‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 93 sur 157 · II. GUERRES DES ROMAINS SOUS TIBERE · texte numérisé non relu

II. GUERRES DES ROMAINS SOUS TIBERE

Tibère fit peu de guerres ; il imita la* politique d'Auguste. Cependant il lui fallut apaiser quelques révoltes dans la Gaule : celle de Florus et de Sacrovir, excitée par les violences du fisc (21); celle de Tacfarinas (17), qui souleva les Maures et les Garamantes récemment soumis. Huit campagnes furent nécessaires pour les vaincre.

En Orient, les affaires parurent un moment devoir se compliquer. Artaban , roi des Parthes , écrivit à Tibère une lettre insultante, lui reprochant sa cruauté, l'infamie de ses mœurs, et sa vieillesse inutile. L'empereur se vengea en fomentant des troubles parmi les Parthes , et en suscitant, contre Artaban , Phraate , puis un autre chef qui fut secondé par les légions de Vitellius, gouverneur de la Syrie. Ces intrigues de Tibère ne contribuèrent pas peu à affaiblir le royaume des Parthes. Mais les grandes guerres de cette époque eurent lieu en Germanie.

Hermann. — Après avoir délivré son pays de l'oppression étrangère, Hermann eut à combattre ses propres concitoyens, et surtout le chef d'une tribu puissante, Ségeste, dont il avait enlevé la fille. Germanicus, accouru à la prière de ce dernier, le délivra d'une espèce de piège; et parmi les prisonniers qui tombèrent entre ses mains, se trouva la femme d'Hermann. Btte se présenta devant le général romain avec une rifflflfcsse digne de son époux. Sa douleur , dit Tacite , était muette ; ejje ne laissa échapper

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ni larmes, ni prières. Elle tenait ses mains serrées , et ses regards étaient fixés sur le sein qui portait le fils du libérateur de la Germanie (t 5).

La trahison de Ségeste et le sort de sa femme captive donnèrent une nouvelle énergie au patriotisme d'Hermann. Il appelle aux armes toutes les nations germaniques , par* vient à soulever les Chérusques et les peuplades voisines , et entraîne dans sa ligue son oncle Inguiomère , guerrier d'un grand renom dans l'armée romaine. Germanicus sentit la nécessité de prévenir l'attaque. Pour diviser des forces si considérables , il envoie Cécina et d'autres lieutenants avec des troupes se porter sur divers points. Les Bructères sont dispersés et taillés en pièces : on pénètre jusqu'aux extrémités de leur pays. Près de là se trouvait la forêt de Teutberg , où l'on disait que Varus et ses légions étaient restés sans sépulture. Les Romains furent émus profondément à l'aspect des tristes vestiges de cette célèbre défaite. Germanicus éprouva le besoin de leur rendre les derniers honneurs , et toute son armée partagea ce pieux sentiment. On pénétra dans les profondeurs de la forêt; tout fut reconnu autant qu'il pouvait l'être. Enfin , six ans après , les ossements de ces trois légions furent inhumés solennellement.

Ce pieux devoir rempli, le général romain se mit à la poursuite d'Hermann , qui s'enfonçait dans des lieux impraticables ; il l'atteignit enfin , et fit avancer sa cavalerie pour le chasser d'une plaine qu'il occupait. Le chef des Chérusques avait averti les siens de se replier et de s'approcher de la forêt : aussitôt il fit donner le signal de l'attaque à ceux qu'il y avait embusqués. La vue d'une nouvelle armée troubla la cavalerie romaine, qui se renversa sur les cohortes envoyées pour la soutenir , et les entraîna dans sa fuite. Le désordre devint général , et ils allaient tous être poussés dans un marais, quand Germanicus fit avancer ses légions en ordre de bataille. Ce mouvement intimida les Chérusques, rendit la confiance aux Romains, et Ton se retira avec un égal avantage de part et d'autre. Germanicus ayant ramené son armée vers l'Ems , rem-

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barqua les légions sur sa flotte. Ii faut lire dans Taeïte les détails de cette campagne. Tout en ^conservant un eeenr entièrement romain , il sait rendre justice à la «anse et «a caractère d'fiermann ; il prend plaisir à donner aux 4isceors qu'il met dans sa bouche toute l'énergie et toute la chaleur qu'il admire dans le chef des Chérusques; H semble même, agité d'un triste pressentiment , prévoir que la barrière élevée contre les envahissements de Rome par le génie d'Hermann s'ouvrira un jour pour la honte de sa patrie dégénérée. Il fait clairement entendre que, sans la fougue d* Jnguiomère , qui négligea les conseils d'un héros non moins prudent que brave, Eermann aurait fait éprouver \e sort de Varus aux légions de Germanicus.

