ÉTAT M L'ORIENT
midie à son allié Masainissa, que Syphax avait jadis dépouillé.
Menacée par Scipion , dont les troupes Tenaient butiner jusqu'à ses portes, Garthage rappelle enfin 'Annibal; mai» la fortune de Rome l'emportait. Annibal ne put vaincre dans sa patrie ; et la bataille de Zama ( 202 ) , qu'il perdit malgré ses admirables dispositions , força Garthage d'aecepter la paii que Scipion lui offrit. « L'Espagne, la Sicile, « et toutes les lies entre l'Italie et l'Afrique, resteront aux «Romains; les Carthaginois livreront leurs éléphants , « leurs vaisseaux de guerre, à l'exception de dix trirèmes • qu'ils conserveront pour leur commerce; ils payeront en « cinquante ans dix mille talents , et ne feront aucune « guerre sans le consentement du peuple romain (201). »
Ainsi se termine à l'avantage de Rome cette lutte qu'elle avait soutenue avec tant d'héroïsme ; la chute de Garthage lui assure l'empire du monde, car il n'y a plus maintenant de puissance capable de lui résister.
GUEREBS CONTEE PHILIPPE ET CONTRE ANTIOCHUS.
S I. BTAT DE l'OBIENT ÂPBÈS LA SECONDE GUEBBE PUNIQUE,
La bataille de Zama et la ruine de Carthage donnèrent à Rome l'empire de l'Occident. Ii n'y avait plus maintenant pour lui tenir tête , en Espagne et en Gaule , que des peuplades isolées ; peuplades belliqueuses , il est vrai , et qui devaient exercer longtemps encore la valeur des légions, mais qui n'étaient point unies entre elles de manière à former une puissance de quelque importance. Quant à l'Italie et à la Sicile, elles étaient parfaitement soumises. L'Afrique carthaginoise était partagée entre Massinissa et
fXJO HHAMTM X.
Ctarthage. (Ctet'.uaç .proie , que &<ne saisira , quand elle voudra s'en donner la peine.
Il y? aiiait eu jusqu'alors comme deux mondes séparés : dans fan combattaient les Carthaginois et les Romains; d'outrer était agité par des qwerdles qui duraient depuis la mort d'Alexandre. Ces deux mondes étaient si étrangers IHm à loutre qu'Hérodote et Thucydide paraissent ne pas «avoir connu les Romains. Si Philippe r roi cfe Macédoine, contracta après la, bataille de Garnies une alliance avec Annital, cette alliance n'eut pas de suite, et ce prince ne et que témoigner aux Romains une mauvaise volonté inutile. Le traité qui termina la seconde guerre Punique donna aux Romains le loisir de regarder autour d'eux, et d'étendre leurs vues ambitieuses sur ce monde des successeurs d'Alexandre, où il devait suffire qu'ils se présentassent pour être maîtres. Là il y avait plus de richesses que dans l'Occident, plus de civilisation, plus d'éclat, mais aussi une grande faiblesse. On comptait alors dans l'Orient quatre puissances capables de résister aux Romains , la Grèce, et les royaumes de Macédoine, de Syrie et d'Egypte. Dans la Grèce se trouvaient encore trois ligues considérables : les Étoiiens, les Achéen£et les Béotiens^ Ces ligues étaient des associations de villes libres, qui avaient des assemblées générales et dés magistrats communs. Les Éto- } liens étaient belliqueux, hardis, avides de gain, toujours libres de leur parole et*de leurs serments, faisant la guerre sur terre comme les pirates la font sur mer. Les Achéens étaient plus pacifiques , grâce au génie d'Aratus, qui avait reconstitué leur ligue. Mais ce peuple, sans force réelle, se trouvait encore affaibli par la rivalité de Sparte, qui, corrompue et dégénérée, conservait cependant, avec son nom , ses anciennes prétentions sur le Péloponnèse. Les Béotiens* dont la confédération occupait la Grèce centrale, •avaient abdiqué toute dignité, tout patriotisme, pour s'a- ' bandonner à leurs plaisirs. Un décret avait déclaré que les ' Béotiens ne se mêleraient plus des affaires générales 4es Grecs; et c'était, dit Polybe, une habitude prise par eux * que le père laissât ses biens non à ses enfants, mais à«ses
