GUERRE DES ESCLAVES. — LES GRACQUES
Les réclamations des plébéiens furent précédées de celles des esclaves. L'esclavage, cette plaie de l'Orient, s'était, depuis les conquêtes de Rome, étendu sur toute l'Italie. Ces hommes, qui avaient vaincu Carthage et la Grèce, dédaignaient de cultiver la terre de leurs mains victorieuses. Partout le travail de l'esclavage avait remplacé celui de l'homme libre, et la Péninsule s'était couverte d'un nombre infini de ces malheureux que la guerre avait privés de leur liberté, ou qui avaient été enlevés de vive force et par surprise sur les côtes de la Thrace ou de l'Asie Mineure. La Sicile surtout en était encombrée; et, comme il arrive toujours, la sévérité et la cruauté des maîtres augmentaient avec le nombre des esclaves. Les choses en vinrent au point qu'une révolte devait nécessairement éclater. Les esclaves de Tauromenium donnèrent le signal. Ils prirent pour chef un Syrien nommé Eunus, qui prétendait avoir le don de prophétie. Quatre préteurs furent successivement battus par ces esclaves, dont le nombre s'éleva bientôt à deux cent mille. Enfin le sénat se vit obligé d'envoyer un consul contre ces ennemis, qu'on avait méprisés d'abord. La prise de Tauromenium et d'Enna en 133 , de sages règlements établis par Rupilius , mirent fin à cette dangereuse révolte, qui aurait pu gagner l'Italie et compromettre Rome elle-même ; car si les esclaves de la Péninsule, si tous ceux que renfermait la ville, avaient agi en même temps que ceux de la Sicile , dix fois plus nombreux que leurs maîtres , ils les auraient facilement
ai8 cawEftm xnr.
écrasés; et Rohm, qui avait «happé à Anomal, serait tombée sous les coup» de ses propres esclaves.
La révolte des esclaves avait menacé l'existence mime de Rome ; la révolution tentée par les Grecques faillit enlever aux nobles le pouvoir qu'ils avaient usurpé , pour le faire passer aux mains du peuple.
Tiberius Gracchus,père des Grecques , avait été honoré de la censure, de deux consulats, et d'autant de triomphes; mais il tirait de sa propre vertu une gloire bien supérieure à celle que lui donnaient toutes ces dignités. Gornélie , leur mère, fille de Scipion, le vainqueur d'Annibal, avait, après la mort de son époux, refusé la couronne d'Egypte, que Ptolémée VII lui offrait de partager. Ëlk s'était «onsacrée avec un dévouement tout maternel à l'éducation de ses enfants, sa seule gloire, «en unique parure. Elle voulait qu'un- jour on l'appelât, bob la belk-mère de Scipion ( sa iille était mariée à Scipion Émilkm), maïs la mère des Gracques. dette célébrité qu'elle ambitionna* ne se fit pas attendre.
Tiberius, l'ainé de ses fils, /combattit jeune encore en Afrique sous Scipion Émilien ; il- se distingua par sa valeur et sa soumission à la discipline, et monta le première l'assaut d'une ville ennemie* De retour à Rome, ii fut nommé questeur, et envoyé en Espagne pour servir contre ksNumantins, sous les ordres du consul Maocimis*Là,4* général , après plusieurs batailles , malheureusement ceraé de tous côtés par les ennemis, avait du à l'estime dont jouissait Tiberius une capitulation qui avait sauvé son . armée. Mais le sénat romain , fidèle à ses antiques maximes, et pressentant peut-être un adversaire dans ce jeune guerrier déjà si influent , cassa le traité , et offrit de livrer Mancinus auxJNumantins. Il voulut même livrer Tiberius; mais le peuple s'y opposa, car il avait besoin de lui. Aussi bientôt après fut-il nommé au tribanart.
