IL — PROPRETÉ DES VOIES DECIRCULATION
1° Dangers et causas de contamination. — a) Circulation . — En premier lieu, viennent les dangers d'accidents, d'autant plus considérables que la circulation des véhicules est plus intense, que leur vitesse est plus grande, que la place assignée à eux est plus étroite, etc. Ils ont singulièrement augmenté de fréquence et de gravité avec le développement de la traction mécanique et de lautomobilisme. L'hygiène est d'accord avec les exigences de la sécurité publique ; la réduction de la vitesse diminue la quantité de poussière soulevée.
b) Poussières. — Elles proviennent non seulement de l'usure des chaussées et des routes, mais des usines, des matériaux véhiculés, etc.
c) Ordures ménagères. — (voir p. 312).
d) Déchets des usines et fumées. — Les usines, les maisons déversent dans l'atmosphère des fumées, en quantité souvent considérables, qui non seulement salissent la voie publique et les maisons, mais sont souvent une cause importante d'incommodité. Voir p. 280.
e) Germes infectieux. — La présence et le passage de nombreuses personnes dans les rues, places et voitures publiques, les poussières, déchets signalés plus haut, engendrent des dangers de contagion soit directe et par contact, soit plus souvent indirecte par l'intermédiaire des produits pathologiques ou encore de certains insectes ou parasites (puces, moustiques, etc.), allant d'un
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homme à Tautre. Ces conlages ne diffèrent pas, en principe, de ceux qui se produisent en tout autre lieu (voir p. 476).
a) Germes d'origine intestinale et ur inaire (fièvre typhoïde, dysenterie, choléra, etc.) — La rue reçoit forcément les urines et les matières des animaux (chevaux, chiens, etc.), qui la fréquentent, mais elle ne devrait recevoir aucune déjection humaine. 11 n'en est pas toujours ainsi. Même dans les villes les plus civilisées, on en trouve dans certains recoins, où s'arrêtent les individus malpropres (ivrognes, enfants). Les matières gagnent les chaussées, grâce à Teau de pluie ou d'arrosage et se mêlent à la boue et à la poussière. Le transport des vidanges par la nonétanchéité des tonneaux, est fréquemment une cause de contamination.
b) Germes dorigine buccale et pulmonaire (tuberculose, pneumonie, grippe, scarlatine, coqueluche, diphtérie, etc.). — Ils proviennent des crachats, soit directement quand ils sont projetés sur la voie pubhque, soit indirectement quand, ayant été projetés ailleurs, leurs particules, fraîches ou desséchées, y sont ramenées (Jjalayures des maisons et des cours, tapis ou linges souillés, secoués par les fenêtres, déversement du contenu des crachoirs dans le caniveau, etc.).
c) Gelâmes d'origine cutanée. — A la période de desquamation, les personnes atteintes de variole, de scarlatine, etc., perdent des parcelles épithéliales, contenant les germes de ces maladies. Si les malades sortent, ces parcelles tombent sur la voie publique, et, grâce à leur ténuité, elles sont facilement emportées par le vent et disséminées. Les squames contagieuses peuvent encore gagner la rue, avec les balayures des chambres ou par le secouement des linges et tapis par les fenêtres. Le cardage des matelas, en pleine rue ou place pubhque, peut aussi amener les germes de ces maladies, ainsi que ceux de la fièvre typhoïde, de la diphtérie, etc.
d) Eléments des souillures banales : boues et jioussières. — Indépendamment des germes pathogènes, la rue est le réceptacle d'un grand nombre d'objets en putréfaction, détritus, ordures échappées des poubelles, balayures des maisons, etc. Tout cela est pulvérisé par la circulation et se mêle au produit de l'usure des chaussées, en formant avec lui un milieu fermentescible, favorable à la pullulalion des espèces microbiennes : c'est la boue ou la poussière. La boue est de composition très variable, mais elle renferme toujours une grande abondance des matières organiques
CouRMONT. — Précis d'hygiène. 20
et des bactéries de toutes sortes. La poussière des rues n'est que de la boue desséchée, qui reste chargée des germes du milieu. Elle sera d'autant plus dangereuse que la rue sera plus sale et plus mal soignée.
