens par la bataille de Véies, le combat le plus sanglant qu'elle eût encore livré. Mais la défaite des trois cent six Fabius, qui , après plusieurs succès, se laissèrent surprendre par les Véiens, amena ceux-ci jusqu'aux murs de Rome (476). Le Janicule fut enlevé, et Rome vit les étrangers établis à ses portes. Plusieurs consuls épuisèrent en vain toutes leurs forces pour reprendre cette importante position. Virginius parvint cependant à les tailler en pièces en 475 et plusieurs expéditions que les Romains firent à leur tour sur le territoire des Véiens

GITER. CONT. LES EQUES, LBS VOLSQUES, ETC. IOI •

obligèrent cette cité à demander une trêve de quarante

ans (474),

Déjà commençait le déclin de l'Étrurie. Tandis que sur les bords du Tibre s'agrandissait chaque jour ce camp toujours en armes que Ton appelait Rome , et qui la menaçait par le sud; tandis qu'elle était pressée au nord et à Test par les Gaulois, les Grecs ruinaient sa puissance maritime, et les Phocéens s'établissaient malgré elle dans la Corse. Cette même année 474, où les Véiens demandaient à Rome quelques moments de repos, les Cuméens battaient une flotte étrusque.

Restaient donc les peuples du Latium. Quant aux Sabins, leurs éternels brigandages, qu'ils portent quelquefois jusque dans les faubourgs de Rome, quand l'armée est éloignée, n'ont aucune importance. Les Sabins sont, comme nous l'avons déjà dit , des ennemis incommodes , mais peu dangereux. S'ils parvinrent cependant, en 460, à s'emparer du Capitole sous la conduite d'Herdonius , ce fut un hardi coup de main , une surprise habilement conduite, mais qui ne pouvait réussir. Il suffit, pour les chasser, que le peuple voulût bien prendre les armes. Les Èques et les Volsques étaient plus incommodes encore. Ces derniers perdirent! cependant leur ville d'Antium, qui, par ses pirateries, ruinait le commerce de Rome et de ses alliés (468). Antium reçut une colonie , et la partie de la nation des Volsques qui la reconnaissait pour capitale se soumit. Les Volsques Écétrans (dans l'intérieur des terres) continuèrent la guerre, unis aux Èques.

Ce petit, peuple des Èques semblait infatigable dans sa haine; il eut même plus d'une fois l'honneur d'obliger les Romains à douter de leur fortune , comme ce jour où le sénat n'eut que le temps de confier aux consuls l'autorité dictatoriale par la célèbre formule : Caveant consules ne quid detrimenli respublica copiât Le danger paraissait grand en effet : une armée consulaire était enfermée dans un défilé. Q. Capitolinus , qui avait déjà enlevé aux Volsques la ville d' Antium, dont les rostres étaient allés orner à Rome la tribune aux harangues, parvint cependant à

101 tfHÀMTKBIV.

délivrer les légion» {4$8). Cteiimatas sauva de même, quelques années plus tard (458), un autre consul1 que les Êgue&Aenaieui comsae assiégé dites leurs montagnes; puis retourna à «a charrue * d?oa on l'avait tiré pourle revêtir de La robe dictatoriale.

.Rendant -ce temps, tes. disputes continuaient dans le Forum;, mais enfin une grande concession fut faite' aux plébéiens par le sénat; eelleée l'égalité devant la loi. C'est l'œuvre .qu'accomplit la loi des Douze Tables \ Les-plébétensa'oait plus àxïemaader que l'égalité des dwiit s politiques. Il faudra sans doute lutter longtemps pour l'obtenir ;> néanmoins un 'grand pas a été feit vers la recompilation kïês deux ordres, par l'établissement d'un code <*è lois uniformes. On s'en aperçoit à la vigueur avec* laquelle les Romains poussent la guerre après la chute des déoemvirs. Jusque-là, ils se contentaient de repousser les attaques , pressés qu'ils étaient de revenir à Rome pour tenir tête aux patriciens ; mais désormais ils s'attachent à prendre les villes ennemies, pour terminer promptement la guerre. ]}ans les quarante années qui vont suivre, ils en finiront , successivement avec les Èques, les Volsques et les Véiens, en s'emparant de leurs villes. Ainsi, 'ils prennent Fujtènes en 435. Deuxans auparavant», dans une guerre contre tes Véiens, le .tribun Cornélius Cossus avait remporté les secondes dépouilles opimes, en tuant le LarsTolumaius. Fidènes s'étant révoltée en 426 , ils s'emparent une seconde fois de cette ville, et l'année suivante (425) accordent aux Véiens une trêvede vingt ans. Us sont libres alors détourner toutes leurs forces contre les Èques et les Votapies , et d'accabler définitivement ces deux peuples, épuisés déjà par de nombreuses défaites.

