‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 35 sur 157 · I. PARALLÈLE DE ROME ET DE CARTHAGE · texte numérisé non relu

I. PARALLÈLE DE ROME ET DE CARTHAGE

Far la retraite de Pyrrhus , par la conquête de l'Italie méridionale, par la soumission définitive du Samnium et de l'Étrurie, Rome a étendu son autorité sur toute la partie péninsulaire de l'Italie. Cette ville est devenue maintenant une puissance redoutable, la plus grande qui se trouvât alors dans le monde. La Grèce, en effet, a perdu depuis longtemps sa liberté ; la Macédoine est épuisée par les guerres d'Alexandre, et les successeurs du héros macédonien n'ont élevé en Asie que de fragiles empires. La seule puissance qui puisse lutter sérieusement avec Rome , ce n'est point un peuplé, mais une ville comme elle , une colonie de Tyr , Carâiage, qui avait bien vite effacé sa mé\ tropole par ses immenses richesses et sa vaste domination. Carthage était une grande puissance commerciale ; mais, dans l'antiquité, le commerce ne pouvait se faire qu'à main armée : aussi les flottes de Carthage étaient-elles toujours

PREMIERE GUERRE PUNIQUE. ify

montées par de nombreux soldats , à l'aide desquels elle assurait et étendait son commerce. Toute la côte septentrionale de l'Afrique, depuis les confins de la Libye jusqu'au grand Océan, par (delà les colonnes d'Hercule, lui était soumise; la Corse, la Sardaigne, les îles Baléares, servaient de stations à ses vaisseaux ; l'Espagne , alors si ricbe en mines d'argent, était exploitée par elle, après l'avoir été par les Phéniciens. Ainsi Garthage commandait sut toute la partie occidentale de la Méditerranée. De bonne heure elle convoita la grande île qui se trouve au pied de l'Italie, en face de l'Afrique; de bonne heure elle y envoya des armées nombreuses ; mais elle rencontra en Sicile des Grecs civilisés , industrieux , et habiles dans l'art de la guerre ; elle rencontra Agrigente, Syracuse, ces villes presque aussi grandes qu'elle-même; Gélon, Denys l'Ancien , Agathocle , qui l'empêchèrent de prendre pied en Sicile. Toutefois, à l'époque où commence la première guerre Punique, Garthage, grâce aux troubles de Syracuse, ou aux dissensions qui agitaient la Sicile tout entière, était parvenue à s'emparef des deux tiers de l'île.

Le vaste empire des Carthaginois , qui s'étendait ainsi sur toutes les côtes occidentales de la Méditerranée, n'était point, il s'en fallait de beaucoup, aussi fermement établi que celui »de Rome sur l'Italie. Carthage traitait rudement ses sujets, forçait les Espagnols à exploiter eux-mêmes leurs mines pour son compte; les Baléares, les Africains, à monter sur ses vaisseaux; chez tous, elle établissait des comptoirs où elle forçait les vaincus à venir acheter les denrées dont ils avaient besoin, et qu'elle leur faisait payer an prix qu'elle fixait elle-même. Les peuples de l'Italie, après leurs défaites , perdaient , il est vrai , leur indépendance politique , et souvent une partie de leur territoire ^ mais ils conservaient presque toujours leur gouvernement ^municipal , et quelquefois même , pour les attacher à sa cause, Rome leur cédait quelques-uns des droits de cité. Si Rome faisait des conquêtes , c'était par ambition : une fois entrée dans cette voie violente, il lui fallut aller jusqu'au bout, abattre les résistances partout où elle en trouvait ; si

l5û CHAPITBB VOI.

les Carthaginois, au contraire , entretenaient des armées, c'était uniquement dans des vues commerciales, c'était pour conquérir sans cesse de nouvelles richesses.. Aussi, le système suivi par ces deux villes à l'égard des .peuples soumis était tout différent. Les conquêtes de Cartilage ayant pour but For, non-seulement elle enlevait aux vaincus leur indépendance politique, mais encore elle les épuisait chaque jour par mille vexations nouvelles; tandis que Borne les laissait, après leur défaite, se conduire à peu près comme ils Je voulaient, pourvu qu'ils reconnussent sa suprématie. Ces différences dans la manière .de .traiter les vaincus sont importantes à, remarquer r car elles expliquent la force de Rome et la faiblesse de Garthage.

Les ressources de cette dernière ville étaient -grandes sans doute; sa marine était puissante r tandis que Borne avait à peine quelques galères. Mais, à cette époque ou l'art de la navigation était encore peu développé y il n'était point difficile à un peuple étranger à la mer. d'égaler en peu de Temps les plus habiles marins,. puisque dans tous les. combats on en venait à l'abordage. Aussi verronsrnous les Romains battre les Carthaginois la première fois quMls les rencontreront sur mer. Ce qui, dans la lutte de ces. deux villes, devait surtout donner l'avantage aux. Romains, c'est que leurs armées étaient composées de citoyens, d'alliés , intéressés à leur cause. Celles de Cartilage, au contraire, n'étaient formées que de mercenaires,, dont on, allait acheter les services en Corse, en.Espagne,.et en Gaule» surtout. Ces soldats, combattant pour une cause. qui n'était pas la leur, devaient le faire avec moins de courage, devaient se montrer moins disposés à, supportée lesv priva» tibns, à braver les périls, que les Romains combattant pour Leur patrie.

