‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 65 sur 157 · VII. CICÉBON. — CONSPIRATION DE CATILINA · texte numérisé non relu

VII. CICÉBON. — CONSPIRATION DE CATILINA

Pendant que Pompée acheVait dans l'Orient le pompeux ouvrage de l'empire romain, un homme qui, avant son départ, n'était encore connu que comme un brillant orateur, se trouvait porté à la tête du sénat , et avait reçu pour ses services le titre de Père de la patrie. Cet homme, c'était Cieéron. Il était d'une famille peu distinguée et dont la fortune était médiocre. Bans sa jeunesse, il fit quelques vers, et conserva longtemps le goût de la poésie. Il s'adonna ensuite à l'art oratoire, et défendit avec éclat Roscios d'Ameflte,iiL5 d'un proscrit, dont Sy lia avait accordé les dépouilles àson affranchi Ghrysogonns;du moins celui-ci avait acheté pour deux cents drachmes des biens qui valaient deux cent cinquante talents. Cieéron gagna sa cause, mais il eut peur de Sylla, et, prétextant sa mauvaise santé, il alla faire un voyage en Grèce, Après la mort deSylla, revenu à Rome, il parvint à se faire nommer questeur en Sicile. Dans un temps de disette, malgré les rigueurs auxquelles il était oMgé ie jpecourir pour «obtenir le blé dû à Rome, il sut gagner la confiance des Siciliens. Ils gardèrent le souvenir desonaémtnistratkm , et lorsqu'ils attaquèrent Verres-, ce fut lui qu'Us prk«Bt»poiM»défenseur. Triomphant de la vénalité des juges, Gioécon 'réussit, et Terres s'exila. Cieéron ne voulut rien jre-

1 Quelques succès qui se rattachent à cette guerre de Mitbridate, sont la soumission des Dardaniens*et des Besses dans la Thrace , et des peuples dé-la Mcesie jusqu'au Danube (75-7 1 ).

cevoir de la reconnaissance des Siciliens. Cependant, lorsqu'il fut nommé édile , ils lui firent don de plusieurs objets précieux pour servir d'ornement à ses jeux. Il brigua ensuite la préture ; et quoiqu'il eût plusieurs concurrents distingués, il fut néanmoins nommé le premier. Les jugements qu'il rendit pendant sa préture lui firent une grande réputation de droiture et d'équité. Bientôt , il demanda le consulat; car il n'y avait aucune charge dans Rome à laquelle l'éloquence ne pût faire monter, et Cicéron avait la réputation du plus grand orateur que Rome eût encore vu. Cette fois Cicéron rencontra un adversaire redoutable, Catilina.

Depuis que Pompée avait rendu au sénat tous ses droits, la faction démocratique n'avait cessé d'augmenter chaque jour ses forces. Tant que Pompée était resté à Rome, son autorité avait arrêté tout mouvement séditieux. Mais lorsqu'il fut parti , cette foule immense chercha un chef. « Je «vois, disait Catilina, je vois dans la république deux « corps, dont l'un a une tête, mais est maigre et épuisé; a l'autre n'a pas de tête, mais est grand et robuste. Je veux « mettre une tête à ce dernier. » Catilina désignait par là le sénat et le peuple , les nobles et cette populace grossie par toutes les misères qui étaient tombées sur l'Italie. Pour mieux arriver à ses fins, Catilina chercha à se former un parti qui le fit nommer au consulat. C'était un moyen de prévenir beaucoup de violences ; car alors il aurait pu faire en quelque sorte légalement la révolution qu'il méditait. La première fois qu'il se présenta, il fut refusé (66).

Deux ans plus tard, lorsqu'il n'avait pour concurrent que Cicéron , homme nouveau qui devait toute son illustration à ses talents oratoires et au procès de Verres, il crut pouvoir se remettre sur les rangs. Mais tous les honnêtes gens se rangèrent autour de son adversaire, qui, soutenu par l'opiniâtreté de Caton, l'emporta malgré les menaces, les sinistres avertissements, et même les tentatives d'assassinat de la faction. Cette seconde défaite ne fit qu'exaspérer Catilina, qui résolut alors de recourir aux moyens violents. Pendant qu'il faisait ses préparatifs , Cicéron ac-

