‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 81 sur 157 · AFFAIRES D'ORIENT · texte numérisé non relu

AFFAIRES D'ORIENT

tie de la Gilicie; il y ajouta le canton de la Judée qui porté le baume, et FArabie des Nabathéens, qui s'étend depuis la mer Bauge jusqu'à l'Océan. C'étaient les domaines que les rois d'Egypte avaient si longtemps disputés aux Séleucides. Par cette réunion de tous les pays commerçants de la Méditerranée orientale, l'Egypte allait devenir le centre et l'entrepôt de tout le commerce de l'Asie. S'il y avait eu plus de virilité dans ce royaume, la donation d'Antoine aurait pu en faire un État puissant que Rome n'aurait pu aisément effacer. Il distribua également à de simples particuliers des tétrarchies et de vastes royaumes, et dépouilla plusieurs rois de leurs États, entre autres Antigone , roi des Juifs, qu'il fit même décapiter publiquement. Ces dispositions prises, il commença son expédition. L'occasion semblait favorable pour accomplir enfin les projets de César : les Parthes étaient divisés , et les plus nobles d'entre eux, réfugiés près d'Antoine , lui contaient que leur loi Phraate avait tué son père et ses vingt-neuf frères. Le roi d'Arménie offrait un passage à travers ses montagnes, et épargnait aux Romains le danger de traverser lés plaines si fatales à Crassus. Ce roi réunit même un corps auxiliaire de six mille chevaux et de sept mille fantassins à l'armée romaine, forte de soixante mille hommes et de dix mille cavaliers.

Mais pressé d'en finir pour retourner plus promptement auprès de Cléopâtre, Antoine laisse derrière lui ses machines de guerre, et pénètre rapidement jusqu'à Praapsa. La défection du roi d'Arménie , intimidé ou gagné parles Parthes, l'oblige de traiter avec Phraate, qui lui promet de le laisser tranquillement opérer sa retraite, et qui, pendant les vingt-sept jours qu'elle dure , lui livre dix-huit combats. Cependant à force de discipline et de courage , les Romains échappèrent aux flèches des Parthes, et Antoine parvint à ramener en Syrie les débris de son armée. Vingt mille hommes avaient péri dans la retraite. Il se vengea du roi d'Arménie, en s'emparant de sa personne et de son royaume. Maître par là des fortesqpôsitions de l'Arménie, il menaçait de bien près les Parthes; mais au. lieu de les

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attaquer, il alla triompher à Alexandrie avec tonte la pompe d'un triomphe romain (34), et fit observer tons les usages usités à Rome en pareil cas, offensant ainsi les Romains qui le voyaient mettre une Tille barbare au niveau de la capitale de l'empire.

L'indignation fut portée à son comble quand en apprit que, couvert des attributs d'Osiris , .le vieux lieutenant de César siégeait sur un siège d'or à côté de Cléopâtre ^ revêtue des ornements de la déesse Isis, et qu'oubliant qtad il était, il partageait ses conquêtes aux. deux fils qu'il avait eus de Cléopâtre. Ainsi Alexandre eut en partage l'Auménie, la Médie , et le royaume des Parthes qu'Antoine espérait soumettre ; Ptolémée , son second fils , eut la Cilicie et la Phénicie. Il les présenta au peuple , Alexandre avec la tiare persane, et Ptolémée avec le costume des successeurs d'Alexandre. Cette distribution ridicule des royaumes de l'Orient fut, dit«on, rédigée par écrit dans des actes publics , -qu'Octave supposa peut-être , et dont il fit courir les copies à Rome. Toutefois il attendit encore quelque temps , laissant Antoine indisposer de plus en plus les Romains par tes extravagances. Octavie d'ailleurs s'interposait entre eux. Elle avait obtenu d'aller rejoindre en -Grèce, avec des présents d'armes , d'argent et de chevaux, son mari qui se préparait aune seconde expédition contre les Partbes. Il s'était élevé vers ce tenons entre le roi des Mèdes et Phraate, roi des Partbes., une grande contestation dont le résultat fut l'arrivée, auprès d'Antoine , d'ambassadeurs mèdes, qui l'engagèrent à déclarer la guerre aux Partbes, promettant que leur roi le seconderait de toutes ses forces. Cette proposition avait fait concevoir au triumvir les plus grandes espérances. Elle lui assurait ce qui lui manquait dans sa première expédition , de la cavalerie et des gens de tuait. Séduit par les intrigues de Cléopâtre, Antéine renvoya au printemps l'expédition de Médie, quoiqu'il eût appris que les Partbes étaient en proie à des dissensions» fin même temps il fit passer l'ordre à Octavie de ne pas avancer plus loin. Octavie revint près de son frère, qui, feignant unie grande indignation pour l'affront

lutte noeravE isr t> Antoine. 35 i

qu'elle venait' de recevoir, kri ordonna de quitter la matson d'Antoine et de loger seule ailleurs;

