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I. — ENSOLEILLEMENT ET AÉRATION DES VILLES

Les campagnes, largement ouvertes à tous les vents, jouissent d'un air pur et constamment renouvelé. La végétation, les forêts surtout, y travaillent chaque jour à la régénération de loxygène et à Tabsorplion de Tacide carbonique, par Texercice de la fonction chlorophyUienne. Il n'en est pas de même dans les villes : les fumées et les gaz des foyers des maisons et des usines, les poussières industrielles ou provenant de la circulation, ordinairement intense, les odeurs multiples, sont des causes constantes de viciatioii (le Tatmosphère des villes, qui, par suite des conditions du milieu urbain, se renouvelle plus difficilement. Il faut donc assurer aux villes le maximum d'aération et de lumière.

1" Espaces libres. — Les espaces libres, constitués par les parcs et jardins publics, les squares, les places et les rues, les cours des maisons et les jardins particuliers, doivent occuper une surface suffisante. Ce sont les poumons des villes; grâce à eux Pair pur peut pénétrer dans les maisons, chasser et remplacer l'air vicié. Les espaces libres sont nécessaires aux enfants pour leurs jeux, surtout dans les villes ouvrières. La présence de fontaines, de bassins, de jets d'eau, etc., ne constitue pas seulement un moyen d'embellissement des cités, elle a des consé- ({uences importantes au point de vue de la thermalilé et de l'état hygroscopique de l'atmosphère. Cette dernière est générale-

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meut plus fraîche à la campagne qu'en ville; la dilTéience peut atteindre plusieurs degrés. De même, pour Thumidité de Tair. Nous ne revenons pas sur le rôle épurateur de la fonction chlorophyllienne des arbres et des plantes vertes.

Malheureusement, surtout en France, on n'a pas toujours com-

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pris ce rôle capital des espaces libres. Bien des villes, Paris en tète, ont laissé, non seulement les propriétaires couvrir presque tout leur terrain de bâtisses inconsidérées, mais encore ont consenti elles-mêmes à la diminution progressive des espaces libres leur appartenant. Paris, pour une surface de 7 800 ha. ne possède que 46 parcs d'une surface d'ensemble de 263 ha. (fig. 37),

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alors que, pour la même surface, Berlin en possède 20, occupant 554 ha. (fig. 58), et Londres 200 avec 752 ha. (Hénard) (fig. 59). Cologne a une surface de parcs presque égale à celle de Paris, avec une population d'environ un septième !

La cité-jardin, qui fut considérée au début comme une utopie

est actuellement passée dans le domaine do Tapplication et des faits réalisés. Aux portes de Londres, s'est créée de toutes pièces une ville modèle de 30 000 habitants, Garden-City. Le terrain destiné à la construction de la })artie urbaine ne représente qu'un tiers de la surface totale. Les deux autres tiers sont réservés aux

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espaces libres et à une ceinture de « terre arable ». Les cottages sont entourés d'un jardinet d'un minimum de 4 a. Ces citésjardins se sont mullipliées en Angleterre, en Hollande, en Belgique, dans certaines régions de TAllemagne. En France, malgré les

efforts de 1' « Association des cités-jardins de France », elles font peu de progrès.

Les jardins ouvriers, si nombreux en Allemagne, doivent être encouragés (voir p. 732 la lutte sociale contre la tuberculose).

Enfin, les villes, surtout celles qui s'accroissent vite, doivent prévoir des plans d'extension et d'alignement. iMalheureusement,

la législation française actuelle ne le permet pas. Les villes ne peuvent jusqu'ici exproprier que les surfaces nécessaires à l'assiette même des rues qu'elles vont construire et ne peuvent exiger que les propriétaires bâtissent, suivant certaines conditions, ni même suivant un alignement donné, tant, du moins, qu'elles n'ont pas acquis le sol de la rue future.

Une tentative a été faite pour combler cette lacune. En 1909^ Beauquier a déposé, une « proposition de loi ayant pour objet d'imposer aux villes Tobligation de dresser des plans d'extension et d'embellissement ». En Belgique, une loi de 1836 permet aux villes d'établir des plans d'extension et de les faire rendre exécutoires par le roi. Ces plans sont obhgatoires pour toutes les villes en Hollande, depuis 1902, en Suède depuis 1874, en Allemagne depuis 1907, en Angleterre depuis 1876. 11 n'est pas jusqu'aux villes du Japon et du Transwaal qui ne soient munies des pouvoirs nécessaires sous ce rapport.