ETAT M Xt'oftlBNT. Ijrt
compagnons de table; de sorte qu'il s'en trouvait qui avaient pfos de repas à foire qu'il n'y avait de jours dans le mois. Athènes n'était plus qu'une ville littéraire , sans force, sans alliés, et qui n'étonnait le monde que par ses flatteries envers les rois. Bien que divisée entre tant de peuples jaloux les uns* des autres, la Grèce était redoutable encore par sa situation, la force, la multitude de ses villes, le nombre de ses soldats, ses moeurs, ses lois. Elle aimait la guerre, elle en connaissait l'art, et elle aurait été invincible, si elle eût été unie; mais les jalousies des peuples 9 les intrigues de la Macédoine y avaient créé des intérêts différente. Philippe et Alexandre l'avaient plutôt étonnée que domptée. Lorsque te Macédoine , durant les troubles quisuivment la mort du héros macédonien , fut ravagée par lest Gaulois, la. Grèce s'affranchit; mais les rois de Maeédome s'attachèrent toujours à reprendre l'influence qu'ils avaient perdue. Ils y employèrent tous les moyens , la focee ouverte, la ruse, les alliances. C'est ainsi que Philippe, celui qui fit le traité avec Annibal , était parvenu , grâce à la rivalité des&partiates et des Achéens, à exercer Qfle.goanûeinâuaioefiur la Grèce. Si Philippe avait* montré de loin aux Grecs l'ambition romaine, s'il était parvenu par sa modération à éteindre toutes les jalousies particulières, à rallier à lui toute la Grèce contre les barbares, Rome aurait eu fort à faire. Mais il l'irrita au contraireupar de petites usurpations; et, s'amusant à discuter des. intérêts puérils, quand il s'agissait de son existence, il se rendit par ses mauvaises actions odieux à tous les Grecs, si bien que Rome trouva toute facilité pour en armer au moins troe partie contre lui \
Derrière la'Macédoine, dans l'Asie, se trouvait le royaume de Syrie , qui , malgré les titres pompeux sous lesquels les rois cachaient leur faiblesse , ne pouvait présenter de résistance s'il était sérieusement attaqué. Déjà l'Asie Mi-
1 BunsicerréstUBé de l'état de la Grèce, nous ayons souvent copié Montesquieu. Voyez aussi l'Histoire romaine de M. Poirson. La partie de ce co»&ew**eieuJL<tiafail jpii regarnie 1» Grèce est une des mieux traitées.
j^a CHAPITRE X.
neure presque tout entière lai avait échappé. Deux royaumes, Pergame et la fiithynie, s'étaient élevés sur les côtes septentrionales. Les Gaulois s'étaient établis au centre, pour la rançonner à leur aise. Au delà du Taurus se trouvait la Syrie propre, qui consistait presque tout entière dans deux villes, Antioche et Séleucie, dont la rivalité ajoutait encore à la faiblesse de l'empire. Au N. E. elle était menacée par la naissante monarchie desParthes, tandis qu'au S. O. VÉgypte lui disputait la Phénicie et la Palestine. Sous les Ptolémées, l'Egypte était devenue une contrée florissante. Le commerce lui apportait presque toutes les richesses de l'Orient. Mais l'Egypte n'était, à vrai dire, qu'un entrepôt. Dans cette contrée , il n'y* avait qu'une ville, Alexandrie, qui absorbait tout, et dont la populace faisait chaque jour des révolutions qui ébranlaient l'empire. Point de peuple, point de forces militaires ; les seules troupes qui valussent quelque chose étaient, comme en Syrie, des mercenaires grecs ou gaulois. Du moment qu'on empêchera l'Egypte et la Syrie de se recruter en Grèce, on les aura dépouillées de toutes leurs forces , et il suffira presque d'un simple décret du sénat pour faire crouler les trônes des rois d'Egypte et de Syrie.