2° Effets de la contamination de la voie publique. — Les souillures de la rue réagissent sur la sauté des passants et des habitants riverains, soit en ramenant sur eux les germes pathogènes, soit en les incommodant par les poussières et les odeurs désagréables qui empêchent une bonne aération et une bonne respiration. — Les germes de la rue peuvent se communiquer directement (germes d'origine cutanée), mais le plus souvent ils sont amenés à Thomme avec la boue et la poussière. Celles-ci rentrent dans nos maisons de mille manières (chaussures, habits, peau, objets de toutes sortes). La poussière pénètre par les fenêtres et les maisons riveraines se trouvent exposées à l'invasion des microbes les plus divers et les plus dangereux. De plus, leurs habitants n'osent plus ouvrir les fenêtres, pour éviter l'introduction des poussières et vivent ainsi dans un air non renouvelé, constamment vicié (voies parcourues par les automobiles). — Enfin, leg germes pathogènes des rues peuvent revenir à l'homme par l'intermédiaire des eaux, soit courantes (pluies) soit souterraines auxquelles ils se mêlent en pénétrant dans le sol et gagnant la nappe phréatique. Il y a donc un grand avantage, tant du point de vue hygiénique, que de la commodité et de l'économie du roulage et des transports, à revêtir convenablement les chaussées, à les bien entretenir pour éviter le plus possible la boue et la poussière.
3'^ Défense de la voie publique contre les germes pathogènes. — 1° RÉGLEMENTATION :
a) Water-closets publics. Urinoirs. — Il faut que les habitants s'interdisent absolument de déposer leurs matières fécales et leurs urines dans les rues et places; que, par conséquent, l'autorité municipale installe et maintienne, en état parfait de propreté, un nombre suffisant de \vater-closets et d'urinoirs. Il ne faut pas négliger, d'une part, d'en mettre à la disposition des femmes (ce qui est oublié dans beaucoup de villes), d'autre part d'en avoir un certain nomi)re gratuits; s'il faut payer, bien des gens chercheront ailleurs et opéreront en contrebande. Ces water-closets devront être installés, de façon à êlre maintenus dans un constant état de propreté. On utilisera de préférence
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des sièges à la turque, qui mettent à Tabri de toute contamination, et des lavabos, dans le voisinage, permettront au public de se laver les mains en sortant.
b) Enlèvement des immondices. — Voir p. 313.
c) Blanchiment des maisons. — Elles devront être blanchies à périodes fixes, non seulement au point de vue de l'esthétique de la rue, mais pour éviter la production des poussières.
d) Fumivorité. — Toutes les usines devront ou employer des fumivores ou ne brûler que du combustible donnant un minimum de fumées (coke) (voir p. 284).
e) Autres mesures. — L'interdiction de cracher sur le sol des rues devrait être absolument générale. Il en est de même de l'interdiction de secouer linges et tapis par les fenêtres, de carder les matelas dans la rue, d'y projeter les balayures des cours et des maisons. Les règlements communaux devraient exiger, des marchands de comestibles, qu'ils couvrent leurs étalages extérieurs.
Enfin, les malades atteints de fièvres éruptives ne devront pas être admis à circuler au dehors, tant qu'ils sont encore dans la période dangereuse de desquammation.
2° Revêtement du sol et des voies publiques. — Pour protéger la nappe souterraine et pour éviter autant que possible la production de boue et de poussière, il est nécessaire de rendre la surface des voies publiques imperméable, compacte et peu friable. Cette nécessité s'applique , non seulement aux voies urbaines, mais aux routes, surtout dans les sections qui traversent les villages.
a) L'asphalte et ses variétés (asphalte armé, coulé, caoutchouté etc.) donne une surface imperméable, facile à balayer et à laver à grande eau, lisse et très roulante. La pâte étant très compacte, la désagrégation de surface est très faible et on a très peu de boue et de poussière. C'est le revêtement idéal pour les pays où la température est assez modérée pour que le bitume ne fonde pas au moment des grandes chaleurs, mais exigeant une fondation de béton, ce revêtement coûte cher et n'est pas très résistant pour les charrois.
b) Pavage ordinaire. — Le revêtement constitué par des pavés de pierre, posés sur une couche de sable de 0 m. 20 à 0 m. 25 d'épaisseur, avec joints remplis -de sable damé, est la solution la plus répandue dans les villes. Si, par une bonne exécution, on assure à la surface un bombement et une résistance convenables,
c'est un revêtement excellent, mais qui malheureusement donne naissance à un bruit intense, au passage des véhicules.