CICÉRON. !l8l

câblait le parti populaire qui, lui aussi, secrètement excité par César, commençait à relever la tète: ainsi, il fit rejeter une loi agraire du tribun Servilius Rullus, et sauva le chevalier romain Rabirius, l'un des meurtriers de Saturninus, que le tribun T. Labienus accusait à l'instigation de César. Tous ces succès n'étaient que l'annonce d'un triomphe plus important. Catilina, réduit à employer la force, avait envoyé le centurion Mallius près des vétérans de Sylla établis dans l'Étrurie. Ces hommes de sang et de pillage s'ennuyaient depuis longtemps du métier pacifique de laboureurs. Catilina, jadis sicaire de Sylla, et, à ce titre, l'un des chefs de ces vétérans , entretenait d'activés relations avec eux ; aussi eut-il peu de peine à les soulever (63). Mais il fallait agir en même temps dans Rome. Les rôles étaient déjà distribués : Cicéron devait être assassiné , et pendant que Rome perdrait son premier magistrat, le feu devait être mis aux quatre coins de la ville afin de jeter dans son sein un trouble et une confusion dont Catilina saurait bien profiter pour s'emparer du gouvernement. Cicéron, averti par un des conjurés, prit une marche hardie: rencontrant Catilina au sénat, il l'attaque de front, lui dévoile tous ses projets, lui annonce les mesures qu'il a prises pour la sûreté de la ville, et l'écrase de tout le poids de son indignation et de son éloquence. Catilina furieux court se mettre à la tête des troupes d'Étrurie. A l'instant , Gicéron s'empare des conjurés que le chef a laissés derrière lui pour accomplir ses projets dans Rome, et faisant taire les lois qui défendent à un consul de prononcer la peine de mort contre un citoyen , il les fait exécuter dans leur prison. Cette mesure hardie déconcerte Catilina ; ses troupes sont effrayées ; les secours qu'il attendait de diverses provinces de l'Italie lui manquent; enfin, il est lui-même battu et tué près de Pistoie par le consul Antonius (62). Gicéron avait sauvé Rome, et, lorsqu'au sortir de son consulat, il dut prêter le serment demandé selon l'usage aux consuls sortant décharge, il dit seulement: «Je jure que j'ai sauvé la patrie. » Rome en effet lui accorda le titre de Père de la patrie.

aSa t chaphiîme «ira.

Ainsi l'illustre orateur grandissait dans la paix. Ce qu'il avait sauvé toutefois n'était pas La liberté romaine, xsar depuis longtemps elle était perdue; il n'avait sauvé que Je pouvoir de l'aristocratie. Cicéron comme 'Pompée, son ancien patron, ne s'était jeté avec violence vers aueu» <parfci politique.*Cependant, lorsqu'il «ut parcouru les changes, il fallut bien qu'il «prit une couleur. N'ayant point d'ambition personnelle et ne voulant pas non plus servir sous un maître, il dut nécessairement s'éloigner de la faction démocratique et de Pompée, pour se rapprocher du sénat,, un sein duquel ses talents et. ses goûts l'appelaient. tLa découverte de la conjuration de Catihna, la punition de ses complices, la loi agraire qu'il avait fait rejeter, la défense de Rabirius accusé par un ami de César, enfin la loi de Sylla qu'il avait fiait revivre pour interdire les charges publiques aux enfants des proscrits, scellèrent son union avec le sénat et lui firent prendre place parmi les ennemis du pouvoir populaire.

Mais la faction démocratique ne le laissa pas jouir de son triomphe; à l'instigation de César, le tribun Metellus Nepos l'accusa d'avoir fait mourir des citoyens sans jugement L'accusation était prématurée, et le sénat contraignit le tribun à se désister. L'aristocratie en effet était trop forte encore; mais, comme au temps des Oracques, sa confiance la perdit ; elle crut n'avoir besoin ni de Orassus, ni de Pompée, et ce même Metellus, ayant proposé de rappeler Pompée avec son armée pour réformer et pacifier l^Ëtat, fut contraint de se retirer dans le camp de son patron.

§ VIIL PBEMIER TBIUMVIBÀT.

À son arrivée, Pompée éproova lui-même combien fl avait perdu de son ancien crédit; car, malgré la [circonspection de sa conduite, malgré ses paroles pleines de respect pour les nobles , et de soumission pour le sénat dans le procès de Clodius ', 11 ne put obtenir qu'on confirmât les

1 Voyez plus bas, ch. XVIII, S 2.

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actes de son gouvernement en Gilieie. On chercha même à blesser son orgueil en accordant à M etellus Creticus et à Luculius le triomphe qu'ils avaient longtemps demandé pour la guerre des pirates et celle de Mithridate. Enfin , ayant îfait proposer qu'on distribuât des terres à ses 'soldais ,*te sénat s'opposa vivement à cette loi. Pour vaincre la résistance du consul M etellus Celer, le tribun Flavius le fit conduire en prison. Le sénat tout entier voulut l'y suivre, le tribun , effrayé de cette résolution, qui aurait singulièrement compromis, aux yeux même du peuple, la loi qu'il proposait, et l'usage qu'il faisait de son autorité, fit placer sa chaise curule à la porte même de la prison, et s'y étant assis revêtu des insignes qui rendaient sa personne sacrée , il dit aux sénateurs qu'il passerait là toute la nuit, et que s'ils voulaient entrer dans la prison, il leur faudrait percer la muraille.

Pompée, qui reculait toujours devant la violence, fit retirer Ut proposition. Mais, comprenant qu'il ne pouvait pas dominer seul dans Rome , il se rapprocha de Crassus et de César, et forma avec eux le premier triumvirat (60). Crassus devait son influence bien moins à ses talents et à ses victoires sur Spartacus qu'aux immenses richesses qu'il avait amassées à la faveur des proscriptions de Sylla, et avec lesquelles il pouvait entretenir toute une armée. Par malheur, il ne savait pas user utilement pour lui de tant de trésors , il ne savait pas les prodiguer pour se faire des amis, des partisans, et Plutarque raconte comme un trait à son honneur , qu'il consentait parfois à prêter sans intérêt à ses amis. Aussi Crassus ne se forma jamais un parti à lui; il servit seulement pendant quelque temps à maintenir l'équilibre entre César et Pompée.

JULES CÉSAR. — SON CONSULAT. — TROUBLES INTERIEURS. — GUERRE CONTRE LES PARTHES. — DEUXIEME CONSULAT DE POMPÉE. — GUERRE DES . GAULES.

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