La situation intérieure de,Carthage* à eette époque* était pour cet État une nouvelle cause defaiblesse : autrefois deux magistrats à vie, nommés suffètes, commandaient les. armées, et exerçaient dans, l'intérieur delà ville,. durant la paix, une sorte de prééminence qui ne leur assurait du reste que peu d'autorité; un sénat décidait de presque

PREMIÈRE GTTERRK £Ttnx IQUE. I Si

toutes les bBêÊê»^ fe"peuple <&âtfr tonsulté dans les occasions où son intervention était nécessaire* pour entraîner le consentement des deuxsfcffetes;>£Dfia, un conseil secret, composé d'un petit nombre de sénateurs , jugeait dans les efistaparfents \ Al^fwqne^ia»pw^të^ cette organisation étaitchangée: les suffètes étaient devenus annuels; ils avaient perdu le commandement de» armée»,» dont s'étaient emparées quflkfufts ùandte* puissantes^ fe sénat , ammi par elles, avait ;ewéé le conseil des centamvirs, qui épîaft la conduite des généraux, et, sur le moindre soupçon, les faisait mettre en croix ; enfin, à toutes ces autorités rivales et ennotttosh, il fallait ajouter te peuple, puissant par son nombre, et qui voulait avoir sa part dans le gouvernement. Toutefois ce n'était en quelque sorte que par des séditions qu'il réclamait de temps à autre l'exercice du pouvoir; dans les temps ordinaires, la puissance était' entre les mains des cent, nommés à vie par le peuple : ils déminaient le sénat; les suffètes étalent réduits à Fétat de juges , et les généraux commandaient les armées. Telle était l'étendue de l'empire de Garthage et son organisation intérieure , telles étaient le»focces dont elte pouvait disposer an -moment où éclata In première guerre Punique *',

* Voywn*>fl frébls&htetoire ancienne1, *. ï, p. î7<yet soir., 2* édf.

•MOBÉesqflrêu, dans son beau parallèle ôVRome et devCàrthage, dit :

«Cartilage, <jst a lai* 1* guerre, avec son opulence, contre la pauratè tombe, waft> par cela même du désavantage : l'or et l'argent ifc*mw«f'«ai$ la: vert^^ la» force et te pauvreté ne

*'épni«nt jwn«te.

« IWitomams étaient ambitieux par orgueil r et le» Cartnagmols par avarice ; les uns voûtaient commander, les autres voulaient a<?quérir retee* derniers ^calculant sans ©esse la reeette et la dépense, firent toajonts la guerre sans' l'aimer.

««'Des* carthaginois se- servaient de* troupes étrangères, etles^ Kcf Mftins'ertpfwyaJent tes Jeurs. eomme ces derniers n'avaient jamais f nganf&fe» vaincus: que connue des instruments pour des*triomphe* «ttwsylfe HPttHHretrt Soltfatsi tous les peuples qu'ils avaient sowttrî*; et plus ils eurentrtte peine à les vaincre, plusita les jugèrent propres *#*e*nfc#rp*n% dans leur république. Cartfïftge employait ptns de fort» pour attaquerv Rome, pour se «^fendre. €eHe-cî arma sept ^ hoiiimtede^edetso1*aat!^^

*5a chamtre vin.

§ II. PBKMlàRE GUBRBB PUNIQUE.

L'occasion de la première guerre Punique fut la demande d'un secours faite aux Romains par les Mamertins,

-Gaulois et Annibal qui l'attaquaient , et elle n'envoya que deux légions contre les plus grands rois, ce qui rendit ses forces éternelles.

« L'établissement de Carthage dans son pays était moins solide que celui de Rome dans le sien : cette dernière avait trente colonies autour d'elle , qui en étaient comme les remparts. Avant la bataille de Cannes, aucun allié ne l'avait abandonnée; c'est que les Samnites et les autres peuples d'Italie étaient accoutumés à sa domination.

« La plupart des villes d'Afrique, étant peu fortifiées , se rendaient d'abord à quiconque se présentait pour les prendre : aussi tous ceux qui y débarquèrent, Agathocle, Régulus, Scipion, mirent-ils d'abord Carthage au désespoir.

« On ne peut guère attribuer qu'à un mauvais gouvernement ce qui leur arriva dans toute la guerre-que leur fit le premier Scipion : leur ville et leur armée même étaient affamées, tandis que les Romains étaient dans l'abondance de toutes choses.

« Chez les Carthaginois, les armées qui avaient été battues devenaient plus insolentes ; quelquefois elles mettaient en croix leurs généraux , et les punissaient de leur propre lâcheté. Chez les Romains, le consul décimait les troupes qui avaient fui, et les ramenait contre l'ennemi.

« Le gouvernement des Carthaginois était très-dur : ils avaient si fort tourmenté les peuples d'Espagne, que lorsque les Romains y arrivèrent, ils furent regardés comme des libérateurs ; et, si l'on fait attention aux sommes immenses qu'il leur en coûta pour soutenir une guerre où ils succombèrent, on verra bien que l'injustice est mauvaise ménagère , et qu'elteTne remplit pas même ses vues.

« La fondation d'Alexandrie avait beaucoup diminué le commerce de Carthage. Dans les premiers temps, la superstition bannissait en quelque façon les étrangers de l'Egypte ; et lorsque les Perses l'eurent conquise, ils n'avaient songé qu'à affaiblir leurs nouveaux sujets : mais, sous les rois grecs, l'Egypte fit presque tout le «commerce du monde , et celui de Carthage commença à déchoir.

« Les puissances établies par le commerce peuvent subsister longtemps dans leur médiocrité: mais leur grandeur est de peu de durée. Elles s'élèvent peu à peu et sans que personne s'en aperçoive , car elles ne font aucun acte particulier qui fasse du bruit et signale leur puis- ! sance; mais lorsque la chose est venue au point qu'on ne peut plus \ s'empêcher de la voir, chacun cherche à priver cette nation d'un avan- j tage qu'elle n'a pris , pour ainsi dire , que par surprise. I

« La cavalerie carthaginoise valait mieux que la romaine, par deux raisons : l'une, que les chevaux numides et espagnols étaient meilleurs que ceux d'Italie; et l'autre, que la cavalerie romaine était mal I

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anciens mercenaires au service d'Agathocle, et qui, restés sans emploi après sa mort, s'emparèrent de Messine,

armée ; car ce ne fut que dans les guerres que les Romains firent en Grèce qu'Us changèrent de manière, comme nous rapprenons de Polybe.

« Dans la première guerre Punique , Regulus fut battu dès que les Carthaginois choisirent les plaines pour faire combattre leur cavalerie ; et, dans la seconde, Annibal dut à ses Numides ses principales victoires.

« Scipion ayant conquis l'Espagne,. et fait alliance avec Massinissa , ôta aux Carthaginois cette supériorité. Ce fut la cavalerie numide qui gagna la bataille de Zama, et finit la guerre.

« Les Carthaginois avaient plus d'expérience sur la mer, et connaissaient mieux la manœuvre, que les Romains jamais il me semble que cet avantage n'était pas pour lors si grand qu'il le serait aujourd'hui.