§ IL GUEBBE CONTEE PHILIPPE.
Philippe, nous l'avons vu, avait fait un traité avee Annibal. Cet acte semblait promettre aux Romains de sérieux dangers. Ils furent étonnés quand ils allèrent au-devant du roi de Macédoine, de le voir si peu préparé. Ils surprirent son camp, le forcèrent de brûler sa flotte, et de regagner en toute hâte la Macédoine x. La guerre languit jusqu'en 205 . Une paix de cinq années suspendit les hostilités. Les Romains l'employèrent à se créer des partisans dans la Grèce; et lorsque, l'an 200, ils déclarèrent la guerre à Philippe, ce prince se trouvait presque réduit à ses seules forces. Cependant la guerre ne prit quelque activité qu'au moment où le peuple eut nommé consul Flamininus, émule
1 Nous renvoyons, pour plus de détails , à notre Précis d'histoire ancienne, t. II, liv. X, en. iv, 8. 2 et sniv.
GUXRRE CONTBS A9TIOCHUS. 1^3
de Scipten l'Africain, qui, attaquant de front le roi de Macédoine, traversa hardiment les monts Chaoniens, battit Philippe sur l'Aoûs, et lui enleva en une campagne l'Épire et la Thessalie. L'année suivante, Flamininus, dont les intrigues avaient fait déclarer tous les Grecs contre le roi de Macédoine, lui fit éprouver à Cynoscéphales (196) une défuté décisive \ Philippe dut se contenter de la possession de la Macédoine, livra sa flotte, et réduisit son armée à cinq cents hommes.
Après avoir ainsi abattu la Macédoine, Flamininus va faire proclamer aux jeux Isthmiques la liberté de la Grèce. Les garnisons romaines évacuent en effet toutes les places, mais Flamininus laisse partout derrière lui des semences de haine et de guerre. Nabis, tyran de Lacédémone, perd, il est vrai; Gythium et Argos; toutefois il est encore assez fort pour lutter contre les Achéens. Dans la Grèce centrale , les Ëtoliens doivent surveiller Philippe. Mais Rome compte trop sur Jeur bonne volonté. Les Étoliens croyaient en effet avoir fait beaucoup popr elle. « C'est notre cavale- « rie, disaient-ils, qui a gagné la victoire de Cynoscéphales; * et Rome oublie nos services. Nous lui montrerons que a nous sommes non moins redoutables comme adversaires « que précieux comme amis; » et ils entamèrent des négociations avec Antiochus.
§ III. GUERBK CONTBE ANTIOCHUS.
Nous avons dit plus haut quel était l'état de l'Orient, et combien de faiblesse réelle cachait la fausse grandeur des rois de Syrie. Cependant on ne peut nier qu' Antiochus ne parût aux Romains un ennemi dangereux. Sa domination s'étendait depuis les extrémités orientales de la Perse jusque dans l'Asie Mineure. U méditait la conquête de la
* A cette bataille de Cynoscéphales , une grande question militait* fot décidée, la supériorité de la légion sur la phalange. « Cette bête monstrueuse , dit Plutarque, partout hérissée de fer, et qui renversait tout ce qu'elle trouvait devant elle, ne put résister aux attaques multipliées et inégales de la légion. »
wp4 GHAntas x.
Phénicie , et même celte de l'Egypte, quant les Romains intervinrent en faveur du jeune Ptolémée Épiphane, dont on leur avait déféré la tutelle. Antioehus leur avait fierez ment répondu qu'il ne se mêlait point de leurs affaires, et gulls n'avaient, eux, rien à voir dans les siennes. Quelque temps après, il avait entrepris la conquête de la Carie et de la Lydie. Enfin il avait même franchi l'Hellespont, peur s'emparer de la Ghersonèse de Thrace. C'est alors que la fortune lui amena l'homme qui pouvait le plus puissamment l'aider dans ses projets. Annibal vint lui demander un asile.
