‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 56 sur 157 · UL RIVALITÉ DR MABIU& BOT DR STIAA · texte numérisé non relu

UL RIVALITÉ DR MABIU& BOT DR STIAA

Rome s'était ainsi prémunie contre l'influence politique que les Italiens auraient pu exercer dans les élections. Néanmoins l'équilibre de la constitution fut rompu. La populace déjà si nombreuse se trouva accrue par la foule des Italiens, et dès lors les démagogues, les tribuns du peuple, trouvèrent plus de facilité pour recruter des satellites, et faire appuyer leurs projets par les cris et les violences de cette multitude. Durant la guerre Sociale, la conduite de Marins avait été singulièrement équivoque. On l'avait vu se tenir toujours renfermé dans son camp, refuser le combat, perdre les plus belles occasions, et se retirer enfin, sous le prétexte qu'il ne pouvait plus supporter les fatigues de la guerre. Sylla, au contraire, avait poussé la guerre avec vigueur , et éclipsé par ses victoires l'ancienne réputation deMarius; aussi les récompenses furent-elles pour lui. A son retour à Rome, il fut nommé consul avec Q. Pompeius.

Mais ce n'était pas cette charge qu'ambitionnait Sylla. Rome avait alors une de ces guerres qui pouvaient suffire à l'ambition de ses plus habiles généraux. Mithridate le Grand s'était emparé de toute l'Asie antérieure, de la Macédoine , de la Grèce, et menaçait déjà l'Italie. Il y avait là gloire et butin à gagner ! Si Marius avait pour lui d'avoir repoussé les peuples du Nord, Sylla aurait de son côté pour lui d'avoir vaincu le plus grand roi de l'Orient. Il avait déjà partagé avec Marius la gloire d'avoir terminé la guerre de Numidie; il avait de plus ses victoires contre les Italiens : qu'il revienne donc vainqueur de l'Asie, et il pourra écraser Marius de sa gloire. D'ailleurs, les guerres d'Asie avaient. toujours pour les généraux romains de grands attraits. Ce n'étaient point des campagnes difficiles, des expéditions qui demandassent une bien grande habileté. Il y avait, en récompense de quelques fatigues, tant à gagner, tant de butin à faire; et avec ce butin on

pouvait si facilement acheter une armée ! Voilà pourquoi Sy lia demandait instamment d'être chargé de cette guerre. Ce n'était pas là le compte de Marius. Quittant tout à coup sa magnifique maison du cap Misène , il accourut à Rome ; chaque matin on le voyait , malgré ses soixantesept ans et son extrême embonpoint, descendre au champ de Mars, s'y exercer avec la jeunesse romaine , pour bien prouver a tous que ses maux de nerfs étaient passés. Afin *tte pouvoir lutter contre Sylla, qui avait pour lui le sénat et la dignité consulaire , Marius chercha encore un appui parmi les tribuns : il trouva dans Sulpicius un émule et un admirateur de Saturninus , qui ne reprochait à son modèle que deux choses, timidité et lenteur. Sulpicius , afin d'être prêt pour toutes les occasions , entretenait toujours auprès de sa personne trois mille satellites armés, et un grand nombre de jeunes chevaliers prêts à exécuter tout ce qu'il leur commanderait: c'était ce qu'il appelait son antisénat. Sulpicius ne reculait devant rien ; il emporta par la violence toutes les lois qu'il proposa, et pour être plus fort il chercha encore un appui dans les Italiens: il leur promit de les dissémiuer dans les trente-ciqq anciennes tribus ; c'était leur livrer Rome. Mais ce qu'il voulait surtout , c'était de faire donner à Marius le commandement de la guerre d'Asie. Grâce aux violences de l'antisénat, la loi pour la guerre contre Mithridate passa. En vain les consuls essayèrent de suspendre toutes les affaires, de fermer les tribunaux , d'interrompre même l'action du gouvernement, afin d'arrêter les violences du tribun ; Sulpicius les contraignit de révoquer cet édit.Un jour que les deux consuls tenaient une assemblée publique , il se jeta avec ses gladiateurs sur ceux qui les entouraient, et en tua plusieurs. Le fils du consul Pompeius, qui se trouvait là, n'échappa à la mort que par la fuite. Sylla fut entraîné dans la maison de Marius , et obligé de jurer qui! se démettrait du commandement dont il était déjà investi.

