‹ Précis d'Histoire romaineChapitre 97 sur 157 · CLAUDE · texte numérisé non relu

CLAUDE

et des soldats. Cependant Narcisse, dont ce monstrueux hymen menace la puissance , apprend à Claude qu'il est répudié. Claude était alors à Ostie. A cette nouvelle , il accourt pour se venger. Narcisse le conduit au camp des prétoriens , et là l'empereur prononce une harangue à la suite de laquelle les soldats s'écrient qu'il faut punir les coupables. Silius et plusieurs autres amants de Messaline sont aussitôt mis à mort. Messaline partagea bientôt leur sort. « Ainsi , dit Tacite , fut consommée une vengeance , juste sans doute, mais qui eut des suites affreuses, et ne fit que changer les acteurs du plus triste spectacle. »

Après le meurtre de Messaline , les affranchis se disputèrent à qui donnerait une épouse à Claude , incapable de supporter le célibat, et toujours prêt à l'obéissance conjugale. Le choix tomba sur la jeune Agrippine, fille de Germanicus, et par conséquent nièce de l'empereur/ Il n'y avait pas encore eu d'exemple d'un oncle épousant sa nièce, aussi Claude voulut-il que son union fût autorisée par un décret du sénat. La nouvelle impératrice désirant assurer le trône à son fils Domitius, le fit adopter par son époux sous le nom de Claudius Néron , et lui fit donner pour femme Octavie , fille de l'empereur. Britannicus, fils de Messaline et de Claude, se vit ainsi dépouillé de son héritage. Claude cependant ne tarda pas à se repentir de cette injustice: «. Puisses-tu bientôt être en âge de prendre la robe « virile, dit-il un jour au jeune prince, pour que les Romains « soient gouvernés par un véritable César. »

Agrippine fut alarmée de ces paroles. D'ailleurs, non moins dissolue que Messaline, elle savait que l'empereur avait dit : « Mon sort est de souffrir les désordres de mes femmes , et de les punir à la fin. » Elle résolut donc de le prévenir et de l'empoisonner. Mais le choix du poison l'embarrassait : trop soudain , il trahissait une main criminelle ; trop lent, il laissait à Claude le temps de deviner le complot et de revenir à l'amour de son fils. Il en fallait un qui troublât la raison sans trop hâter la mort. On jeta les yeux sur une femme habile en cet art détestable, Locuste, condamnée depuis peu pour empoisonnement , et qui fut long-

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temps un instrument da pouvoir. Le poison fat servi à L'empereur dans un plat de champignons, et comme l'effet ne. répondait point à l'attente d'Agrippine, un médecin , nommé Xénophon , qu'elle avait su gagner , sons prétexte de faciliter les vomissements de l'empereur , lui mit dans la gorge une plume imprégnée d'un venin (pâle tua surle-ehamp(54).

Malgré les démêlés avec les Germains et les Par thés, qui ne furent que des querelles de frontières, l'étendue de l'empire romain s'accrut sous le règne de Claude. L'an 42, la Mauritanie devint une province romaine. Suetonius Paulinus pénétra jusqu'au mont Atlas, qu'ont naguère visité nos soldats. Les Romains s'établirent en Afrique, dans ces mêmes contrées où nous portons aujourd'hui notre civilisation r et la Mauritanie fut divisée en deux parties, la Césarienne et la Tingitane.

En 43 , une velléité de gloire militaire s'était emparée de Claude , qui choisit la Bretagne pour théâtre de ses exploits. En peu de jours, il s'empara sans combat et sans effusion de sang d'une partie de File qu'avait soumise Auhis Prautius % et revint à Rome , six mois après son départ, triompher avec le plus grand appareil et recevoir le titre de Britannicus , que son fils prit en même temps.

Eq43, la Lycie; en 44, la Judée2; la Thrace, en 4-7, sont réduites en provinces romaines.

Après la mort d'Hermann, la Germanie fut quelque temps paisible. Mais en 47 , les dangers recommencèrent pour l'empire, et il fallut tout le talent et. toute l'énergie de Corbulon pour repousser une invasion des Cauques. En 59 ,. une irruption des Cates fut également refoulée , effi la joie de ce succès fut accrue par la délivrance de quelques soldats de Varus, arrachés après quarante ans à la servitude.

C'est du règne de Claude (50) que date la fondation de Cologne ( Colonia Agrippina). Agrippine, dit Tacite,

* Voyez le récit de cette campagne et de celles qui la suivirent, p» 418 etauiv.

2 Voyez p. 443 et soir.

roulant étaler son pouvoir aux yeux des peuples alliés, snvoyadans la ville des Ubiens, où elle était née , de» vétérans et une colonie à laquelle on donna son nom. ,

IIL KÉHON.

(. Nero Claudius Cœsar. ) 54—68.

Pendant quelque temps la mort de Claude Ait tenue secrète par la prévoyance d'Agrippine. On profita de ce temps pour préparer les troupes, et quand on crut le moment favorable , Néron leur fut présenté par Burrbus, qu'Agrippine ivait fait nommer chef des troupes prétoriennes. Quelques poix s'élevèrent pour demander Britannicus ; mais la professe d'un danativum égal à celui de Glande fit taire tous les scrupules. Du camp il se rendit au sénat, où il prononça an. discours préparé par Sénèque, son précepteur , et dans lequel il promettait de prendre Auguste pour modèle de sa conduite. L'admiration et l'enthousiasme des pères conscrits leur fit voter l'inscription de ce discours sur une table d'argent. Le même décret portait que tous les ans les consuls en feraient une lecture publique; c'eût été la plus sanglante satire du- règne de Néron.

