GUERRES CONTRE LES ESPAGNOLS. IQQ
foule de Lusitaniens. Quatre préteurs successivement défaits attestèrent son habileté; mais il tira plus de gloire encore de son humanité et de sa justice. Ce brigand respecta mieux le droit des gens que les Lucullus et les Galba. Un adversaire redoutable pour Viriathe fut le consul Fabius JEmilianus, le fils aine de Paul Emile, et le frère de Scipion Émilien; il rétablit d'abord la discipline dans l'armée romaine, fit à Viriathe une guerre de tactique et de temporisation, qui devait à la longue devenir fatale au chef lusitanien. Continué dans son commandement sous le titre de proconsul , il obtint quelques avantages (1 44).
Son successeur Metellus, surnommé Macédoniens, releva avec plus de gloire encore l'honneur des armées romaines ; il eut de grands succès dans la Geltibérie , qui s'était révoltée pour la dixième fois, à l'instigation de Viriathe ; car il sentait la nécessité d'unir la résistance des peuples de l'ouest à celle des peuples du centre. Metellus s'empara de Nertobriga et de Gontrebia , villes situées au centre de l'Espagne , dans le pays des Carpétains. Mais, dans les montagnes de la Lusitanie , la fortune fut plus favorable à Viriathe : il remporta la victoire sur un nouveau proconsul, et l'année suivante , descendant dans la Bétique , il défit près de la ville d'Itrique (142) le consul lui-même, Fabius Maximus Servilianus. Enfin les deux partis, également épuisés, conclurent un traité, où il était dit qu'il devait y avoir paix et amitié entre le peuple romain et Viriathe. Rome n'avait jamais conclu une paix si humiliante ; mais ce traité n'était qu'un piège. Le consul Cepion, frère et successeur de Fabius Servilianus, viola le traité , et reprit les armes. La dernière paix avait été fetale à Viriathe : la plupart de ses alliés étaient découragés, ses bandes dispersées : il persista donc à demander la paix ; mais on exigea pour première condition qu'il livrât les principaux citoyens des villes espagnoles qui s'étaient retirés auprès de lui. 11 consentit encore à cette lâcheté ; c'est la seule de ses actions qui soit peu digne de son caractère. Mais quand il eut fait le sacrifice de l'honneur et de la bonne foi, les Romains lui demandèrent ses
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armes. Il ne consentit pas à cette humiliation ; l'exemple des habitants de Cauca , et des Lusitaniens égorgé» par Xralba, suffisait pour l'éclairer. Alors Cepioneut recours à la trahison ; il corrompit deux officiers de Viriathe, .qui L'assassinèrent dans sa tente (141).
La mort de Viriathe ne termina pas la guerre; pendant plusieurs années , l'Espagne donna encore aux Romains les craintes les plus vives. Viriathe avait soutenu la guerre principalement dans la Lusitanie; lorsque sa mort eut éteint toute résistance dans cette partie de l'Espagne, elle recommença dans la Celtibérie avec plus de force que jamais. Ce ne fut pas cette fois une guerre de montagaes. Metellus s'était , en 143, emparé de toutes les villes de. là Celtibérie, à l'exception de Termantia et de Numaace; cette dernière ville devint le foyer de toute cetfcguerre et la seconde terreur des Romains, comme dit BossueL. Toutes les populations voisines , les anciennes bandes.de Tiriathe, vinrent défendre ses murailles; aussi Numance put résister dix années aux Romains. Le consul Pompcius, ayant commis f imprudence d'attaquer cette ville (141),-. et n'espérant point sortir avec honneur de cette entreprise, détermina les Numantins à traiter avec lui de, la paix, ea leur promettant des conditions favorables ; mais il viola lui-même le traité, qu'il eut l'audace de désavouer dans le sénat, afin de donner aux, Romains la liberté de reeommencer la guerre.