On a prétendu que c'était pour se venger du sénat que Tiberius avait embrassé avoe tant d'ardeur la cause du peuple, pour laquelle il périt; sa conduite avait un motif plus noble* D'après le témoignage de son fcère lui-même,
ftberius , en traversant l'ItaMe pou* se rendre est Espagne , avait vu ce beau pa>ys désert, n'ayant pm* pâtres que à» étrangers ondas barbares; et ce tableau affligeait lai awl donné la preipière pensée d'un projet qui fat si ffentste aux (Jeux frères. Le peuple d'ailleurs enflammait enotre sou ardeur, en couvrant les portiques, les muratïtes et les tombeaux d'affiches par lesquelles on l'exhortait à faire restituer aux citoyens pauvres les terres dta domaine public usurpées par les patriciens. « Car enfin , dépouillés, sam «ressource, quel intérêt avaient-ils à prendre les anwes? « comment pouvaient-ils désirer d'élever des enfants ? »
Tiberius entreprit donc de faire cesser un état de choses (jûipenaçait de dépeupler l'Italie d'habitants libres, et de la remplir d'esclaves barbares, que les richesemployaient à la culture (tes terres pour remplacer les citoyens libreftqrfils avaient dépossédés. Ce pirçjet avait déjà été coaç* par l#Uu*, l'ami de Scipion , auquel il n'avait manqué qu'un peu de courage pour l'exécuter. Au vaste, Tibeste ne rédigea pas seul sa k>i : il prit conseil des citoyens de Hume tes plua distingués par leur réputation et par leur vertu. C'était d'ailleurs H loi la plus douce et la plus modérée fn'on pût faire contre l'injustice et l'avarice les phw révoltantes- Loin de dépouiller les riches, ainsi qu'on en aurait eu le droit , des terres domaniales qu'ils avaient usurpées, on leur laissait cinq cents arpents de ees terres pour eux , et deux cent cinquante pour chacun de leurs enfants ; bien plus , on leur payait le prix de la portion qu'ils restituaient à l'État, et qui devait être distribuée aux citoyens qui en avaient besoin pou* vivre. La détresse 4e ces derniers était grande. « Les bétes sauvages, disait « éloquemmsnt Tiberius, tes bêtes saunages qui sont ré* « pandues dans l'Italie ont leurs tanières et leuvs repaires, « où elles peuvent se retirer ; «t roux qui combattent , qui « venant leur sang pour la défense de l'Italie, n'y ont « d'autre propriété que la lupmBe <?t l'air qu'Us respirent 1 « Sans maison , sans établissement fixe , ils errent de tous « côtés avec leurs femmes et leurs enfants. Les générai» « les trompent , quand ils les exhortent à combattre pour
220 CHAPITRE XIY.
« leurs tombeaux et pour leurs temples : dans un si grand « nombre de Romains , en est-il un seul qui ait un autel «domestique, et un tombeau où reposent ses ancêtres? « Ils ne combattent et ne meurent que pour entretenir le « luxe et l'opulence d'autrui. On les appelle les maîtres «de l'univers, et ils n'ont pas en propriété une motte de * terre ! »
Quelque modérée que fût la proposition de Tiberius, ses adversaires, en gagnant le tribun Octavius, parvinrent à la faire échouer. Tiberius, irrité de cette opposition, retira cette première loi si modérée , et en présenta une seconde plus rigoureuse. Elle ordonnait aux oppresseurs de quitter sur-le-champ les terres usurpées au mépris des lois. Octavius, détenteur de beaucoup de terres domaniales, renouvela son opposition. Tiberius, pour la faire cesser, offrit de lui rendre le prix de ses terres sur son propre bien, qui était peu considérable. Octavius rejeta cette offre; et Tiberius, désespéré, se vit contraint, après avoir tout fait pour vaincre la résistance de son collègue, de violer la puissance tribunitienne en faisant déposer Octavius. Sa loi passa, et il fut nommé triumvir pour en surveiller l'exécution; on lui adjoignit son jeune frère et Appius Glaudius. Mais alors les nobles l'abreuvèrent de dégoûts , surtout lorsqu'il eut , au jnépris dès anciennes attributions du sénat , distribué au peuple les trésors que* le roi de Pergamè avait légués aux Romains. On alla même jusqu'à l'accuser d'aspirer à la royauté.
Lès choses en vinrent au point qu'il importa bientôt à sa sûreté d'obtenir un second tribunat qui lui laissât le temps d'exécuter sa loi. Pour y parvenir, if proposa des lois qui abrégeaient les années du service militaire, qui permettaient d'appeler au peuple des sentences de tous les tribunaux, et qui admettaient les chevaliers à partager la puissance judiciaire avec les sénateurs. Quand il recueillit les suffrages sur ces nouvelles lois, il s'aperçut que l'absence d'une partie du peuple assurerait la supériorité de ses adversaires. Il remit donc l'assemblée au jour suivant.