2" Rues. — Le véritable réservoir d'air, pour la généralité des habitations des villes, est la rue.

a) Largeur. — La largeur des rues doit dépendre d'abord de l'activité de la circulation dont elle sera l'objet : c'est assez dire que ses dimensions, toutes proportions gardées, devront être d'autant plus grandes que plus considérable sera le nombre des véhicultîs de toutes sortes qui la parcourront. Pour éviter l'encombrement, et, par suite les accidents, c'est bien assurément la première donnée dont on devra tenir compte. Mais, au point de vue de l'hygiène, c'est surtout, par rapport à la hauteur des maisons cou ligues, qu'on devra considérer la largeur des rues. Les hygiénistes allemands, réunis à Munich, en 1875, ont posé, comme règle immuable, qu'avec 12, 20, 30 m. de largeur de rue, la hauteur maximum des maisons ne doit, en aucun cas, dépasser ces dimensions. Vogt demande que, sous nos latitudes, une maison reçoive, dans toute sa hauteur, le soleil pendant une durée de quatre heures au minimum, de 10 heures du matin à 2 heures du soir, pendant les jours les plus courts. Ce principe, excellent en théorie, est malheureusement d'une application à peu près impossible dans la pratique; on arriverait ainsi, avec la hauteur habituelle des maisons dans les grandes villes, à des largeurs de rue tout à fait exagérées. C'est ainsi qu'à Lyon (46'^ parallèle), elles devraient avoir 36 m. 56 et sous le 50° i»arallèle jusqu'à 47 m. 43. Si nous avançons encore, elles mesureront 76 m. 50 à 55° et 190m. à 60".

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Mais, s'il est diltîcile d'appliquer dans toute sa rigueur le principe posé par Vogt, il faut s'inspiier de son esprit et assurer aux habitations un maximum de lumière, d'aération et d'ensoleillement. La largeur à donner aux rues sera donc très variable, suivant qu'il s'agira de pays du Nord ou de régions méridionales.

b) Orientation. — Certains hygiénistes sont partisans de V orientation méridionale, c'est-à-dire à direction nord-sud, dans le sens des méridiens; d'autres défendent Y orientation équatoriale, dirigée de l'est à l'ouest, parallèlement à l'équateur.

Les premiers s'appuyent sur ce fait qu'avec l'orientation méridionale, les deux princi})ales façades des habitations reçoivent l'une à Test, pendant la première moitié du jour, Tautre à l'ouest, tout l'après-midi, les rayons vivifiants du soleil, avec cet avantage que le calorique s'amasse et se maintient dans les parois. Vogt a montré, statistiques en main, qu'il existe, à Berne, une différence de 13 p. 100 dans la. mortalité., au ^préjudice du côté non ensoleillé des rues. Cette constatation, en concordance avec ce que l'on sait de l'action bactéricide de la lumière, montre les Inconvénients de l'orientation équatoriale.

Les partisans de cette dernière répondent que l'exposition au midi de la façade principale doit être recherchée en raison de l'intensité plus grande des rayons solaires. Cependant, comme J. Arnould le fait observer, c'est l'inverse qui se produit : « Il est à remarquer qu'une paroi verticale, tournée vers le sud, emmagasine peu de chaleur à midi, même en plein été, parce que les rayons du soleil, tombant suivant une ligne qui se rapproche de la perpendiculaire à l'horizon, deviennent à peu près parallèles à cette paroi et gUssent à sa surface sans pénétrer ». Il en résulte que l'orientation méridionale est celle qui donnerait le maximum de soleil, de Jumière et de chaleur. Cette orientation, parfaite en hiver, au printemps et en automne, est très compatible même avec les fortes chaleur de l'été, puisque, en dehors des quelques heures où le soleil est au sommet de sa courbe, cette combinaison favorise la formation d'une assez large zone d'ombre, alternativement sur l'un et l'autre trottoir, le matin et l'après-midi.

Cependant, cette règle n'a rien d'absolu. Dans les régions à climats froids (vents du Nord) ainsi que dans les régions du midi (mistral ou sirocco), l'orientation méridienne aurait des inconvénients qu'on peut atténuer, en adoptant les orientations intermé-

diaires sud-est-nord -ouest ou sud-ouest-nord-est. D'autres conditions, étrangères à F hygiène, interviennent dans l'orientation des nies. On sera souvent oldigé den tenir compte.

c) Ruelles. Passages. Impasses. — Les ruelles , passages, impasses sont, la plupart du temps, de véritables foyers à microbes, où 1 humidité, l'obscurité, la réunion de détritus de toute espèce se donnent rendez-vous, pour former l'ensemble des conditions le plus favorable à la pullulation des microbes pathogènes. D'ailleurs, les misérables logements qui les bordent sont presque tous de la catégorie de ceux « où le soleil entre rarement et le médecin beaucoup trop souvent ». Aussi, doit-on les condamner et souhaiter que de larges trouées les fassent disparaître.

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