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les coupables, et une foule de femmes qui s'étaient fait nitier à ces coupables mystères furent exécutées dans 'intérieur de leurs maisons.
Ces religions étrangères entraînaient avec elles la débauche; mais les mauvaises mœurs naissaient de bien l' autres causes ; elles naissaient surtout de la sécurité dans laquelle vivait Rome, et des richesses que la conquête du monde mettait en ses mains. Un dernier effort contre la corruption fut la nomination de Gaton à la censure.
Parvenu au poste le plus honorable de la république, Caton nomma prince du sénat Valerius Flaccus , le seul homme avec lequel il lui fut possible de combattre par les remèdes les plus violents le luxe et la mollesse qui commençaient à miner sourdement la république. Il chassa du sénat plusieurs sénateurs, et entre autres ce Quinctius Fiamininus qui, pendant son consulat, s'était montré si cruel envers un Gaulois. Déjà sous son consulat il avait, comme nous l'avons dit, échoué dans sa tentative pour réformer le luxe des femmes; devenu censeur, il établit plusieurs règlements somptuaires qui tendaient à déraciner le mal : il taxa les vêtements, les voitures, les parures des femmes, les ameublements ; il supprima tous les conduits qui détournaient dans les maisons et dans les jardins particuliers l'eau des fontaines publiques. Il fit démolir dans l'espace de trente jours toutes les constructions particulières qui empiétaient sur la voie commune, diminua de beaucoup les bénéfices des entreprises à bail données par l'État , et porta au taux le plus élevé les revenus de la république. Aussi ses ennemis engagèrent le sénat à casser les baux et les marchés qu'il avait faits pour la réparation des temples et des autres monuments, et employèrent tous les moyens possibles pour empêcher la construction d'une basilique qu'il élevait aux frais de l'État ; mais elle fut achevée, et reçut le nom de basilique Porcia.
Il paraît que le peuple approuva la conduite de Gaton dans sa censure, car, sur la base de la statue qu'il lui érigea, il ne rappela ni ses exploits, ni son triomphe , ni l'Espagne, ni les Thermopyles; mais il fit graver cette ins-
cription : « A Caton, pour avoir, par de salutaires ordon- « nances, par des établissements et des institutions sages, « relevé dans sa censure la république romaine , que l'al- « tération des mœurs avait mise sur le penchant de sa « ruine. »
Quelle devait être à l'égard des vaincus la conduite de ces hommes qui, dans l'intérieur de la cité, professaient si ouvertement le mépris pour les anciennes coutumes aussi bien que pour les lois elles-mêmes? On ne devait pas s'attendre à ce qu'ils traitassent doucement les pays conquis, eux qui, pour satisfaire leurs nouveaux besoius, consommaient en quelques jours des richesses qui auraient suffi jadis pour toute la vie du plus noble d'entre les patriciens* Aussi s'élevait-il de toutes les provinces des réclamations et des plaintes contre les gouverneurs que Rome y avait envoyés. Au plus fort même de la seconde guerre Punique, les alliés se virent déjà en butte à la rapacité des proconsuls. Les députés siciliens vinrent déclarer au sénat que la Sicile aimerait mieux être engloutie sous les feux de l'Etna, que d'avoir encore une seconde foiis Marcellus pour gouverneur. Un peu plus tard, Pleminius, alors fort de l'appui de Scipion, s'était livré aux plus révoltants excès. Quelquefois des consuls, pour obtenir un triomphe, attaquaient sans motifs des peuples tranquilles, comme Popilius Lasnas, qui vendit comme esclaves dix mille Ligures, et qui, pour réponareà un sénatus-consulte favorable à ces malheureux, les obligea à un combat où il leur tua dix mille hommes. Les Espagnols surtout furent horriblement maltraités par ces nombreux préteurs, qui se succédaient chaque année pour les combattre. L'Espagne avait le malheur de posséder des mines d'argent. Les grands qui voulaient s'enrichir se faisaient envoyer dans la Péninsule , et tombaient sur elle comme sur une proie qui leur était abandonnée. En vain les Espagnols supplièrent le sénat de modérer les rapines de ses généraux : il y avait tant de familles compromises, qu'après avoir commencé pour la forme une enquête judiciaire, on laissa là ce procès interminable. La Grèce ne fut pas mieux traitée. Les généraux
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iépouillaient les temples, les maisons des particuliers; Athènes, malgré la stérilité de son territoire, fut forcée de fournir cent mille boisseaux de blé. On sait comment Paul Emile traita la Macédoine, comment Anicius pacifia l'Épire et l'illyrie : cent cinquante mille Épirotes ou Illyriens furent vendus comme esclaves; toutes leurs villes furent démantelées. En Étolie , cinq cent cinquante des principaux du pays furent massacrés ; mille Achéens , les chefs des autres parties de la Grèce, furent déportés en Italie„où ils attendirent pendant dix-sept ans que le sénat voulût bien les juger.