. Ce jour venu, il se rendit au Capitole, où il fut reçu
T1BERIUS GR±CCHUS. 221
avec acclamations. Mais, bientôt instruit que les riches veulent attenter à ses jours, il porte la mçrin à sa tête pour faire connaître à ceux qui ne peuvent l'entendre le danger dont il est menacé. Aussitôt les partisans des nobles courent an* noncer au sénat que Tiberius demande le diadème. A cette nouvelle, Scipion Nasica, beau-frère des Gracques, Scipion, qui possédait une grande étendue de terres domaniales, et à qui il coûtait beaucoup de s'en dessaisir, requiert le consul Mucius de marcher contre le tyran. Le consul répondit qu'il ne donnerait pas l'exemple de la violence ; mais que si le peuple, gagné ou contraint par Tiberius, rendait un plébiscite contraire aux lois , il ne le ratifierait pas. Alors Nasica s'élançant de sa place : « Puisque le » premier magistrat trahit la république, à moi ceux qui « veulent la sauver! » Tous les sénateurs le suivent avec leurs clients, armés de massues et de débris de bancs brisés. Tiberius tomba frappé à la tête , et trois cents de k ses partisans partagèrent son sort (133). Les autres furent bannis.
L'un d'eux, Blossius de Cumes, amené devant les consuls, avoua qu'il avait exactement suivi tous les ordres de Tiberius. « Mais, lui dit Scipion Nasica, s'il t'avait enjoint « de brûler le Capitole?— Jamais, répondit Blossius , il ne « m'eût donné un pareil ordre. » D'autres sénateurs lui ayant fait plusieurs fois la même question : « Si Tiberius « me l'eût ordonné, j'aurais cru devoir le faire, parce qu'il «■ ne m'aurait pas donné cet ordre s'il n'eût été utile au « peuple '. »
Cette réponse prouve quelle aveugle confiance la vertu de Tiberius avait inspirée à ses amis. Son parti , tout proscrit qu'il était, ne cessait pas d'être redoutable : il avait le peuple pour lui. Le sénat ne crut donc pas pouvoir s'opposer au partage des terres; il alla même plus loin : Scipion Nasica, devenu odieux au peuple, qui menaçait de le mettre en jugement , et exhalait chaque jour sa colère en cris de vengeance, fut ehargé sans nécessité d'une mission en Asie. C'était le condamner à l'exil. Scipion erra quel-
« Plutarque, Vie de Tiberius Gracctras.
fttfc cnkïtP&E *rv.
que temps en Asie , puis alfa mourir à Pergame , de dépît etffemwii.
&pt& l'assassinat de Tiberftis flraccfetrs et la mort tf ÂpptasCftwMHus, on leur substitua Fui vins Fiaccus et Papirift*fôrto& , pour veiller à l'exécution de la loi agraire tiittjtâifteinefit mec le jeune târacchus; et comme les posttçéetts des terres négligeaient de fournir l'état de leurs pï0pt<iét?é&, on «nrvHa par une proclamation à les dénoaeer devantles tribunaux. De là une multitude de procès trèsewbattrass«nts, un remuement universel, un chaos de mntwtioi» et de translations respectives de propriétés.
* Fifcigués de cet état de choses , et de la précipitation avee laquelle les triumvirs jugeaient toutes ces affetires, les Italiens, pour se prémunir contre toute injustice, prirent pour défenseur Cornélius Scipion Émilien , le destructeur de Garthage, qui ne put s'y refuser. Il se rendit donc au sénat ; et, sans blâmer ouvertement la loi de Gracchus, par égard pour les plébéiens, il représenta les difficultés de l'exécution, et conclut à ce que la connaissance de ces contestations tôt ôtée aux triumvirs, comme suspects à ceux çu*14 'S'agissait d'évincer, et proposa de la remettre à d'antres juges, ce qui fut adopté. Le consul Tuditanus fut chargé de cette mission; mais il n'eut pas plutôt commencé , qu'effrayé des difficultés , il se mit en marche pour Ffflyrie, saisissant avec empressement ce prétexte pour se délivrer d'une tâche aussi pénible. Ce résultat commença d*exfl»er contre Scipion Fanimosité et l'indignation du peuple. Lui qu'ils avaient tant aimé ; lui pour qui ite s*étaietrt si souvent mis en opposition avec les grands; lui que deux fois ils avaient oommé consul en dépit des lois , Hs le voyaient agir contre eux pour favoriser les Italiens \ Les ennemis dte Scipkm, qui entendaient ces reproches, disaient hautement qu'il était bien décidé à abroger fa toi de Oraochus, et qu'il était disposé à répandre beaucoup de sang pour y parvenir \ »
Ce n'étaient pas les seuls grieft que le peupfe eût contre
» Appien , Guerres civiles, I,, i%,w.
