‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 24 sur 157 · IV. LES DECEMVIBS · texte numérisé non relu

IV. LES DECEMVIBS

Xe sénat, effrayé par la violence des tribuns, qui attendaient les f onsuls à l'expiration de leur magistrature pour les frapper d'énormes amendes, céda.enfln, et accorda la loi Teoentillsu Trois commissaires furent envoyés en Grèce pour étudier les loisdeLycurgue etdeSolon» À leur retour (4SI), on ne* songea plus dans Rome qu'à la grande affaire de la rédaction du code. Aussitôt le gouvernement ordinaire de la république fut suspendu ; aucune des anciennes charges ne fut remplie ; on ne nomma pas même de tribuns du peuple. Les deux ordres, jusqu'alors irréconciliables, se réunirent dans un même désir, et dix magistrats nouveaux , sous le titre. dedécemvirs , furent investis d'une autorité dictatoriale, et chargés de rédiger ies lois.

B&JEMV1B.S. 1 1 S

A 1 !«*$&> de Vbl «première année de leur charge , les décemrirs^xposèreDt'dansïeFonrm dix'tables d'airain, sur lenfocAes étaient gravées tes lots qu'ils avaient faites/ Le peopta'aeœpta ; et comme tout? n'avait point été* réglé, et qwcraUem leur administration avait été douce et équitable, <n* leà état pour une seconde année.1 Mais cette ' fois les Jiawveau» magistrats abusèrent de teur pouvoir ; ils cessèienfrdcttmiwquetf le sénat eHepeuplçr, proscrivirent les plu* riches citoyens, et vendirent la justice. Leur chef, Appius jClaïudios, ne craignit pas d'ériger ses caprices en volontés souveraines; et bientôt la tyrannie la plus absolue régna -danf Rome.

Le. brave Siccius Dentafus commandait alors au Capitale : Apphis, redoutant'la présence d'un adversaire aussi intraitable, lui ordonne de se rendre à l'armée, et l'y fait assassiner par -des soldats. Sur cent hommes qui l'attaquèrent, l'Achille romain en tua quinze et en blessa trente. Les autres, n'osant s'approcher de lui, l'aecablèrent de loin sons une grêle de traits et de pierres.

A la fin de l'année, les décemvirs publièrent deux nouvelles tables sans consulter le peuple-, et même fls se conto*uèrentrsans élections nouvelles, -dans leur pouvoir. Mais œtte tyrannie , • comme celle de Tarquin \ë Superbe, ' devait être renversée par la mort d'une femme.

Virgmius, citoyen d'une vertu «xemplafre,' avait fiancé àlcilius sa fille, douée d'une rare beauté. Appius Claudia», épris pou» lajeune Virginie d'unepassion criminelle, veut i'enfcvef à son père et à son fiancé, en la faisant réclamer par M. Giaudius, l'un de ses clients, comme née d'une de ses esclaves. Claudtas: se saisit de la jeune ÔHe , et la conduit devant Appius. Levdécenwir ordonne qu'en attendant le retour du père, alors à l'armée, Giaudius emmène Virginie dans sa maison, fttairf leitius ; s'y oppose avee énergie, et le jugement est remis au lendemain, pour laisser au père le temps de se présenter. Cetaff-ei,'' averti du danger de sa fille, accourt à Rome avant que 4'en^ait reçu au camp Tordre envoyé pour le retenir. Il arrive, plaidait cause, àe sa flfle. Mais Appius confirme «a pre-

Il6 CHAMTEB IV.

mière sentence : « Va, licteur, dit-il ; écarte la foule, fais « ouvrir le passage au maître pour qu'il saisisse son es- « clave. » Alors Virgin ius, ne voyant plus d'autre moyen de sauver l'honneur de sa fille, arrache un couteau des mains d'un boucher, perce le cœur de son enfant; et, se tournant vers le tribunal : « Appius, s'écria-t-il, c'est par « ce sang que je dévoue toi et ta tête aux dieux infernaux.» Vainement Appius ordonne de l'arrêter; Virginiusse fait jour à travers la multitude, sort de la ville, et, tout couvert du sang de sa fille, va exciter dans l'armée le désir de la vengeance.

Cependant Icilius, et Numitorius, oncle de Virginie, relèvent le corps de la jeune fille, et, le montrant au peuple : « Est-ce donc là le sort réservé à la paternité? — Est-ce « là le prix de la pudeur? » s'écrient les femmes de toute part. Les hommes, et surtout Icilius, parlent de la puissance tribunitienne et de l'appel au peuple, qu'on leur a enlevés. L'horreur du crime, l'espoir de recouvrer la liberté, soulèvent le peuple. Appius cite Icilius devant son tribunal; sur son refus, il ordonne qu'on le saisisse. Alors il s'engage une lutte opiniâtre, où Appius ne ménage même plus deux patriciens qui cautionnent Icilius , mais dont bientôt lui-même est au moment d'être victime. Alors on convoque le sénat, et, comme on sait que la majorité de cet ordre est opposée aux actes des décemvirs , le calme se rétablit pour un instant.

Cependant, à l'armée de l'Algide, la vue des larmes de Virginius avait ému tous les cœurs. Tous promettent de le venger et de reconquérir la liberté. Aussitôt l'on se met en marche, et l'on vient se poster sur le mont Aventin. Le peuple accourt en fouie pour se réunir aux soldats. On nomme dix tribuns militaires. L'armée de Sabine en fait autant, excitée par Icilius , et vient se réunir à celle qui occupe l'A ventin. Toutes deux se retirent sur le mont Saeré, où le peuple les suit.

Le danger était pressant. Le sénat, effrayé de cette nouvelle retraite du peuple., lui envoie des députés. Les plébéiens demandent que l'on rétablisse l'appel au peuple,

LOI DES DOUZE TABLES. i \~

et le tribunat; mais, avant tout, ils exigent l'abolition du décemvirat et le châtiment des décemvirs. Cette dernière demande est abandonnée, grâce aux sages représentations de Valérius; -toutes les autres sont accordées. L'inviolabilité tribunitienne est renouvelée par des cérémonies religieuses, sous la présidence du grand pontife j on nomme des tribuns du peuple, et, au premier rang, Virginius et Icilius.

Le consulat est aussi rétabli ; et deux amis du peuple, L. Valérius et M. Horatius, nommés à cette magistrature, font décider, dans une assemblée par centuries, 1° que les décrets du peuple réuni par tribus auraient force de loi ; 2° que nulle magistrature sans appel ne pourrait être établie; que quiconque enfreindrait cette loi serait puni de mort (449).

Page 1