Non-seulement les généraux foulaient le peuple et les provinces, mais ils y affectaient une sorte d'indépendance. Manlius, Metellus, Cassius et beaucoup d'autres ne prenaient pour règle de conduite que leur volonté, et le sénat était obligé de laisser ces fautes impunies. La soif des distinctions s'introduisait aussi parmi tous ces grands, qui ne voulaient pas être confondus même avec la foule des nobles. Dès la deuxième guerre Punique , on commença à voir se répandre l'usage des surnoms , qui formèrent comme une décoration militaire. Les généraux vainqueurs prenaient le nom du pays vaincu : ils s'appelaient l'Africain, l'Asiatique, le Macédonique, l'Achaïque, le Numidique, le Baléarique , etc. Les gouvernements étaient devenus si lucratifs, que les grands les recherchaient avec fureur. La loi Villia qui, en l'année 179, fixa l'âge auquel on pouvait arriver aux diverses charges; une loi contre la brigue en 181, rien ne put les arrêter; les consuls, eiU597 durent décréter la peine de mort contre ceux qui brigueraient par argent. Mais les grands se riaient de ces lois; ils allaient jusqu'aux menaces pour forcer les citoyens à les élire, et il fallut qu'en 1 39 la loi Gabinia, pour assurer la liberté des élections , décidât que désormais le peuple donnerait son vote secrètement et par la voie du scrutin. Contre ces débordements, la censure était impuissante; car les coupables eux-mêmes se faisaient nommer à cette charge. Aussi fallut-il créer de nouveaux tribunaux. Quatre cours de justice furent établies sous le nom de Quœ-
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stiones perpetuœ. Ces quatre tribunaux devaient rechercher les concussionnaires, punir la brigue, le péculat, es les crimes de majesté; mais les nouveaux juges partage rent les désordres qu'ils devaient punir, et vendirent publiquement leurs voix. Enfin, pour enlever à la république tout espoir d'un meilleur avenir , la dépravation se glissa jusque dans l'éducation des enfants. Au lieu de cette vie rude et de ces exercices violents qui les préparaient autrefois aux fatigues de la guerre , ils étaient maintenant entourés d'esclaves, et confiés à des rhéteurs incapables de former jamais un bon citoyen.
Avant que les plébéiens parvinssent aux charges , il y avait une lutte continuelle et souvent sanglante entre les patriciens et les premiers du peuple ; mais les familles plébéiennes, qui devinrent illustres par les charges dont leurs membres furent revêtus , se mêlèrent aux familles patriciennes , et formèrent avec elles une aristocratie d'autant plus dangereuse, que le peuple y voyait ceux dont les pères avaient si longtemps combattu pour lui. Ces nobles sortis des classes inférieures firent cause commune avec les anciens patriciens , pour fermer l'entrée des charges à ceux qu'ils appelaient des hommes nouveaux. Dès lors le peuple ne trouva plus dans ses rangs de citoyens assez hardis ni assez puissants pour prendre ses intérêts. Les plébéiens n'étaient plus d'ailleurs, il faut le dire, ce peuple jaloux de ses droits, et qui veillait de si près sur la conduite du sénat. Décimés par la guerre continuelle à laquelle Rome était condamnée, ils n'avaient laissé au Forum qu'un ramas d'Italiens et d'affranchis mêlés à d'anciens Romains, I qui , par la misère et le contact de ces affranchis, avaient | perdu tout sentiment de leur ancienne dignité. Le sénat | ne s'y trompa pas ; et c'est parce qu'il connaissait le peuple du Forum , qu'il ne craignit pas de prendre pour lui tous les pouvoirs. Scipion Émilien, interrompu, un jour qu'il parlait sur la place publique , par les cris de la populace, s'écria : « Silence ! vous que l'Italie ne reconnaît pas pour « ses enfants. Ces hommes que j'ai amenés ici enchaînés « ne me feront pas peur, aujourd'hui qu'on leur a ôté leurs
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« chaînes. » Aussi le sénat s'inquiétait peu de cette populace. Cependant tant qu'il lui resta des ennemis redoutables, tant que vécut Annibal, que la Macédoine ne fut pas domptée, des gratifications et des distributions de terre firent vivre les soldats : pour soulager les plébéiens de Rome, de nombreuses colonies furent fondées. L'an 197, quinze cents familles sont envoyées dans cinq villes de Gampanie et d'Apulie ; trois ans après, six nouvelles colonies sont établies dans la Lucanîe et le Bruttium ; treize antres le sont de 192 à 175. En même temps ont lieu à Rome, pour ceux qui restent, des distributions presque gratuites de blé. Enfin les tribuns, de l'avis et avec le concours du sénat, répriment l'usure, si funeste aux plébéiens.
