GUERRE EN GERMANIE
mann. Attaquée dans ces forêts marécageuses , l'armée romaine fit des prodiges de valeur. Ce fut une horrible mêlée, qui dura trois jours. Mais le courage que les vainqueurs du monde déployèrent dans ces jours funèbres dut céder au nombre; les trois légions périrent, et Varus, déjà blessé, ne voulant point survivre à la honte de sa défaite, se tua (9 après J. C). Les Germains exercèrent d'horribles cruautés sur les légistes : aux uns ils coupaient les pieds et les mains, aux autres ils crevaient les yeux, ou bien leur arrachaient la langue , en leur disant : « Siffle donc maintenant , vipère! »
C'est ainsi que fut sauvée l'indépendance de la Germa- . nie. La consternation fut grande dans l'empire; Rome tremblait, et croyait déjà voir les barbares à ses portes. L'empereur déchira ses vêtements, laissa croître sa barbe et ses cheveux , et ne cessa pendant plusieurs mois de s'écrier , en donnant les marques du plus violent désespoir : « Varus, rends-moi mes légions! » Tibère et après lui Germanicus, accourus sur le Rhin, calmèrent les esprits, ré- " tablirent avec la discipline la confiance des soldats, et firent quelques incursions moins pour menacer les Germains et venger Varus que pour assurer la défense des frontières et dissiper les craintes.
Du côté de l'Orient , les événements militaires du principat d'Auguste sont moins malheureux. La préfet d'Egypte, Petronius, reprenant les projets des Ptolémées, voulut, pour faire de l'Egypte l'entrepôt universel du grand commerce d'Orient , soumettre la péninsule arabique. L'expédition qu'il Conduisit contre l'Àrabie-Heureuse échoua complètement; mais celle qu'il tenta ensuite contre l'Ethiopie (24) fut glorieuse. Toutefois elle n'eut d'autre résultat que de mettre de ce côté les frontières à couvert. En Syrie, les Parthes avaient cessé d'être menaçants; des dissensions intérieures les affaiblissaient, et leur rendaient redoutable une nouvelle invasion romaine; aussi, pour prévenir une expédition projetée contre eux (22), Phraate rendit les drapeaux de Crassus , donna ses quatre fils en otage , et laissa les Romains établir un roi dans l'Armé-
38s CHAPITRE XXI.
nie , aux portes mêmes de son empire. Agrippa donnait en même temps un roi aux Cimmériens.
§ IV. AUGUSTE EMBELLIT ROME, ET BJBPABE LES DÉ- SASTRES DE LA GUERRE CIVILE EN ITALIE ET DANS LES PROVINCES.
Ainsi , excepté ia malheureuse bataille de Teutberg , les armes ou la politique romaine étaient heureuses ; les frontières étaient assurées , et l'empire pacifié pouvait se reposer enfin, sous la main d'Auguste, de ses longues agitations. Une vie nouvelle semblait circuler dans ce grand corps. L'activité meurtrière des derniers temps s'était portée vers les arts et vers la littérature. Auguste donnait luimême l'exemple. L'aspect de Rome était indigne de rempire ; il l'embellit si bien , qu'il put se vanter avec raison de laisser de marbre une ville qu'il avait trouvée de briques. Il construisit beaucoup de monuments publics, plusieurs temples , une place publique, des portiques, des basiliques et le théâtre de Marcellus. En même temps il en* gageait les citoyens riches à l'aider dans ses efforts pour l'embellissement de la capitale du monde. C'est ainsi que < s'élevèrent des temples construits par Philippe, Cornificius, Pollion, Munatius Plancus, le théâtre de Cornélius Balbus, l'amphithéâtre de Statilius Taurus, et les nombreux monuments d'Agrippa. Celui-ci conduisit à Rome deux rivières, rétablit trois aqueducs tombés en ruine, bâtit cent cinquante fontaines, cent soixante bains publics et gratuits , enfin le fameux temple de Jupiter-Vengeur , surnommé le Panthéon. Rome reçut une nouvelle distribution ; chaque quartier fut placé sous la surveillance d'un magistrat nommé par le peuple même du quartier. Auguste établit contre les incendies des sentinelles nocturnes. Pour prévenir les inondations du Tibre, il élargit et nettoya son lit Enfin il répara la voie Flaminienne , et voulut que tous les citoyens honorés du triomphe employassent l'argent pris sur l'ennemi à faire paver un chemin.
L'Italie, si maltraitée par lui pendant son triumvirat,