« Les anciens n'ayant pas la boussole, ne pouvaient guère naTiguer que sur les côtes ; aussi ne se servaient-ils que de bâtiments à rames, petits et plats; presque toutes les rades étaient pour eux des ports; la science des pilotes était très-bornée, et leurs manœuvres très -peu de chose : aussi Aristote disait-il qu'il était inutile d'avoir un corps de mariniers, et que les laboureurs suffisaient pour cela.

« L'art était si imparfait , qu'on ne faisait guère avec mille rames que ce qui se fait aujourd'hui avec cent.

a Les grands vaisseaux étaient désavantageux , en ce qu'étant dif- . ficilement mus par la chiourme, ils ne pouvaient pas faire les évolutions nécessaires. Antoine en fit à Actium une funeste expérience : ses navires ne pouvaient se remuer, pendant que ceux d'Auguste , plus légers , les attaquaient de toutes parts .

« Les vaisseaux anciens étaient à rames ; les plus légers brisaient aisément celles des grands, qui, pour lors, n'étaient plus que des machines immobiles -, comme sont aujourd'hui nos vaisseaux dé-

« Depuis l'invention de la boussole , on a changé de manière ; on a abandonné les rames , on a fui les côtes , on a construit de gros vaisseaux ; la machine est devenue plus composée , et les pratiques se sont multipliées. Les petits vaisseaux d'autrefois s'accrochaient soudain, et les soldats combattaient des deux parts; on mettait sur une flotte toute une armée de terre. Dans la bataille navale que Regulus et son collègue gagnèrent, on vit combattre cent trente mille Romains contre cent cinquante mille Carthaginois. Pour lors, les soldats étaient pour beaucoup, et les gens de l'art pour peu ; à présent, Jes soldats sont pour rien, ou pour peu, et les gens de l'art pour beaucoup.

« La victoire du consul Duillius fait bien sentir cette différence. Les Romains n'avaient aucune connaissance de la navigation : une

l&t CHAPITBE TIU.

et de là ravagèrent toute la Sicile. Assiégés à la /ois. par Tes Syraeusains et les Carthaginois, ils implorèrent lé secours de Rome ; le sénat le leur promit.

On a discuté sur la justice de oettegutrae, comme. si Rome avait jamais invoqué d'autre principe que celui de l'utilité , de l'opportunité d'une entreprise. Or, il était urgent d'éloigner de l'Italie méridionale , si récemment conquise et encore indocile au joug, une puissance que ne pouvait manquer de devenir une rivale dangereuse , sur* tout si elle s'établissait fermement en Sicile.

Ce fut l'an 264 que commença la première gueuse Panique ; . elle devait durer vingt-trois ans. Les événements en furent variés ; d'abord la Sicile en fut le théâtre. Ley légions, conduites par Âppius Gaudex, traversèrent le dé* troit de. Messine sur des radeaux ou des, navires. empruntés aux peuples commerçants de l'Italie, et battirent» les uns aprè* les autres, les Carthaginois 'et les Syraeusains. Hféron, qui commandait ces derniers, fiit si étonné de sa prompte défaite , qu'il fit aussitôt. la paix avec Les Ro* mains,, et persévéra cinquante ans dans- cette alliance. Ainsi protégés sur leurs derrières1 par la possession de , Messine et le traité fait avec Syracuse, les Romains s'avancèrent dans l'intérieur de l'île. A leur approchey toutes I les villes ouvrirent leurs partes. Telle était la duneté do Joug de Syracuse, que soixante-sept villes- se rendirent ainsi sans combat ; les Carthaginois ne purent même di> fendre Agrigente, prise la seconde année de la guerre. Mais c'est alors que commencèrent pour Rome les plu rudes travaux. Chassés de l'île, les Carthaginois' monté- !

galère carthaginoise échonar sur leurs côtes ; ils se servirent de ce modèle pour en bâtir, in trois mois de temps, leurs matelots raient dressés, leur flotte fut construite, équipée; elle mit à la mer, elle trouva 1 armée navale des Carthaginois, et la battit.

« A peine à présent toute une vie suffltielïeà un prince ponr "former une flotte capable de paraître devant une puissance qui a déjà l'em«1 pire de la mer; c'est peut-être la seule chose que l'argent sealotj puisse pas faire. Et si de nos jours un grand prince réussit d'abord fj l'expérience a fait voir à d'autres que c'est un exemple qui peut Mrs1 plus admiré que suivi. »

PREMIBB* / GitU» 'ttlNIQUE. ï§$

w^wmfenre vœ$«*ff^ tt, \mm*k autour 4u fe Sfeflfc; ratiteillèteife te»Tftths ifelar «ôfe, tanttfc quêteurs IWfe* raieg«ai*»t les* mages-d© ntalie.

Dans xnelte, toute la vie e*l aux rivages, dans lesètitël anriliineftf c'étertt.daiwr ae rien avftfr que de laisser tes GktsœtœletMBfom des Gartbagmm». Mais, pour M itttf «atever, tt IhUaft une flotte; une galère carthaginoise', éefcooée s*r le rivagey servi* de modèle r en deux î»ois% s^lSaii&eB0i»i^ile^M9tm>ien^ romain^ cent vingt vatesmux amt construits et lancés à' te mer. Le consa* Setptorr se laissa prends il est vrai, en sortant du port ; mais en HHtttiear fefcitecitdt réparé. Ps&ûr rendre fcurtfle FMuliiWeé des Carthagit*** à faire nwraoMrvrer lettre vaisseaux, fe consul Duiilius fixe à la proue des siens une machine, af pelée corbeau , qui , s'abaissant sur le navire ennemi y le saisit, TarrÔte, et le force de recevoir l'abordage. Dès lors rengagement ressemble à un combat sur la terre ferme ; Jes Romains y retrouvent tous leurs avantages, et Cartilage, <fair se «cordait ta reine «fermera, est battre sur son éèémeKt à la première reaeeiUra (wa).