cmxm cnuracns. aa3
Seipian. Il ne lai parâo»nft pas de s'être écrié devant Nama&ee, en apprenant la amt! de Tibeiius :
« Paisse périr ainsi qui voudra Fimfter * *! »
U ne pouvait non plus oublier qu'interrogé par le tribun Carbon sur ce qu'il pensait de la mort de Tiberius, il avait répondu : Je pense qu'il a mérité son sort; et que le peuple à ces mots ayant fait entendre des murmures, il avait osé prononcer ces paroles que nous avons déjà rapportées : « Qu'ils se taisent ceux dont l'Italie n'est pas la véritable «mère! Ceux que j'ai amenés enchaînés à Borne, vous « aurez beau faire Je ne les craindrai jamais, tout dëchal- « nés qu'ils sont. £
Quoi qu'il en soit , Scipion s'étant retiré un soir pour préparer le discours qu'il devait prononcer le lendemain dans l'assemblée du peuple, fut le matin trouvé mort sans blessures. Les soupçons tombèrent sur Caïus Gracchus, sur sa mère Cornélie, sur sa sœur Sempronia, femme de Scipion, qui, laide et stérile, n'était pas aimée de son mari et ne l'aimait pas non plus. D'autres pensèrent qu'il s'était donné la mort, parce qu'il reconnaissait l'impossibilité d'accomplir les promesses qu'il avait faites (129).
Cependant Caïus Gracchus, héritier des vertus et du dévouement de son frère , mais plus éloquent que lui , commençait à donner de vives inquiétudes au sénat. On rattacha comme questeur au consul Oreste , envoyé contre la Sardaigne révoltée (127-125). Mais après deux années d'utiles services , qui ajoutèrent à sa gloire et à son influence, il revint à Borne, et, cité par les censeurs , il prouva qu'il avait fait plus qu'il n'était tenu de faire , et ajouta : « Je suis le seul de toute cette armée qui, parti de « Rome la bourse pleine, l'ait rapportée vide; tandis que * tous les autres ont emporté leurs amphores pleines de « vin, et les ont rapportées pleines d'or et d'argent. » Bientôt il se présenta pour le tribunat (123) ; et l'affluence que son élection attira à Rome fut si grande, que, le champ de Mars ne pouvant contenir cette foule immense, plu-
1 Hont., Od., 1, 47.
aa4 CHAPITRE XIV*
sieurs donnèrent leurs suffrages du haut des toits. Ses deux premières lois furent destinées à venger la mort de son frère, car c'était pour lui le premier devoir.
Son frère vengé, il fit confirmer et étendre la loi agraire, et proposa différentes lois ayant pour but d'augmenter le pouvoir du peuple et d'affaiblir celui du sénat. Une d'elles était relative à l'établissement des colonies : des terres domaniales devaient être distribuées aux pauvres citoyens qu'on y enverrait. Une autre était en faveur des soldats : elle ordonnait qu'ils fussent habillés aux frais du trésor public , sans que pour cela leur solde fut diminuée. Elle ajoutait qu'aucun citoyen ne serait enrôlé avant qu'il eût dix-sept ans accomplis. Une troisième ordonnait qu'à des époques fixes une distribution de blé serait faite à bas prix aux citoyens indigents.