Après les grandes concessions faites .aux plébéiens par la sénat eu 445 , la réconciliation <des deux ordres avait été marquée par une important» victoire sur les Volsques. L'an 442, le consul les avait (enfermés dans leur camp et taillés en pièces. Leur>chef dËqnu* GtoUius avait été fait

* Voyes cbap. V.

GUBE. CONT. LES EQU^*, JUBS VOLSQUES, ETC. I03>

prisonnier, et pendant onze-ana.Jes VoJsques.,; épuisés,

s'étaient tenus en repos. La. guerre reprit «me nouvelle vigueur après la .second? prise de Fidènes. Plusieurs armées romaines forent même battues*' Mais en' 416 te» Romains prennent Lavicum; Noies, >en-4£2; Ferrugô, Ferentura, Garventum et> Anxur y de 412 à445. Tant de pertes mirent les Èques et les Volsques hors d'état d'inquiéter désormais les Romains d'une manière sérieuse. Un butin considérable avait été fait dans la riche ville d'An* xur : le sénat en profita pour établir une solde militaire. Dès tors la guerre nourrira la guerre, qui pourra être faite au loin, et sans avoir égard aux saisons. Maintenant le plébéien peut envoyer sa solde à sa famille : il n'aura plus à songer que ses enfants peuvent avoir besoin de lui; il sera moins pressé de retourner à Rome, et restera pins longtemps sous les drapeaux. Cet argent d'ailleurs qull va recevoir le mettra nécessairement dans une plus grande dépendance de ses chefs. Cette B^esure,si habilement prise par le sénat, est à la fois, politique et Hiititfttre.

La première ville que les Romains- attaquera* • après l'établissement de la solde fut Véies. Les Voisques et les Èques étaient écrasés, sinon domptés; te temps létait veau d'en finir également avec les V&ens.

Véies* ne le cédait à Rome ni. par le nombre de» ses combattants, ni >par la4fuantite.de ses munition» de guerre. Enflée de ses richesses, de son luxe, de-sa magnificence et de ses délices , elle était entrée en rivalité de gloire et de puissance avec les Romains, et leur avait souvent livré de grands icombats ; mais, affaiblie alors par la perte de plusieurs batailles, elle avait renoncé à son ambition* et tes Véiens, contents de s'être entourés de forteV murailles, d'avoir rempli la ville d'armes de tuait, de vivres, «ft de toutes les autres provisions nécessaires, soutinrent .tranquillement le siège '. Des deux côtés on rivalisa d'opiniâtreté : -les Romains restèrent dix ans devant tes mu* railles^mais Véies semblait imprenable. On recourut à la

1 Plotarque, Vie de Camille, eh. III.

I04 CHAPITKE IV.

dictature; Camille fat nommé , et dès ce moment les choses changerait de face dans le camp romain. La discipline fat rétablie, les travaux poussés avec vigueur, et une mine habilement pratiquée conduisit les Romains jusqu'au centre de la ville.

La prise de Véies (396), celle de Faléries (394), la paix imposée aux Èques, auxVoIsques, aux Capénates, font décidément de Rome la puissance dominante de l'Italie centrale.

