‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 95 sur 157 · II. CLAUDE · texte numérisé non relu

II. CLAUDE

(Ti. Claudius Cœsar.) 41 -—54.

«Il faut rendre justice à Claude, il ne voulait pas la puissance : caché derrière une porte pendant le tumulte qui suivit l'assassinat de -Caius , un soldat le découvrit et le salua empereur. Claude consterné ne demandait que la vie; on y ajouta l'empire, et il pleurait du présent1. »

Au premier bruit de la mort de Caligula, les consuls et lé Sénat s'étaient emparés du Capitole et de la place publique à l'aide des cohortes urbaines, et prétendaient rétablir l'ancienne liberté. Claude lui-même fut sommé par un tribun de venir opiner dans le sénat; il répondit que les troupes le retenaient par force. Le sénat, jaloux de ressaisir son ancienne autorité , lui envoya représenter qu'il ne devait pas entreprendre de se faire empereur par violence , mais s'en remettre au sénat du soin de veiller au salut de l'État ; qu'il pouvait se souvenir des maux dont Rome avait été affligée sous la domination des tyrans, des dégoûts dont Auguste l'avait abreuvé, et des dangers qu'il avait courus durant le règne de Caligula; qu'il serait

1 Chateaubriand^

CLAUDE. 4oi

étrange qu'ayant détesté la tyrannie dans les autres, il voulût, par son ambition, engager de nouveau sa patrie sous le joug insupportable dont elle venait d'être délivrée.

Cependant , le lendemain , le sénat , soutenant ses dernières résolutions avec trop de faiblesse, et se partageant en plusieurs avis, le peuple qui entourait rassemblée, et qui, comme nous l'avons dit, voyait dans la puissance impériale un frein mis à l'avidité et à l'oppression des grands, se joignit aux prétoriens et demanda à haute voix un seul maître. Claude fut donc proclamé. Il reçut le serment des soldats, et promit à chacun d'eux quinze grands sesterces l. Telle fut l'origine du fameux donativum dont l'usage établi dès lors dans l'empire fut si désastreux pour le trésor.

Quel était donc cet homme que le peuple préférait au sénat et au retour de la liberté? C'était le frère de Germanicus et le fils de ce Drusus qui, après avoir illustré les armes romaines en Germanie , pi rit par le poison , pour avoir annoncé le dessein de rétablir un jour l'ancienne république. Claude, né à Lyon, avait passé sa jeunesse en proie a des maladies longues et opiniâtres qui affaiblirent pour toujours sa constitution et enlevèrent toute énergie à son caractère. Repoussé par sa famille qui le méprisait et qui le regardait comme stupide, parce qu'il était faible et distrait, abandonné à un précepteur sans culture et qui avait été conducteur de bêtes de somme, il languit obscur et délaissé sous le règne d'Auguste, et même sous celui de Tibère, qui cependant à sa mort le plaça au troisième rang parmi ses héritiers, et le recommanda nommément aux armées , au sénat et au peuple romain, comme étant au rang de ce qu'il avait de plus cher.

Condamné à l'oubli par les préventions de la cour, Claude chercha un refuge dans l'étude des lettres. Bientôt il se distingua par son éloquence. « J'ai entendu votre petit-fils Claude prononcer une harangue, écrivait Auguste à Livie, et , à ma grande surprise , je n'ai pu me défendre de l'admirer. » Tacite lui rend le même témoignage. Mais il eut peu d'occasions d'exercer son talent ; et , encouragé

1 Environ 3,000 fr.

par Tîtc-Lfcve, il Be livra aux travaux historiques. Il écrivît l'histoire de Rome sous Gésar et *ous Auguste; celle des Étrusques et des Carthaginois, Il composa aussi trait livres de mémoires sur sa vie , ouvrage élégant , mais où l'on retrouvait toutes les bizarreries de son caractère. Enfin, on cite encore de lui une apologie de 'Gcéron et un ouvrage 0itr les jeux de hasard.

lie règne de -Calcula vint l'arracher à ses études favorites. Sous ce prince, il commença à sortir de son obscurité, et parvint aux honneurs. Il fut le collègue de l'empereur au consolât, et, plus d'une fois , dans les jeux publics qu'il fut chargé de présider, le peuple témoigna par ses acclamations son respect pour le frère de Germanicus. Il avait cinquante ans quand il fut appelé à l'empire. Le premier «acte de son règne fut la publication d'une amnistie générale, dont les meurtriers de Galigula furent seuls exceptés. •Hein de vénération pour sa famille , dont il avait eu tant à -se plaindre , il fit décerner à Livie les honneurs divins 9 et à sa mère le nom iXÂttgusta; il voulut qu'on célébrât par des fêtes l'anniversaire de la naissance de Drusus, son père, d'autant plus que c'était aussi celui de la naissance de son aïeul Antoine; enfin, il fit élever à Tibère un arc de triomphe en marbre , et ne voulut pas qu'on mît an nombre des fêtes le jour de la mort de Galigula , bien que ce fort le premier de son règne.

Ces pieux devoirs remplis , Claude abolit tous les actes de son prédécesseur, et montra la plus grande déférence pour le sénat , pour les consuls et pour tous les magistrats. Aussi, en «peu de temps , se fit-il aimer à un tel point, que le faux bruit de sa mort s'étant répandu pendant un voyage qu'il fit à Qstie, le peuple accabla de malédictions les soldais et le sénat, les appelant traîtres et parricides, et il fallut, pour -apaiser rémeute, que les magistrats vinssent annoncer du haut de la tribune aux harangues que Claude vivait et qu'il «liait arriver.

Glande mettait tous ses soins à pendre la justice; ouïe voyait sans cesse, même les jours de ïête , siéger sur son tribunal. Il ne s'en tenait pas toujours aux termes delà loi,

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