Ici encore Marius manqua de résolution. Tandis qu'il avait Sylla entre les mains , il aurait dû s'en défaire : il n'osa. Sylla quitta Rome en toute hâte , et alla se mettre

RIVALITÉ DE MARIUS ET DE SYLLA. !ïty

à la tête des troupes qu'on avait réunies à Nola pour dissiper les derniers restes des Italiens révoltés. Sylla n'hésita point à faire ce qu'aucun général romain n'avait osé tenter avant lui : il marcha sur Rome, où Marius faisait mourir ses amis et livrait sa maison au pillage. Lorsqu'on apprit son approche, le sénat ordonna à deux préteurs de marcher à sa rencontre,pour l'empêcher dépasser outre. Les préteurs faillirent être tués par les soldats, et on les renvoya après leur avoir fait subir mille outrages. Marius cependant faisait quelques préparatifs. Il fit publier à son de trompe qu'il accorderait la liberté à ceux des esclaves qui prendraient les armes pour lui : c'était recourir à un moyen qui devait lui aliéner tous les riches, lors même que sa vie passée ne l'aurait pas séparé d'eux. Ce fut à peine s'il put résister quelques instants sur le mont Ësquilin. Sylla ayant donné ordre de mettre le feu aux maisons , ses soldats pénétrèrent dans l'enceinte de Rome jusqu'au temple de la Terre ; Marius, poursuivi, fut obligé de s'enfuir précipitamment (88).

Il voulut passer en Afrique ; mais-les vents contraires l'ayant empêché de réaliser ce dessein , il fut rejeté sur les côtes de laCampanie, et se vit réduit, pour se dérober aux émissaires de Sylla , à se cacher dans un marais. Découvert dans cette retraite, il fut conduit à Minturnes, dont les magistrats , dévoués à son rival , résolurent de le faire mourir, et envoyèrent un cavalier gaulois ou cirabre dans sa prison, pour lui couper la tête ; mais le barbare ne put résister ni au regard de feu nia la voix terrible de Marius, qui s'écria, en le voyant entrer: « Oseras-tu, malheureux, «tuer Gaïus Marius? » et il s'enfuit en jetant son épée. Les Minturniens, émus par le récit de cette aventure, et plus encore sans doute par l'intérêt qu'ils devaient porter à l'ami des Italiens , favorisèrent la fuite de Marius , qui fit voile pour l'Afrique , où son fils avait sollicité en sa faveur les secours d'Hiempsal. A peine fut-il débarqué près de Garthage, que le gouverneur d'Afrique , Sextilius, lui envoya un licteur avec l'ordre de sortir de la province. Cette défense accabla Marius d'une tristesse et d'une douleur

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si profonde, qu'il n'eut pas d'abord la force de répondre; mais comme le licteur lui demandait ce qu'il devait dire au préteur : «Dis -lui, répondit Marins avec « un soupir, que tu as vu Marius sur les ruines de Car- «tïiage.»

Pendant que Marius échappait avec peine aux dangers * de la proscription , une réaction politique commençait à Rome. Le parti populaire était trop fort pour être si facilement détruit. Ceux d'ailleurs qui aimaient la licence craignaient que Sylla ne voulût trop être maître. Le proconsul Pompeius Strabon, apprenant que son parent le consul Qoântus Pompeius arrivait pour prendre le commandement de son armée, le fit. assassiner par ses troupes. Or, Quintus Pompeius était un partisan de Sylla ; l'assassiner, c'était presque se déclarer contre son patron. Mais bientôt le peuple lui-même manifesta ses sentiments. Il rejeta avec des marques de mépris Nonius, neveu de Sylla , et Servius , un de ses amis, qui s'appuyaient de sa protection ; en leur place il nomma consul Cn. Octavius , l'homme dont il put croire qtte l'élection mortifierait le plus Sylla (87) ; celui-ci fit semblant de l'approuver, et dit même qu'il était bien aise que le peuple lui dût la liberté de faire tout ce qu'il voulait. Pour flatter la faction démocratique , il laissa encore élire Lucius Cinna , partisan de Marius: il est vrai qu'il croyait s'être assuré d'avance de ce consul, en lui faisant jurer, avec les plus fortes imprécations, qu'il servirait ses intérêts ; mais à peine celui-ci eut-il pris possession de sa charge , qu'il entreprit de casser tout ce qui avait été fait ; il voulut même intenter un procès à Sylla , et le fit accuser par un tribun. Sylla comprit qu'il ne serait le maître que quand il se serait formé une année dévouée; aussi, laissant accusateurs et juges; il partit contre Mithridate.

Le collègue de Cinna , Octavius, était un partisan du sénat; et lorsque Cinna voulut faire passer la loi qui répandait dans toutes les tribus les Italiens, Octavius , soutenu par les grands, par une partie même du peuple, qui était jalouse des Italiens , chassa de Rome son collègue, et

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