II. OU SYSTÈME COLONIAL ££S EOMAINS
Avant de reprendre l'histoire de la guerre du Sanraium, nous devons dire quel fut le système employé par Rome pour maintenir les pays vaincus dans sa dépendance; avant de montrer comment elle conquit l'Italie, il faut dire comment elle conserva le Latium.
Rome n'était qu'une ville , et ne serait jamais parvenue h maintenir l'Italie dans sa dépendance, si elle s'était contentée d'envoyer dans les villes conquises un gouverneur gt quelques soldats pour y assurer son autorité. Les vaincus, n'étant point comprimés par la présence d'un corps nombreux de Romains , auraient bien vite essayé partout de ressaisir leur liberté. Le sénat trouva plusieurs moyens pour prévenir ce danger. Dans les premiers temps, on appela dans Rome même une partie des vaincus, on en fît des citoyens romains, pendant que d'anciens habitants de la ville allaient habiter et cultiver une portion des terres cédées par le peuple vaincu ; plus tard, lorsque la population dé Rome fut assez nombreuse pour n'avoir plus besoin de se recruter parmi les vaincus, on les laissa chez eux après leur défaite , en leur imposant pour condition de paix Fabandon d'un certain nombre d'arpents de terre et de maisons qu'on donnait à des citoyens romains pauvres, on à d'anciens légionnaires ; d'autres fois , quand on ne pouvait ou qu'on ne voulait point envoyer de colonies, on accordait à la ville certains droits , certains privilèges qui la mettaient dans les intérêts de Rome.
Par une heureuse rencontre, l'établissement de ces colonies convenait à la politique intérieure et extérieure du Sénat. Lorsque le peuple, épuisé par la guerre, dépouillé de ses champs par l'ennemi ou l'usure , se soulevait dans le Forum, le sénat décrétait l'établissement d'une colonie, et se délivrait ainsi des plus turbulents d'entre les plébéiens. Ceux-ci partaient avec l'augure et Yagrimensar qui devait partager les terres nouvelles entre les émigrants. La nouvelle cité s'organisait sur le modèle de la métropole. Elle avait ses consuls dans les duumvirs, ses censeurs
GUERRE .CÛfTSMlUft 6AMWITES. 'fiik)
dans les quinquennaux , ses préteurs dans les décorions ; mais la colonie, fille de Rome, ne devenait point, comme la colonie grecque, indépendante de la mère patrie. À Athèno», le fiis âgé de vingt etuaaœ, entre dnne la phratrie* devient citoyen, et ne dcÉtipios à sou fièreqne les* mangues du respeet filiaL -A Rome r la eeadilàen Mutais est pire que celle de l'esclave : Pesetas .affranchi est désormais un. homme libre ; le Jâls t au. contraire , comme le veut 4a hn des Douée Tables t sera trais fait vendu ,' trob fois affranchi , avant que le père pente» ses droite sur Mi D en est de mène pour la colonie marine : eHedeit iurtti éternellement dépendante deia mère patrie. Fenr «ie point d'émancipation : liberté dans son gouvernement intérieur, mai* soumission aux ordres de Rome pour tout ce qui ra» garde la paix on la guerre. Si Rome a besoin de soldais, elle en demandera à ses colonies ; si celtes-ci, épuisées par la guerre , implorent un peu de repos y eUe répondra que, filles dévouées , elles doivent sacrifier tout leur sang pour la mère patrie. Ainsi, Rome se sert de ses colonie*, qu'elle a semée» autour d'elle, comme d'une épéeet d'un bouclier pour attaquer et se défendre. Aussi les a-t^elle mnlttpJfeées; avant la seeonde guerre punique,. eUe en avait oinquante, tontes, k l'exception de taris, dans l'Italie eentmle ».
Ce fut surtout dans les guerres du Samnium qnei ftotne se servitavec succès de ses Detenies pour pwfcéger les terres conquises, et enfermer peo|à peu les Soumîtes dantott ceinture de places fortes. Avant le renouvellement de la guerre, l'extrémité du Latiom £ot défendue par dtaooJa» nies envoyées chez les Ausones, à Calés (896); et «heailes Volaques, à Terracine (329), à Fregeiles (3î7),*t plustard à Sor a, en 315, à Atine et intecamna (314) ; enfin > «h** les Aurunces , à Miafturnes et à Yesria (3t*)y à fines»! at à Anrunea(3U).
