GUERRE GCOTTRE SEXTUS POMPEE
presque toujours il est forcé de se démettre pour céder ses honneurs à un consul substitué. Il n'en saurait être autrement, puisque le sénat et le peuple sont sans force, et que tout le pouvoir est passé entre les mains de deux hommes, Sextus ne pouvait pas espérer que son alliance aveclep triumvirs fût durable. Si le traité de Misène avait été exécuté, il se serait trouvé le dominateur de la Méditerranée ; il aurait tenu Rome et l'Italie dans sa dépendance , par la menace continuelle de la famine. Antoine et Octave ne pouvaient d'ailleurs faire amitié avec le fils de Pompée. Quelques démentis qu'ils eussent déjà donnés à leur zèle pour la mémoire de César, ils ne pouvaient pas cependant s'unir ainsi avec l'ennemi 'de leur famille. Antoine laissa à Octave le soin 4e le combattre : c'était, pensait-il , une tâche peu brillante; il préférait son expédition contre les Parthes. Octave accepta, bien que la chose parût difficile (38). Les légions furent exercées à la discipline et au courage par Agrippa, qui les conduisit contre les Gaulois qui s'étaient soulevés, passa le Rhin comme avait fait César, puis alla combattreles Pannoniens et les Dalmates. Mais cte n'était pas tout : pour vaincre Sextus, qui était parvenu à se maintenir en Sicile, il fallait une flotte, et Octave se trouvait dans la même position que Rome au commencement de la première guerre punique; il n'avait ni vaisseaux ni matelots. Agrippa suppléa atout; des galères-furent construites, des matelots improvisés. L'art «nautique n'avait guère avaucé depuis la .première guerre punique; la cbiourme fut exercée sur le lac Lucrin. Il y eut d'ailleurs des -défections dans la flotte, pompéienne. Sextus n'avait- point , comme «on père et comme Bru tus, confié des commandements à-des proscrits de grand nom, mais aussi de grande ignorance; il avait placé des affranchis à la tête de ses flottes. Ceux-ci étaient habiles, il est vrai; mais, indifférents à la cause qu'ils défendaient, ils trahissaient volontiers leur maître pour un peu d'or. L'un d'eux, Mêlas, livra à Octave , avec soixante vaisseaux , la Sicile et la Sardaigne (37). Cette défection n'assurait pourt antpas la victoire au triumvir, qui fut battu deux fois,
et vit sa flotte dispersée et détraite par la tempête.
D'un autre côté Antoine, après un séjour de quatre ans en Grèce , s'était rapproché de l'Italie avec trois cents vaisseaux. Peut-être voulait-il se joindre à Sextutf Pompée, et par là se défaire d'un rival redoutable. La vertueuse Octavie prévint toute collision , et dans une entrevue que les deux triumvirs eurent à Tarente (36), Antoine donna cent vingt vaisseaux à Octave, qui à son tour lui fournit vingt mille légionnaires.
Cependant Agrippa, de retour des Gaules, relève par la victoire de Myles la fortune d'Octave , et rabaisse l'orgueil de Sextus , qui déjà se faisait appeler le fils de Neptune. Enfin, la bataille deNauloque (36) acheva la défaite de Pompée, qui de trois cents vaisseaux n'en put sauver que dix-sept, ave<f lesquels il se déroba aux poursuites de l'ennemi, réduit, pour cacher sa fuite, à faire éteindre le fanal du vaisseau prétorien et à jeter son anneau dans la mer pour n'être pas reconnu. Il se retira en Asie, avec l'intention de se réunir à Antoine; mais celui-ci, auquel il aurait pu être utile, rejeta ses offres. Pompée, défait par le préfet de Syrie , fut jeté dans un cachot où on lui étala vie.
§ IV. AFPAIBES D'ORIENT JUSQU'A LA BUPTURE ENTBB LES TBIUMVIBS.
En retournant dans l'Orient, après la paix de Misène, Antoine passa par la Grèce et s'arrêta quelque temps dans Athènes, où, pour rendre hommage, par une flatterie délicate, à la beauté et à la vertu d'Octavie , qui l'accompagnait, on lui offrit la main de Minerve; il accepta, mais exigea mille talents pour dot. Cependant les préparatifs des Parthes rendaient une expédition nécessaire. Antoine se décida à l'entreprendre. Il n'alla même pas en Egypte, «t fit venir Cléopâtre 'en Syrie au milieu de ses armements. Toutefois il lui prodigua des dons qui le compromirent beaucoup aux yeux des Romains. Il lui donna la Phénicie, la Cœlésyrle, Mie de Chypre et une grande par-