‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 89 sur 157 · III. GUERRES EN ESPAGNE , EN GERMANIE ET EN ORIENT · texte numérisé non relu

III. GUERRES EN ESPAGNE , EN GERMANIE ET EN ORIENT

Dans les mémoires qu'Auguste écrivit pour servir d'instruction à ses successeurs, il recommanda avec soin d'éviter toute guerre nouvelle; il trouvait que les frontières s'étendaient déjà assez loin du centre. Rome avait soumis tout l'ancien monde civilisé ; toutes les vieilles puissances des temps passés, la Grèce, la Phénicie, l'Egypte, l'Afrique , ne formaient plus maintenant que des provinces de l'empire romain. La meilleure partie du monde barbare avait de même été domptée ; ce* qui restait encore ne méritait pas d'être compté pour quelque chose. Que pouvait-on gagner à s'enfoncer dans les sombres et marécageuses forêts de la Germanie? Ravir aux Germains leur liberté n'aurait guère enrichi Rome ; et d'ailleurs un pouvoir nouveau, qui s'élevait par usurpation, avait besoin de repos. De nouvelles guerres ne pouvaient rien ajouter à la puissance d'Auguste , et pouvaient la compromettre; il |les évita donc avec soin. Cependant il fut contraint de "prendre les armes pour soumettre quelques peuples révoltés ou restés libres dans les limites de l'empire.

C'est ainsi qu'il acheva (27) la réduction de toute l'Espagne par la soumission des Asturiens , des Cantabres et des Lusitaniens. Aucune province n'avait fait une aussi

1 Sous les règnes suivants une troisième flotte fut établie sur les côtes de la Syrie.

longue résistance; aucune non plus n'adopta plus promp* tement et ne conserva plus longtemps les mœurs romaines* Ce ne fut toutefois qu'en l'an 20 que la défaite des Gantabres ne laissa plus un seul foyer de guerre et de résistance dans toute la Péninsule.

Lorsqu'il n'était encore que triumvir, Auguste avait: soumis la Mœsie et la Pannonie. La conquête de ces provinces attira son attention sur la frontière du Danube. Il comprit que pour être en pleine sécurité , l'Italie avait besoin que les passages des Alpes fussent gardés par le* légions. Ces montagnes ne pouvaient pas servir de fron- 1 Hères ; il fallait qu'elles restassent entre les mains de Rome comme un rempart inaccessible , au pied duquel vien- | draient échouer les barbares.

Il fit donc plusieurs guerres qui avaient pour but de le rendre maître des montagnes et de reculer les frontières de l'empire jusqu'au Danube; il battit (3-5-33) les Iapodes et les Pannoniens : la soumission de Ségeste lui assura le cours de la Save jusqu'au Danube. Plus tard (15), il conquit la Rhétie, la Vindélicie et le Noricum; les légions purent alors venir établir leurs castra stativa sur la rive droite du Danube. L'autre fontière de la Germanie était le Rhin. Les victoires de César sur Arioviste, les Usinions et les Tenctères, avaient arrêté le mouvement qui pous- . sait les peuplades germaniques sur la Gaule; elles avaient été reçues si rudement, lorsqu'elles s'étaient aventurées au delà du fleuve , qu'elles désespéraient de franchir cette frontière. Auguste, de son côté, comprit qu'il n'y avait rien à gagner avec de tels hommes; aussi lorsqu'il se trouva maître tranquille de l'empire , il posa comme une maxime politique qui devait guider à jamais ses succès- . seurs , de ne point chercher à porter les aigles romaines ■ au delà du Rhin : ce fleuve devait servir, du côté de la Gaule, de frontière à l'empire. Ainsi la Germanie se trouvait enfermée par deux grands fleuves, sur les bords desquels veillaient les légions*

Cependant, malgré les intentions pacifiques d'Auguste, l'empire ne pouvait pas faire halte sur le Rhin; il lui fal-

GUBRRB EN GERMANIE. 3jg

lait , bon gré mal gré, poursuivre sa carrière de conquêtes ; il devait périr à force de s'étendre. Auguste avait cru assurer la paix en traitant avec les tribus voisines. Profitant de l'inimitié des Suèves et des Ubiens, il avait chargé ceux-ci de la garde du fleuve, en les établissant à Cologne* Cette précaution n'empêcha pas que le général romain Loilins ne fût défait et ne laissât une aigle entre les mains des barbares. L'empereur crut devoir venir lui-même dans la Gaule ; il se contenta , au lieu de chercher à vaincre les Germains , de réduire en province romaine les pays voisins du Rhin , et de donner à ces contrées gauloises le nom de Germanie supérieure et de Germanie inférieure. Après son départ, les mouvements des barbares continuèrent, et Drusus résolut d'en finir avec eux par une grande expédition (12-0).