La conquête de la Corse^ de ta Sardaifne «t de presqw tonte ki ♦Sicile eaafthagiaoise^ une nouvelle victoire près1 desifes Lipamennes, eutin rimportatot succès d*ficcMMfie, ommnfeaMs Romains te cfcemta de FÀ#iq«e. HegUl«sy> patta^toMfees Jta * ittesouyitirttit leursportos ; f«flk»mémtt> se «nâitlf** Gavthage nfovaMMplus d'fcspofr, quuiwf 3ll# vit anriwer de LaeértéwtoûtettiXantJiippe, dont Yhe&ïïtitê rétebliti#si^af£àireflk Rwgulus, aWirécteiis les ptetnes, envefoppé r pas la easatorie numide, fut vaincu et fait pif*'

SOMÉB*T(â&4)*

{ÙÉtMJtxiatot, laiméme année , les Rsaiaftw vwwportwif €fteorfede%tx tâttôires surter^tes d? Afrique ; malles tempè*Mi*éteusenfc;flfuc«ttssi^n*eîit ttotfteateurs flotte», et M gnerr», r«d*tenant continentale, est de nauweau transportée entoile. Le* suceés soirt fcatoheés : si tes €art*uiginoispeiMk^tPànorme, Himère et Lipari, Rome s« vert enlever Agrigente ('264). Toutefois Garthage, qui ne peut, comme Amie, vivre dan* la guerre et de la guerre, dte-

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mande la paix (250). Le sénat s'y refuse; car il veut maintenant chasser à tout prix les Carthaginois de la Sicile. Toute la guerre se concentre autour de Lilybée et de Drépane. Amilcar, placé à Érix, veille sur ces deux sièges, harcelle sans cesse les Romains , et pendant huit ans rend tous leurs efforts inutiles. Le sénat reconnaît encore une fois la nécessité d'avoir une marine. Ce dernier effort réussit : Lutatius Gatulus est vainqueur près des îles Égates, et Garthage, qu'épuise cette guerre sans résultat, laisse voir tout à coup son découragement et demande la paix. On lui rend la Corse et la Sardaigne; mais elle renonce à la Sicile et aux îles voisines , et promet de payer en dix ans deux mille deux cents talents (241).

5 III. GUEKKE DES MERCENAIRES. — CONQUETE DÉ l'ES- PAGNE PAR LES CARTHAGINOIS. — CONQUÊTES DES ROMAINS DANS i/ïNTERVALLE DES DEUX PREMIÈRES GUERRES PUNIQUES.

Carthage n'était pas au bout de ses sacrifices. Ces nombreux mercenaires avec lesquels elle avait soutenu la lutte, il fallait encordes payer, et accomplir les nombreuses promesses qui leur avaient été faites ; mais les mar chands de Carthage ne pouvaient consentir à mettre encore de l'argent dans une si mauvaise affaire. Ils firent si bien, qu'ils laissèrent arriver tous les mercenaires de Sicile, avant d'oser leur déclarer qu'il fallait qu'eux aussi eussent leur part des charges communes. Invoquer le patriotisme des mercenaires était chose singulière; ils répondirent par des cris : L'argent 1 l'argent i et comme l'argent ne venait point, ils voulurent se payer de leurs propres mains. Alors commença une guerre que ce monde de fer de l'antiquité a nommée la guerre inexpiable. Point de prisonniers de part ni d'autre. Quand les mercenaires, enfermés dans le défilé de la Hache par le grand Amilcar, eurent mangé les esclaves et les plus faibles d'entre eux , il fallut traiter; le Carthaginois promit tout, puis fit mettre les chefs en croix et passer le reste au fil de I'épée (240-237).

. L'armée d'Amilcar pouvait devenir dangereuse à son

CONQUBTBS bfiS ROMArNS , ETC. l5j

tour; Cartfaage envoya le général et les soldats loi soumettre tonte la côte d'Afrique jusqu'au delà des colonne* d'Hercule, pour la dédommager de ses. pertes. Une proie plus riche fût la conquête de l'Espagne; Amilcar y passa. Fendant huit ans il lutta contre les peuples belliqueux de cette contrée, et périt dans une bataille contre les Lusitaniens. Son gendre Asdrubal poussa jusqu'à l'Èbre, où les Romains effrayés l'arrêtèrent par un traité (227).

Tandis que l'empire de Carthage s'étendait jusqu'à l'Èbre , Rome agrandissait aussi son territoire. Déjà , pendant la révolte des mercenaires d'Afrique, les peuples de la Corse et de la Sardaigne avaient appelé les Romains , qui, au mépris des traités, s'emparèrent de ces deux îles.

L'année même où se terminait la guerre inexpiable, Rome commençait sa longue lutte contre la Gaule cisalpine. Dans ce pays étaient descendus à diverses époques des barbares dont l'esprit remuant et belliqueux menaçait la tranquillité de toute la Péninsule. Les Gaulois étaient des hôtes fort incommodes pour l'ancien monde. Quelques années auparavant , plusieurs bandes , parties des environs de Tolosa, s'étaient jetées à travers toute la Germanie, pour aller piller le temple de Delphes ; puis, après avoir ravagé la Macédoine , elles étaient passées dans l'Asie Mineure , qu'elles rançonnaient d'une extrémité à l'autre. Leurs incursions dans l'Italie centrale avaient laissé un terrible souvenir. Aussitôt que l'on apprenait à Rome une nouvelle prise d'armes des Gaulois, la terreur et l'effroi étaient au comble, les précautions, extrêmes : on déclarait qu'il y avait tumulte, et alors il fallait que tous, jusqu'aux prêtres, prissent les armes. Quand les Romains virent les peuples qui les entouraient parfaitement do* ciles au joug, ils songèrent à ces terribles ennemis du nord de l'Italie, et entreprirent d'en débarrasser la Péninsule, mais en les attaquant prudemment les uns après les autres, et en semant la division parmi eux. Rome commença par les Gaulois Boïens et les Liguriens. Cette pre-^ mière guerre fat heureuse , grâce aux dissensions intes-, toes qui divisaient les Gaulois; les Boïens firent peu de

I$8 CttàaKTIMI flWf*

résistance* Rome crut »ftittrtam,^**s terrfhte eau» mis avaient perdu leur aneien coq rage, cet ne pomsmpm gln&ioin la guerre contre eux. Elle crut mène pratftte posée les armes, et fermer le temple de Jaous poucia première îm depuis Nu»a (&&fr).

