‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 51 sur 157 · IL GTJEKBE DE JUGURTHA · texte numérisé non relu

IL GTJEKBE DE JUGURTHA

Jugurtba était neveu de Micipsa, Jûls de Massinissa^ et roi de Numidie. Micipsa., entrevoyant de bonne iheure les talents et l'ambition de Jugurtba, et craignant qu'il ne devint un jour pour ses fils un rival dangereux , voulut s'en débarrasser en F envoyant en Espagne, à la tête des troupes auxiliaires que Rome lui avait demandées. Mais après la ruine de Numance, Jugurtba revint avec la réputation d'un bravesoldat et d'un habile général. Micipsa, gagné Lui-même par la réputation de son neveu , l'adopta, et en mourant lui laissa un tiers de son royaume; Hiempsal et Adherbal lurent investis des deux autres portions. Ge n'était pas. le eompte de Jugurtba; il ambitionnait tout l'héritage, et ne recula devant aucun moyen pour s'en emparer. D'abord il fit assassiner Hiempsal (il 8), et s'emnajft de ses États. Adherbal lui-même est bientôt après attaqué, et une défaite -qu'il éprouve l'oblige à s'enfermer dans Cirta. Juguetia l'assiège , le force par la famine à se rendre, et, maigre des promesses solennelles , malgré la présence des commissairesenvoyés par le sénat roœain,<a«quel il a eu reeours dans sa détoesge, il te fait «neutre à mort.

Cependant te peuple s'indigne de voir .ce «noi barbare

GUEHKE DE JtJGTTRTHA. a3ï

tenir si peu de compte de son intercession en faveur d'Adberbal : la guerre lui est déclarée ; mais Calpurnius Pison et son lieutenant Scaurus se laissent gagner, et fui vendent la paix. A cette nouvelle, l'indignation du peuple contre la vénalité des grands est à son comble. Le tribun Memmius cite Jugurtha, qui, comptant sur son or, ose venir à Rome. Il ne s'était pas trompé : interrogé par Memmius , il reçoit d*un autre tribun , qu'il a gagné, défense de répondre; et, comme pour braver le peuple et son tribun , il fait assassiner, dans l'enceinte même de Rome, un prince numide, Massiva, dont il redoutait les prétentions. Ce nouveau crime lui fit donner l'ordre de sortir à l'instant de l'Italie. En passant les portes de Rome, il s'écria, en se retournant vers les murailles : « Ville vénale , tu périrais bientôt , si « ta trouvais un acheteur (lit) 1 »

Le consul Spurius Postumius Albimis est envoyé aussitôt en Numidie; mais, soit incapacité, soit corruption, Àlbinus laisse échapper Jugurtha; et son frère Aulus Àlbinus, auquel il confie en son absence le commandement, se ftrit battre par le Numide, et passe sous le joug avec totrte son armée. Cette honte força le sénat à remettre enfin le soin de cette guerre entre des mains plus sûres et plus habiles. L. Metclhis fut envoyé contre Jugurtha, qu'il poursuivit à outrance, sans se laisser arrêter par ses promesses ni ses menaces. D'abord il rétablit la discipline dans les légions, puis bat le prince sur les bords du Muthul, et s'empare de Vacca. Ces opérations prennent toute la première campagne ; la seconde année de son commandement , il entame des négociations avee Jugurtha, qui, effrayé d'avoir^ tm tel adversaire, consente livrer ses armes et ses trésors. Mais quand Met»! Jus, qui le croit désarmé , veut lui ordonner de venir se livrer hri-même , il refait son année , s'&llte avec Bocehus ; et cependant , malgré ses efforts , il ne peut empêcher la prise de Thala.

Tel était l'état de la guerre; ta Numidie était presque conquise, et Jugurtha vaincu était allé chercher un asile <ehez les Gétules , lorsque l'honneur de le prendre fuft enlevé à MetettM par ton «uesfcnr Marias. Mariu» était resté