Néron régna cinq ans, comme Galigula avait régné quelques mais : guidé par l'expérience de Burrbus et de Sénéque , maintenu par le respect qu'il avait encore pour l'habile et impérieuse Agrippine, il réprima ses penchants et fit espécer aux Romains un bon prince.

Agrippine espérait gouverner le monde sous le nom de son fils. Elle cachait même assez peu ses prétentions, répondant avec lui aux ambassadeurs et assistant aux séances du sénat, cachée derrière un voilé. Elle ne se privait même point du plaisir d'ordonner d« supplices ; ainsi elle fit tuer Silanus,. proconsul d'Asie, et Narcisse, affranchi de Claude. Agrippine allait- trop loin, et les ministres de Néron crurent devoir mettre quelques bornes à ses prétentions. Un jour que Néron devait recevoir une ambassade

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des Arméniens, elle vint pour se placer, selon sa coutume, sur le trône où siégeait déjà son fils; mais Néron, la prévenant , alla au-devant d'elle , et reçut debout la députation. Ce commencement de mésintelligence fut aggravé par l'opposition d'Agrippine à la passion de Néron pour une esclave qu'il voulait épouser. Le premier signe que le prince en donna fut la disgrâce de Pailas , affranchi de sa mère , et qui avait eu le maniement des finances sous Craude. Agrippine irritée menaça sourdement de faire reconnaître Britannicus pour empereur. Ce fut comme une | sentence de mort pour le malheureux prince. Néron se débarrassa de cette crainte par un meurtre (54). Le coup était hardi; les légions murmuraient; mais de grandes largesses firent bientôt oublier le crime. Burrhus et Séné- j que souillèrent leur réputation en y prenant part.

Cependant, sous leur habile administration , l'empire florissait; les provinces étaient heureuses; plusieurs intendants poursuivis par les plaintes des peuples furent punis, et ceux qui, sous les règnes précédents, avaient vendu leur éloquence , furent exilés. On essaya de rendre plus difficiles, par la publicité, les fraudes dans la levée des i impôts. Plusieurs sources de revenus furent même entièrement abolies.

Bientôt un grand crime étonna le monde et fit connaître Néron. Excité par Poppée , qu'il avait enlevéejt Othon , il ordonna le meurtre de sa mère (59) ; Burrhus vint à la tête des prétoriens le féliciter d'avoir échappé au danger; Néron , en effet , répandait le bruit qu'il n'avait fait que défendre sa vie contre l'ambition d'Agrippine. Dès lors Néron, comme pour s'étourdir sur ses remords, se plongea chaque jour davantage dans la débauche et le crime. Qu'importe au monde l'histoire de ce fou à qui la fortune avait donné tout pouvoir sur le monde ? Citons quelques-unes de ses victimes : Burrhus, qui fut probablement empoisonné; Sénèque , Lucain, Pison, qui reçurent ordre de se donner la mort; le consul Vestinus, qu'il fit étouffer dans un bain chaud; Pétrone son confident, le vertueux Thraséas , le grand Corbulon , et tant d'autres dont la liste

NERON. yjog

serait trop longue, tombèrent victimes de sa jalousie et de sa cruauté. Un incendie ayant dévoré , durant neuf jours et neuf nuits, trois des quatorze quartiers de Rome, et en ayant dévasté sept autres, Néron voulut jouir de ce beau coup d'oeil; il monta sur une tour, et là, une lyre à la main, il chanta un poëme qu'il avait composé sur l'embrasement de Troie1.

Ce qui distingue Néron des autres tyrans, sa spécialité à lui, ce sont les arts; il est avant tout mime et joueur de lyre, et on le voit courant toutes les grandes villes de l'empire pour montrer ses talents, impitoyable pour qui n'admirait pas, jaloux de ses rivaux, jusqu'à faire étrangler sur le théâtre même un acteur qui chantait mieux que lui ; mais aussi payant cher les applaudissements, comme ce jour où il déclara la Grèce libre , en reconnaissance des éloges qui lui avaient été prodigués et des couronnes qu'on lui avait décernées à Oiympie.

Si Néron n'eût que brigué la réputation de premier mime de l'empire, les Romains auraient moins souffert; mais ses profusions épuisaient Rome et les provinces , tandis que sa haine soupçonneuse décimait les plus illustres familles. La révolte de Galba en Espagne délivra Rome de ce monstre (68). Lorsque l'approche des soldats envoyés par Galba le força à se tuer , il ne prononça que ces mots : Quel artiste le monde va perdre !

Chose singulière! le souvenir de Néron resta cher au petit peuple. Pendant plusieurs années, son tombeau fut toujours couronné de fleurs , qu'on y portait la nuit. On refusa même de croire à sa mort , et il parut en Orient jusqu'à trois faux Nérons. Dans les dernières années du troisième et du quatrième siècle, c'était une croyance populaire que Néron paraîtrait à la fin du monde pour être l'An techrist, ou pour régner dans l'Occident, et y rétablir l'idolâtrie en même temps que l'Antéchrist se ferait adorer dans

1 Le 5 février de Tan 63, la ville de Pompéi, en Campanie, fut à moitié détruite par un tremblement de terre : seize ans plus tard , elle fut entièrement engloutie par une éruption du Vésuve.

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l'Orient. D'autres enfin pensaient qu'il n'était point mort, mais qu'il était encore dans la fleur de rage z.

On peut s'étonner de la popularité de Néron ; « la cause en est sans doute dans le soin que lui et ses prédécesseurs prenaient de fournir des aliments à une partie du peuple. Aux distributions de blé , qui avaient lieu tous les mois du temps de la république, on ajouta extraordinairement les distributions de vin et de viande (congiaria et viscerationes). Les époques de tyrannie étaient assez ordinairement l'âge d'or de la populace a. »

GALBA. — OTHON. — VITELLIUS. — LBS FLAVIBHS.

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