Cette paix uni vewelle qpieRoau) âéetatmit >aiasb sota*nellemenfcne fut pas. de longue, «huée. La même année >, il y eut des troubles dans la Corse: et la Sartftugne. lues ligpriens remuèrent aussi f et il fallut plusieurs «Motets pour les forcer à quitter la plaine efe .à.-se réfugie* dans la montagnes. Une proposition du tribun- Flahtktius^prar ks partage des terres enlevées aux Serons;, iaBuine>ÈagiBBnœ* Les Boïens, qui savaient par la colonéa militaire) envoyée à.Ariminium ce qu'il en coûtait d'avoir ksstenMînsrpour voisins,, priient les armes à ladUHDveUe.de. la. proposition d&Flaminius» Ils essayèrent de former une) ligue entre tontes. les nations de l'I^todu nord/Mawhles Vfc«ètesy ennemis des Gaulois et d'origine différente, ttctoèitntl d'y .entrer. Xes Liguriens étaient éfNufeés.; les CéimMt» r jaloux sans doute des Insubnes et des Boïens., ameut vendu leur alliance à Rome. Les .Bêlent et tes itosubies, restés seuls , ne désespérait point de leur cause; t .ils» eap&*~ lent à leur secours les Gésates, etpr*nnent'euxrmôines>Ko£-* fensive. Le sénat s'alarme, et déclare qu'il y a tunralfe. (226); sept cent mille fantassins et soixante^ux mâlle<ea~ valiers se tiennent prêts à repousser l'invasion de £e»w~ doutantes ennemis. Déjà l'armée gauloise «tait en ÈÉwwie,, et elle avait détruit cinquante mille. Romains<prè&de<Cia^ sïum, quand le hasard fit débarquer sur ses . der «èresi les lésions qui. revenaient de la Sardajgne.,. au moment même où L'année consulaire leur barrait, le caemia de Rome. La victoire de Télamene (2 26} sqava Rome } celle de FAddua (223)^ la prise de Milan, la défaite (tes Gésates* et la mort de leur roiViridomare^tuépair Màreeir lus, qui remporta les troisièmes dépouilles opimes,. assurèrent anx Romains la soumission apparente de toute K Italie du nord (222). L'Istrie est conquise l'année suivante** el laconquêtedei,Illyrie(2l9) leur ouvre l'entrée de la Grèce.,

SECONDE, 7GUiœïlB, ^NIQUE. ijfâ

Ainsi l'aa 219, Rome r maîtresse. der la Sittie^d^ 1^ Corse et de. la Sardaigne, domine sur la Péninsule tout entière, et.possède, même du côté de la Grèce, les avant* postes de L'Italie; mais à l'ouest elle n'a, pas encore fran» chi lès Alpes ; elle ne tient, point les passages des montai gnes : c'est par là qu'arrivera AnnibaL

vntpam,

Comme, la seconde guerre Punique aura l'Italie pouR principal champ de bataille, comme Rome verra l'ennemi camper au pied de ses murailles, il est nécessaire que. nous sachions bien quel était l'état de cette contrée à cette époque , que nous sachions surtout par quels moyens. Rome pouvait la tenir dans, sa dépendance.

De tous les États de l'antiquité , Rome estt celui qui sut le mieux créer une grande et forte unité politique. Les moyens qu'elle employa pour arriver à ce but furent surtout Penvoi d'un très-grand nombre de colonies chez les, vaincus, et la concession faite à ceux-ci d'une certaine portion des droits de citoyens romains. Pour les colonies,, noua avons montré plus haut, à l'occasion de la guerre du, Samnium, quelle était leur importance sous le rapport, militaire; ajoutons ici que. ces colonies, étaient comme autant de petites Romes destinées à répandre autour d'elles l'esprit et les coutumes de la métropole^ à faire oublier toute la vieille .histoire des vaincus > à effacer enfin leurs? souvenirs et leur nationalité. Quant, aux concessions d& privilèges, elles étaient faites de manière à mettre les vaincus dans les intérêts de Rome, ou à semer la division, parmi eux. La politique des Romains fut toujours d'accorder aux villes soumises, des privilèges plus ou moins étendus, selon que la ville était plus ou moins rapprochée.

l6o CHAPITRE IX.

de Rome. D'abord elle s'était formé autour d'elle uue ceinture de villes municipales qui avaient droit de suffrage à Rome même : c'étaient les villes des Sabins et des Latins, dont les habitants se trouvaient parfaitement égaux en droits politiques aux Romains mêmes; puis venaient les municipes, sans droit de suffrage, qui cependant étaient presque Romains encore, comme Caeré, par exemple, dont les habitants étaient inscrits parmi les citoyens de la dernière classe ; ces villes étaient en quelque sorte des bourgades romaines. Au-dessous des municipes, se trouvaient des villes auxquelles on avait accordé le jus Latii; d'autres, et c'était le plus grand nombre , n'avaient que le jus Italicum. Les différences de ces deux droits , qui d'ailleurs sont peu connues, étaient en faveur du droit latin. Outre les municipes avec ou sans droit de suffrage , il y avait des préfectures ou villes gouvernées par un magistrat romain que Rome y envoyait tous les ans. À toutes ces villes, plus ou moins attachées par leurs privilèges à la fortune de Rome, ajoutons les colonies, qui, comme autant de forteresses, tiennent l'Italie dans sa dépendance, et qu'il faudra renverser avant de pouvoir arriver jusqu'à elle. Grâce à cette sage politique, Rome n'était plus seulement une ville, mais une nation. Quoiqu'il n'y eût dans l'Italie qu'une cité, Rome, les Romains, cependant, formaient un peuple répandu sur toute la surface de la Péninsule , qui peu à peu s'unit aux anciens habitants , aux vaincus, et les rattacha à la métropole. Ainsi, Rome est tib centre puissant d'action qui exerce son attraction et son influence sur l'Italie tout entière. Que maintenant paraisse Annibal , et il trouvera Rome défendue par sept cent soixante-dix mille légionnaires; pour arriver jusqu'à elle, il lui faudra renverser cette ceinture formidable de villes alliées ou sujettes, placées autour d'elle, et qu'elle a su si bien attacher à sa cause, qu' Annibal restera seize ans dans la Péninsule sans pouvoir soulever contre elle, d'une manière sérieuse, les peuples de l'Italie centrale.