L'an 139 , l'Espagne futattaquée dans sa partie septentrionale , dans la Galice , où quelques succès vainreut au consul Brutus le surnom de Gallaicus ; mais-tout l&fort de la guerre était sous les murs de Numance. Le .consul Hostilius Mancinus, qui succéda à Brutus,. fut battu, dans toutes les rencontres. Obligé de se retirer honteusement, et cerné de toutes parts, Mancinus fit un traité ignominàeua: avec les Numantins (137). Telle était la défiance de.ee peuple, qu'il exigea de lui que le traité fût garantit par son questeur Tiberius Gracchus, et par plusieurs antres officiers. Le sénat ne fut pas plus fidèle à ce traité qu'au précédent; il offrit de livrer le consul. aux ennemis, qui
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le refluèrent ; et pendant plusieurs années les généraux en» voyés au siège de la Tille n'avancèrent en rien les affaires. Enfin les Romains , honteux de voir toute leur puissance échouer contre Numanee, choisirent , pour terminer ratte guerre , Scipion Émilien , qui douze ans auparavant-aval! ruiné Garthage. Le nouveau «onsul (134) opposa à l'intrépidité des Numantras des troupes mieux disciplinées, et peu à peu aguerries par de petits combats, où il était aisé de leur donner Favantage. Il se garda bien de livrer une action générale ; mais il attendit que la famine lui livrât Numanee, et se contenta de bloquer étroitement la place. Pour n'y laisser rien entrer, il la fit environner de fortifications plus considérables que celles de la ville. Une double ligne de circonvallation et de contrevallation arrêtait d'un côté les sorties des assiégés , de l'autre les attaques par lesquelles les peuples voisins essayaient de délivrer Nuroaace. Dans l'armée de Scipion Emilien servaient deux hommes qui depuis furent bien célèbres, Jugurtha, petitfils de Massinissa, roi de NumMie, qui commandait un corps de troupes auxiliaires ; et Marius , destiné dans la suite à le vaincre. Les Numantins , après d'admirables «fforts , demandèrent de nouveau la paix sans pouvoir l'obtenir. Scipion exigeait qu'ils se rendissent à discrétion. Plutôt que d'en venir à cette humiliation , les Numantins combattirent la famine par des moyens qui répugnent à la nature. Enfin , épuisés par la misère et les maladies ^réduits à un petit nombre , ils ouvrirent leurs portes. Plusieurs d'entre eux , ne voulant pas survivre à leur patrie , mirent le feu à leurs maisons , et s'entre-tuèrent jusqu'au dernier (133). Ceux qui s'étaient rendus furent dispersés en différents lieux , et la ville fut détruite huit ans après la ruine de Carthage. Depuis cette époque, l'Espagne parut soumise ; mais bientôt les Romains y réveilleront euxmêmes la guerre, lorsque, dans leurs. querelles politiques, une faction proscrite y viendra chercher un asile.
S II. CONQUÊTE M LÀ. GàJJLE CISALPINE.
Les guerres des Romains contre les'&mUois (*t0t-t*3)
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.furent plus promptes et plus terribles ; le sénat n'entendait pas prolonger ses terreurs, en laissant au-dessus de lai dans TItalie supérieure ces ennemis si remuants et si intrépides, j ,qui tranchaient vite les questions, et au premier succès se jetaient audacieusement sur la route de Rome. L'avantage devait rester aux Romains ; car si les Gaulois, comme le .dit Florus , avaient l'intrépidité des bétes féroces et une , .taille plus qu'humaine ; si leur premier choc était plus terrible que ne Test celui des hommes , leur seconde attaque était plus faible que ne le serait celle des femmes. Leurs corps, nourris sous le ciel humide %des Alpes, avaient .quelque chose de semblable aux neiges de ces montagnes. Dès la première ardeur du combat, ils étaient baignés de sueur, et, à la moindre agitation, ils fondaient comme la .neige aux rayons du soleil.
Les Cisalpins se repentaient de n'avoir pas soutenu Annibal avec plus de vigueur; les Cénomans eux-mêmes, rivaux des Insubres, qui si souvent avaient compromis par leur trahison la cause de l'indépendance de la Cisalpine, comprenaient qu'ils seraient enveloppés dans la ruine commune, et que Rome n'aurait pas plus égard à leurs services qu'à l'inimitié des Boïens et des Insubres. Quant aux Ligures , c'était toujours ce peuple opiniâtre et indomptable qui défiait Rome du milieu des précipices des Apennins. Four l'Istrie, la Sardaigne et la Corse, si Rome eut à s'occuper de ces provinces, ce ne furent que des guerres peu sérieuses, et qui ne servirent qu'à les mettre décidément sous le joug de Rome. Nous accorderons à ces guerres plus d'étendue qu'on ne leur en accorde d'ordinaire; car cette rude lutte contre la Cisalpine fut longtemps l'école des légions, et nous offre à nous , fils des Gaulois , un degré d'intérêt plus fort peut-être que toutes les autres.