III. HISTOIRE INTÉRIEURE DE ROME, DEPUIS LÀ PRE- MIERE PROPOSITION DE LA LOI AGRAIRE JUSQU'AUX DÉCEMVIRS.

Nous avons dû nous débarrasser de toutes ces guerres extérieures, afin de pouvoir suivre plus librement la véritable histoire de Rome, celle de la querelle éternelle des deux classes. Nous avons vu, par l'établissement du tribunat, la lutte se régulariser : déjà le peuple a ses chefs dans les tribuns, le droit de s'assembler sous la présidence de ses magistrats, et celui de faire des plébiscites. Mais que demandera-t-il encore ? Un patricien va le lui apprendre.

Spurius Cassius Viscellinus, qui avait été trois fois consul, et deux fois avait reçu les honneurs du triomphe, voulut, ébloui par ses succès, aspirer plus haut. Si Ton en croit les historiens, Cassius ambitionnait le titre de roi; mais, pour renverser l'aristocratie puissante qui régnait dans Rome , il lui fallait l'appui du petit peuple et celui même des alliés: il proposa de partager aux plébéiens les terres conquises , en comprenant les Herniques et les Latins dans cette distribution. Le patriciat romain était trop fort pour tomber sitôt : Cassius, accusé d'aspirer à la tyrannie, fut précipité du haut de la roche Tarpéienne (486).

Cette proposition de la loi agraire fut l'arme qui, entre les mains des tribuns, devait offrir le plus de dangers pour les patriciens. En effet, le résultat d'une telle loi n'aurait pas été de donner quelque chose à ceux qui n'avaient rien : proposer, comme le fit plus tard Licinius Stolon, le partage égal des terres, c'est-à-dire des fortunes, puisqu'il n'y

LUÏTE BBS PL*B. COmiE LES PATBIC. 10$

avait point à Rome d'autre richesse que la terre, c'était demander indirectement l'égalité des droits politiques; car, ainsi que nous l'avons dit , par les lois de Servius les droits politiques furent répartis selon les fortunes. Voilà pourquoi la loi agraire reparut à toutes les époques de la république; voilà pourquoi aussi le sénat la combattit sans cesse de toutes ses forces; pourquoi enfin elle disparut . sous les empereurs, parce que l'empire amena l'égalité de tous sous un maître.

Après la mort de Cassius, les tribuns du peuple reprirent sa loi , et chaque année ils harcelèrent le sénat de cette demande menaçante. En vain le sénat entretint la guerre extérieure, pour tenir les plébéiens loin de Rome; en vain il chercha à gagner un des tribuns, qui , par son veto, arrêtât les résolutions de ses collègues ; en vain les consuls transportèrent leur tribunal hors de Rome, dans un lieu non soumis à la juridiction des tribuns; ceux-ci n'en continuèrent pas moins leur violente opposition, traînant pardevant eux , au sortir de leur charge , les consuls qui s'étaient montrés contraires à la loi agraire. C'est ainsi que Menenius, condamné à une lourde amende , se laissa mourir de faim; Servilius, son collègue, également accusé, se défendit avec courage, et fut absous. Mais les tribuns redoublèrent d'acharnement. Genucius, tribun l'an 473, cita les deux consuls de l'année précédente. A la fin, les patriciens s'irritèrent de tant d'audace, et, le jour du jugement, Genucius fut trouvé mort dans son lit. La colère est mauvaise conseillère : cette violence n'abattit pour un instant l'opiniâtreté du peuple que pour la rendre plus redoutable. Les consuls voulaient faire servir comme simple soldat un ancien et brave centurion, Volero : celui-ci s'adressa aux tribuns , et comme ils ne venaient point à son secours : « J'en appelle.au peuple, s'écria Volero, puisque les tri- « buns aiment mieux voir un citoyen romain battu de « verges sous leurs yeux, que de s'exposer à être assassinés « par vous dans leur lit. » Et comme le licteur s'acharnait à le dépouiller, il s'élance au milieu de la foule, en criant : « J'en appelle au peuple ; j'invoque son appui! A moi , ci-