Cependant la première guerre Punique n'avait été pour Rome et pour Garthage que le prélude d'une lutté plus

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acharnée. Il fallait que rune de ees deux villes effaçât l'autre de la surface de la terre, car il n'y avait point pour elles de partage possible. Annibal le comprit : successeur en Espagne de son père le grand Amilcar, et d'Asdrubal le gendre d 'Amilcar, il acheva la conquête de la Péninsule, et se prépara à aller chercher les Romains jusqu'en Italie, espérant entraîner sur son passage et précipiter sur Rome toutes les peuplades gauloises, qui portaient si difficilement le joug. Sans attendre l'ordre du sénat carthaginois, voulant même prévenir, par une éclatante rupture , l'effet des intrigues et des paroles du parti qui , à Garthage, réclame à tout prix la paix, Annibal attaque Sagônte, ville alliée des Romains, et n'en fait qu'un monceau de ruines (218). Après cette sanglante déclaration de guerre, il passe les Pyrénées, franchit le Rhône, malgré une armée de Barbares qui en défendait les bords , et s'engage audaeieusement dans les Alpes avec ses éléphants et ses bagages. En vain les montagnards lui dressent à chaque pas des embûches; en vain des précipices, des rochers affreux, une neige éternelle qui n'a jamais été foulée sous les pas des hommes, s'opposent à sa marche; il triomphe de tous les obstacles, et , arrivé au sommet des Alpes , il montre à ses soldats le côté où doit se trouver Rome, ces riches plaines du Pô, où le plus riche butin les attend.

Rome n'avait point compté sur tant d'audace et de rapidité. Elle croyait Annibal encore au delà des Pyrénées, lorsque le consul qu'elle envoyait en Espagne apprit, en arrivant à la hauteur de Marseille, que les Carthaginois avaient déjà franchi le Rhône. Aussitôt, rebroussant chemin , l'armée romaine courut l'attendre à sa descente des Alpes. Annibal n'avait pas impunément accompli cette marche, la plus hardie que nous offre l'histoire militaire de l'antiquité. Son armée était épuisée, réduite de moitié , dans un complet dénûment; mais c'étaient des soldats éprouvés par les combats et les fatigues. Ils avaient pour eux leur courage , l'eiyrêrience du plus grand général de l'antiquité, leur éloignement de leur patrie, la nécessité de vaincre ou de périr , enfin la haine des Gaulois cisalpins

aonlae Berne. Gcua-ci vea^eaft.âéjà^a^itftjirailriiéaitfJkft* mbalw4^Kiéti^re%iiiEaFmé^'WiiiHkie; .yfe attendirent »• Bandant y av*nt de se déetoner, qoe .la. foebmei» fitt fwenonoée.en faveur des Car&agmois.

Ilae. première rencontre eut tiej*euiîleft;he*d*dH ïïéria; oe<neifut quitta combat de cavalerie, dans lequel ha Nonûdes dennèBent la vietotee à Jaanibal; «ne seconde hataUi^8iir.laTBébie futpiuftjdéeisians. âéeefffflai&teatiaaitas n'hésitent plus; ils aceauirofeta, fonte dafls. le ee^p njbal, qai, voyant la< vante derÉtmrfeet iie?a»MK ouverte devant lui, s'y engagea aut printemps suivant.

Ces.deux défaite» frappèrent tous. le&espmts de tenrenr. Fartant il n'était question, que de prodiges effrayants qui semblaient menacer Rome de malheurs plus grands encore. De* boucliers avaient sué du sang; à Antlum 1e sanga^aît jailli sons la faucille qui moissonnait les épis; mie ptatede pierres ardentes était tombée dans te Picennm ; dans les plaines d'Âiniterne, sur différents points, on avait va> errer au loin des fantômes à forme humaine, couverts do longs voUes blancs ;. enfin en . Gaulai ha loup* tirait tiré du fcnrseau L'épéB dtanaseutineUe. Gea prodiges etd'aatres encore j&tè&enfcreJfroi dans toaalesresprits^maiaFlannninSyaion eanau^itenifutpointénu. Ilseinttd&ttcisurvlir^asitnjeiï marche, et vint occuper Amtktm; AoelteiHRiv^le^Awnibal quitta ses quartiers d'hiver, passe l'Apennin, et, tratersattt,.HQafsans de grandes difficultés, et de grandes partes, les minais foraoéspar les, débondeaient* de; V Arno , n" attire krioansui dan&un vallon qu'entoUBentitescolliaes deGortoae, et que ferment les. bords, dm lac de Trasymèn»; Vie*- JMû&de. ^étroite issue qui conduit daM*ce vaUm , il se place awe les Africains et, les Espagnol^ esche, démène ks.mouticu^s cireuloiresqiii forment «amoei les -gradins deiea vaste amphithéâtre, ans archers efceé eaHakrte. Am point du jour, Flaminius pénètre dans -te'défttérpap m ttfouiliacd épais, et, avwrtqufilaitpuseBaagerfiirhatailte, Use voit asaaUti de tous calés,, saoa poawroecaaaaltn faseaneaiia. Quians imite Rejnaàas- restèrent sur lfitahamp dftbataiUa, victimes (k:i7iaûpruéen«e.d:«» chef qnrtoodtar

SECONDS GUEB&£ PUNIQUE. j£3

lui-même après des, prodiges de /valeur; six mille, quijta&. vinrent à forcer les lignes .ennemies , se virent r le tend* main , dans la nécessité de se rendre; dix mille seulement^ se dispersant dans l'Étrurie,. retournèrent à Borne par di* vers chemins. L'acharnement des deux, armées fut tel) qu'elles ne ressentirent pas même la commotion d'un, trenou- , élément de terre qui ,, pendant la bataille , renversa des villes, changea le cours de plusieurs rivières,. et entrouvrit des montagnes (117).

Après ce brillant succès, Ànnihal pénètre en Ombrie,, échoue devant la courageuse résistance de Spolète *, et s* retire dans le Picenum , contrée. riche et fertile» pour y re* faire ses troupes, et surtout sa cavalerie, décimée par une maladie contagieuse.