Au moment où la guerre de Macédoine occupait tous les esprits (200), on apprit tout à coup à Rome que les Gaulois s'étaient soulevés [gallici tumultusfama exoria est). C'étaient les Insubres, les Cénomans et les Boïens, qui, secondés par les peuples de la lûgurie, avaient osé reprendre les armes. Commandés par le Carthaginois Hamilcar ,
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que Magon, en retournant en Afrique, avait laissé dans la Cispadane , ils s'étaient emparés de Plaisance et avaient pillé cette colonie romaine ; puis, dans leur fureur, ils Savaient incendiée presque entièrement, et n'avaient lais.se qu'à peine deux mille habitants au milieu de ses décombres. Ensuite , passant le Pô , ils s'étaient dirigés sur Crémone pour lui faire subir un sort semblable. À cette nouvelle, le préteur L. Furius Purpureo,qui commandait dans la province, n'ayant auprès de lui que cinq mille hommes, tous alliés ou Latins , crut devoir prévenir le sénat de sa position difficile. «Avec cinq mille alliés, disait-il, com- « ment combattre quarante mille ennemis? car tel est leur « nombre; ce serait vouloir par ma défaite ajouter à leur « audace. » On lui envoie à Ariminium l'armée consulaire qui devait se réunir en Étrurie, et que vont remplacer les cinq mille alliés , peut-être suspects. Furius conduit ses troupes à marches forcées contre l'ennemi ; il l'attaque dès le lendemain, et le défait complètement. Trente-cinq mille Gaulois et Hamiicar lui-même restent sur le champ de bataille. Soixante-dix étendards, près de deux cents chars, avec le riche butin dont ils étaient chargés , tombent au pouvoir des Romains. Crémone est délivrée, et deux mille citoyens libres de Plaisance rendus à leur patrie.
L'année suivante (199), le préteur Cn. Baebius Pamphilus, ayant imprudemment pénétré sur le territoire des Insubres, fut cerné avec toute son armée, et perdit près de six mille six cents hommes, perte à laquelle le succès éclatant de Furius ne permettait pas de s'attendre. Baebius fut renvoyé à Rome par le consul , qui alla en personne le remplacer, et ne fit lui-même rien de remarquable. Mais en 197 les consuls Cornélius Cethegus et Q. Minucius Rufus viennent tous deux commander dans la Gaule. Cornélius, par une manœuvre habile et par d'adroites négociations, parvient à tenir ses ennemis séparés, et à détacher les Cénomans de la ligue. Le jour du combat arrivé, trente-cinq mille Insubres sont taillés en pièces, et sept mille cinq cents sont faits prisonniers. Minucius , de son côté , avait retenu les Boïens sur leur territoire; mais il ne IIIST. rom, 9
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put les déterminer à engager une affaire décisive. Il se borna donc à ravager leurs bourgs ; cependant il obtînt la soumission des Ilvates Liguriens.
La victoire de Cornélius Cethegus n'avait pas terminé la guerre. Les Boïens et les Insubres résistaient toujours, et Tannée 196 retint encore les deux consuls dans la Cisalpine. L'un d'eux, Glaudius Morcellus, resta chez les Boïens ; mais au moment où, fatiguées d'une longue marche, ses troupes vont camper sur un mamelon , Corolame, roi des Boïens, les attaque à Pimproviste et leur tue trois mille hommes. Cependant le campement continua; et après quelques jours donnés au soin des blessés , comme les Boïens impatients étaient retournés dans leurs châteaux et dans leurs bourgs, le consul passe le Pô et conduit ses légions sur le territoire de Côme, où les Insubres étaient campés. Là il fait essuyer à ces derniers une défaite complète, leur tue quarante mille hommes , leur prend cinq cent sept drapeaux et quatre cent trente chars, emporte leur camp d'assaut, le pille, et peu de jours après s'empare de Côme et de vingt-huit châteaux.
Pendant ce temps, le second consul, L. Furius Purpnreo , déjà célèbre par la campagne de l'an 200 , pénétra dans la partie du territoire des Boïens qu'on nommait la tribu Sappinia. Déjà il approchait de Mutilum, quand, craignant d'être cerné tout à la fois par les Boïens et par les Ligures, il revint sur ses pas, et par un long détour rejoignit son collègue. Les deux armées réunies ravagèrent le territoire des Boïens jusqu'à Felsine (Bononia, Bologne), qui se soumit, ainsi que tous les autres lieux fortifiés. Ensuite l'armée passa en Ligurie. La jeunesse des Boïens, qui s'était répandue en armes dans les forêts, suivait et épiait la marche des Bomains , espérant trouver une occasion de les surprendre. Enfin les deux armées en vinrent aux prises. Dans cette bataille, les Bomains se montrèrent plus avides de carnage que de victoire, et à peine laissèrent-ils aux Boïens un messager de leur défaite.
L'année suivante (195) fut signalée par de nouveaux succès. Le consul L. Valerius Flaccus battit les Boïens