« toyem! à.-Bmi^otmawdesîNeooiïîpteï' pras -surfe» tri- « bus , tis-onfcewx-méipe» besoin de votroseceors* «Alors le^euple^M respectant plus 4a pimsance oossulaireybrise les &iseftaiix et disperse les licteurs; Bientôt ¥©*ero ftit nommé triban (47.2). On pensait qu'il s'armerait de sa chaîne pour tourmenter les consuls de r«n»ée précédente. Il fit mieux; il proposa cette loi importante: «Tons les magistrats plébéiens seront nommée dans tes comices par tribus. »

C'était enlever aux patriciens la possibilité de «porter leurs créatures! an twbunat , par les suffrages* de5 leurs clients. Les débats se prolongèrent jusqu'à la fin de l'année. Le peuple réélut Volero(471). De son côté, te sénat, étendant à une lutte , é 1ère au, consulat Appius Claudius , qui éprouvait pour le peuple tonte la haine qu'il 4ui inspirait luinoséiae. Yoterose borna à défendre son projet; mais « autre tribun plus audacieux que tari , Ltttorius, 'débute par accuserj Appius vet son orgueilleuse éternelle fômille. «Cet "« homme n'est point un consul ; c'est «n bourreau qw'a « nommé le sénat,.potir tourmenter et déobirer le peuple. » Ma» chez ce soldat, peu habitué à parler, la langue ne répondait point à la véhémence et à L'audace;* et comme l'expression lai, manquait : «Je parle difficilement, Ro- « mains, dit-il; mais jetais agir. Trouvez-vous ici demain, « >'y mourrai sons vos yeux , ou j'emporterai la -loi. » Le lendemain, les tribuns. s'emparent de la tribune; les consuls et Je» nobles s'établissent dans l'assemblée, pour «'opposer à la loi. Ltttarius ordonne de faire- sortir tous ceux qui n'ont pas le droit de voter. Les jeunes oofeles refissent d'obéir. Lœtariu* donne l'ordre qu'on en arrête quelquesuns. Appius s'y oppose; ^soutient que le tribun n'a d'autorité que sur lea plébéiens ç qu'il est le magistrat j, non de Borne, mais du peuple; que d^ailleucs «n usage antique ne penmeb pas iquton force- les citoyens à sortir, putape la fanmk dit : «Si vous le trouvez bon, rettrez^vous, fto- « nains. » Lstorius fc'était pas 4e force à «'engager; dans une discussion de droit. Pour tonte réponse* le tribu envoi&son viafteur contre leçons»!; le cou*il,de son coté,

' LUTTE DES PUB.JCCMMB, LES PATRIC. FtJjp

envoie son. licteur «entre le tribun, ortaDEqu'itn'eat qtfuir particulier sans autorité, sans magistrature. Alors la multitude, qui voit son magisttat menacé, se soulève de Joutas parts» Appius fait tète à l'orage; et la lutte allait dentofr sanglante, si Quinetius, l'autre consul, tfeût fait entraîner son collègue par les consulaires, pendant qu'il s'efforce de calmer le peuple. L'assemblée se sépare «enfint; mate Âpptaft est loin de s'être apaisé. Il atteste tes dieux et 4es hommes que la république est trahie. •« Ce n'est pas te consul qui «.manque au sénat, mais le sénat au consul. On va se vstr « imposer des lois plus dures que celles du mont Store. » Cependant l'unanimité des patriciens triomphe de sa ré» sistance; la loi "passe sans opposition, et, pour la première fois, les comices par tribus nomment i® tribuns.

Ajoutons encore quelques traits qui peignent bien Tupi* niâtre acharnement des deux ordres. JLes»Èques et les Volsques avaient profité de ces dissensions pour reprendre les armes. Appius fut envoyé contre les Volsques, Quinc* tius contre les Èques. L'extrême rigueur d'Applus était plus-libre dans le camp que dans la ville; las tribuns n'é* taient plus là pour l'entraver. L'Orgueilleux » patricien v#u* lut se venger de sa défaite^ en déployant contre ses soldat! toute la rigueur de l'autorité militaire; mais là aussi ié peuple se montra indomptable* Le consul vmriaiM! hêtët la marche, ils ralentissaient le : pas; vuftaitol encourager leurs travaux, à l'instant même tous les bras s'arrêtaient» Quand il eut épuisé toutes' les rigueurs , il prit le parti de n'aveâr pins aucun rapport- avec les soldats. « Les tenta* « ri#nsy disait-il , m'ont gâté mon armée» Ce sont deé tri- «bunsdu peuple v des Fofera. » La haibe. des soldats alla si loin^quYls se laissèrent vaincre otiM^e en déroute. ftftais/Mrentré sur le territoire rbmain^iT demande aux soldats cet qu'ils ont fait de leurs armes; aux porte-en* saignes* ce * que sont* devenus leurs étendards. Les eentu* rions, les dupticaires, qui ont quitté leurs rangs, sont battus du verges , leur tête tombe sous la hache, et le reste des troupes est décimé.