1 Voyez M. Victor Daruy, Géographie polUigiue.de la république romaine et de V empire, ch. IV.
i4o ciitnts vu.
III. DEUXIEME PSBIODB. CONQUETE DE l'àPULIB BT DE LA CAMP AME (327-313).
Le Latium se trouvant bien gardé par Jtoutes ces colonies, Rome s'occupa de la conquête de la Campanie. Depuis qu'elle était maîtresse de Capoue , elle voulait dominer sur touté°cette contrée. Les Samnites, inquiets de la voir s'établir si près d'eux, poussèrerft la petite ville de Paléopolis à prendre les armes. Rome envoie contre elle le consul Publias Philo, qui fut continué dans sa charge sous le titre nouveau de proconsul(328). Paléopolis prise, la guerre s'engage avec les Samnites. Rome leur oppose son meilleur général, Papirius Gursor , qui montra d'abord une sévérité comparable à celle de Manlius. Forcé de retourner à Rome pour y prendre de nouveau les auspices, il avait défendu à Fabius Rullianus, son général de la cavalerie, de combattre avant son retour; cependant, excité par les provocations des Samnites, Fabius les surprit dans une position désavantageuse, et remporta une victoire signalée. Le dictateur, de retour , ordonne à ses licteurs de saisir Fabius ; celui-ci allait éprouver le sort de Manlius Torquatus; mais les soldats, qui l'aimaient, accusant le dictateur de jalousie, protègent leur jeune général, qui se sauve à Rome ; le dictateur l'y suit, et réclame la victime due à la discipline militaire. Alors on vit un imposant spectacle. Le peuple, les tribuns, et surtout le vieux père de Fabius , essayèrent de fléchir l'inflexible sévérité de Papirius; mais ce fut seulement lorsque, renonçant aux menaces , on eut eu recours aux prières , que Papirius, croyant avoir assez fait pour la discipline militaire,pardonnaàsonlieutenant(324). Le dictateur, deretour à l'armée, battit les Samnites en deux rencontres , et les força à demander une trêve qu'ils violèrent deux fois. A la seconde violation , la paix leur fut refusée. Retrouvant alors des forces dans leur désespoir, ils confièrent la conduite de l'armée à Pontius Herennius , leur meilleur général. L'imprudence de Cornélius Cossus fut renouvelée, les Romains s'engagèrent encore dans un défilé. Mais cette
GUERRE COMTE* LES SAMNITES. l4l
fois ils ne trouvèrent point de Decius qui se dévouât volontairement pour le salut de l'armée; ils ne. sortirent de ee lieu étroit, d'où l'ennemi pouvait les accabler sans combattre , qu'en se soumettant à passer sous le joug et à livrer leurs armes. Ils déposèrent leurs vêtements, ne conservèrent qu'une tunique, et défilèrent ainsi dépouillés entre deux baies de l'armée victorieuse (321). On dit que le général desSamnites, avant d'accorder ce honteux traité, avait fait venir au camp son vieux père, l'homme le plus sage de la nation. Le vieillard, consulté sur ce qu'on devait faire, répondit : « Tuez-les tous, ou renvoyez-les tous « avec honneur; de cette manière, vous vous en ferez des « amis fidèles ou des ennemis implacables. » Herennius comprit bientôt la sagesse de ces paroles.
Le sénat déclara que le traité fait avec les Samnites aux Fourches Caudines n'était point un traité, mais une simple promesse des consuls, et que cette promesse ne liait pas le peuple romain. Le consul Postumius , qui avait conclu le traité, vint se livrer aux Samnites' avec ses officiers", afin de dégager la république; mais Pontius refusa de les recevoir, et la guerre recommença.
