‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 55 sur 157 · II. LES ITALIENS RÉCLAMENT LE DROIT DE CITJS · texte numérisé non relu

II. LES ITALIENS RÉCLAMENT LE DROIT DE CITJS

GUEEBE SOCIALE,

Derrière les plébéiens étaient les Italiens, qui, depuis si longtemps, versaient leur sang pour Rome; ils vinrent réclamer à leur tour, comme avaient déjà fait les esclaves et les prolétaires. Leur misère était grande. En leur enlevant leur indépendance, Rome leur avait accordé de certains droits. Tant que durèrent ses dangers, les droits des Italiens furent respectés , les traités taits avec eux , observés; mais après la défaite d'Annie, lorsque Rome fut devenue toute-puissante, lorsque^ grands se crurent audessus des lois, on vit alors beaucoup d'actes de cruauté et d'injustice: témoin ce magijtfcat de Préneste qui fut battu de verges pour une négligence qu'il avait apportée dans son service ; témoin ce censeur qui, voulant faire bâtir à Rome un temple à la Concorde, fit enlever le toit du temple de Junon Lacinienne dans le Rruttium, et qui, forcé par le sénat de s'en dessaisir, se contenta de le laisser à

terre dans une des cours du temple. Les riches , de leur côté, préféraient les terres de l'Italie à toutes les autres. Aussi y avait-il de grandes spoliations : souvent les propriétaires • étaient dépossédés; rarement on leur payait une modique indemnité.

Les Italiens, fatigués de réclamer vainement contre d'aussi odieuses injustices , prirent un autre moyen , celui! de se faire citoyens romains en s'introduisant furtivement dans la ville. Ils refluèrent d'abord dans le Latium , et de là ils passaient dans Rome. Pour y pénétrer, ils faisaient des! ventes simulées. Ainsi le père vendait son fils à un citoyen romain , sous la condition tacite que ce dernier l'affranchirait ; l'affranchi devenait ensuite citoyen par sa qualité même d'affranchi. On fit plusieurs décrets afin de réprimer éesenvahissements. Aiusi en 1 87 douze mille familles latines furent chassées de Rome. Quinze ans plus tard, on en expulsa seize mille. La fraude étant découverte, et ne pouvant plus réussir, les Italiens employèrent les voies légales. Ils s'adressèrent aux tribuns. Les Gracques commencèrent. Les promesses que leur fit Tiberius furent vagues. Fulvius le premier proposa de donner le droit de cité à tous les alliés, et persévéra dans cette proposition pendant tout son consulat. Le sénat, pour se débarrasser de lui , fut obligé de l'envoyer hors de Rome avec une commission insignifiante. Nommé ensuite tribun avec Caïus Gracchus, il reprit son projet.

Il y avait donc comme deux mouvements contraires, l'un qui poussait les Italiens sur Rome, l'autre qui tendait à les en éloigner ; leur force s'accrut de toute la résistance qu'ils rencontrèrent. Le choc fut préparé par Livius Drusus (91), le même qui avait été l'instrument du sénat pour détruire la popularité de Gaîus. Il voulut concilier tous les intérêts et toutes les ambitions. 11 tâcha de gagner le peuple par des colonies en Italie et des distributions de blé, proposa de faire entrer dans le sénat trois cents des plus nobles chevaliers, et de rendre les jugements aux sénateurs. Enfin , il voulait donner le droit de cité aux Italiens.

Toutes les lois proposées par Drusus furent acceptées)