Ce qui prouve que cette résistance s'adressait plutôt à

108 » CHÀMTU IV.

Appius qu'au patricien, c'est que dans l'antre armée, commandée par Quinctius, on lutta de bienveillance et de bons procédés. Les Èques n'osèrent point tenir tête , et l'armée rentra dans Rome, bien disposée pour son général , et pour les patriciens à cause de son général... « Le « sénat, disait-elle, nous a donné un père, et à l'autre « armée, un tyran. »

L'année suivante (470) fat plus agitée encore par les débats des deux ordres sur la loi agraire. Appius fut accusé par deux tribuns. Seul de tous les patriciens, Appius méprisait les tribuns, le peuple, et l'accusation. Les menaces de la multitude, les prières du sénat , ne purent le déterminer à changer de vêtements , ni à paraître en suppliant dans l'assemblée, ni même à adoucir la rudesse ordinaire de son langage. Aussi le peuple trembla devant Appius accusé, comme il avait tremblé devant Appius consul. Sa fierté déconcerta les tribuns , qui prononcèrent un sursis : il fût Inutile , car, avant le délai fixé, Appius mourut de maladie. Les tribuns défendirent de prononcer son oraison funèbre; mais le peuple prouva en cette circonstance qu'il «avait rendre hommage à un grand caractère, même dans un ennemi : il voulut qu'Appius ne fût point privé de ce dernier honneur; et après sa mort il écouta son éloge d'une oreille aussi favorable qu'il avait écouté son accusation durant sa vie: bien plus, il suivit en foule ses funérailles.

L'importance que prit alors la guerre, extérieure , les dangers de Rome, menacée par des ennemis infatigables , firent pour quelque temps diversion aux querelles du Forum ; mais lorsque Q. Capitolinus eut délivré Furius, entouré par les Èque^p tribuns recommencèrent. Cependant, ' fatigués del'opniatre résistance du sénat, ils abandonnèrent la loi agraire, et réclamèrent, par la voix de l'un d'eux, Terentillus Arsa (462), là promulgation des lois qui devaient régir la cité. Les patriciens avaient trop d'intérêt à laisser dans le vague et l'indécision la limite de leurs droits et de ceux du peuple, pour accéder à cette demande de la codification des coutumes. Leur opposition à la loi

LUTTE DES PUB» COHTHB LE* PÀTKIC. tO$

Terentilla dura dix ans. Cet intervalle fat rempli par divers incidents , dont l'on des plus remarquables fut Tac* cusation de Qujnctius Cœson, le fils orgueilleux de Gincinnatus (461).

LttHerniques avaient annoncé à Rome que les Volsques et leFÈques , malgré l'épuisement où les avaient jetés leurs défaites , levaient de nouvelles années , et qu'Antium était le foyer de la guerre. Aussitôt le sénat ordonne des levéeâ; mais les tribuns crient au milieu du Forum que cette guerre des Volsques n'est qu'une feinte; qu'on déclare la guerre aux Antiates, bien qu'ils soient innocents, pour la faire an peuple romain. Et voyant qu'en face d'eux , dans une autre partie du Forum, les consuls ont fait placer leurs chaises curules et commencent les levées, les tribuns y courent, et entraînent avec eux l'assemblée. Bientôt la violence s'en mêle : tousceux que le licteur saisit par l'ordre du consul, le tribun ordonne de les relâcher. On ne réglait pas ses prétentions sur ses droits, on les soutenait par la force et des coups de main.

