‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 50 sur 157 · I. RÉACTION DU PARTI DES GRANDS. MARIUS · texte numérisé non relu

I. RÉACTION DU PARTI DES GRANDS. MARIUS

Ainsi la tentative faite par les Gracques avait échoué. Les chefs que le peuple s'était donnés dans sa misère étaient tombés sous les coups de l'aristocratie; les nobles triomphaient : ils conservaient les terres usurpées, les prérogatives enlevées aux plébéiens, et croyaient en avoir fini à jamais avec lui. Mais la révolution n'est que retardée. Les Gracques ont voulu faire une révolution légale, les nobles les ont combattus pa* la violence : ce sera désormais aussi par la violence que le peuple voudra se faire justice. Les plébéiens , accablés de misère , se jetteront dans les bras du premier chef qui se présentera pour les venger des nobles. «Lorsque le dernier des Gracques périt, dit « Mirabeau, il prit dans sa main de la poussière, et la lança « contre le ciel ; de cette poussière sortit Marius , Marius « moins célèbre par ses victoires que par sa haine contre « les grands. »

Dans toute l'affaire des Gracques , les consuls n'avaient pas joué le premier rôle ; ils s'étaient tenus presque en dehors de la querelle. C'étaient les nobles seuls et leurs partisans qui avaient renversé ces généreux adversaires. Ces nobles formaient ce parti puissant que Salluste désigne sous le nom de faction des grands , et qui dominait le sénat luimême. Après la mort de Caïus, elle se trouva toute-puissante. Son chef Opimius éleva comme par dérision un tem-

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pie à la Concorde , dans le même temps où il proscrivait les partisans des Grecques. Carbon , l'ami de Caïus , fht obligé de se donner la mort. Popilius, que Caïus avait exilé , fat rappelé. Bientôt les grands attaquèrent les lois des Grecques : d'abord ils restreignirent la quantité de blé que les greniers publics devaient fournir au peuple, gratis ou à bas prix; ensuite on attaqua la loi agraire, et on la supprima, à cette condition toutefois (pour ne pas trop irriter le peuple) que les détenteurs du domaine publie payeraient une redevance qui serait distribuée aux plébéiens. Mais on supprima bientôt cette redevance , et le peuple retomba dans son ancienne misère.

Les chevaliers ne pouvaient pas espérer qu'on leur laisserait l'administration de la justice , que Caïus leur avait fait donner. Il importait trop en effet aux riches et à la haute aristocratie de remplir les tribunaux de ses membres, pour qu'elle n'essayât pas d'en chasser les chevaliers. Tout ce que ceux-ci purent obtenir, ce fat de partager avec le sénat. Ainsi, les nobles ne comprenaient pas qu'ils avaient besoin de concession pour se sauver eux-mêmes. Pendant quatorze ans, ils continuèrent la proscription contre les hommes nouveaux; et de 121 à 107, ils ne laissèrent arriver au consulat et aux charges curules personne qui ne sortit de leurs rangs. Lorsque Marius demanda à son général la permission d'aller à Rome briguer le consulat , celui-ci lui répondit : « U sera temps de vous présenter * quand mon fils le demandera. » Il s'en fallait encore de vingt ans pour que son fils eût l'âge. C'était pousser trop loin l'oppression , trop profiter de la victoire; c'était rendre une réaction imminente. Leurs violences. préparèrent les proscriptions de Marius.

Celui-ci, né aux environs d'Arpinum, d'une famille équestre , mais dé parents pauvres et obscurs , s'était distingué par son courage devant Numance. Un jour qu'on demandait à Scipion Émilien qui pourrait le remplacer : «Celui-ci peut-être,» dit-il en frappant sur l'épaule de Marius. De retour à Rome , Marius fat porté au tribunat par la faveur de Metellùs, dont il était le client , deux ans

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seulement après la *M>pt«te Gaïus. Harkis fmarût d'abord ne vouloir flatter aucun parti. Uà Metéllus aymt pacèé m plein sénat contre une loi qritl proposait, il le menaça de ïefaire mettreen prison, Quelque temps après , il se déclara contre ire distribution de blé proposée par ses coHègues. Ainsi Marius refusait de prendre le rôle de chef du peuple; ii sentait que la populace ne suffisait pas pour combattre les nobles. Peu fait d'ailleurs pour les disputes du Forum, il k»i fallait trouver ailleurs le crédit et l'influence qu'il ne pouvait obtenir à Rome par l'éloquence. Ge M dans les armées qu'il chercha un appui pkis fort que celui auquel s'étaient confiés les Graeques. Il parvint à se iaire nommer questeur de Metellus dans la guerre «astre Jugurtha , guerre qui durait déjà depuis longtemps , grâce "à l'impéritie et à la vénalité de$ généraux romains.

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