c) Pavaije en cailloux. — Ce revêtement est très 'défeclueux : les joints sont mal remplis, la marche sur les cailloux est très pénible, etc.
d) Pavés de pierre ou briques. — Ces pavés, sur fondation de béton, et avec joints maroanés, forment un excellent pavage, bien imperméable, mais que la fondation rend coûteux.
e) Pavés de bois. — (rcst également un revêtement très coûteux. Le roulement y est très doux, mais la couche superficielle du bois s'imbibe d'eau, d'urine et se putréfie, en donnant, au moment des chaleurs, une odeur forte. Des parcelles ligneuses peuvent se détacher (poussière qui peut véhiculer des germes pathogènes). 11 est donc nécessaire d'employer des bois très durs, en attendant que les procédés de durcissement des bois tendres par imprégnation, aient donné des résultats pratiques. A Paris, on utilise le pin des Landes, qu'on passe dans un bain chaud de créosote.
f) Macadam. — L'empierrement ordinaire ou macadam manque d'imperméabilité et donne naissance, surtout si les matériaux sont tendres, à beaucoup de boue et de poussière. On doit donc le proscrire de l'intérieur des agglomérations.
g) Macadam agglutiné ou imperméabilisé. — On a cherché pour éviter la poussière (surtout produite par les automobiles) à incorporer au macadam des substances qui l'imperméabilisent et en même temps en retiennent les particules dans une sorte de magma agglutiné et cohérent. Le plus simple de ces corps, susceptibles d'agglutiner la poussière et de la coller au sol, c'est Veau. Mais, son effet est éphémère et il faut arroser si souvent, que le procédé devient fort onéreux. De plus, si on dépasse la dose, on produit de la boue. Pour obtenir un effet jilus durable, on a proposé, dès 1858 (Balard), d'ajouter, à l'eau d'arrosage, des chlorures ou de l'acide chlorhydrique. Ce procédé, assez employé en Angleterre, est connu sous le nom de i^els d'arrosage de Cooper ou chlorides.
La iveslruniite (van Westrum, 1903), composé d huiles lourdes de pétrole, émulsionnées et saponifiées par les eaux ammoniacales, ainsi qu'un grand nombre d'autres, à base de goudrons de houille, de bitume ou de pétrole, (rapidité, bitumine, apulvite, pulvivol, poussierol, hacknite, etc.) ont été employés. Tous ces produits ont le même défaut : le peu de durée.
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Le pétrolage, Vhuilage ont une su))énorité au point de vue de la durée. Quelques essais ont été faits avec Thuile d'aloès, riiuile de naphte (Oran, etc.). Le pétrolage (Los Angeles en Californie) n'est guère acceptable en raison du prix trop élevé du pétrole brut et parce qu'il n'empêche pas la boue dans la saison humide.
Le goudronnage (à chaud ou à froid) est le procédé de beaucoup le meilleur. C'est en 1902 que GugHelminetti fit son premier essai de goudronnage à Monaco, suivi bientôt par d'autres à vSaint-Germain, à Saint-Cyr, sur différents points de la banlieue de Paris, à Genève. Depuis, la méthode du goudronnage est entrée en pratique dans toute l'Europe. Le plus souvent le goudron de gaz est employé à chaud (70" à 80°) et un grand nombre de machines spéciales ont été imaginées, soit pour chauffer le goudron, soit pour le répandre en couche mince et uniforme sur la surface. Il peut être également employé à froid, grâce à l'addition d'une huile lourde et fluide.
Quel que soit d'ailleurs celui auquel on donne la préférence, le goudronnage, d'après le rapport de Sigault et Le Gavrian, au Congrès de la Route, doit être effectué dans les conditions suivantes : 1° Opérer sur une chaussée solide, bien sèche, de rechargement assez récent et surtout sans tlaches; sur une chaussée flacheuse, le goudron se maintiendra beaucoup moins longtemps, et, sur une chaussée humide au moment du répandage, il s'écaillera et disparaîtra rapidement; 2° Avoir soigneusement débarrassé la chaussée des poussières et immondices qui la recouvrent, et avoir mis la mosaïque à nu, de manière que la couche de goudron pénètre dans la chaussée et que la croûte superficielle s'y trouve pour ainsi dire ancrée ; 3° Opérer par un temps sec, et, si possible, par un temps chaud ; 4° Laisser le goudron sécher assez pour que les roues des voitures ne l'enlèvent pas et n'écorchent pas l'enduit ou le recouvrir d'une couche de sable, avant de le livrer à la circulation.