Mais l'exemple que les tribuns avaient donné pour empêcher les levées, les patriciens le suivirent pour s'opposer à la loi Terentilla, proposée tous les jours de comices. Les plus âgés ne prenaient aucune part à une opposition où tout était abandonné à l'emportement et à l'audace; mais Caeson Quinctius entraînait les plus jeunes. Fier de sa naissance , de sa taille avantageuse , de sa force extraordinaire, il joignait à ces dons naturels de nombreux exploits, et une grande facilité à parler en public. Rome n'avait point de soldat ni de parleur plus hardi. Placé au milieu de la troupe des patriciens, qu'il dominait par sa haute stature, il semblait porter dans sa voix et dans le sentiment de ses forces toutes les dictatures , tous les consulats; il bravait seul les fureurs des tribuns et les orages populaires. Plus d'une fois il chassa les tribuns du Forum et mit le peuple en fuite. La défaite de la loi paraissait être certaine, quand l'un des tribuns, A. Virginius, intenta à Caeson une accusation capitale. Cette démarche irrita* plus qu'elle n'abattit le caractère indomptable Au jeune patricien. L'accusateur pré-

sotte toujours la loi, moins dans Feapeir de laiaire penser que pour provoquer r emportement de Caeson. «€«esen9 «disait-il , est l'ennemi de la liberté; H y a dans cet tomme « plus de tyrannie que dans tous les Tarquins. » Cependant, te jour do jugement arrivé, Gœeon s'humilie» il implore la pitié des citoyens. Les personnages tes plus illustrearUsa iamille viennent parler en« sa faveur; ils votftenti son courage , les services qu'il a rendus à l'État Son» père , Quiûcttas€intini>atus, réclame ttndErigence des. Romains pour ke erreurs de la jeunesse de son fils ; ilsupplie les citoyens d'accorder la grâce du fils à un père qui n'a jamais offensé personne , ni d'actions , ni de paroles. Tout f est < inutile , surtout quand M. Voiscius Fictor, ancien trttHBi'du peuple, vient déposer q**e, doux ans auparavant y son frère, à peine convalescent , a reçu de G%&m uneoup* de poing qui l'a renversé sans connaissance, et qui a mis «a* vie en danger. L'indignation fut si vive , que ia.Bwrftttade allai* mettre Caeson en pièces , quand Virgieius ordonne de l'arrêter et de le conduire en prison. Les 'patriciens s'y opposent , et repoussent la force par la force. «Un citoyen ac- «tcusé de crime capital, disent-ils, ne peut être arrêté « avant sa condamnation, avant sa défense. » Ltaccusé est gardé à vue dans le Forum ; on* décide qu'il donnera dix répondants , dont chacun s'engagera pour trois mite as. Cœson , libre enfin de quitter le Forum , s'exile la nitittu** vante citez les Toscans. Au jour du jugement ,» on «Hégna qu'il n'avait quitté Home que pour IVxil , et tfasseiàfeèée Alt rompue; mais on exigea la caution aviec tant de rigueur, que le père, après avoir vendu tous ses biens, fut réduit, pour ainsi dire , à s'expatrier , en -se -retirant «m delà du Tibre.

Peu d* temps après, des exilésetdes esclaves, aunomhre de quatre nâHe cinq cents, sous la conduite dnSaÛn Applus Herdonius, s'emparent , à la faveur de la Hait}) du tacapleet de la montagne du Capitale (460), et nppelteiit les fesclaves à ta liberté. Dans ce danger pressant, le convoi Valerius promet de ne plus s'opposer à la loi, appelle le peuple aux armes, monte à l'assaut du Capitule, et tombe

LtTTTE DES Put*. TOWMdS «LES PATAIC. III

eneombtftt&nt. Un consulaire, P. Totatnnius, leremplfice; et l'attaque «6t si viw, que le soldat se troave vainqueur avant-de «avoir qu'HTombatitalt sans général. Herdonius fattoé , et ceux de ses complices qu'on prit vivants subirent y selon» ^qu'ils étaient libres on esclaves, le supplice réserve à leur condition.