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longtemps avant doser solliciter le consulat; «car, dit Salluste, si le peuple disposait alors des autres magistratures, la noblesse se transmettait de main en main cette dignité suprême , dont elle était exclusivement en possession. Tout homme nouveau , quels que fussent sa renommée et l'éclat de ses actions, paraissait indigne de cet honneur ; il était comme souillé par la tache de sa naissance. » Cependant à force d'intrigues et de récriminations contre son général, qui, disait-il, traînait la guerre en longueur, il parvint à se faire un parti parmi les négociants italiens, dont la guerre ruinait le commerce. D'ailleurs, le parti démocratique, qui se taisait depuis longtemps, avait repris à la fin quelque courage. La Jionte dont la noblesse s'était couverte en Afrique l'avait enhardi , et il voulait, comme autrefois, ressaisir le consulat. De tout le parti, l'homme ^Te plus distingué était Marius. Les suffrages se portèrent sur lui, et il fut élu. C'est alors qu'il laissa exhaler toute sa haine contre la noblesse. « Appuyés sur leurs noms , les «nobles, qui ressemblent si peu aux grands hommes des «temps passés, osent nous mépriser, nous qui sommes « leurs émules; ils réclament de vous tous les honneurs, «non comme la récompense du mérite, mais comme un « droit acquis. Ces hommes si orgueilleux sont dans une « étrange erreur. Leurs ancêtres leur ont transmis tout ce .« qui pouvait l'être , richesses, images, souvenirs glorieux « de ce qu'ils furent; mais ils ne leur ont point légué la « vertu, parce que cela est impossible : la vertu seule ne « peut se donner ni se recevoir. Ils m'accusent de vilenie « et de grossièreté, parce que je m'entends mal à ordonner « les apprêts d'un festin, que je n'ai point d'histrion à ma « table, et que mon cuisinier ne me coûte pas plus cher « qu'un garçon de charrue. Oui , je l'avoue et je m'en fais « gloire : mon père et d'autres personnages d'une vie irré- « prochable m'ont enseigné que ces futilités conviennent « aux femmes, et le travail aux hommes; et qu'il faut au « brave moins de richesses que de gloire ; que les armes, « et non les ameublements, sont sa parure. Eh bien donc, « cette vie qui leur plaît tant, qu'ils la mènent toujours;

GUERRE DE JUGURTHA. a 33

«qu'ils aiment, qu'ils boivent; qu'ils passent dans lesfes- « tins leur vieillesse comme leur adolescence , esclaves de « leur ventre et des appétits les plus honteux : qu'ils nous « laissent la sueur, la poussière, toutes les fatigues, à nous « qui les trouvons plus douces que leurs orgies. »

La guerre ne languit pas avec Marius: Capsa, Malucha furent enlevées, Bocchus et~ Jugurtha furent vaincus dans deux batailles; et Bocchus effrayé consentit enfin à remettre Jugurtha, son gendre, anx mains de Sylla, questeur de Marius. Cette importante capture mit fin à la guerre, mais commença la haine et la rivalité de Marius et de son lieutenant. La portion de la Numidie qui avoisinait l'Afrique carthaginoise fut réduite en province romaine; Bocchus obtint la portion qui touchait à la Mauritanie; le reste fut partagé entre Hiempsal et Mandrestal , petits-fils de Massinissa. Quant à Jugurtha, conduit à Rome derrière le char de triomphe de Marius , il fut jeté tout nu dans une fosse profonde, où il lutta pendant six jours contre la faim (106) '.

Marius avait signalé son premier consulat par une im-

1 Dans cette période, où les événements intérieurs sont si graves, la guerre extérieure n'est marquée que par des expéditions peu importantes, à droite et à gauche de la Cisalpine. — (156) Conquête de la Dalmatie. — (153) Guerre contre les Oxybiens et les Décéates. — (126) Guerre contre les Vocontiens et les Salycns , à la sollicitation des Marseillais.— (124) Fondation d'Aquœ Sextiœ. — (121) Guerre contre les Allobroges et contre les Arvernes leurs alliés. Grande victoire de Fabius Maxim us, réduction de la Provence et d'une partie du Dauphiné en province romaine (provincia). — (119) Fondation de Narbonne. — (124) Soumission des lies Baléares (118) Expédition contre les Dalmates (115-113) Guerre contre les Scordisques, peuples

des bords du Danube ; défaite de Caton. Les Scordisques s'avancent vers .l'Adriatique , mais ils sont successivement vaincus par deux consuls.

— (105-102) Seconde révolte des esclaves en Sicile; défaite de Licinius Nerva à Murgantia ; prise de Triocale ; siège de Lilybée par Athénion, qui veut se joindre à Tryphon, l'autre chef qui avait commencé la révolte; défaite des esclaves par LucuUus ; fuite et mort de Try phom — (104) Athénion, resté seul, bat Servilius et prend Marcella; les esclaves sont presque maîtres de l'Ile entière; Manius Aquilius défait et tue Athénion. — (102) Un million d'hommes avaient péri dans les deux guerres servîtes.

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portante «movatton. Anqtfà loi, tes magistrats n'ataiart jamais oonfié d'armes à cette populace de Rome qui, ms te nom de prolétaires, remplissait tes dernières triton, et échappait par sa misère à toute* les charges de l'État. Marius les enrôla; et ces homme», qui, souvent avant lui, n'avaient pour vivre que tes rares et gratuites distributions faites par le sénat ou par les riches patriciens , eurent de lors une solde, et formèrent tarte la forée militaire de FÉtat. N'ayant rien qui les attachât à leur patrie, ils oublièrent bientôt Rome pour le chef qui leur donnait glose et butin* Dès ce moment les armées cessèrent d'appartenir à la république.

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