Lorsque les Romains s'étaient laissé enfermer dansjes Fourches Caudines, ils allaient secourir leurs alliés, les Apaliens. Après le désastre de Postumius , ceux-ci ffrent défection. Le premier soin de Rome fût de punir ces amis perfides ; elle ne craignit point défaire traverser tout le Samnium à ses légions, qui ne sortirent de l'Apulie qu'après en avoir pris toutes les villes, Satricum, Lucérie, Teanum, Ganusium; les autres ouvrirent leurs portes. Alors, quand les Romains ne virent plus un ennemi dans cette province, et qu'ils eurent ainsi donné une leçon à leurs alliés, ils revinrent dans] la Campanie, dont ils vou-. latent à tout prix achever la conquête. Abandonnant cette guerre de courses lointaines et aventureuses à travers le pays-ennemi, qu'ils avaient faite jusqu'alors, ils s'acharner rent aux sièges des villes, et ne livrèrent bataille aux Samnites que quand ceux-ci vinrent les insulter dans leur camp. Cest ainsi qu'ils prirent Soticula, Sora, Noie, Atîme
et Calafte, battant autant de fois les Samnttes que ceux-ci se présentèrent de fois devant eux. Ainsi, en. 31 3, les Samnites avaient été écrasés par de sanglantes défaites, l'Apulie et la Campanie étaient soumises, et de nombreuses colonies, occupant les pays conquis, veillaient sur tous les mouvements des ennemis et des vaincus.
IV. TROISIÈME PÉRIODE. SOULEVEMENT DE l'ÉXRKBIE ET DE LOMRRIE (313-30^*).
C'est alors • que commencent pour Rome les vrais dangers. L'Étrurie, jusqu'alors tranquille , s'inquiète des débites essuyées par les Sanurites , dont la ruine annonce celle de l'indépendance italienne. Sutrinm était comme le
' poste avancé de Rome, du côté du nord; les Étnupqves
-' Prennent l'assiéger. Battus par iEmitius Barbnfta {au), ils
reviennent une seconde fols pour éprouver une seconde défaite. Fabius RuHianus les poursuit a» delà de-la sombre et effrayante fotêt Ciminienne, bat une armée d'Ombriens, et revient écraser encore les Étrusques, près de Pérouse. L'Étrurie demande la paix (310). Ont iui accorde une- trêve de trente ans, qui ne dure quequelques mois.
Aidés par la diversion desJÊttnBqiMBet deS'Ombriens , les Samnites -avaient repris quelque avantage; la confiance leur 'était revenue, et leur splendide armée, avee ses- bon* elfers d'or ou d'argent, croyiftt que Rose allait céder h ce dernier effort; Mais à Longula ils rencontrèrent leur ban bile adversaire, Papirina Ourson, que Fabius venait de proclamer dictateur malgré ses ressentiments $ et (toutes les richesses de leur camp servirent d'ornement au dernier - triomphe du victorieux Papirras (809). Cette ntéme aunée, Fabius rainait à jamais la puissance de l'Étrurie par la saoglante victoire du lac Vadimon; jamais l'Étrurie ne s'en releva.
Passant de là dans le Samninm , puis dans* 1*0 mène, Fabius ajoute partout de noareaux titres à sa glaise; par ses victoires, toute confédération générale devient impossible, et H ne quitte te commandement que quand1 Une reste 'plus qu'à détruire les résistances partielles qui se
GUERRE CONTRE US SAMNITES. ifô
rencontrent encore. Ainsi les Héroïques , les Èques, msez imprudents pour se soulever, se font accabler; et les Sam* Dites , après quelques nouveaux efforts, toujours inutiles, semblent reconnaître leur impuissance et demandent la paix (304).
Durant cette période, les Romains avaient continué leur système de mettre entre eux et leurs ennemis un certain nombre de places fortes , où des soldats romains tenaient ^raison, sous le titre de colons. Ainsi de 315 à 304 ils avaient formé, en établissant des colonies à Frégelles, Atina, Interamna, Casinum, Teanum, Sidicinum, Suessa, Àurunca, Sora et Alba, une barrière de places fortes que les Samnites ne pouvaient franchir, et qui en outre les en> péchaient de faire des levées dans plusieurs pays d'où ils auraient pu tirer de nombreux soldats.
