AUGUSTE EMBBIXTT ROME, ETC
eut part aussi à ses bienfaits. Pour repeupler les parties désertes et les rendre à la culture, il y envoya vingt-huit colonies auxquelles furent accordés divers privilèges , et entre autres le droit conféré à leurs magistrats , d'adresser à Borne leurs suffrages cachetés pour le jour des comices. Aussi toute l'Italie, tranquille et heureuse après tant d'agitations, voit enfin se développer dans son sein cette civilisation grecque à laquelle les Romains n'avaient jusqu'alors emprunté que le luxe et le goût des plaisirs. Horace, Tite-Live, Virgile, Ovide font du siècle d'Auguste l'une de ces périodes brillantes que l'humanité rencontre si rarement sur sa route.
Xes provinces partagèrent cette tranquillité et cet éclat de la capitale du monde et de l'Italie. Grâce à la vigilance d'Auguste qui les parcourut toutes, grâce aussi à l'habileté de Mécène et à celle d'Agrippa, qui sait à la fois défendre et embellir l'empire, les grandes injustices de Rome sont expiées. Garthage et Corinthe se relèvent; partout des villes nouvelles sont fondées. Mais c'est la Gaule surtout qui appelle l'attention d'Auguste. Nous trouvons dans les dispositions prises par lui, pour l'organisation de cette province, un exemple de l'habileté de l'administration qui veillait alors sur l'empire.
La Gaule, la dernière conquête des Romains, n'était pas encore façonnée an joug; il fallait soumettre ces populations à une forte unité politique qui rompît les habitudes et l'esprit de l'ancien ordre social , qui fit disparaître les traditions nationales, et surtout les souvenirs héroïques de la dernière guerre. Pour y parvenir, il établit une nouvelle division territoriale, fonda un grand nombre de villes nouvelles, qui sans passé, sans histoire, ne connurent que la main qui les avait élevées, et grandirent sous la protection impériale, tandis qu'à côté d'elles, les villes qui se recommandaient le plus au respect de la Gaule, par la double illustration d'une grande constance avant la conquête, et d'un , noble rôle pendant la lutte , étaient frappées de proscription, privées de leurs prérogatives, ruinées dans leur commerce et condamnées à périr, comme la capitale
des Bellovaques et celle des Arvernes. D'autres changèrent leur nom pour celui d'Augusta, comme la capitale des Suessions et celles des Yéromandues , des Tricasses , des Rauraques, desTrévires. Bibracte elle-même, si célèbre jadis, devint Augustodunum. Puis les privilèges furent inégalement répartis pour rendre impossible toute coalition nouvelle. «Les centres d'autorité et d'influence furent changés ou rattachés à des idées d'un autre ordre ; l'institution de la clientelle, source de la puissance des grandes cités, n'exista plus, le territoire même de ces cités fut souvent morcelé , leurs tribus éparpillées : plus de barrière entre les confédérations politiques , entre les races , entre les langues diverses ; tout gît confondu pêle-mêle sous le niveau de l'administration romaine '. »
Le centre de cette administration siégea dans Lugdunum, qui par son admirable position dominait une grande partie de la Gaule. Enfin, la population gauloise fut désarmée, et les légions qui campaient sur \§ Rhin veillèrent également sur la Germanie et sur la Gaule.
Ce n'était pas tout que d'être maître du territoire par la force ou par la politique, il fallait encore gagner les esprits. Une école fut fondée à Autun , d'autres s'élevèrent à Tolose, Arelate, Vienne, etc. ; et bientôt Rome se vit inondée de rhéteurs gaulois. La question religieuse fut aussi habilement traitée. La sombre et patriotique religion des druides fut proscrite , tandis que le polythéisme gaulois était associé aux honneurs du culte romain, et voyait ses dieux partager les autels de Jupiter et de Mercure. De toutes parts s'élevèrent des temples , où l'identité des deux cultes fat publiquement consacrée, et où accoururent en foule tous ceux qui ne demandaient qu'un prétexte pour accepter la { religion des vainqueurs. Enfin , dans le dessein d'achever ce grand œuvre de la régénération de la Gaule , Auguste écrasa les peuplades des Alpes , et fit construire à travers les montagnes plusieurs routes qui rendirent promptes et faciles les communications de la Gaule avec l'Italie.
Les dernières années du règne d'Auguste furent malheu-
1 Amédée Thierry.
MORT d'auguste. 385
reuses. L'influence de Livie, sa seconde femme, était très-considérable, et elle paraît en avoir abusé pour élever à la suprême puissance ses fils Tibère et Drusus. L'incertitude naturelle de la succession dans un État tel qu'était alors l'empire romain, futencore accrue par les événements. Après la mort prématurée de Marcellus , que l'empereur avait adopté, et qui était à la fois son neveu et son gendre, Julie, veuve de ce jeune prince, Julie, l'unique enfant qu'Auguste avait eu de Scribonia et qu'il chérissait tendrement, avait été mariée à Agrippa. Auguste avait adopté les deux jeunes césars, Caius et Lucius, nés de ce mariage, et leur mère, après la mort d' Agrippa, avait épousé Tibère; mais l'empereurfutforcé ensuite de l'exiler à cause de sa conduite scandaleuse. Lorsque les deux jeunes césars furent devenus grands, Auguste leur marqua tant de prédilection, que Tibère mécontent se retira de la cour. Cependant ces deux jeunes gens étant morts, Tibère vit renaître ses espérances. Enfin Auguste, avec ^consentement du sénat, associa formellement Tibère à l'empire, au retour de sa campagne en Germanie, mais à la condition qu'il adopterait Germanicus, fils de Drusus, son frère. Puis il mourut à Nola, âgé de soixante-treize ans (14 ap. J. C). Tibère, averti par sa mère, accourut de rillyrie où il avait été envoyé par Auguste. «On ne sait s'il le trouva vivant. Livie faisait garder toutes les avenues du palais, et l'on apprit tout à la fois qu'Auguste était mort et que Tibère était le maître de l'empire '. »
1 Tacite.
§ I. TIBÈBE. — GERHANICTTS. — SEJAN.
(Tiberius Cœsar.) 14—37.
« Gomme ou voit un fleuve miner lentement et sans bruit les digues qu'on lui oppose , et enfin les renverser dans un moment, et couvrir les campagnes qu'elles conservaient, ainsi la puissance souveraine, sous Auguste, agit insensiblement, et renversa, sous TUfee,,avec violence \ » ^
Cependant Tibère affecta d'abord une grande modération; il offrit d'abdiquer, .^t parut n'accepter qu'avec peina lé fardeau de l'empire. Mais bientôt il se montra tel que lés Romains devaient le connaître. Auguste avait laissé des legs que son successeur paraissait vouloir garder pour lui. Un jour qu'il siégeait sur son tribunal, au Forum, un plaisant s'approche d'un mort qu'on portait au bûcher, et lui dit à l'oreille ce qui se passe, afin qu'il en transmette la nouvelle à Auguste. Tibère voulant continuer la plaisanterie, lui fait aussitôt payer sa part, mais ensuite le fait tuer, peur l'envoyer, dit-il , raconter à Auguste que ses legs sont acquittés.
Toutes les fois qu'une tyrannie commence , il se trouve toujours une foule de gens qui courent au-devant de la servitude. Tibère, à son avènement, trouva bon nombre de ces hommes disposés à lui livrer les libertés publiques, pourvu qu'il consentît à partager avec eux les fruits de sa tyrannie. Ils remplissaient déjà le sénat, et fatiguèrent le
1 Montesquieu. \