Lncins Quinctius Cincinttatus succéda à Valérius dans le consulat (469). lise montra non moins* opposé que sob fils aux îtentativ€s des tribuns. Les troubles continuèrent, ainsi que la guerre contre les Èques ; et ce ne M pas sans peine qufon obtint dts tribuns qu'on songerait À la guerre avaat leur loi. Les Romains furent vainçraears devant Antium; mais, dans le même temps, les Eques, pour faire diversion, s'emparèrent de la dtadeftlede Tusculum, qtftts se virent bientôt obligés de rendre par famine. L'année suivante{458), Èques et'Sabins viennent porter leursravages jusque sous les murs de Rome. Le consul Minucius marche à leur rencontre; la fortune et le courage toi manquent : il se tient renfermé dans son camp. L'audace des ennemis s'en augmente, ils l'attaquent ole^wiit; mais, comme ils obtiennent peu de succès, ils'jpassent le Jour suivant à rentourer de retranchements. A cette nouvelle, le trouble et la terreur furent tels dans Rome, qu'on aurait cru que l'ennemi assiégeait, mm le e*mp, mais Rome elle* même. On résolut de nommer on dictateur, et, d'un consentement unanime, on choisit L. Quinctius Ciucinnatus, alors sexagénaire , qu'on va enlever à sa charrue. 11 choisit pour général de la cavalerie L. Tanquutius, fui passait pour le premier homme de guerre de son*, temps ; ensuite il proclame le jmùitium ', arrive à minuit sur l'Algide avec son armée, et entoure à son tour l'année qui assiégeait le consul. Ainsi attaqués par deux armées, les Èques sont forcés de se rtumettre à passer sous le joug. Les honneurs du triomphe sent décernés à Gmefonatus, qui, après seize jours de dictature, retourne à sa charrue.

Cependant les troubles civils et la guerre contre les

tJ1 Suspension de la justice.;

lia CHAPITRE IV.

Èques n'étaient point terminés. L'an 457 , les tribuns demandèrent qu'à l'avenir leur nombre fût désormais porté à dix , deux pour chaque classe, afin d'assurer au peuple un secours plus prompt et plus certain. Les patriciens y con- ' sentirent, en reconnaissance dé ce qu'ils ne s'étaient point opposés aux levées : d'ailleurs dix tribuns pouvaient être plus facilement désunis que cinq.

Grâce à cette bonne intelligence momentanée des 'deux ordres , les Èques et les Sabins furent vaincus. Mais bientôt les troubles recommencèrent. À l'occasion d'une disette , le tribun Icilius obtint que le mont Aven tin serait abandonné au peuple, qui déjà depuis Ancus Martius y possédait un établissement. Non contents de cette conquête, les tribuns renouvellent la proposition de la loi agraire, appuyés par L. Siccius Dentatus. C'était un homme d'une taille élevée, dans toute sa force, quoique âgé de cinquante-huit ans, et assez éloquent pour un soldat. « Romains, dit-il ' en se « présentant au milieu de l'assemblée, je ne finirais pas si ' « je voulais raconter tout ce que j'ai fait pour la républi- «que. Quelques mots me suffiront. Voilà quarante ans que « je sers ma patrie, et trente que je suis officier, soit comme « chef de cohorte , soit comme chef de légion. J'ai assisté « à cent vingt batailles , et j'y ai reçu quarante-cinq blesc sures toutes honorables, dont douze en un seul jour, « lorsque Herdonius s'empara du Capitale: Dans presque « tous les combats, j'ai remporté le prix de la valeur. J'ai « obtenu quatorze couronnes civiques, une couronne obsi- « dionale, trois murales, et huit autres, de la main même « de mes généraux. J'ai mérité en outre quatre-vingt-trois « colliers d'or, soixante bracelets du même métal, dix- « huit lances et vingt-cinq harnois, dont neuf proviennent « d'autant d'ennemis que j'ai vaincus en combat singulier. « Et cependant, Romains, ce Siccius qui vous parle, ce « Siccius qui n'a pas un endroit de son corps qui ne soit

* Nous avons cru devoir citer ce discours, à cause de la longue et curieuse énumération qu'y fait Siccius des honneurs décernés par les Romains à leurs guerriers. C'est d'ailleurs un éloquent résumé des griefs du peuple contre les patriciens.