V. QUATRIEME PÉRIODE. UNION DBS SAMNITES, DBS ÉTBIPSQUES , DES OMBRIENS ET DES BOÏENS. FIN TOI LA GUERRE (804-282).
La guerre ne pouvait se terminer que par l'extermination de ces infatigables Samnites. En 299 , Borne apprend que les Étrusques ont rompu la trêve, que le Samnium est en armes , que les Ombriens se soulèvent , qu'enfin les terribles Gaulois de la Cisalpine, les Boïens, vont unir leurs efforts à ceux des autres ennemis de Borne. Le sénat fait face de toutes parts. Fabius Maximus, Decius Mus, Volumnius Flamma, combattent et sont vainqueurs à Bovianum, à Tiferne, à Mal ventum et sur le Vulturne. Ainsi les premières années se passent à s'essayer sur divers points. Tout à coup les Samnites passent dans TÉtrurie , et tous, Étrusques, Ombriens, Samnites, Gaulois Boïens, s'unissent une dernière fois. A Borne, toute la population prit les armes. Deux armées couvrirent la ville, une autre surveilla le Samnium. Une quatrième marche à l'ennemi, conduite par Fabius et Decius Mus, et engage la plus sanglante bataille de cette longue guerre. Decius se dévoua comme son Père, et la victoire de Sentinum (296) délivra Borne de ses terreurs. "
l44 CHAPITRE VII.
Mais le triomphe de Rome n'était pas encore complet. Les Samnites lèvent de nouvelles troupes, et font intervenir les dieux, dans leurs préparatifs. Suivant un ancien usage religieux , tous s'engagent par serment à combattre jusqu'à la mort ; quiconque n'accourra pas aux ordres du général, ou se retirera sans ses ordres , sera dévoué à Jupiter. Quarante mille hommes se réunissent à Aquilonie. Là, au milieu du camp, dans une enceinte entourée de toiles et de claies, on offre un sacrifice d'après les rites de l'ancienne religion du Samnium. Ensuite chaque soldat est introduit à son tour dans l'enceinte , et là, devant l'autel, sur la victime qui vient d'être immolée, entouré des centurions tenant leur épée nue à la main , il jure de ne rien révéler de ce qu'il aura vu ou entendu pendant son initiation. Ensuite il s'engage par un serment terrible, qui appelle l'exécration des dieux sur sa tête et sur sa famille, à suivre partout son général, à ne jamais fuir, et à tuer surle-champ, de sa propre main , tout guerrier qui prendrait la fuite. Quelques-uns refusent de jurer : on les égorge et i on les laisse étendus près de l'autel , pour servir de leçon I aux autres. Ils recrutent ainsi seize mille hommes , qu'ils appellent la Légion du lin. On les revêt d'armes brillantes et de casques surmontés d'aigrettes, pour les distinguer des autres soldats, qui se montent à plus de vingt mille. L'armée réunie va prendre position à Aquilonie.
Le général romain, Papirius Gursor, malgré de funestes présages, engage la bataille, et, au plus fort de faction, l'ennemi voit tout à coup des nuages de poussière s'élever derrière lui. C'étaient des cavaliers romains, qui, d'après les ordres de Papirius, traînaient derrière eux d'énormes branches d'arbres, et figuraient ainsi l'arrivée d'un renfort. Les Samnites, se croyant pris à dos, lâchent pied; mais la Légion du lin , fidèle à son serment, périt tout en- j tière (293).
Les Samnites éprouvèrent alors défaites sur défaites. Le fils de Rullianus, le jeune consul Fabius Gurgès, reçut, il est vrai, une sévère leçon pour les avoir attaqués avec trop de témérité ; mais, guidé par l'expérience de son père,!
GUERRE fcONtfRE LÈS SAMNITES. x^$
il leur tua vingt mille hommes, et fit prisonnier le célèbre Pontius Herennius. Snr son char de triomphe, Fabius avait à sa droite son père et son fils encore enfant, qui devait être un jour Fabius Cunctator.
Les Samnites tinrent encore une année la campagne. Enfin, en 290, Curius Dentatus dicte la paix aux malheureux restes de ce peuple héroïque. La soumission des Sabins qui avaient remué , et l'envoi de colonies dans l'Ombrie, à Castrum, Hadria, Sena et Firmum, assurent la tranquillité de l'Italie centrale, et étendent la domination de Rome jusqu'à la mer Adriatique. Les Gaulois ayant encore pris les armes en 283 , furent écrasés. Le consul Dolabella reconquit la rançon du Capitole, et Rome put se vanter qu'il ne restait plus un seul des descendants des Gaulois qui avaient assiégé le Capitole. L'anhée suivante les Rruttiens et les Lucaniens perdirent vingt-cinq mille guerriers. Ce fut la dernière bataille de cette longue guerre. Dès lors Rome domine depuis le Rubicon jusque dans la Grande-Grèce.