Son plan était habilement conçu : il fit monter une partie de ses troupes sur une flotte, avec ordre de côtoyer la terre et de rentrer dans la Germanie par les embouchures du Weser et de l'Elbe. Pendant ce temps , son armée de terre s'avançait en chassant devant elle les peuplades qui, menacées pour la première foi», ne savaient point encore se réunir pour faire tête au danger commun. Dans l'espace de quatre campagnes, il traversa le Weser, bâtit cinquante forts, et pénétra jusqu'à l'Elbe, où une maladie mortelle l'arrêta. Domitius iEnobarbus passa ce fleuve après lui , mais il ne fit que des excursions inutiles (7-2). Auguste se borna à conserver le pays conquis par Drusus.

Les Bructères, les Sicambres, les Ghérusques , parais* salent soumis. Afin de prévenir toute révolte , Auguste transporta quarante mille Sicambres de l'autre coté du Rhin , et pour rendre les barbares moins impatients du joug, il chercha à introduire parmi eux la civilisation de Borne, et surtout les formes de sa jurisprudence. Une armée de légistes vint s'abattre sur le nord de la Germanie , et ces missionnaires d'un genre nouveau , comme plus tard les prêtres chrétiens envoyés par Gharlemagne , s'efforcèrent de convertir les Germains à leur religion juridique. Rien ne devait blesser davantage les barbares : ils auraient

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pu consentir à porter le joug de Rome ; mais abandonner les mœurs et les usages de leurs pères, leurs vieilles coutumes , leurs formules de droit si poétiques et si belles , pour un code dont ils ne pouvaient comprendre les formes sévères, c'était leur demander plus que l'abandon des dieux de leur patrie. Aussi le mécontentement ne tarda pas à devenir général , surtout lorsque le proconsul Varus (5-9 après J. G.), traînant à sa suite une multitude de ces légistes, vint prendre le commandement des contrées d'outre- Rhin.

Pour que cette fermentation éclatât, il ne lui manquait qu'unchef résolu. On le vit bientôt paraître. Ce fut Hermann, portant le même nom que l'ensemble des peuples de sa patrie1 ; il avait été élevé à Rome , et décoré du titre de chevalier. Mais ni les faveurs d'Auguste , ni les prestiges de la civilisation romaine, ne purent lui faire oublier sa patrie. L'empereur l'ayant envoyé servir sous les ordres de Varus, il conçut l'exécution d'un projet héroïque, la délivrance de son pays. L'énergie nationale secondant son activité, il parvint à associer à ses desseins les chefs de presque toutes les tribus habitant les pays entre l'Elbe et le Rhin. Des soulèvements partiels eurent d'abord lieu dans des contrées lointaines , pour obliger le proconsul à disséminer ses forces ;*et quand l'armée se trouva réduite à trois légions et aux troupes allemandes qui servaient comme auxiliaires, l'insurrection devint plus générale. Hermann et les chefs ses confédérés conseillèrent à Varus de marcher contre les rebelles , pour étouffer la révolte dans son berceau. Ce fut en vain queSégeste, chef des Gates , qui n'avait pas voulu entrer dans la conjuration , dénonça au général romain la trame qui s'ourdissait : la présomption et la légèreté de Varus lui firent fermer l'oreille à ces sages avis, et tous les jours son armée s'enfonçait davantage dans les contrées où l'attendait le piège le plus funeste. Arrivé non loin des sources de l'Ems et de la Lippe, après une marche pénible , les yeux de l'infortuné Varus se dessillèrent enfin quand il vit toutes les hauteurs voisines couvertes de Germains sous la conduite d'Her-

1 Germani, ou Hermanni , hommes de guerre.

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