Le général romain fît de nouveaux efforts. ïl avait Confié la résolution de tenir la mer; il devait trouver une route facile pour les siens et inconnue à l'ennemi ; il embarquait ses convois avec ses légions et <sa cavalerie, et, remontant par les fleuves, ses troupes arrivaient toutes fraîches au centre de la Germanie. L'île des Bataves fut «assignée pour le rendez- vous de la flatte : <piaud elle fut -arrivée , Germanicus y distribua ses légions et les alliés , et entra dans le canal de Drusus , d'où 41 gagna rOeéaa par les lacs. Arrivé à l'embouchure de FEms , îl traversa ce -fleuve, et prit «es campements. Le Weser coulait entre les Romains et les Chérusques. Les deux armées, enflammées par les harangues de leurs ehefè, et brûlant de combattre, descendent dams les champs dldistavisus. Les Chérusques s'étant jetés en avant par un excès d'audace, Genaaanicns donne ordre à sa meilleure cavalerie de les prendre « flanc, et à l'un de ses lieutenants de les tourner 4t de les prendre «en queue. 'Cependant huit aigles ae font véir prêtes à entrer dans la forêt ; ce brillant augure arttire l'attention du général romain; il crie de marcher, de «uivre ces oiseaux de Rome, ces dieux des légions. Aussitôt -rr»fanterie engagea l'action , en même temps que ht cavalerie se porta sur les flancs et les derrières 'de Femiemi. Ses deux ailes furent mises en déroute , et les Chérusques furent délogés des hauteurs. Au miReu dieux on distinguait

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sfienntim qui , du geste et de la voix , B'efforçaft de soutenir le <oombat II s'était jeté sur les archers romains, et dtas aurait rompus, s'ils n'eussent été protégés par les colurtes des Rhètes et des Gaulois. Malgré ces obstacles , fl « fit jeunau milieo des ennemis, s'étunt couvert le visage 4te son sang pour n'être pas reconnu. Le carnage que l'a^ mée romaine fit des Germains dura depuis neuf heures du matin jusqu'à la nuit (le).

Les Romains consacrèrent le souvenir de cette victoire , en élevant un monument, avec un trophée où fut inscrit le nom des nations vaincues. La vue de ce monument outra les Germains de douleur et de rage. Bientôt ils ne parlent que de combats; ils courent aux armes , harcèlent les JBcomains par des incursions subites , et enfin choisissent un champ de bataille. C'était une plaine étroite et marécageuse resserrée^entre des forêts et le fleuve. L'infanterie des Germains se range sur une large chaussée , construite «ea . avant des forêts, tandis que leur cavalerie se cache dans les bois pour prendre les Romains à dos. Le général romain sentit que de près le combat serait inégal : il ordonna donc, à ses légions de se retirer un peu, et fit avancer les frondeurs et les machines, qui,à.foroedetra1ts, balayèrent la chaussée. Germanicus se jeta le premier dans la forêt avec JeS'Cohortes prétoriennes. Làon se battit corps à corps* L'ennemi avait à dos le marais; les Romains étaient en* fermés par le fleuve ou par les montagnes. Il n'y avait, pour 4es deux partis, de salut que dans la victoire; elle échut aux Romains, qui, jusqu'à la nuit, se baignèrent dans le sang.

Cependant ce n'étaient ;là que des succès négatift ; quelque brillants qu'ils fussent, ils ne conduisaient point las Romains au but qu'ils s'étaient proposé. ^Germanicus embarqua son .armée. La flatte fût assaillie par une horrible tempête. Une partie des vaisseaux fut engloutie; un plus grand nombre fat jeté sur desiiles lointaines. -Cette sanglante campagne n'amena donc aucun résultat décisif, puisqu'elle finit par la retraite des Romains et par le désastre nawl le plus funeste.

396 CHAPITftB XXII.

Marbod. — A l'époque où Hermann avait formé an nord la ligue formidable des Chérusques, Marbod, élevé comme lui à Rome , comme lui citoyeu et chevalier romain , avait fondé dans le sud le puissant. royaume des Marcomans. «A la tête de quatre-vingt mille guerriers qu'il essayait de soumettre à la discipline romaine, il avait envahi la Bohême (6 av. J. €.)• Là, dans cette contrée entourée de toutes parts de montagnes presque impraticables, il était comme renfermé dans une forteresse, d'où il pouvait étendre au loin ses ravages et sa domination. La ligne do Danube se trouvait à son tour menacée comme l'avait été celle du Rhin. Si les Chérusques traversaient ce fleuve et se jetaient sur les Gaules , si Marbod pénétrait dans les Alpes , à peine soumises , et attaquait l'Italie septentrionale , l'empire allait se trouver dans un danger imminent. Aussi Tibère disait-il que Marbod était plus redoutable pour Rome que ne l'avaient jamais été Philippe pour les Athéniens, ni Pyrrhus , ni Antiochus pour la république. Auguste comprit le danger; il sentit qu'il fallait à tout prix détruire --^cette puissance naissante. Douze légions furent données à Tibère. Jamais une armée aussi'nombreuse n'avait été réunie sous les ordres d'un général romain.