Dès ce moment fl ne garda plus deWsure ; il accusa 'Antoine dans le sénat d'avoir démembré l'empire ; puis U fit courir le bruit que son rival voulaiè donner Rome à Gléopâtre , et que déjà les soldats portaient le nom de Cléopâtre écrit sur leurs boucliers. Enfin, Antofne, pressépar les instances de Gléopâtre, ayant signifié à fc>ctavie l'acte par lequelilla répudiait(32), Octave fit aussitôt réSudr^ar les comices un décret qui privait Antoine de la puissante triumvirale. Un autre décret chargea Octave de la guerre contre Cléopâtre. La Grèce devint encore le théâtre de cette guerre. Supérieur en forces , Antoine, qui était en Épire , aurait pu envahir l'Italie ; mais apprenant que Cléopâtre était à Patras , en Achaîe, il donna ordre à toutes ses troupes de prendre leurs quartiers d'hiver, et alla rejoindre la reine d'Egypte.

§ v. lutte i>'antoine et octave. — conquête d£ l'égypte. — octave eeste haïtes du monde. ,

Octave profita de ces lenteurs pour aehever ses levées, et, ses préparatifs terminés, il partit pour Blindes (3t). Antoine n'avait pas moins de cinq cents vaisseaux , dont plusieurs à huit et dix rangs de rames , tous aussi magnâiquement armés que s'ils n'eussent dû servir qu'à kt pompe d'un triomphe. Son armée se composait de cent nulle hommes de pied et de douze mille chevaux. Il avalisons ses ordres les rois de Libye , de Olicie , de Gappadoce , de Paphlagonie, de Thrace et de laComagène. Le roi de Pont, ceux des Arabes, des Juiis , des Lycaomens, des -Galates et des Mèdes, lui avaient envoyé des troupes. Le roi des Gètes lui-même devait lui amener un renfort oaftsldérable. Augifcte , de son côté, avait deux cent cinquante vaisseaux -, quatre-vingt mille hommes de pied , et ptîesq^e autant de cavalerie que les ennemis. Et cependant ipittie différence entre les deux armées! loi les soldats et le général étaient pleins d'énergie , là tout était saris force et (vigueur; ici des matelots robustes 7 là un Vil ramas

d'hommes étrangers à la mer et dénués de tout ; d'un côté des vaisseaux lourds et difficiles à remuer, dont Antoine dut sacrifier la plus grande partie avant la bataille , de l'autre des galèr/es solides, mais agiles. Enfin, Auguste conservait tous l^s siens, tandis que chaque jour la désertion entoait de-s défenseurs à Antoine.

Quoi qu'il c n soit , une bataille sur terre pouvait assurer la victoire à? Antoine; mais Cléopâtre, qui déjà songeait à g(naéna;oer une retraite facile , voulut que l'on combattit surmfer, et Antoine n'eut pas la force de lui déplaire. « Eh! général, » lui dit d'une voix douloureuse un vieux centurion qui depuis longtemps servait sous lui , et dont le cor]; était couvert de cicatrices, « pourquoi, te défiant dé « (^ blessures et de cette épée, mets-tu ton espérance « dans de mauvaises planches? Laisse les hommes d'Egypte i « et de Phénicie combattre sur mer , et donne-nous la « terre, sur laquelle nous savons vaincre ou mourir. » De son côté, Ganidius, qui commandait l'armée de terre d'Antoine, engageait celui-ci à renvoyer Cléopâtre et à se retirer dans la Thrace et dans la Macédoine où il pourrait déployer tous ses talents militaires et utiliser la valeur de ses légions. Inutiles conseils, Cléopâtre avait parlé.

Cependant, dès qu'il est décidé que Ton combattra sur mer, Antoine, qui a peu de matelots et que la multitude de ses navires ne peut manquer d'embarrasser , fait brûler tous les vaisseaux égyptiens, à l'exception de soixante, et place sur ses meilleures galères vingt mille soldats légionnaires et deux mille hommes de trait.

Durant quatre jours l'agitation de la mer empêche les deux armées de combattre , mais le cinquième jour les deux flottes s'avancent l'une contre l'autre. Quand le corn* bat fut engagé , on ne vit pas les vaisseaux se heurter et se briser les uns les autres : les navires d'Antoine , retardés par leur pesanteur, ne pouvaient fondre sur ceux de Fen- ■ nemi avec cette impétuosité à laquelle rien ne. résiste ; ceux • d'Auguste évitaient d'aborder ces masses énormes dans la crainte de briser leur: proue. Aussi la bataille resseinblat-elle plutôt à un siégé. Trois ou quatre galères d'Octave

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