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par le peuple, non sans une vive opposition de la part des chevaliers et des consuls Cépion et Philippe, qui favorisaient leur parti. Le tribun ne réussit qu'en employant la violence contrç ses adversaires. Mais ce triomphe, qu'il devait en grande partie aux alliés , le jeta dans le plus grand embarras. Les alliés le sommèrent de tenir sa parole, et demandèrent le droit de bourgeoisie, comme le prix de l'assistance qu'ils avaient donnée au parti du sénat. Cependant le tribun sentait bien que les Romains ne pourraient se résoudre à descendre au niveau des peuples qui, jusque-là , avaient été leurs sujets sous le nom d'alliés. Ceux-ci , désespérant de le voir mettre ses projets à exécution, formerait l'horrible complot de tuer les consuls, qui s'y opposaient. Drusus, instruit de ce dessein, avertit lui-même Philippe, son plus mortel ennemi. On ne fut pas aussi généreux envers lui, car il périt, peu de temps après, assassiné. Les soupçons tombèrent sur les consuls et sur an des collègues de Drusus. Au moment de sa mort, la iiscorde était à son comble en Italie; tout annonçait un soulèvement général. La manière dont les chevaliers exploitèrent ce meurtre , préparé par leurs mains , amena l'explosion. Le consul fit casser toutes les lois de Drusus par un simple décret du sénat. Les chevaliers seuls restèrent en possession de rendre la justice, et tous les partions du tribun furent exilés.

Les chevaliers triomphaient dans Rome. Mais pour les peuples de l'Italie , la mort de Drusus fut le signal de la guerre. Les alliés , ayant perdu leur unique protection , eurent recours aux armes, et levèrent l'étendard de la récite (90). Quatre peuples seuls, dans toute l'Italie, n'euœat point de part à l'insurrection: c'étaient les Latins, qui Mssaient déjà de privilèges très-considérables: les Étruslues, les Ombriens et les Gaulois cisalpins , aux dépens lesquels devaient être établies les colonies de Drusus. Tout ht exécuté avec ordre et promptitude, comme si la guerre ïût été préparée d'avance; ils formèrent le plan d'une république italique, semblable en tout à celle de Rome. La capitale devait être Corfinium,dans le pays des Péligniens;

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ils instituèrent comme les Romains on sénat, des consuls, des préteurs, etc. Ces ennemis étaient d'autant plus redoutable»^ qu'ils avaient la discipline et la science militaire dès Romains. Le chef de la ligue et l'âme eiuquelqus sorte de cette entreprise était Pompedius Silo , vaillant guerrier et politique habile. Dans cette confédération, Les Sanuaites et les Marses tenaient le premier rang. Cette guerre, appelée le plus souvent guerre Sociale, fût aussi nommée guerre des Marses , guerre Italique; au fond, et Fftoras le dit, c'était une vraie guerre civile. Sa durée ne fat que de deux ans ; mais elle continua longtemps encore après la mort de Pompedius, et ne s'éteignit entièrement que sous la dictature de Sylla. Dans cette lutte acharnée, Rome employa toutes ses ressources ; elle multiplia ses armées et ses généraux ; le père de César , celui de-Pompée , de Caton, Sylla, Sertorius, Metellus, puis Murena, soutinrent dignement l'honneur et la fortune de Rome. Cependant , quoique commandés par d'habiles généraux, les Romains éprouvèrent d'abord plusieurs défaites. Mais la victoire remportée par Pompeius Strabon dans le Picenum, et la prise d'Asculum, capitale de cette province, portèrent un coup terrible à la confédération (89) ; bientôt elle perdit Bovianum. Enfin une victoire gagnée par Sylla sur les Samnites décida le sort de la guerre. Mais la perte la plus sensible que firent les confédérés fut celle de Pompedius SUo , tué dans une bataille. Rome n'abusa pas de sa victoire : après avoir prouvé sa force, elle montra sa prudence. Le sénat avait senti qu'il fallait faire quelque concession aux peuples qui lui étaient restés fidèles; il leur accorda le droit de cité. Cette mesure eut un heureux effet; elle attacha plus fortement aux Romains ceux qu'elle favorisait. Puis, à mesure qu'une ville se soumettait, le sénat lui don» nait ce droit; de sorte qu'à la fin de la guerre presque tous les peuples jouissaient de ce privilège. Mais ce grand nombre de citoyens inspira des craintes; et pour rendre inutile ce que les alliés avaient acquis avec tant de peine, au lieu de les incorporer dans les trente-cinq tribus déjà existantes, où, par leur grand nombre, ils auraient pu faire la loi,

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