ANTOINE EN ORIENT
la revue d'une légion ; comme il se fit attendre , les sol* dats se mirent à parler mal de lui. Un centurion voulut prendre sa défense , ils le jetèrent dans une rivière , et placèrent ensuite son cadavre sur le chemin d'Octave, qui feignit de ne pas s'apercevoir de cette menace , et recommanda doucement aux soldats de ne point se laisser aller à ces querelles violentes. Quoi qu'il en soit de ces faits , Octave n'en avait pas moins atteint son but ; les légions lui étaient dévouées , il pouvait compter sur elles.
Fulvie, l'épouse d'Antoine, cette femme cruelle aux pieds de laquelle son mari avait fait égorger trois cents vétérans; Fui vie, dont Octave avait repoussé les avances, et à qui la haine et l'intérêt ouvrirent les yeux , comprit G[ue cet ascendant que prenait Octave sur les soldats pourrait devenir fatal à son époux. Elle suivit la même politique qu'Octave , le combattit avec ses armes, rivalisa avec lui de générosité à l'égard des soldats , chercha à se former un parti , et , décidée à tout ftfire pour rappeler Antoine, qui s'endormait dans les délices de l'Egypte, elle excita son beau-frère Lucius Antonius à la guerre civile. Antonius parvint à se faire des partisans en promettant de rétablir les anciennes formes républicaines, de combattre Octave et même son propre frère. Il obtint d'abord quelques avantages : cependant les soldats intervinrent , et l'on négocia. Mais Octave parvint à faire recommencer les hostilités , et Lucius se vit bientôt enfermé dans Pérouse, dû trois armées l'assiégèrent. Après avoir résisté trois mois , il se rendit à Octave , qui , pour ne pas se brouiller avec son frère , l'épargna , et l'envoya comme proconsul en Espagne (41). Quant aux soldats de Lucius, ils furent sauvés par ceux d'Octave qui forcèrent le triumvir à la clémence. Il fit tomber sa colère sur les habitants et lès magistrats de Pérouse : plus de quatre cents chevaliers ou sénateurs furent égorgés sous ses yeux , et la malheureuse ville fut livrée aux flammes. Fulvie s'en alla mourir de dépit en Grèce, auprès d'Antoine qu'elle était parvenue à arracher d'Alexandrie.
Cependant Antoine approchait. Domitius Ahenobarbus
avait réuni sa flottera la sterne. Sextus Pompée s'unissait à Antoine, malgré le mariage d'Octave avec Seribonia, sœur de son beau-père. Avant l'arrivée d'Antoine, Octavese débarrassa de Lépide, qui lui était suspect, et l'envoya en Afrique; mais les soldats refusèrent de prendre part à nue guerre où il n'y avait rien à gagner. Déjà à l'époque de la guerre de Pérouse, ils avaient voulu imposer la paix; Antoine et Fulvie, qui s'étaient mequés du sénat botté , avaient eu à s'en repentir. Les triumvirs ne s'exposèrent point au terrible mécontentement des légions. Mécène pour Octave, et Pollion pour Antoine, firent un traité qui partageait de nouveau l'empire. Octave eut l'Occident, Antoine prit l'Orient (40). Pour seeHer cette union, César donna en mariage sa sœur Octavie à son rival. Restait Sextus Pompée : les triumvirs auraient bien voulu l'accabler ; mais les plaintes publiques excitées en partie par la crainte delà famine les forcèrent de renoncer à leurs projets. IL fallut s'accommoder avec lui , et signer àMisène un traité qui hn cédait la Sicile, la Sardaigne et la Corse (39). On lui promit encore FAehaïe et le consulat pour l'année suivante, et les proscrits réfugiés auprès de lui recouvrèrent âne partie de leurs biens. Après ces dispositions, les contractants, . pour donner au monde un signe de leur bonne intelligence, eurent plusieurs entrevues; mais chacun ne se rendait .chez l'autre qu'avec la méfiance la plus vive. Un jov qu'Antoine et Octave étaient sur le vaisseau prétorien de Sextus, Menas , l'affranchi de ce dernier , vint lui proposer de couper le câble et d'emmener les triumvirs en pleine i mer : « Pourquoi ne Fas-tu pas fait sans me le dire ?» répondit Pompée.
L'histoire de Rome n'est plus que celle de quelques hommes. Ce sont maintenant Octave, Antoine et Pompée qri président à toutes les affaires, qui font tout par eux-mè- . mes; maintenant les étrangers et les esclaves sont promus . aux premières charges. Le consulat est sans crédit, c'est une récompense dont se servent les triumvirs; et pour multiplier ces gratifications, ils diminuent la durée des - fonctions. Il est rare de voir un consul achever son année :