Les résultats du goudronnage sont excellents par temps sec et même par temps pluvieux; la boue est bien diminuée, pourvu que la circulation ne soit pas trop intense. Le prix varie de 0 fr. 09 à 0 f. 15 par mètre carré.
.']" Thottoirs et RUISSEAUX. — Lcs trottoirs, réservés aux piétons, sont surélevés de 15 à 20 cm. Ils doivent être imperméables et légèrement inclinés, de façon à favoriser l'écoulement des eaux
de pluie et d'arrosage dans les ruisseaux. Les ruisseaux doivent être situés à la jonction du revêtement de la chaussée et de la bordure des trottoirs adjacents. Autrefois la chaussée avait une concavité centrale, qui réunissait les eaux de la rue en un ruisseau médian. On adopte partout le système des ruisseaux latéraux. De distance en distance, s'ouvrent des bouches (Tégout par où les eaux s'écoulent dans les conduites souterraines.
4° Entretien et nettoiement de la voie publique. — Le bon nettoiement quotidien est capital. C'est sur lui qu'on compte pour débarrasser promptement la voie publique des immondices qui y sont encore trop fréquemment déposées. C'est aussi lui qui doit enlever la boue, enlever ou agglutiner la poussière, au fur et à mesure qu'elles se forment et qu'elles deviennent gênantes. Ces opérations doivent se faire, aussi discrètement que possible, et sans gêner sérieusement les habitants. C'est dans ce but que beaucoup de villes allemandes font leur toilette la nuit, ce qui* les laisse, dès le matin, propres, arrosées fraîchement et débarrassées de ces équipes de travailleurs, plutôt encombrantes pour la circulation. Encore inusité en France, ce mode de faire, ne saurait être trop conseillé, malgré son coût plus élevé.
Le balayage doit toujours être précédé d"un arrosage. L'arrosage qui a d'ailleurs aussi pour but de rafraîchir, doit être suffisant pour agglutiner les particules poussiéreuses et les empêcher d'être soulevées par le vent, par le balai ou par le passage des roues; mais il ne doit pas aller jusqu'à la boue, ce qui ferait retomber dans un autre mal. Pour cela la quantité déversée doit rester généralement aux environs de 0 1. 500 par mètre carré et elle doit arriver sur la chaussée, en gouttelettes, semblable à la pluie.
L'arrosage peut se faire à la main avec l'arrosoir ordinaire, ce qui est le cas pour les soins locaux, sur certains points, soit à la lance (ne pas projeter le jet trop violemment, pour éviter de faire voler la poussière), soit avec des tonnes, munies^ de rampes perforées ou déboîtes cylindriques (système Plainchamp), avec un piston pour faire varier à volonté le nombre des orifices en service et par suite l'intensité de l'arrosage (fig. 60). Il est utile d'adjoindre aux tonnes une pompe de compression assurant à leau une pression unifornie et, par suite, un débit toujours semblable.
L'idée d'associer dans une même machine Tarrosage préalable et le balayage subséquent est récente. Elle est réalisée dans un certain nombre de machines (|ui projettent l'eau, réduite en goutte-
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lettes ou pulvérisée en avant du balai-brosse, quelques-unes de ces machines ramassent même les produits, au moyen d'un élévateur qui va les déverser dans une caisse, le tout sans laisser échapper la poussière.
Mais le balayage mécanique devient difiicile sur les empierrements, dès que la boue est un peu compacte : il faut appuyer tro}) fortement sur le sol, et alors on arrache les matériaux et on désagrège la chaussée.
Il faut, dans ce cas, recourir pour Fébouage plutôt à des raclettes ou rabots avec chevaux (éboueuse Marmet ,,. char éboueur Ghardot etc.), toutes portant des rangées
de racloirs, qu'on appuie plus ou moins sur la chaussée et qui amènent la boiie sur les côtés. Il reste à enlever ces cordons de boue; c'est une opération coûteuse, car il faut les charger dans des « casseroles » et aller les vidanger dans des lieux de dépôt. Aussi, est-ce surtout par la quantité de boue qu'il produit que l'empierrement est si inférieur au pavage.
Fig. 60. — Voiture automobile Berliet, pour l'arrosage des rues.
lit.