LUTTB DES PU&B. CONTRE LES PATRIC. Il3

« couvert de cicatrices ; quir, au prix de ses sueurs et de «son sang , a acquis à la république tant de riches cam- « pagnes enlevées aux Étrusques, aux Sabins, aux Èques, «aux Vplsques, aux Pométiniens; ce Siccius ne possède / pas un coin de terre, non plus que vous qui avez été les «compagnons de ses fatigues. La plus belle partie de ces «terres est entre les mains d'hommes impudents auxquels « vous ne les avez pas données , qui ne les ont pas ache- « tées, et qui ne peuvent faire valoir aucun titre qui constate «leurs droits.

«Si je mens, que quelqu'un de ces hommes respecta- « blés vienne m'accuser de fausseté ; qu'ils citent, ces patri- '< tiens, des exploits qui leur donnent sur moi la préfé- « rence, et qui leur méritent une récompense dont je doive «être privé; qu'ils montrent seulement la dixième partie « des blessures et des récompenses que je vous ai montrées, t C'est dans la parole et non dans l'action que consiste tout « leur mérite ; ce n'est point contre l'ennemi, c'est contre «leurs concitoyens qu'ils font l'essai de leurs forces. Il « semblerait que la patrie n'est pas notre mère commune,

• et qu'elle n'a qu'eux seuls pour enfants ; il semblerait que « ce n'est pas nous qui les avons délivrés de la tyrannie, et « que nous sommes un héritage que leur ont transmis les « tyrans.

« Je ne rappellerai point ici les outrages dont ils nous « accablent, vous les connaissez tous; ils en sont venus à «ce point d'insolence, qu'ils ferment la bouche à quicon* « que veut parler en faveur de la liberté. Spurius Cassius, «qui le premier a proposé le partage des terres; Spurius « Cassius , trois fois consul, trois fois honoré du triomphe,

* ils l'ont faussement accusé d'aspirer à la tyrannie , et «précipité du haut de la roche Tarpéienne; pourquoi? « parce qu'il aimait sa patrie et le peuple. G. Genucius , no- •tre tribun, qui, onze ans plus tard, renouvela la pro- « position de Spurius, n'osant le tuer ostensiblement, ils « l'ont fait disparaître , et par là ont effrayé les autres tri- «buns, au point qu'aucun d'eux, depuis trente ans, n'a « plus osé s'exposer à un pareil danger. C'est trop longtemps

« souffrir. Prouvez an matas part Y4ft*ifGnigetf qbe vous « être aksihomttes libres^ aatrctionnez latoiagraire'tnieYOS «tribuns ont proposée; et vous., tribuas, silea jeues pa- «irietens viennent encore, sufrant leur «sage, entraver les « votes par des voies de fait, renverser tes urnes ^ enlever «ies bulletins 9 montrez-rieur quelle est voire (puissance; «et,, puisqu'on ne peut abroger le consulat, aoeaseE-des « quand ils sont redeveni»» particuliers, et faites les juger «par le peuple, pour <avoir voulu , contre la sainteté de « vos lois , abroger votre magistrature. »

Les patriciens parvinrent cette fois encore àr conjurer Forage; mais un discours aussi hardi ne fut point pardonné à Siccius , qui , peu de temps après , suivit les* consuls contre lesÈques, à la tête d'un corps de huit cents hommes que leur âge exemptait comme lui du service militaire. Les consuls cherchèrent à sedéfaire de lui en le chargeant d'nne mission dangereuse , où ils furent soupçonnés d'avoir voulu le foire assassiner. 11 ne dut son salut qu'à son courage; mais peu de temps après le peuple ie nomma tribun , et il actasa le consul sortant, qui l'avait exposé à une mort certaine. Lîautre consul fut également appelé en justice par un ancien tribun. Tous deux furent condamnés à une aaaende,

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