Cependant Caïus.ne s'en tenait pas à ces réformes législatives ; il fallait aussi donner du travail aux pauvres. Des lois furent rendues pour le rétablissement de plusieurs colonies, pour la construction de greniers publics et de "^grandes routes. Lui-même dirigeait toutes ces entreprises. Grâce à lui, l'Italie fut bientôt sillonnée en tous sens par des chemins larges, solides et commodes, que n'interrompait aucun obstacle. Le peuple ne pouvait se lasser d'admirer son tribun entouré d'entrepreneurs, d'artistes, d'ambassadeurs, de magistrats, de soldats, de gens de lettres , répondant avec douceur à tous sans rien perdre de sa dignité, et se montrant plus populaire encore dans le commerce ordinaire que dans les discours éloquents que. d'une voix si puissante, il prononçait du haut delà tribune. Caïus avait obtenu dans Rome une autorité presque monarchique. Le sénat l'admettait à ses délibérations, et lui demanda souvent son avis. Il est vrai que le jeune tribun ne donna jamais que des conseils dignes de cet ordre. Tel fut le décret aussi honorable que juste qu'il proposa au sujet du blé que le propréteur Fabius avait envoyé d'Espagne. Il détermina le sénat à faire vendre ce blé, à en renvoyer le prix aux villes de cette province, et à réprimander Fabius de ce qu'il rendait par ses exactions la
CAÏBS GRACCHUS. m5
puissance romaine .odieuse et insupportable aux pays qu'il gouvernait .
Voyant les Romains disposés à lui donner toutes les preuves de bienveillance qu'il pourrait désirer, il dit un jour, dans une de ses harangues publiques ; qu'il avait à réclamer du peuple une seule grâce dont l'obtention lui tiendrait lieu de tout. On crut qu'il allait demander le consulat, et qu'il voulait même cumuler cette charge avec celle de tribun; mais quand vint le jour des comices consulaires , il parut au champ de Mars, tenant Fannius , son ami, par la main, et sollicita pour lui le consulat. Un refus était impossible; Fannius fut élu, et Caïus nommé tribun du peuple pour la seconde fois sans l'avoir demandé (122).
Mais déjà le sénat ne dissimulait plus sa haine contre lui; Fannius lui-même, en qui il espérait trouver un appui , se refroidit à son égard. Il n'en persista pas moins dans ses desseins. Le droit de suffrage est accordé aux Italiens, et le droit de connaître de tous les procès est transféré des sénateurs aux chevaliers. Cette dernière mesure anéantissait le pouvoir ,et l'influence des sénateurs. Caïus ne s'y méprenait pas : aussi , dans la joie du succès, s'écria-t-il : « J'ai d'un seul coup frappé de mort le sénat. » Il disait vrai; mais l'agonie devait être longue, et avant de mourir, le sénat devait se venger.
Pour abattre Caïus, il fallait le dépopulariser; et le plus sûr moyen de lui enlever la faveur de la multitude, c'était de faire pour elle plqs que n'avait fait son tribun bien-aimé. On acheta donc l'un de ses collègues, LiviusDrusus. Celuici, abandonnant au sénat l'exercice de son tribunat, fit des lois qui, sans offrir aucun motif honnête ou utile, n'avaient d'autre but que de surpasser Caïus en complaisance pour te peuple. Ainsi Caïus avait proposé rétablissement de deux colonies qu'il composait des citoyens les plus honnêtes, et les sénateurs l'avaient accusé de vouloir corrompre le peuple : Livius, pour renchérir sur lui, ordonna d'en établir douze, chacune de trois mille citoyens indigents; et tes sénateurs appuyèrent sa loi.
Mais pour enlever entièrement à Caïus l'affection popu-
&a6 aufins xrr«
Jûîpe , il fallait trouver moyen de l'ëkngBttr* ©n i bun,Rubrius, proposa de rétablir Carthage , et'eette t«é* «ion échut à Gains et à l'un de ses partisans , Ffcrirrws; ils ne purent refuser. Ge lut alors que les ennemis de Gaie» ne donnèrent une libre carrière- Pendant les soixante-dix joncs que dura son absence, on accumula sur lui d*odieiraes tiakxnnies.; son ennemi déclaré, Opimius, était au mxmm ont de se voir nommer conseil, car le peuple, rassasié de dois -populaires, s'était laissé prendre aux séductions dusétot, ert Opimius avait pour Un une faction nombreuse.