Après Zama, Annibal, rentré dans CartbBge, s'était mis à la tête de l'administration, et bientôt son habileté et sa vigilance eurent créé pour sa patrie de nouvelles uamvae* ces. Les factions qui la déchiraient disparurent devant lui; il disciplina la ville comme il disciplinait son armée. La faction Barcine domina; les Hannons se turent; et Anni- ,-~~balr heureux de cette prospérité inespérée, méditait déjà une vaste confédération de tout le monde ancien contre Borne : de l'Espagne, où le sénat usait tous les ans une armée et un général ; de la Gaule cisalpine, qui était toujours en armes ; de la Macédoine, de la Syrie enfin* Tout à coup arrivèrent à Carthage des ambassadeurs romains, qui demandèrent qu' Annibal leur fut livré; et le grand homme, obligé de fuir pour sauver sa tête, se réfugia à la cour d'Antiochus (196).
C'était une bonne fortune pour le roi de Syrie. Annibal lui demandait seulement dix mille hommes pour porter la guerre en Italie même. Mais les courtisans vinrent se mettre entre lui et le roi; ils représentèrent à ce dentier qu'Annibal ne songeait qu'à travailler pour lui-même, et qu'il serait dangereux de lui confier des forces trop topo* santés* Annibal , ainsi rendu inutile , offrait au moins av roi ses conseils, demandait qu'on ménageât Philippe, qu'on se conciliât les Grecs, qu'on brusquât les opérations; Antiochus ne voulut rien entendre. Cependant Annibal, ne perdant pas encore toute espérance, avait secrètement envoyé des émissaires à Carthage, pour tâcher défaire
GUERRE; CQKTlUi^àinriOCHUS. VJ%
entrer cette vilteda«s> unet ligne eoatee ftdmejt mais les Carthaginois , encore effrayés de lears detnièrefcdéfciltes , livrerait ce» émissaires aux Remalnfc
Rome, ainsi assurée de Carthage, met^dai» ses^intécéa Skmiène, roi de Pergame,vqo'1aUfmait Ja pfcttsaâne^d'Aûy tioehus. Les Grecs furent flattés plus que jamais ç Phltifpa de Macédoine, insulté. par Antiochus , qui favorisait n» compétiteur au trône de Macédoine, fut aisément gagne, et l'on put compter sur la fidélité des Béotiens* et de* AciréenSi Le sénat prit toutes les précautions que suggère la prudence. L'importance qn'il attachait à cette guerre était telle, que le consul Cornélius défendit. aux sénatean de s'absenter de Rome plus d'un jour»
Antiochus voulut conduire lui-même son armée. Débart que à Chalcis , en Eubée (192) , U perdit tout l'hiver à eér lébrer ses noces avec une jeune fille, et à fêter une passion ridicule. Les Étoliens lui avaient promis que toute la Grèce se lèverait à son approche, et c'est à peine s'ils lui dôme* rent deux ou trois petits peuples pour alliés. Cependant son armée grossissait; mais c'étaient de ces masse* innombrables, composées, comme toutes les armées asiatiques, d'esclaves incapables' de soutenir une attaque sérieuse. Lorsque les Romains se présentèrent pour franchir les Thermupyies , il suffît*, pour mettre en* faite toute cette armée, d'une marche hardie de Caton, qui tourna, comme autrefois les troupes de Xerxès, le passage que défendaient les Syriens (191). Les troupes d'Antiochus, vivement poursuivies , furent taillées en pièces ; lui-même, ne se crut en sûreté que lorsqu'il sévit sur le continent asiatique; mais tarttgfbDSM'y suivirent, conduites par L. Sciplon,à qui son frère, l'Africain, avait voulu servir de lieutenant. L'ai* mée rortaîûe rencontra celle des Syriens à Magnésie. Ce ne» fèt point une hatàtfte , mais une sanglante boucheries Les vainqueurs eux-mêmes eurent honte des terrears qu'u» ennemi si faible leur avait d'abord inspirées. Antiochu» loywMU eu touDe hâte le Tauras, promit une tttfrifeafttoif de guerre de quinze mille talents, et abandonna PAsitf Mineure, où les petits royaumes. de Bithyule etide Per*