GUERRES CONTRE LES GAULOIS. IJ
près de la forêt Litana, et leur tua huit mille hommes; maïs l'armée ennemie s'étant dispersée , il s'en tint à cet avantage, et employa le reste de l'été à rebâtir les édifices qui avaient été détruits à Plaisance et à Crémone , où il tint ses troupes cantonnées.
Mais en 194 Rome tente un plus vigoureux effort. Les deux consuls auront l'Italie pour province ; le nombre des légions sera porté à huit. En attendant l'arrivée des consuls, Flaccus, continué en qualité de proconsul dans le commandement de l'armée romaine, défait aux environs de Milan les forces réunies des Boïens et des Insubres, qui perdent dix mille hommes. Bientôt après cet avantage , le consul Ti. Sempronius Longus arrive dans la province avec ses légions. Le chef des Boïens, Boïorix, secondé par ses deux frères, avait soulevé toute la nation, et s'était campé dans une plaine pour annoncer clairement l'intention où il était de combattre, si l'ennemi pénétrait sur son territoire. Quand le consul vit le nombre et la confiance des Boïens , il fit prévenir son collègue, P. Scipion l'Africain, de vouloir bien hâter sa marche : en attendant son arrivée , il devait, par des tergiversations, traîner les choses en longueur. Mais ce qui portait le consul à différer le combat était précisément ce qui excitait les Boïens à le hâter; ils voulaient en finir avant que les deux consuls eussent opéré leur jonction. Durant deux jours cependant ils se bornèrent à se ranger en bataille, préparés à combattre si quelque adversaire se présentait; mais le troisième jour, ils s'avancèrent jusqu'aux retranchements ennemis , et attaquèrent le camp de toutes parts. Aussitôt le consul ordonne à son armée de prendre les armes. Un combat acharné s'engage: tour à tour les deux partis sont vainqueurs et mis en fuite; mais, suivant toute vraisemblance, l'avantage reste aux Gaulois, car Sempronius se réfugie à Plaisance ; et quand Scipion a opéré sa jonction avec lui, il se borne à quelques prudentes escarmouches. Des historiens disent même qu'il retourna à Borne sans avoir rien tenté.
En 193, nouvelle levée en masse des infatigables Boïens, qui parviennent à soulever la Ligurie. Le danger parut
grand à Rome, car on déclara qu'il y avait tumulte : des levées extraordinaires furent mises sur pied, et il fallut encore que les deux consuls vinssent en personne faire tête à d'aussi redoutables adversaires. L'un d'eux, Q. Minucius, marche contre les Ligures, qui osent l'assiéger dans son camp, et qu'il défait; l'autre, Cornélius Merula, attire dans la plaine les Boïens, qui jusque-là, retirés dans leurs forêts, s'étaient contentés de le harceler sans cesse. La bataille fut terrible , et dura jusqu'au milieu du jour. Le corps des vétérans romains y fut anéanti ; mais une charge heureuse de la cavalerie des auxiliaires assura aux Romains une victoire longtemps indécise. Les Gaulois perdirent quatorze mille hommes ; dix-neuf cents d'entre eux mirent bas les armes.
-.. Cette population énergique commençait à s'épuiser; aussi quand en 192 les consuls Domitius ^Enobarbuset L. Quintius Flamiuinus eurent exercé dans le pays d'horribles ravages, un grand nombre de familles gauloises , désespérant du succès d'une plus longue résistance , vinrent se réfugier dans le camp romain. Mais ils n'y trouvèrent pas l'hospitalité sur laquelle ils avaient compté. Un seul trait prouvera ce que les Gaulois en se soumettant pouvaient attendre des Romains.
Flamininus avait emmené de Rome un jeune homme qu'il aimait, et celui-ci , pour faire valoir son dévouement, lui rappelait souvent qu'il était parti de Rome au moment où l'on allait donner un combat de gladiateurs. Un jour qu'ils étaient à dîner, et déjà échauffés par les vapeurs du vin, on annonça au consul qu'un noble boïen venait avec ses enfants chercher uiî asile auprès de lui. Flamininus ordonne qu'on l'introduise sous sa tente. Le Gaulois commençait à lui parler par interprète , quand Flamininus se tournant vers son favori : « Puisque tu as renoncé pour « moi à un spectacle de gladiateurs , veux-tu , dit-il, voir « mourir ce Gaulois sous tes yeux? » Le jeune homme, bien éloigné de prendre cette question au sérieux, fit un signe affirmatif. Aussitôt le consul, saisissant son épée suspendue au-dessus de son lit, frappe le Gaulois à la tête; et, comme
CONQUETE DE LA LIGURIE. igj
ce malheureux fuyait, invoquant la foi du peuple et de tous les spectateurs , Flamininus lui enfonce son épée dans le flanc. Voilà où déjà en était Rome. Flamininus, il est vrai, fut recherché pour ce crime; mais huit ans plus tard seulement, sous la rigoureuse censure de Caton.
C'en était fait des Boïens du moment qu'ils ne prenaient plus conseil de leur courage, et que chacun isolément cherchait à faire sa paix avec le vainqueur. Il y eut cependant encore des efforts généreux. En 191, ils perdirent une bataille, où le consul Scipion Nasica leur tua vingt mille hommes et leur fît trois mille prisonniers. Fier de ce succès, il se livra à d'horribles ravages, et osa se vanter , en réclamant les honneurs du triomphe, de n'avoir laissé vivants, de toute la race boïenne, que les enfants et les vieillards.
Elle n'était pas encore éteinte, cette race généreuse ; mais, désespérant de lutter plus longtemps contre son cruel ennemi , et ne pouvant se résigner à vivre en esclave au sein de sa patrie, elle rassembla ses débris, et , traversant les Alpes Noriques, elle alla se réfugier sur les bords du Danube, et le nom de Boïens fut effacé de l'Italie (190).