Mais, tout en soulageant les misères du peuple , le sénat songe à diminuer le nombre de ceux qui peuvent partager le gouvernement avec lui. En 176, les censeurs renferment la populace dans les quatre dernières tribus; buit ans plus tard , ils relèguent encore dans l'une de ces tribus tous ceux qui n'ont pas en propriétés rurales trente mille sesterces. D'une autre part , "depuis la fin de la deuxième guerre Punique, le sénat décide seul dans presque toutes les questions qui regardent les peuples vaincus : c'est lui qui fixe leur sort, et qui par ses commissaires intervient dans les affaires du monde entier. Il s'habituait aussi peu à peu à gouverner la république, et refusait même de regarder les chevaliers comme un ordre nouveau. Les plus riches des Romains formaient cette classe ; nobles et plébéiens, tous y pouvaient entrer, pourvu qu'ils possédassent une somme déterminée par la loi. C'étaient eux qui composaient la cavalerie des légions. Placés entre le sénat et le peuple, ils voulaient se séparer de ces deux ordres, et en former un troisième dans l'État. Le sénat repoussa leurs prétentions. Plus tard , il se repentit de s'être aliéné cet ordre de citoyens , qui pouvait se joindre au peuple pour arracher au sénat la suprématie qu'il avait usurpée.
Ce corps ne semblait plus en effet se souvenir des droits du peuple. Depuis que l'absence de tout danger extérieur ne
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rend plus les plébéiens indispensables, le sénat daigne à peine les consulter ; il décide seul de la paix et de la guerre Des Marseillais étant venus Fan 165 implorer les secours de Borne contre les Ligures, le sénat fit partir un consul et une armée, sans porter l'affaire aux comices ; il achève cette même guerre sans consulter davantage les plébéiens. La troisième guerre Punique fut aussi arrêtée par le sénat seul. Ainsi , selon le bon vouloir du sénat , le peuple combattra; quant à la décision de la guerre , elle ne le regarde plus. En même temps, par l'établissement des Quœstiones perpétuas, il enlève au peuple le pouvoir judiciaire, et remplit de ses membres tous les tribuuaux, où, dit Plutarque , il se lit craindre du peuple et des chevaliers par sa vénalité et son injustice , jusqu'à Caïus Gracchus.
Du moins le peuple, privé de ses droits, aura peut-être encore la ressource des distributions gratuites et des colonies; mais de 144 à 143 la disette désole l'Italie, et le sénat ne fait pas venir de blé; de 168 à 133, dans l'espace de trente-cinq ans . il ne fonde qu'une seule colonie. Il ne reste plus alors aux plébéiens pour vvvre que de se faire les fermiers des patriciens, ou des riches chevaliers, qui se sont approprié les biens de l'État ; mais les riches n'en veulent pas; ils préfèrent les esclaves aux hommes libres : un esclave sera moins difficile à nourrir, et à coups de fouet on le forcera à travailler davantage; c'est double gain. D'ailleurs Gaton lui-même , le grand agriculteur , a changé de système à la fin de sa vie; il préfère, comme rapportant plus , les pâturages aux terres de labour. Son exemple est imité , et c'est là une des causes les plus puissantes de la dépopulation de l'Italie, qui, changée enl jardins et en pâturages, ne peut nourrir ses habitants, "ni fournir du travail aux pauvres. Le plébéien , qui refuse toujours d'exercer les métiers manuels abandonnés aux esclaves, n'a plus qu'à attendre les gratifications du sénat, les dons des riches , et la chance d'une nouvelle colonie. Il a bien son vote , qu'il peut vendre aux candidats ; mais le sénat lui ôte encore cette dernière ressource, en l'en- , tassant dans les dernières tribus, où son vote est inutile. Il
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faut donc qu'il périsse, ou qu'une révolution vienne ch anger son sort. « Les Gracques , dit Salluste , ressaisirent les * libertés populaires. *