‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 73 sur 157 · GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

GUERRE CIVILE

multitude de bâtiments d'un ordre inférieur. Dans son armée, il y avait jusqu'à sept mille chevaliers romains , tous distingués par leur naissance et par leurs richesses; mais son infanterie , formée de soldats de différentes nations , avait besoin d'être disciplinée; du reste elle était nombreuse. Au milieu d'elle se voyait une foule d'officiers et de généraux; tous les hommes distingués de la république étaient dans son camp, Caton, Cicéron, Brutus, Bibulus, le sénat tout çntier; si bien que la république semblait être transportée dans le camp de Dyrrachium. Mais cette multitude d'hommes qui avaient exercé les plus hautes charges, ce grand nombre de généraux habiles, faisait la faiblesse même de Pompée. Il y avait trop de chefs dans cette armée pour que celui qui était chargé de la conduire pût mettre dans ses mouvements précision et activité. A chaque instant il fallait délibérer , éviter de choquer les amours-propres susceptibles, de jouer enfin, comme le disaient quelques-uns, le rôle d'Agamemnon, le roi des rois.

Bans l'armée de César, il y avait moins d'éclat, moins de personnages illustres, moins de richesses ; mais il n'y avait qu'un chef, et sous lui, des hommes obéissant à ses moindres ordres, des hommes éprouvés, habitués à endurer les fatigues, à ne jamais compter les ennemis, à ne tenir aucun compte du mauvais temps, des mauvais jours qu'il leur fallait passer dans les privations, exposés au froid ou à la faim.

Avec sa flotte Pompée pouvait aisément approvisionner son camp , tandis qu'il enlevait à César tous ses convois : la famine se fit bientôt sentir parmi les Césariens. Ils furent réduits à faire bouillir des écorces d'arbre, qu'ils détrempaient ensuite dans du lait pour en faire du pain. Ils jetèrent quelques-uns de ces pains dans les retranchements de Pompée ; et celui-ci , effrayé d'avoir à combattre des bétes féroces plutôt que des hommes, défendit de laisser voir ces pains à ses soldats. A Dyrrachium , comme à Alesia, comme en Espagne, comme partout, César , avec des forces inférieures , voulut envelopper et enferme* l'ennemi

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dans son camp. Chaque jour, il faisait attaquer quelquesuns des retranchements de Pompée, et dans ces escarmouches ses vétérans avaient l'avantage. Les Pompéiens se hasardèrent une fois à sortir avec toutes leurs forces. Leur courage réussit, ils forcèrent ies lignes ennemies. « La vi<v « toire aurait été aujourd'hui aux ennemis, dit César, si m leur général avait su vaincre. »

Toutefois la leçon lui profita. Quittant ce pays stérile où il s'était tenu jusqu'alors, il se retira en Thessalie et en Macédoine , où du moins , pensait-il , ses soldats auraient des vivres en abondance. La joie éclatait autour de Pompée en paroles insultantes contre César qui fuyait, et contre Pompée lui-même, parce qu'il hésitait à le poursuivre. On croyait déjà voir César captif derrière le char de triomphe. On se disputait ies charges dont il était revêtu et celles de ses lieutenants. Le grand pontificat qu'il possédait était surtout l'objet de la plus vive ambition. Plusieurs Pompéiens faillirent se brouiller pour savoir qui d'entre eux aurait les dépouilles du grand homme. D'autres envoyaient déjà leurs amis ou leurs serviteurs à Rome pour y retenir les maisons les plus voisines de la place, afin qu'ifs fussent plus en vue pour briguer les charges. Cependant il fallait terminer la guerre. Cela devait être peu difficile; car César semblait se jeter lui-même dans le piège: il s'éloignait de l'Italie et des provinces occidentales , où on le connaissait, où était toute sa force, pour ftiir vers l'Orient où Pompée avait toutes ses amitiés, et d'où les rois envoyaient de l'argent et des troupes à Dyrrachium. On le suivit donc eu Thessalie. La bataille se livra dans la plaine de Pharsale, près de l'Énipée (48).

« Jamais la fortune ne vit le peuple romain déployer tant de forces et de grandeur. De part et d'autre, plus de trois cent mille hommes, sans compter les secours des rois et des alliés. Jamais des signes plus clairs d'une ruine prochaine: les victimes s'enfuirent, des essaims de mouches vinrent se reposer sur les drapeaux , le jour s'éclipsa. Pompée lui-même entendit , la nuit, en songe, son théâtre retentir de lamentations lugubres.