À Rome , après la défaite de la Trébie , on avait trompé le peuple en lui annonçant que la victoire avait été douteuse. Mais cette fois il fallut abandonner Les détours. Le préteur Pomponius convoqua l'assemblée du peuple, et lui dit : « Romains, nous avons été vaincus dans un grand combat. » L'impression que produisit cette, nouille fut si terrible, que ceux-là même, qui avaient assisté àJa batailla jugèrent le désastre plus affreux.encore qu'il ne leur ayait paru au moment de la lutte. D'un commun accord* on eut recours à la dictature, et le prudent Eàbius fut éla pror dictateur. Il choisit Minucius pour général de la cavalerie, et, après avoir offert aux dieux des. sacrifices sofennels^ii partit à la tête des lésions et marcha contre AnnibaL, noa dans l'intention de le combattre, mais résolu de l'épuisec par une sage temporisation.

« Pour n'avoir pas à craindre les attaques de.Ia cavalerie cPAnnibal, il campatt toujours en des endroits mon-

1 Las habitante de Spolète, fie» de . ce souvenir; ont donné» te 1 d'Aûoibal à Tune de leurs portes , sur laquelle «n Utcette inaeriptiou ;

CÀESIS AD TRA8YWENVM ROMANIS VRBEM ROKAM WPENSO AGMIRE ' PBTENS

stocane

MAGNA StJORUM CAEDE REPVLSY8 - INSIGN1 FVGA PORTAS NOMBS FRCIT

l64 CHAPITRE IX.

tueux et escarpés : quand l'ennemi restait dans son camp, lise tenait tranquille; lorsqu'il se mettait en marche, il tournait autour de lui et toujours à sa vue, mais sans quitter les hauteurs, et à une distance où Annibal ne pouvait le forcer à combattre ; assez près cependant pour faire craindre aux ennemis que ces lenteurs n'eussent d'autre but que d'attendre le moment favorable pour les attaquer.

« Cependant Fabius, en traînant ainsi la guerre en longueur, se faisait généralement mépriser; ses troupes murmuraient contre lui, et l'ennemi lui-même avait conçu une bien faible opinion de son courage et de ses talents. Annibal seul n'en jugeait pas ainsi *. »

Malgré tous les efforts du Carthaginois pour vaincre la résolution de son adversaire , malgré les vaines clameurs des troupes romaines, qui, par dérision, appelaient leur général le pédagogue d' Annibal , Fabius persista dans sa résolution. Par ses habiles manœuvres, il parvint à cerner Ànnibal près de Casilinum dans la Campanie, comme celui-ci avait cerné les Romains à Trasymène. Mais le rusé Africain lift échappa par un stratagème. Deux mille bœufs furent lâchés par lui dans la direction des Romains , portant aux cornes des sarments enflammés; et, à la faveur du trouble qu'ils jetèrent dans les rangs de ses ennemis > il parvint à sortir du défilé.

Cette nouvelle excita un violent mécontentement à Rome. On donna au lieutenant de Fabius des pouvoirs égaux à ceux de son général. Minucius voulait commander alternativement avec le dictateur ; mais celui-ci s'y refusa^ et partagea l'armée en deux corps. Minucius avec ses troupes attaqua Annibal , et, entouré de toutes parts, il aurait péri, sans l'arrivée de FabiUs, devant lequel les Carthaginois se retirèrent en désordre. « Ne vous Favais-je « pas dit souvent, s'écria alors Annibal , que ce nuage qui « se tenait toujours sur les montagnes finirait un jour par « crever, et ferait fondre sur nous un violent orage ! »

Cependant Fabius se démit de sa dictature, et les con-

* Plutarque, Vie de Fabius, ch. 6.

SECONDE GUE&EB PtTHIQUB. l65

suis qui lui succédèrent suivirent sou système de temporisation.. Mais l'année suivante (216), le peuple, las de toutes ces lenteurs, et persuadé que les nobles prolongeaient à dessein les hostilités, voulut avoir un consul vraiment plébéien, car, disait-il, c'était le seul moyen de finir la guerre. On nomma donc le fils d'un boucher, Terentius Varron, qui prétendait qu'un jour lui suffirait pour voir les ennemis et les vaincre, et on lui adjoignit le patricien Paul Emile, l'élève et l'ami de Fabius.

Varron , sourd aux sages conseils de son collègue, vint camper en présence d'Annibal , sur les bords de PAufide, près du bourg de Cannes ; et le lendemain, dès le point du jour, il fit déployer devant sa tente le manteau de pourpre, signal de la bataille. Ànnibal accepta le combat avec empressement. D'abord il rangea son armée de manière

' qu'elle eût à dos un vent impétueux et brûlant qui chassait la poussière de ces plaines sablonneuses dans les yeux des Romains, lesquels en étaient aveuglés. Puis, mettant sur les deux ailes les plus forts et les plus vaillants de ses soldats, il se plaça lui-même au milieu avec«Jes moins aguerris, et les disposa de manière que le centre de son armée s'avançait en coin et débordait les ailes. Ce coin, par

* son ordre, plia bientôt et forma un croissant ; et quand les Romains se furent avancés pour profiter de ce premier avantage, les deux ailes se rapprochèrent, et, enveloppant les ennemis, en firent un horrible massacre. Cinquante mille Romains périrent dans cette bataille, plus de dix mille furent faits prisonniers. Paul Emile, couvert de blessures, se fit donner la mort. Varron, suivi d'un petit nombre des siens, se f éfugia à Vénouse.

La victoire de Cannes donnait à Annibal toute l'Italie méridionale; mais Rome était trep forte pour être accablée, même par un si grand revers. D'ailleurs, les Carthaginois n'avaient point massacré cinquante mille Romains sans s'être eux-mêmes épuisés; il leur fallait de l'argent, des secours de toute espèce. Les peuples italiens, qui voulaient bien se laisser affranchir par eux , n'étaient point disposés à partager leurs périls et leurs fatigues. Carthage

l66 CHAPITRE IX.

elle -même, qui redoutait de trouver plus tard un maitre Sans Annibal, se contenta de lui enyoyer quatre mille Numides. « Si Annibal est vainqueur , disait Hannon,, il n'a «.point besoin de secours; s'il est vaincu^ il nous trompe, « et alors il en est indigne. » Heureusement, Annibal avait son génie; abandonné à lui-même, il sut se passer des secours qu'on lui refusait , et rester pendant seize années la terreur de Rome.