Gains, informé du danger qui le menace, se hâte -de revenir à Rome , et sollicite ma troisième tritons* ; mais 11 échoue, bien qu'il eût, dit-on, obtenu la majofffté des sofirnges. Un nouvel affront lui était réserve. Opitohis, ttbmmé consul (121), annonce r intention abroger ptafcietn* lois, et ordonne nue enquête sur l'établissement de fia 'OOtoniede Junonia (c'était le nouveau nom doonéà GantlarçpÉ). On Perchait évidemment à irriter Gains, afin quegafràés emportements il donnât tëeu à quelqu'un de le taer. I* çatienee enfin lui manqua. Le jour où Opinii«s devait *casaer les lois de Gaïus, 4es deux partis occupèrent ie'Gapitatedès le matin. Œ»e licteur Attihws ayant dit à FulYtos-rf à ses partisans: «Place aux honnêtes gens, mauvais citoyens! » et ayant ajouté des voies de fait à ces insnttes, fat à l'estant percé de coups, malgré la résistance de Caïus, qui reprochait aux siens de dentier à leurs ennemis on pnéteste qu'ils cherchaient depuis longtemps.
Le lendemain, te eadavre d'Àttiias fut exposé aar la place publique, et plusieurs sénateurs vinrent ItaÉtoufccr et l'arroser de kurs larmes Mutes. On voirait fMr>oet<af>pareil frapper les esprits da peapie. Maâ% à In vue desihdnnefcrs hypocrites rendus par les nobles à un «nteérafcfle lieteur, le g» eupte ne put se défendre de songer ;av*c qwftle sécheresse de cœur-ces mêmes nobles «valent de teursipaopees mains donné ia mort à Tifoerius, et l'effet iqu'en voulait produire fut manqué.
Alors on eut recours aux grands iftwyens : le emmtàit invité à veilfer au salut de la ripubtiqtie. Les féntfteurs
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reçurent tordre de prendre tes armas, et les chevaliers dorent ameaer ehacun deux: hommes armés. De L'antre eàbé, «a fie prépara à la défense. Fui vins, son moins meiacé que Gaïus, rassembla autour de lui une troupe nomhraise, qm. s'arma des dépouilles que dans Tannée de son consulat il avait remportées sur les Gaulois ; puis il alla s'emparer du mont Aventin. Pour Caïus, en se retirant de la place il s'arrêta devant la statue de son père, la contempla longtemps sans proférer une seule parole, et s'éloigna en versant des larmes et poussant de profonds soupirs. Le jour décisif arrivé, il ne voulut point s'armer; il sortit malgré les prières de sa femme, n'emportant qu'un petit poignard, car il était résolu de mourir avec les siens, mais non de la main d'un ennemi.
Caïus, arrivé sur l'Àveatin,, tente un dernier jnoyem de conciliation. Par son conseil, le fils de Fui vins, . d'une beauté remarquable, fut envoyé au sénat et au consul, un caducée à la main. Mais Opimius le renvoie, avec défense de revenir , si ce n'est pour apporter la soumission des coupables. Caïus, toujours généreux, veut se dévouer pour les siens; peut-être compte-t-il encore sur son éloquence : mais Fulvius s'y refuse., et le jeune héraut est envoyé de nouveau aux sénateurs. Qpimius, qui ne demandait qu'à combattre , le fait sur-le-champ arrêter , et marche contre Fulvius à la tête d'une infanterie nombreuse et d'un corps d'archers crétois. Cependant, comme la résistance est plus opiniâtre qu'il ne s'y attendait , il fait proclamer une amnistie, et bientôt Caïus n'a plus autour de lui que quelques amis fidèles qui se font tuer an pont Sublicius, pour lui laisser la possibilité de fuir. Il eut le temps de se jeter dans le bote des Furies* où il reçut la mort de la main de son esclave Philocrate, qui se la donna ensuite lui-même. Le consul avait fait mettre la tête de Caïus à prix, et avait jnrûHtis de donner son pesant d'or. Un certain Septi- JBtttaius., qui s'en empara , en fit sortir la cervelle, et la ««aqptoca par du plomb fondu qu'il fit couler dans le crâne. Fulvius lut massacré avec son fils aîné. Le plus jeune «tenu prisonnier au commencement du combat, eut le
aa8 CHAPITRE XV.
même sort. Trois mille citoyens , massacrés inhumaine* ment, furent jetés dans le Tibre, leurs biens furent confisqués au profit du trésor, et l'on défendit à leurs veuves de porter leur deuil.