BATAILLE M THARSALE. SlX)

« Jamais, au contraire, l'armée de César n'avait montré plus d'ardeur et plus de joie. Ce fut elle qui fit entendre les premiers sons de la trompette et qtri lança tes premiers traits. L'issue de la guerre fut aussi étonnante que son début. Pompée , qui avec sa nombreuse cavalerie se flattait d'envelopper facilement l'armée de César, se trouva enveloppé lui-même. Après qu'on eut longtemps combattu de part et d'autre avec un égal avantage, il donna ordre à sa cavalerie de fondre à bride abattue sur l'aile opposée. Mais les cohortes des Germains s'étant tout à coup ébranlées à un signal donné, heurtèrent ce corps avec tant d'impétuosité qu'on eût dit que les cavaliers de Pompée étaient à pied et les fantassins de César à cheval. Cette sanglante déroute de la cavalerie entraîna celle de l'infanterie légère. La terreur se répandit alors plus loin , le désordre se mit dans tous les rangs ; ce ne fut plus qu'une horrible boucherie, et l'on eût dit qu'une seule main portait les coups.

* Rien ne nuisit davantage à Pompée que la multitude même de ses troupes. César se multiplia dans cette bataille , il s'y montra tout à la fois général et soldat. On a recueilli les deux paroles qu'il proféra 'en parcourant les rangs à cheval, l'une cruelie, mais pleine de sens et propre à assurer la victoire : Soldat, frappe au visage! l'autre toute d'ostentation: Épargne les citoyens! Lui-même il les poursuivait ! ______ __ __'

« Heureux Pompée, même dans son malheur, s^il eût subi le sort de son armée! Il ne survécut à sa gloire que pour fuir plus honteusement à cheval à travers les vallées de la Thessalie, aborder à Lesbos sur une misérable barque, se voir chasser de Syèdre, rocher aride de la Cilicie, hésiter s*il irait chercher asile chez les Parthes, en Afrique ou en Egypte, et périr enfin sur la cête de Péluse par l'ordre du plus méprisable des rois, par le conseil de vils eunuques, et, pour comble d'infortune, par le fer de Septi-~ mius, déserteur de son armée, sous les yeux mêmes de sa femme et de ses enfants '. »

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César vainqueur pénétra dans le camp de Pompée , et à la Yue de ce grand nombre d'ennemis dont la terre était couverte et de ceux qu'on massacrait encore, il s'écria: « Hélas! ils l'ont voulu. Ils m'ont réduit à cette cruelle « nécessité. Oui, si César eût licencié son armée, malgré « tant de guerres terminées avec gloire, il aurait été con- « damné. » Ces regrets étaient-ils sincères , ou n'était-ce, comme le dit Florus, qu'une vaine affectation d'humanité? Les données de l'antiquité sur ce point sont si différentes, qu'il est bien difficile de se prononcer. Penchons cependant pour l'opinion la plus probable : la clémence est toujours si facile après la victoire! D'ailleurs nous voyons ensuite César incorporer dans ses légions la plupart des prisonniers, rendre la liberté àlaThessalie,àCnide,et, arrivé en Asie, décharger cette province du tiers des impots; pais, quand il aborde à Alexandrie (23 juin 48), et qu'on lui présente la tête et l'anneau de son ennemi, il détourne la .fête avec horreur, ne peut retenir ses larmes , recueille avec bienveillance les partisans de Pompée qui se sont dispersés dans l'Egypte, et écrit à Rome : « Le fruit le plus « doux que je puisse retirer de ma victoire, c'est de sauver « tous les jours quelques-uns des citoyens qui ont porté « leslirmes contre moi. »

§ II. GUERRE D'ALEXANDRIE. — GUERRE d'àSIE. — GUERRE D'AFRIQUE.

Ptolémée Dionysos régnait alors en Egypte. Par les conseils de l'eunuque Photin , il avait chassé sa sœur Cléopâtre , qu'il devait épouser , et celle-ci s'était réfugiée en Syrie, où elle avait levé des troupes pour soutenir ses droits par les armes. César , mécontent de l'accueil que Ptolémée avait fait à ses troupes, mande à Cléopâtre de revenir. Elle part aussitôt , n'emmenant de tous ses amis que le seul Apollodore de Sicile , se jette dans un petit bateau et arrive de nuit devant le palais d'Alexandrie. Comme elle ne pouvait y entrer sans être reconnue, elle s'enveloppe dans un paquet de hardes qu'Apollodore lie avec une courroie , et qu'il fait entrer chez César par la porte

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