La première ville où il entra après sa victoire fut Capoue, qui se donna à lui; il y passa l'hiver pour refaire ses troupes. Rome mit ce temps à proût; les alliés furent maintenus dans la fidélité, des armées nouvelles .organisées, et les hostilités poussées avec vigueur ■partout où n'était pas Annibal, en Sicile, en Espagne, en ,Sardaigne,en Grèce,. Maintenant, les Romains éviteront les grandes batailles avec le général carthaginois, et celui-ci, réduit presque à l'inaction par la faiblesse de son armée , sera forcé de soulever le monde contre ses opiniâtres adversaires. Tendant qu'il manoeuvre avec une admirable adresse entre les armées romaines qui Tentourent, depuis Hextrémité du Bruttium jusqu'au Latium, iLarme le roi de Macédoine, et fait déclarer .Syracuse contre les Romains. Eh même temps , îl se prépare des secours pour lui-même. Son frère * Asdrubal, puis Magon , doivent suivre la route qu'il a si péniblement tracée de lîÈbre jusqu'aux Alpes, envahir une seconde fois l'Italie, et venir le rejoindre avec une armée 8e soixante mille hommes. Alors il pourra terminer d'un coup la guerre, ;et mettre Rome à ses pieds.

Mais « Rome fut un prodige de constance. Après les journées du Tésin, de Trébie et deTrasymèue ; suorès celle de Cannes, plus funeste encore, abandonnée de presque tous les peuples voisins de l'Italie, elle ne demanda pas la paix. .C'est que le sénat ne se départait jamais des maximes anciennes; .il agissait, avec Annibal -comme il avait agi autrefois avec Pyrrhus, à qui il avait refusé de faire aucun accommodement tandis, qu'il serait en Italie; et je trouve dans Denys d'Hàlicarnasse que, lors de la négociation de Coriolan,le sénat déclara qu'il ne violerait point

SECONDE* GUttHBffi TONIQUE. *fy

s» coutumes amcianncs^ q«e te peuple romam ne pouvait foire de paix tandis que «les ennemis étaient sur ses terres* mais qae siles Vobques se retiraient, on accorderait tant 0e qui serait Juste.

« Rama ifrftsft«wée par la forée de son institution. Après la bataille de Cannes, il ne fut pas permis aux femmes wêmes^ie verser de^taranss : le sénat refusa de racheter les prisoMueirs, «tcafwya'lesTnîséi^fes restes de fartttëe &iee:la guerre <ew&iciie, sans récompenses ni aucun honaeurmifctaire, jusqu'à «equ'Annibal fut chassé (Titane.

« D\in autre côté, te consirl Terentius Varron avait foi honteusement jusqu'à Vénouse; cethomme, de la plus basse naissance, n'avait été élevé an consulat que pour mortifier la noblesse. Mais le sénat aae voulut pas jouir de ce malheureux triompherai vît combien il était nécessaire qu'il s'attirât dans cette occasion la confiance du peuple; iî "alla an-devant de Varron -, et le temeroia de ce qu'il n'avait pas désespéré de !a république.

«Ce if«st pas ordinairement la perte réelle que l'on Mt dans une bataille, <?esfrè-dire celle de quelques milRers d'hommes, qnî 'est si funeste à un État, mais la perte ima* giaaire et le découragement, qui le prive desforces mêmes que la fortune lui avait laissées '. »

Bientôt l'étoile d'Aimibal semble pâlir. MarccTWs lui feit éprouver deux'éehecs préside Noies (215 et 2ï4);et la Sardaigne, qui s^est révoltée en faveur des Cartimginofë, Bat forcée parManihis Torquatus de rentrer sous le joug de Rome. Encore deux ans, et 1b Sicile sera perdue pour tes Carthaginois.

Après la mort d'Héron, Syracuse, comme nous venons de le «re, s'était déclarée pour Carthage (114): le sénat y ^wyalfareelîusv ^ premier des généraux romains qui pût scvawter iTavoîr battu Annfbal. Il lui fallut trois •arf- Dée^pw» s'emparer de cette grande viffe5 que défendait le gcnied'Archfmède '(lî*). Deux ans plus tard, la prise d'A- Srigeate donna la' Sicile tout entière aux Romains. Lé

'«fiwiteêqaieu. *

l68 CHAPITRE IX*

roi de Macédoine avait, en 214, signé un traité avec Annibal; les Romains, sans lui donner le temps de passer en Italie, vont l'attaquer lui-même en Épire, lui enlèvent Oricum, le forcent de brûler sa flotte, et d'aller cacher en Macédoine ses regrets et sa honte. En Italie, Capone avait donné la première le signal de la défection; le sénat voulut en tirer une éclatante vengeance. Sans se laisser détourner par les manœuvres et les menaces d'Annibal, qui vint camper jusque sous les murs de Rome, les consuls s'acharnèrent sur Capoue, et portèrent, par la prise de cette ville (211), un coup mortel à l'influence du Carthaginois, qui n'avait pu sauver ses premiers alliés. La réduction de Tarente par Fabius (209) ne lui fut pas moins funeste. Cependant il pouvait encore réparer toutes ses pertes. Son frère Asdrubal arrivait avec soixante mille hommes: qu'il le joigne, et tous les dangers de Rome vont reparaître. Mais elle est sauvée par la victoire du Métaure, et la tête d' Asdrubal jetée dans les retranchements d'Annibal lui annonce que ses espérances sont à jamais détruites (207). Dès lors il est enfermé dans le Rruttiuffi, où il luttera encore '-pendant trois ans contre les généraux romains, jusqu'au moment où Carthage le rappellera pour la sauver de Scipion.

Scipion était en effet à ses portes. Envoyé en Espagne dès l'année 211 pour y réparer les désastres de son père et de son oncle, vaincus et tués après de brillants succès, Scipion Vêtait emparé de Carthagène, l'arsenal des Carthaginois en Espagne; et bientôt par son adresse à gagner les indigènes, par trois victoires remportées sur les Carthaginois, il avait soumis toute la Péninsule à ses armes. Revenu en Italie et nommé consul en récompense de ses succès, il avait exécuté le projet , conçu et préparé par lui depuis longtemps , de renvoyer à Carthage la guerre qu'Annibal était venu porter jusque sous les murs de Rome. Descendu en ^Afrique avec trente mille légionnaires , il avait brûlé, la nuit, dans leur camp, quarante mille Carthaginois (204), battu, dans les Grandes Plaines (203), Asdrubal et Syphax, le roi des Numides, pris Tunis, et rendu la Ntt-

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