SL RÉACTION CONTRE L'ARISTOCRATIE. LEPIDUS
Sylla s'était proposé de reconstituer l'ancienne aristocratie ; tous ses efforts tendirent donc à refouler la démocratie. Mais il n'était donné à personne de rétablir un ordre de choses depuis longtemps ruiné. Rome était trop em-
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barr assée de son immense empire et de sa liberté ; il lui fallait un maître. « Sylla , dit Montesquieu , fit des lois très-propres à ôter la cause des désordres que Ton avait vu* Elles augmentèrent l'autorité du sénat, tempérèrent le pouvoir du peuple, réglèrent celui des tribuns. La fantaisie qui lui fit quitter la dictature sembla rendre la vie à la république ; mais, dans la fureur de ses succès , il avait fait de» choses qui mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté. Il ruina, dans son expédition d'Asie, tonte la discipline militaire. Il accoutuma son armée aux rapines, et lui donna des besoins qu'elle n'avait jamais eus. Il entra dans Rome à main armée , et enseigna aux généraux romains à violer l'asile de la liberté; il donna les terres des citoyens aux soldats , et il les rendit avides pour jamais; car dès ce moment il n'y eut plus un homme de guerre qui n'attendît une occasion qui pût mettre les biens de ses concitoyens entre ses mains. II inventa les proscriptions , et mit à prix les têtes de ceux qui n'étaient pas de son parti. Dès lors il fut impossible de s'attacher davantage à la république; car entre deux hommes ambitieux et qui se disputaient la victoire , ceux qui étaient neutres, et pour le parti de la liberté, étaient sûrs d'être proscrits par celui des deux qui serait vainqueur. Il était donc de la prudence de s'attacher à l'un d'eux. » Ajoutons encore qu'un État libre, comme celui de Rome, dans lequel il n'y avait pas de classe intermédiaire, devait, par sa nature, être exposé à des convulsions continuelles, et d'autant plus violentes qu'il était plus puissant. Enfin , par l'effet du bouleversement presque général des propriétés pendant les dernières révolutions, il s'était formé un parti puissant qui ne demandait rien avec autant d'ardeur qu'une contre-révolution. D'ailleurs Sylla n'avait point ruiné à jamais la faction démocratique. Sans doute il en avait proscrit ou massacré les chefs , et croyait avoir réduit la foule à l'impuissance en privant le tribunat de ses plus importantes prérogatives, en faisant peser sur Ini comme une réprobation perpétuelle, par la déclaration qu'il fit que tous ceux qui avaient exercé cette ma-
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gistrature seraient incapables d'obtenir aucune autre charge ; mais la faction populaire ne s'était point formée pour servir les intérêts et l'ambition d'un seul homme : derrière Marius et Cinna, il y avait des besoins qu'il fallait à tout prix satisfaire. Tuer les chefs , ce n'était pas tuer le parti ; car ce parti ne pouvait être anéanti que par la satisfaction de ces besoins impérieux qui faisaient à la fois sa force et sa misère. Après les lois de Sylla , la population n'était pas moins nombreuse, moins affamée, moins oublieuse, dans ses misères, de ce qu'on doit à sa patrie, moins avide enfin d'un changement. Que la main qui pesait si lourdement sur elle s'écarte un peu, et bientôt elle relèvera la tête.
Du vivant même de Sylla , Lepidus essaya de se donner pour chef à cette multitude. Pompée , qui jusqu'alors avait soutenu Sylla , dont il était le lieutenant , favorisait l'é- . lectkm de Lepidus au consulat. «Prenez garde, dit Sylla; vous élevez peut-être un ennemi contre vous. » Lepidus en effet demanda le rappel des proscrits et la restitution de leurs biens. En même temps, comme tous les chefs du parti populaire, il s'appuyait sur les Italiens, promettant de leur restituer les terres que leur avait enlevées le dictateur; mais il trouva un courageux adversaire dans son collègue Gatulus(78). Le jour même des funérailles de Sylla, Lepidus et Gatulus s'attaquèrent en sortant du champ de Mars. Le sénat, effrayé, fit jurer aux deux consuls qu'ils n'en viendraient point aux mains , et renvoya Lepidus dans son gouvernement de la Gaule transalpine. Lorsque l'époque des comices pour l'élection des consuls approcha, Lepidus, laissant Brutus et quelques troupes dans la Narbonnaise, s'avança avec son armée jusqu'aux portes de Rome , dans l'intention d'obtenir un nouveau consulat. On se mit en mesure pour l'arrêter; Gatulus. revêtu de l'autorité dictatoriale que lui donnait la formule Caveant con» suies, appela aux armes tous les bons citoyens, et battit Lepidus un peu en avant du champ de Mars (77). Lepidus, vaincu, alla mourir en Sardaigne. Un autre chef départi, Brutus , père de l'assassin de Gésar , s'enferma dans la ville
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de Modène; il y fut bientôt assiégé par Pompée, qui le prit et le fit tuer.