GUERRE DE SERTORIUS
et on autre général furent défaits, et «ne grande partie de l'Espagne reconnut Sertorius.
A la nouvelle de ces succès, Sylla, qui vivait encore , envoya (77), contre Sertorius, Metellus Pius, qui s'était distingué dans la guerre Sociale. Metellus ne manquait pas de talents militaires, mais son armée était trop lourde et trop lente pour échapper aux manœuvres et aux surprises de son ennemi. Sertorius frappait un coup , puis se retirait, et revenait encore quand on le croyait en fuite. C'était une guerre à désoler le vieux et méthodique général. Dès que Metellus menaçait une ville, il se trouvait cerné dans son camp, ses convois étaient coupés, enlevés, et ses opérations troublées par des attaques continuelles. C'est ainsi qu'il en arriva à Langobrige : à peine était-il devant la place, que Sertorius parut, y jeta du renfort, battit un de ses lieutenants , et le força enfin à lever le siège. Metellus, croyant qu'à force de troupes il pourrait écraser son adversaire, fit venir le gouverneur de la Narbonnaise avec trois légions. Sertorius l'arrête, le défait, et le force à se réfugier presque seul dans Ilicerda. Les passages des Pyrénées étaient ouverts ; il les franchit, et soumet la Nar* bonnaise jusqu'aux Alpes.
Souvent il est plus difficile de gouverner que de faire des conquêtes ; mais Sertorius était aussi habile administrateur que bon général. Pour fortifier l'ascendant qu'il exerçait sur les Espagnols , il leur avait persuadé qu'il était en communication avec les dieux , et qu'une biche blanche, qui le suivait partout, lui servait d'intermédiaire. Quand un courrier lui arrivait de nuit , il le faisait cacher; alors la biche, dressée à ce manège, venait comme lui parler à l'oreille, et Sertorius promettait à ses soldats une bonne nouvelle. En effet , quelque temps après le courrier paraissait, et confirmait le message apporté par la biche.
Sertorius ne se contenta pas de cet artifice, il employa des moyens plus sérieux. Les Espagnols furent par lui exercés a la discipline romaine, et les enfants de leurs plus riches citoyens, réunis à Osca, reçurent la même instruction que les
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jeunes Romains ; le général les visitait , les interrogeait luimême, et donnait comme récompense aux plus méritants la balle, d'or que portaient à Rome les ûis des patriciens. Ces enfants étaient encore pour lui des otages qui lui répondaient de la fidélité de leurs pères, car Sertorius n'avait . point abdiqué les sentiments du citoyen romain ; les Espagnols étaient pour lui des instruments, et rien de plus : aussi ne leur confiait-il aucune charge, aucun grade militaire; aussi ne les admettait-il point dans son sénat, où il avait donné asile à tous les proscrits de Syila. Du reste, cette manière de voir et d'agir causa sa perte; elle finit par lui aliéner le cœur des Espagnols.
Sertorius venait de recevoir un nouveau renfort ; Perpenna , après la défaite de Lepklus , lui avait amené cinquante-trois cohortes romaines. Perpenna eut bien voulu faire la guerre pour son compte , mais ses soldats le forcèrent de se joindre à Sertorius, qui fit de Perpenna son premier lieutenant, sans pouvoir étouffer sa jalousie.
Derrière Perpenna arrivait Pompée , qui reconquit en passant la Gaule narbonnaise. Pompée crut qu'il lui suffirait de paraître pour réduire Sertorius. Ce général~âssiégeaitLauron. Pompée voulut lui faire lever ce siège ; mais la perte de dix mille hommes et celle de Lauron le rendirent plus prudent et plus modeste (76).
Malheureusement Sertorius était mal soutenu : «on lieutenant Hirtuleius fut défait par Metellus dans la Bétkfoe), près d'Italica. Dans le même temps, Pompée battait Herennius et Perpenna près de Valence. Mais Sertorius répara cet échec en battant lui-même Pompée à Sucron. Cette victoire aurait été décisive, sans l'arrivée de Metellus: « Si «cette vieille femme, dit Sertorius, n'était survenue, j'*u- « rais renvoyé ce petit garçon à Rome, après l'avoir châtié « comme il le mérite. » Dès lors Pompée ne se sépara plus de Metellus, et la position de Sertorius devint difficile. La bataille de Segontia sembla décider la guerre en faveur de Rome: Sertorius fut, il est vrai, vainqueur à l'aile qu'il «commandait; mais il arriva trop tard pour soutenir l'autre aile, attaquée par Metellus. il eut beau le repousser,
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le blesser même de sa main ; il lui fallut céder le champ de bataille. Metellus fut si fier de ce succès, qu'il se fit décerner les honneurs divins. Toutefois le dieu fut assez malmené par le vaincu, et alla prendre en Gaule* ses quartiers d'hiver. Quant à Pompée, après Segontia (7S),il échoua devant Pallantia , et perdit trois mille hommes auprès de Galaguris. Aussi écrivait-il alors au sénat : «J'ai tout épuisé, « mon bien et mon crédit; vous êtes mon unique ressource. « Si vous m'abandonnez, rappelez-vous ce que je vous pré- «dis: Malgré moi, malgré tout ce que je pourrai faire, « mon armée , et sur ses pas celle de Sertorius , passeront « en Italie. »
L'inquiétude que causa dans Rome l'aveu de Pompée fut encore augmentée par la nouvelle qu'on y reçut d'une alliance conclue entre Sertorius et Mithridate, roi de Pont Ce prince offrait à Sertorius de l'argent et des vaisseaux , à la condition que celui-ci lui céderait l'Asie. Sertorius refusa. « Je veux que Rome s'élève par mes ar- « mes,, et non qu'elle s'abaisse ; jamais on ne me verra « mendier une victoire humiliante. » Mithridate , étonné de tant de fierté , lui donna cependant trois mille talents et des vaisseaux. Sertorius, de son côté, lui envoya un de £es lieutenants.
Cependant sa fin approchait; les Romains qu'il avait sauvés de la proscription s'indignaient d'être soumis à un homme d'une naissance obscure. Pour ruiner l'influence de Sertorius en Espagne , ils accablèrent les habitants de vexations de toute espèce, exercées au nom de Sertorius ; les peuples marquèrent leur mécontentement par des plaintes et des murmures ; quelques révoltes éclatèrent même ; Sertorius étonné les punit sévèrement. Aigri par l'âge et par les perfides manœuvres de ses ennemis , il oublia sa clémence ordinaire et même la prudence, en commandant le meurtre de quelques-uns des enfants élevés à Osca. Ces cruautés achevèrent de lui aliéner l'affection des Espagnols. Alors une conspiration put se former; Perpenna en était le chef. Sertorius fut attiré à un banquet, et poignardé en sortant de table (72).
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Avec lui tomba ce parti qu'il avait soutenu pendant huit ans avec tant de bonheur et de talent. Perpenna, qui voulut prendre sa place, fut bientôt obligé de se rendre à | Pompée. Il demandait la vie ; Pompée le fit tuer, et brûla, sans les lire, tous les papiers de Sertorius. Ainsi se termina par la trahison cette guerre si dangereuse. Pompée , gn . au crime de Perpenna, put se vanter d'avoir reconquis l'Espagne.