Tibère, avec une partie de ses troupes, vint sur le bord du Danube pour attaquer Marbod par la Pannonîe (6 ap. J. G.). En même temps un autre général s'avançait vers le Hartz. Par malheur, les Pannoniens et les Dalmates, récemment soumis par Rome, crurent l'occasion favorable pour ressaisir leur indépendance. Mais Tibère eut l'adresse d'arrêter les hostilités qui allaient commencer ertre lui et les Marcomans, et tourna ses armes contre les Dalmates, qui ne purent résister. Les Dalmates s'étaient trop hâtés, car à peine avaient-ils déposé les armes, qu'ils apprirent la nouvelle du grand désastre essuyé dans le nord par Varus. C'était pour Marbod, s'il eût sincèrement voulu l'indépendance de la Germanie, une occasion favorable de tomber sur les Romains encore effrayés : mais le roi des Marcomans ne pouvait entendre vanter les exploits du chef des Chérusques; il était jaloux de la gloire d'Her-

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mann. D'ailleurs il n'était point animé comme ce jeune chef du noble sentiment de l'indépendance nationale. Ce qu'il voulait, ce n'était point l'affranchissement de la Germanie, mais un empire formé à son profit, et qu'il pût gouverner comme Auguste gouvernait J'empire romain.

Après la victoire de Teutberg, Hermann, voulant réunir toute la Germanie contre les Romains , avait envoyé à Marbod la tête de Varus, comme pour sceller une alliance avec lui. Marbod la* rendit aux Romains, et refusa d'unir ses armes à celles du libérateur de la Germanie du nord. Cette conduite lui aliéna les esprits ; deux des plus puissantes tribus suéviques, lesSénoneset les Lombards, abandonnèrent Marbod pour rentrer dans la confédération des Chérusques. La guerre ne tarda pas à éclater. Hermann sortit victorieux de cette lutte civile, et eut la gloire de sauver ses compatriotes de l'oppression qui les menaçait dans l'intérieur , après les avoir affranchis du joug étranger. L'action qui décida la guerre fut longue et sanglante : les Germains ne se battaient plus en corps détachés et sans s'assujettir à aucun ordre; Hermann les avait façonnés à la discipline romaine. Les dispositions des combattants furent dignes de l'école où leurs chefs s'étaient formés, et le succès fut longtemps indécis. Mais le roi des Marcomans ayant le premier retiré ses troupes du champ de bataille, parut avoir reconnu la supériorité de son rival (17). C'était un coup fatal porté à sa puissance. Beaucoup de ceux qui jusqu'alors lavaient suivi le quittèrent, et il lui fallut rentrer en Bohême avec les débris de ses troupes. Il n'y fut pas longtemps tranquille. Un jeune chef des Gothons, peu* plade à demi germanique, qui habitait à l'est des Marcomans, Catwald, profita de leur défaite; soutenu sans doute par l'or de Rome, il pénétra dans la Bohème et en chassa Marbod (19), qui alla mendier un asile auprès des Romains et mourut à Ravenne. Catwald ne fut pas plus heureux ; dépouillé de la Bohème par les Hermondures, il s'enfuit sur les terres de l'empire, et vécut misérablement dans la petite colonie romaine de Forum Julii (Fréjus).

Le souvenir de la défaite de Vains, delà lotte si glorieusement soutenue contre Germanicus pour la liberté de d'Allemagne^ aurait dû protéger la vie dUermann ; et cefendant il tomba sons les coups des siens, assassiné par ses froches et flétri du nom île traître. 11 voulait , dit-on , prendre sur les Germains une autorité que ne lui donnaient pas les centaines et les lois de son pays. Tacite l'affirme ; mais Tacite n'a point vu que , pour soutenir cette grande lotte., Hennann aurait eu besoin de prendre un pouvoir supérieur à celui dont il se serait contenté dans des temps ptas calmes.

fiermann était âgé de trente-sept ans lorsqu'il fut assassiné ( 19). Il rfea avait que vingt-six quand il extermina le? légions de Varus. « Cet homme , dit Tacite , Ait sans contredit le libérateur de la Germanie, et ce n'était pas, comme tant de rois et de capitaines, à Borne naissante qu'il faisait la guerre, mais à Tempfoe dans sa grandeur etdsasaa force. Battu quelquefois, jamais Une fut dompté. Sa «vie dura trente^sept ans , sa puissance douze, tjhantë encore aujourd'hui par les barbares, il est ignoré des Grecs, qui ^admettent d'autres lïérosque les leurs, et trop peu «éÈèbie chez les Romains, qui , enthousiastes du passé , dédaignant ce qui est moderne. »

CHAPinŒ XXIIL

CAL1CUU. — CLAUDE. — NtÊROX.

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